José Guadalupe Posada

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José Guadalupe Posada
Posada4.Workshop.jpeg
Posada devant son atelier
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 60 ans)
MexicoVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Calavera Oaxaqueña, 1910

José Guadalupe Posada, né le dans le quartier de San Marcos à Aguascalientes (Mexique) et mort le (à 60 ans) à Mexico, est un graveur, caricaturiste et illustrateur mexicain.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse à Aguascalientes; premiers dessins satiriques[modifier | modifier le code]

Posada n'a laissé aucun document écrit, et on dispose de très peu de témoignages le concernant. Parmi ceux-ci, il y a cependant la phrase de ce camarade d'école à Aguascalientes, qui raconte que Posada, dont un des frères était instituteur, "passait son temps à dessiner, en prenant pour modèle des saints, des personnages ou des jeux de cartes. Depuis tout petit, il était passionné par le dessin. Et quand il n'avait plus rien sous la main à recopier, il faisait le portrait des enfants de l'école". En 1868, Posada entre à l'Academia Municipal de Artes y Oficios, école de beaux-arts dispensant une formation académique. Puis, toujours à Aguascalientes, il entre en 1870 en tant qu'apprenti dans l'atelier de Trinidad Pedroza, graveur et lithographe de qualité. Posada commence sa carrière de caricaturiste: en 1871, âgé de dix-neuf ans donc, il illustre un hebdomadaire satirique imprimé par Pedroza nommé El Jicote, titre qui est l'inversion malicieuse de El Quijote, le Don Quichotte - le jicote (Melipona Beechi) évoquant un animal actif et travailleur, possible référence au lectorat du journal. Le journal paraît en pleine campagne électorale et a pour cible l'ex gouverneur Jésus Gómez Portugal. Le style de Posada, dans ces dessins de jeunesse, est influencé par Daumier et Grandville, et par les grands caricaturistes mexicains de l'époque et notamment du journal satirique La Orquesta. Après onze numéros, le journal cesse sa parution.

Première période: lithographies et gravures classiques, à León[modifier | modifier le code]

Peut-être en raison de leur opposition au pouvoir en place, Posada et Trinidad Pedroza partent tous deux s'installer dans la grande ville de León, et y ouvrent un atelier de gravure et d'impression. En 1876, Trinidad Pedroza retourne vivre et travailler à Aguascalientes, laissant à Posada la direction de l'atelier. Posada est en outre professeur de lithographie à partir de 1884. Il illustre divers ouvrages, dans un style soigné et classique, et réalise des illustrations pour des livres, des illustrations commerciales (boîtes de cigares, d'allumettes, étiquettes pour des liqueurs), et des images religieuses. Cette première période de Posada montre sa virtuosité technique et son savoir-faire, mais Posada n'a alors pas encore trouvé le style inimitable qui en fait un artiste incomparable. En 1888, une terrible inondation à Leon détruit une partie de la ville. Posada, dont l'atelier a été détruit, part alors pour la capitale.

Mexico: 1888-1913[modifier | modifier le code]

José Guadalupe Posada arrive à Mexico à la fin de l'année 1888. Il est illustrateur indépendant, et travaille, de manière régulière ou occasionnelle, pour de très nombreux journaux et maisons d'édition de la capitale. Parmi ceux-ci, Ireneo Paz et ses fils. Le rédacteur en chef de la revue La Juventud Literaria affirme dans un éditorial en 1888 la phrase suivante: "Nos lecteurs pourront admirer les idées, la grande imagination dont dispose ce jeune et estimable Posada qui, à ses heures perdues, a dessiné de petites choses qui ne sont certainement pas ce qu'il sait faire de meilleur. (...) Nous devinons en Posada le plus grand caricaturiste, le plus grand dessinateur du Mexique". Parmi la multitude d'éditeurs qui eurent recours à ses services, une maison d'édition est primordiale: celle d'Antonio Vanegas Arroyo, éditeur très prolifique[1] qui vend de nombreux "canards", pages d'actualité (hojas volantes) publiées au gré des événements de l'actualité, mais aussi de très nombreux livres (contes, chansonniers, livres de cuisine, etc.) ou encore des jeux de table. A l'époque où Posada arrive à Mexico, le graveur Manuel Manilla travaille déjà pour Vanegas Arroyo. Il constituera l'influence majeure de Posada, notamment dans la représentation des calaveras. C'est pour Antonio Vanegas Arroyo que Posada va réaliser ses plus célèbres images, ses gravures les plus spectaculaires. En d'autres termes, c'est auprès de lui qu'à partir des années 1889-1890, Posada développe son style qui le hisse au rang de génie.

A partir de 1889, Posada utilise principalement deux techniques de gravure: la gravure au burin et la zincographie, qu'il développe notamment à partir de 1900.

Les titres de ses gravures ne sont pas de son fait: ce sont les titres des pages de journaux que la gravure de Posada illustre, et ils ont donc été choisis par l'éditeur ou les rédacteurs de l'époque. S'agissant souvent de faits divers spectaculaires, ces titres sont souvent marquants, de teneur tragique: "Phénomène étrange: du jamais vu!..." "Terrible incendie dans les arènes de Puebla!" "Du jamais vu à Guanajuato! Plus de mille blessés! Des pertes incommensurables! Des maisons détruites...!"... mais aussi souvent drôles et cocasses. Quelques titres ont été inventés, après sa mort: c'est le cas de la "Catrina".

Posada meurt en 1913. Il est enterré au cimetière de Dolores à Mexico. La maison d'édition continuera d'utiliser ses images de nombreuses années après sa mort.

Calavera Garbancera
ou Calavera Catrina.

