Isaac Babel

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Isaac Babel
Description de l'image Isaac_Babel.jpg.
Nom de naissance Isaac Emmanuilovitch Babel
Naissance
Drapeau de l'Empire russe Odessa, Empire russe
Décès (à 45 ans)
Drapeau de l'URSS Moscou, URSS
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture russe
Genres

Œuvres principales

Isaac Babel (en russe : Исаа́к Эммануи́лович Ба́бель[1]) est un écrivain soviétique, né à Odessa, dans l'Empire russe, le 30 juin 1894 ( dans le calendrier grégorien), fusillé le à Moscou.

Biographie[modifier | modifier le code]

Isaac Babel est né dans une famille de commerçants juifs d’Odessa. En 1897, la famille s'installa à Nicolaïev, une petite ville à côté d'Odessa. En 1903 et 1905, Odessa connaît deux pogroms. Le pogrom de 1905, vu à travers les yeux d'un enfant, fera d'ailleurs l'objet de la nouvelle Histoire de mon pigeonnier[2]... Il fréquente l’École de commerce d’Odessa, tout en étudiant parallèlement la religion juive. Il apprend ainsi à lire le yiddish et acquiert aussi une bonne maîtrise des langues étrangères, en particulier de la langue et de la littérature françaises[3]. Flaubert et Maupassant sont les auteurs qui le marqueront le plus et ils auront une influence très forte sur son style littéraire[4]. Pendant deux ans, il se lance dans l'écriture, en français, avant de renoncer.

Ses études achevées, il se rend à Kiev puis à Pétrograd en 1915. Il y connaît une vie difficile et ses tentatives de se lancer dans la littérature sont autant d'échecs. À la fin 1916, il est remarqué par Maxime Gorki, qui publie ses premiers récits, mais qui lui conseille aussi d’abandonner quelque temps la littérature et « de courir le monde » pour engranger des impressions de la vie. Il soutient la révolution de Février 1917, puis la révolution d'Octobre, et s’engage dans l’Armée rouge en 1920.

« Et, sept années durant, de 1917 à 1924, je suis entré dans le monde. Pendant ce temps, j’ai été soldat sur le front roumain, puis j’ai travaillé à la Tchéka, au Commissariat du Peuple à l’Éducation, j’ai pris part aux expéditions de réquisition de nourriture en 1918, aux combats de l’armée du Nord contre Youdénitch, à ceux de la Ire armée de cavalerie, j’ai participé au comité de province d’Odessa, j’ai été responsable de publication de la 7e typographie soviétique d’Odessa, j’ai travaillé comme reporter à Pétersbourg et à Tiflisetc. Je n’ai appris qu’en 1923 à exprimer mes idées de façon claire et pas trop longue. C’est alors que je me suis remis à écrire. »

— Isaac Babel, Autobiographie, novembre 1924[5],[6].

Dans son Autobiographie, Babel fait remonter son activité littéraire au début 1924, avec la publication de plusieurs de ses récits dans la revue LEF[7]. Il participe à l'écriture de l'ouvrage collectif Les grands incendies (Большие пожары), un roman-feuilleton publié par le magazine Ogoniok en 1927. D'autres écrivains participent à l'écriture : Alexandre Grine, Leonid Leonov, Alexeï Novikov-Priboï, Konstantin Fedine, Alexis Tolstoï, Mikhaïl Zochtchenko, Véra Inber, Lev Nikouline, Boris Lavrenev. Le roman ne sortira sous forme d'un livre qu'en 2009, avec la préface de Dmitri Bykov.

À partir de , il passe une quinzaine de mois en Europe occidentale : Berlin, où il fait la connaissance d'Evguénia Khaïoutina-Gladun, qui devient sa maîtresse, puis en Belgique et en France[8]. En 1928, son recueil de nouvelles Cavalerie rouge paraît en français.

