Claude Gauvreau

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Claude Gauvreau
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Pierre Gauvreau, Françoise Sullivan, Louise Renaud, Madeleine et Mimi Lalonde, Claude Gauvreau et Marcel Barbeau à Saint-Hilaire, 1946
Nom de naissance Joseph Jules André Guy Claude Gauvreau
Naissance
Montréal (Québec), Canada
Décès (à 45 ans)
Montréal (Québec), Canada
Nationalité Drapeau du Canada Canada
Activité principale
Auteur
Mouvement Automatiste
Genres

Claude Gauvreau, né le et mort le à Montréal, est un poète, dramaturge, peintre et critique d'art libertaire[1],[2] canadien québécois.

Biographie[modifier | modifier le code]

Claude Gauvreau fait des études classiques au collège Sainte-Marie de Montréal et obtient un baccalauréat en philosophie de l'Université de Montréal.

Le 75 rue Sherbrooke Ouest
où demeurait Claude Gauvreau[3]
.

Il découvre les arts modernes par son frère Pierre, qui fréquentait l'École des beaux-arts de Montréal, et rencontre le peintre Paul-Émile Borduas. Il devient alors un avocat inconditionnel du mouvement automatiste. Il est le seul poète, donc théoricien, du groupe automatiste et est aussi un des signataires du manifeste Refus global paru en alors que Claude a à peine 23 ans.

C'est entre 19 et 21 ans qu'il rédige Les Entrailles, une série de 26 objets dramatiques en lesquels apparaissent déjà des esquisses de ce qui deviendra bientôt le signe particulier de son écriture, l'exploréen, travail sur la langue et invention de mots basée sur un automatiste surrationnel, relié à une réalité psychologique davantage que physique. L'objet « Fatigue et réalité sans soupçon » est un exemple d'automatisme surrationnel que le poète développe plus tard dans ses pièces d'envergure.

En 1947, il présente sa première pièce, Bien-être, avec l'actrice Muriel Guilbault, la muse incomparable dont il est profondément amoureux, bien que ce soit un amour à sens unique.

Après le suicide de Muriel survenu le , Claude Gauvreau entreprend d'écrire le roman Beauté baroque dans lequel il relate sa relation avec la comédienne[4]. Après cet exercice éprouvant, il souffre d'amnésie[5]. Quelques années plus tard, fin , Gauvreau fait un premier séjour à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu où il est traité par le psychiatre Lorenzo Morin[6]. À partir de ce moment, la vie du poète alternera entre séjours et congés en clinique où il aura l'occasion d'y rencontrer parfois le médecin et homme de lettres Jacques Ferron qui est chargé de l'aile des femmes vers la fin des années soixante et début soixante-dix.

En 1956, il fonde les Éditions de Feu-Antonin afin d'y publier son recueil des poèmes, Les Brochuges[7], mais qui paraît seulement au début de 1957. Par contre, Roland Giguère fait paraître dans ses Éditions Erta Sur fil métamorphose (collection de la Tête armée #4) de Gauvreau. Les deux livres sont les seuls à avoir été publiés de son vivant. L'Étal mixte, son premier recueil de poésie, était écrit de 1950 à 1951 et préparé pour publication aux Éditions d'Orphée de André Goulet en 1968. Cependant, l'ouvrage n'a jamais été édité et près de 800 exemplaires de l'édition originale sur mille ont été détruits. Deux-cent-deux ont été retrouvés et publiés en 1977, juste avant les œuvres créatrices complètes et avec l'autorisation des Éditions Parti pris.

Le groupe automatiste se dissout peu à peu et, dans un fantasme d'agression, il croit que le groupe se rebelle contre lui ou du moins, contre leur propre union. Jean-Paul Riopelle nie son art abstrait et réussit à en vivre décemment par la suite. Il joint aussi le groupe surréaliste ce qui est contraire à leur pensée puisque, selon eux, ils les ont surpassés. Marcelle Ferron fait de l'art alimentaire ; elle est engagée par le gouvernement pour une œuvre au palais de justice de Granby. Jean-Paul Mousseau, lui, est acheté par le clergé. Or, ce groupe était opposé au clergé et à l'État.[réf. souhaitée]

Anarchiste[8] et révolutionnaire, Claude Gauvreau admire Bakounine, Makhno, Juan García Oliver et Ravachol[9].

Il participe à la Nuit de la poésie du [10].

Le , il travaille jusque tard le soir avec Jean-Pierre Ronfard, metteur en scène de sa pièce Les Oranges sont vertes. Gauvreau refuse l'idée de Ronfard de continuer le lendemain, jour où débuteront les premières répétitions, et ils s'efforcent de tout finir cette nuit-là. Le lendemain, Gauvreau est retrouvé mort — près d'un immeuble de Montréal — empalé par une clôture. Il se serait défenestré. Une autre thèse soutient toutefois qu'il serait accidentellement tombé du toit où il faisait des réparations.

D'après le rapport du coroner et le rapport d'incident du service de la police de Montréal, le en début d'après-midi un automobiliste signale avoir aperçu un homme chuter d'un toit en face du 4070, rue Saint-Denis à Montréal. Claude Gauvreau est transféré à l'hôpital Notre-Dame où son décès est constaté. Après examen interne du médecin, Claude Gauvreau est mort des suites d'un polytraumatisme, de fractures multiples et d'une inondation des bronches et de la trachée par du sang. Le coroner indique que les causes du décès s'avèrent violentes mais qu'il est impossible de déterminer les circonstances de celle-ci en l'absence de témoin[11].