2. Redécouverte de l'œuvre de Posada[modifier | modifier le code]

Dans les années 1920 a lieu la redécouverte progressive de son œuvre, notamment grâce au peintre français établi au Mexique Jean Charlot[2]. C'est ensuite le célèbre peintre muraliste Diego Rivera qui donne progressivement à Posada une gloire posthume, avec son texte introductif à la première monographie publiée sur Posada en 1930 par Mexican Folkways, où il écrit les phrases suivantes: "Posada, aussi grand que Goya et que Jacques Callot", ou encore: "Si l'on se réfère à la phrase d'Auguste Renoir qui définit l'œuvre d'art par son caractère indéfinissable et inimitable, on peut dire que l'œuvre de José Guadalupe Posada est l'œuvre d'art par excellence". Posada fait l'objet d'une première exposition au Palacio de Bellas Artes de Mexico en 1943. En 1946, Diego Rivera peint la fresque Songe d'un dimanche après-midi dans les jardins de l'Alameda Sueño de una tarde dominical en la Alameda central et il s'y représente, enfant, aux côtés de trente personnages emblématiques de l'histoire mexicaine dont, au premier plan, donnant la main à Diego Rivera enfant et à Frida Kahlo, la Catrina et José Guadalupe Posada.

Influence de Posada[modifier | modifier le code]

De très nombreux artistes ont témoigné leur admiration pour l'œuvre de Posada, laquelle influence encore les dessinateurs et graveurs du monde entier. Le muraliste mexicain José Clemente Orozco a raconté avoir connu sa première émotion esthétique qu'il était enfant, et passait devant l'atelier de Posada, sur le chemin de l'école. Posada a directement influencé Francisco Diaz de Léon et Leopoldo Méndez; plus généralement, les graveurs de l'Atelier d'art graphique populaire se sont aussi considérés comme les disciples de Posada. Au Mexique, la « mode Posada » est si importante après-guerre que David Alfaro Siqueiros met en garde les jeunes artistes, les enjoignant à ne pas tomber dans un "posadisme" trop facile.


Œuvres[modifier | modifier le code]

José Guadalupe Posada aurait gravé plus de vingt mille images. La partie de l'œuvre de Posada la plus connue est celle des calaveras, représentation des morts. On citera notamment la 'Calavera Garbancera' (1912) surnommée plus tard la Calavera de la Catrina.

Bien qu'il ait collaboré avec des éditeurs très variés, dont des éditions assez luxueuses (ainsi ses illustrations pour l'édition mexicaine du Livre de Cuisine de Gouffé) ou l'Almanach du Padre Cobos édité chaque année par Ireneo Paz, son génie s'est notamment déployé dans des publications destinées aux classes populaires de Mexico: journaux bon marché, affiches de spectacles (cirque, corridas, théâtre...), couvertures de petits livres illustrés (chansonniers, contes...) Posada a toujours travaillé sur commande, pour de nombreux éditeurs de la ville de Mexico. Il a illustré une très grande variété de sujets: événements politiques (élection de Madero, revers des révolutionnaires), faits divers retentissants (crimes, tremblements de terre), pages humoristiques, et bien sûr les célèbres calaveras publiées chaque année aux alentours du 2 novembre, à l'occasion du jour des morts.

Le style de Posada, immédiatement reconnaissable, est caractérisé par un sens de la composition remarquable et par l'expressivité de ses personnages. Il est extrêmement novateur et à ce titre, on peut qualifier Posada d'avant-gardiste. Certaines de ses gravures, par l'effacement des détails superflus, la vivacité des mouvements des personnages, et par la violence qui se dégage de leur composition, anticipent l'expressionnisme. Une révolution picturale, diront ses admirateurs, à raison.

Expositions rétrospectives[modifier | modifier le code]

  • 2013 : Posada transmisor, MUNAL (Museo Nacional de Arte), Mexico
  • 2013 : Posada, Museo Nacional de la Estampa, Mexico

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mariana Masera (dir.), Vanegas Arroyo, un editor extraordinario, Mexico, UNAM, 2017
  2. Jean Charlot, "Un précurseur de l'art moderne : le graveur Posada", Revista de Revistas, août 1925

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laetitia Bianchi, Posada, génie de la gravure, Paris, L'Association, 2019
  • (es) Santiago Pérez Garci (dir.), Posada, la línea que definió el arte mexicano, Mexico, INBA, Museo nacional de la Estampa, 2018
  • Serge Fauchereau, Bustos, Le Douanier Rousseau, Posada, Hermann, 2016
  • (es) Mercurio López Casillas (dir.), Posada, cien años de calavera, Mexico-Madrid, ed. RM, 2013
  • (es) Mercurio López Casillas, Posada y Manilla, artistas del cuento mexicano, Mexico, ed. RM, 2013
  • (es) Rafael Barajas Durán (dit El Fisgón), Posada, mito y mitote, Mexico, Fondo de Cultura económica, 2009
  • Viva Posada, L'Insomniaque, 2006
  • (en) Dawn Ades, Art in Latin America: The Modern Era, Yale University Press, 1989, p. 354, 110-123
  • (en) Art Encyclopedia, Vol 25, page 321
  • (en) Stanton Catlin, Art of Latin America Since Independence, Yale University Press, 1966, page 190
  • (en) José Guadalupe Posada, Posada’s Popular Mexican Prints, Dover Publications, 1972
  • (en) Julian Rothenstein, Posada: Messenger of Mortality, Moyer Ltd, 1989
  • (en) (es) Frances Toor, Blas Vanegas Arroyo, Pablo O'Higgins, Monografia: Las Obras de Jose Guadalupe Posada, Grabador Mexicano (avec une introduction de Diego Rivera), México, Mexican Folkways, 1930 — réédité en 1991.
  • (en) Ron Tyler, Posada’s Mexico, Washington: Library of Congress, 1979

Liens externes[modifier | modifier le code]

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