Dans les années 1930, il est pris à partie à plusieurs reprises par différents critiques : c'est le début des Grandes Purges et beaucoup des connaissances de Babel sont arrêtées par le NKVD, exécutées ou disparaissent au Goulag. Dans le contexte de l'instauration du « réalisme socialiste », l'écrivain se défend avec habileté[9] et parvient à échapper au danger. En 1931, il renoue avec Evguenia, entretemps devenue la femme de Nikolaï Iejov alors en pleine ascension. En 1932 et 1935, Babel peut retourner en France. En , Iejov devient le chef du NKVD.

Mais en , Evguenia, la femme de Iejov se suicide. En , Nikolaï Iejov, déchu du NKVD, dénonce Babel durant sa détention comme ayant « dénigré Staline » en privé. Arrêté à son tour le [10], Babel « avoue » lui aussi, au bout de huit mois de détention, les « crimes » dont on l'accuse : « trotskisme, espionnage au profit de la France »[11] « et de l’Autriche », et « liens avec la femme de l’ennemi du peuple Iejov »[12]. Babel est condamné à mort et fusillé le . On informe ses proches qu'il est mort en détention le sans préciser comment[13].

Ses cendres reposent au monastère Donskoï de Moscou, dans la même fosse commune que celles de son dénonciateur Iejov, fusillé peu de temps après lui.

Son œuvre est interdite jusqu’à sa réhabilitation en 1954, au moment de la déstalinisation. Les manuscrits saisis lors de son arrestation n’ont jamais été retrouvés.

Analyse des œuvres[modifier | modifier le code]

Isaac Babel est l’auteur d’une série de nouvelles regroupées dans Cavalerie rouge (Конармия), publié en 1926, récit sur sa participation comme correspondant de guerre, à la campagne de Pologne dans la Première Armée de cavalerie de Semion Boudienny en 1920, en pleine guerre civile. Il décrit des soldats courageux mais brutaux et incultes, dont le comportement rappelle celui des cosaques de l’ancien temps (ceux, par exemple, évoqués par Nicolas Gogol dans Tarass Boulba) et dont les convictions politiques sont assez floues. Les cavaliers de Babel sont capables de tuer pour la Révolution, mais ils n’ont que des notions assez vagues de ce que le communisme devrait être ou peut devenir. Ce portrait sans concession ne fut pas du goût de Boudienny qui ne cessa d’accuser Babel de salir ses hommes. L'œuvre de Babel est alors jugée ambivalente, puisqu'il met au service de la cause révolutionnaire bolchévique un art de l'écriture concis, brillant, poétique et imagé, qui n'édulcore pas la réalité, tout en semblant justifier les crimes et les massacres commis par les bolcheviks (dans la nouvelle « L'église de Novograd », il justifie l'assassinat du prêtre Romuald par le fait qu'il aurait été « déloyal » à l'égard du bolchévisme).

Le narrateur, qui n’est pas sûr de son identité, rencontre dans la nouvelle intitulée Guedali un juif du shtetl qui lui propose de participer à une « Internationale des gens de cœur ». « La révolution, nous lui dirons oui, mais faut-il que nous disions non au shabbat ? » lui-demande-t-il.

Babel est également l’auteur des Récits d’Odessa, écrits en 1927 et publiés en 1931, recueil de nouvelles décrivant avec ironie les petites gens, les bas-fonds et la pègre juive d’Odessa.

Selon Maurice Friedberg en 2001, il essaya toute sa vie de « concilier en lui le Juif mi-sentimental mi-cynique, émancipé depuis peu des commandements du judaïsme orthodoxe, et le communiste orthodoxe et rigoriste qu’il était devenu ». Olivier Todd rapporte qu'André Malraux « appréci[ait] l'outrance de Babel, son exaltation allant jusqu'à la cruauté et même ses descriptions d'exécutions sommaires[14] ».

En 2016, La Richardais écrit[15] : « Trop dilettante pour être un vrai bolchevik, trop artiste pour être un vrai stalinien, témoin trop précis d’un passé qu’il fallait réviser, Isaac Babel a vu quelques-uns des enfers de son siècle avec une fascination trouble et de tristes complaisances. Il resta cependant fidèle à lui-même dans son amour pour la Russie et dans sa judéité. »

Citations[modifier | modifier le code]

« Je suis un écrivain russe. Si je ne vivais pas dans le peuple russe, je cesserais d'être un écrivain, je serais comme un poisson hors de l'eau[16]. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

Le recensement précis des œuvres de Babel est difficile, en raison de leur forme d'abord (beaucoup de nouvelles, souvent publiées en revue, avant d'être réunies en recueil), de l'époque troublée (Révolution russe) et de la fin tragique de l'écrivain. Bon nombre de ses œuvres sont posthumes[17]. La production s'étale de 1913 avec la nouvelle Le Vieux Schloïmé à 1938. La publication de ses œuvres reprend en URSS à partir de 1962.

Recueil de nouvelles
  • Mes premiers honoraires, Gallimard, 1972.
  • Histoire de mon pigeonnier.
  • Journal pétersbourgeois.
  • Odessa.
  • Contes d'Odessa.
  • Récits odessites.
  • Cavalerie rouge.
  • Chroniques de l’an 18
  • Journal de 1920
  • Récits divers 1913-1927
Théâtre
  • Le Crépuscule
  • Maria
Scénarios
  • Benia Krik
  • Les Étoiles vagabondes
  • Le Moulin
  • Et l'acier fut trempé
  • Vieille place
Reportages
  • Reportages sur la Géorgie
  • Reportages sur la France
  • Portraits

Il faut encore ajouter quelques discours et entretiens, une brève autobiographie (écrite en 1924 et publiée en 1926)[18], une correspondance, ainsi que quelques brouillons.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. À l'origine,(en yiddish יצחק בבל) son nom de famille s'écrivait «Бобель».
  2. Isaac Babel 2011, p. 39.
  3. Isaac Babel 2011, p. 1025.
  4. Benech 2011, p. 19.
  5. Les Écrivains, autobiographies et portraits des prosateurs russes contemporains, 1924, sous la direction de Vladimir Lioine, publié à Moscou en 1926 (cité dans Chroniques de l’an 18, coll. Babel, Actes Sud, p. 11).
  6. Isaac Babel 2011, p. 1026.
  7. Isaac Babel 2011, p. 1027.
  8. Benech 2011, p. 29.
  9. Benech 2011, p. 1031.
  10. Benech 2011, p. 5 et 32.
  11. Plus précisément, d’avoir livré à André Malraux des informations sur l’aviation soviétique
  12. « La vie brisée d’Isaac Babel », Le Point, 31 mai 2007.
  13. Benech 2011, p. 32.
  14. Olivier Todd, André Malraux, une vie, éd. Gallimard, 2001, p. 215.
  15. La Richardais 2016.
  16. Rapporté par Boris Souvarine dans ses souvenirs. Cf. Benech 2011, p. 9.
  17. Sophie Benech en donne la liste exhaustive dans les Œuvres complètes, p. 1289-1297, y compris les nombreuses traductions en français p. 1298.
  18. Benech 2011, p. 1025.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Édition française[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

  • Isaac Babel, l’homme et l’œuvre de Judith Stora-Sandor, Paris, Klincksiek, 1968
  • Sténo sauvage - La vie et la mort d’Isaac Babel, de Jerome Charyn, éd. Mercure de France 2007
  • Carnet d’URSS (1934), d’André Malraux, éd. Gallimard
  • La parole ressuscitée : archives littéraires du KGB de Vitali Chentalinski, éd. Hachette 1994
  • Efim Etkind, Georges Nivat, Ilya Serman et Vittorio Strada, Histoire de la littérature russe, t. 5 : Le XXe siècle. La Révolution et les années vingt, Paris, Fayard, , 999 p. (ISBN 978-2-213-01960-4)
  • Adrien Le Bihan, Isaac Babel : l'écrivain condamné par Staline, Perrin, 2015

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • B. La Richardais, « En mémoire d'Isaac Babel », Royaliste,‎ , p. 10 (lire en ligne [PDF], consulté le 31 mai 2016) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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