En 1974, il était le sujet d'un long métrage documentaire Claude Gauvreau - Poète, réalisé par Jean-Claude Labrecque et produit par l'Office national du film du Canada[12].

Le fonds d'archives de Claude Gauvreau est conservé au centre d'archives de Montréal des Bibliothèque et Archives nationales du Québec[13].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Sur fil métamorphose, 1956 (théâtre).
  • Brochuges, 1956 (poésie)
  • La Charge de l'orignal épormyable (théâtre, dans ŒCC).
  • Les Oranges sont vertes (théâtre, dans ŒCC).
  • L'Asile de la pureté (théâtre, dans ŒCC).
  • Beauté baroque (roman, dans ŒCC).
  • Étal Mixte, 1977 (poésie).
  • Œuvres créatrices complètes (ŒCC), éditions Parti pris, Montréal, QC, 1977

Les entrailles (1944-1946)[modifier | modifier le code]

L'une des phrases préférées de Claude Gauvreau sur le fragment d'une œuvre de l'artiste Michel Goulet.
  • Les Reflets de la nuit[14].
  • La Jeune Fille et la lune[15].
  • La Prière pour l'indulgence[16].
  • La Statue qui pleure.
  • Le Drame des quêteux disloqués.
  • Bien-être[17].
  • Pétrouchka.
  • Nostalgie sourire[18].
  • Le Soldat Claude[19].
  • La Nymphe.
  • Apolnixèdre entre le ciel et la terre.
  • Le Rêve du pont.
  • Au cœur des quenouilles[20].
  • Les Grappes lucides.
  • Le Prophète dans la mer.
  • Amère.
  • Le Gigot creator[21].
  • Instinct semi-palpé[22].
  • L'hélid-monde[23].
  • La Mayonnaise ovale et le dossier de chaise médiéval[24].
  • Fatigue et réalité sans soupçon[25].
  • L'Ombre sur le cerceau[26].
  • Le Cornet à dés du curé[27].
  • Le Corps terni et sublimé.
  • L'Enfant nuage au sourire chatoyant.
  • Le Carrefour des chats qui deviennent hommes[28].

Un langage « exploréen »[modifier | modifier le code]

Il y a chez Claude Gauvreau une façon de dire qui tend vers l'inconnu. Fils de militaire, Gauvreau exprime ses secrets et son désir de provocation au moyen d'un langage mystérieux à mi-chemin entre le langage parlé et l'onomatopée (ou ce que la dactylo permet)... En fait, comme Gauvreau faisait partie du mouvement automatiste, il décide de décomposer les mots pour retourner à leur nature propre: les phonèmes.[réf. nécessaire]

Publications[modifier | modifier le code]

OCLC: Titres trouvés

  • Claude Gauvreau, Œuvres créatrices complètes, Ottawa, Parti pris, 1971 et 1977 (OCLC 3770470).
  • Lettres à Paul-Émile Borduas, édition critique par Gilles Lapointe, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, coll. « Bibliothèque du Nouveau Monde », 2002, 459 p.
  • Écrits sur l'art, édition préparée par Gilles Lapointe, Montréal, L'Hexagone, coll. « œuvres de Claude Gauvreau », 1996, 410 p.
  • Claude Gauvreau et Jean-Claude Dussault, Correspondance 1949-1950, Montréal, L'Hexagone, coll. « œuvres de Claude Gauvreau », 1993, 458 p.
  • Lettre à André Breton. Le 7 janvier 1961, édition critique par Gilles Lapointe, Montréal, Le temps volé éditeur, 2011, 103 p.
  • (en) The Charge of the Expormidable Moose. La charge de l'orignal épormyable, Ray Ellenwood trad., Toronto, Exile Éditions, 1996, 160 p.
  • Trois lettres, Montréal, Éditions d'Orphée, 1991, 36 p.
  • (it) Bellezza barocca. Romanzo monista, 1952, Fabiola Baldo trad., Turin, L'Harmattan Italia, 2003, 147 p.

Blog[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gilles Lapointe, « Une découverte étonnante », Journal LUQAM, vol. XXXVIII, no 4, 17 octobre 2011, « texte intégral »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?).
  2. Gilles Lapointe, « Lettre de Claude Gauvreau à André Breton, le 7 janvier 1961 », Études françaises, vol. 48, no 1, 2012, p. 66-118, texte intégral.
  3. patrimoine.ville.montreal.qc.ca
  4. François Dumont, « Le conflit des poétiques dans Beauté baroque », Urgences, no 28,‎ , p. 49-50 (ISSN 0226-9554 et 1927-3924, DOI https://doi.org/10.7202/025588ar, lire en ligne, consulté le 25 janvier 2020)
  5. Claude Gauvreau, Lettres à Paul-Émiles Borduas, Montréal, PUM, , 461 p. (ISBN 2-7606-1814-5), p. Chronologie (p64). On consultera la lettre du 6 août 1954 en laquelle le poète s'explique sur ses difficultés d'écriture, (p132sq.).
  6. « Encyclopédie sur la mort. La mort et la mort volontaire à travers les pays et les âges. »
  7. Jacques Marchand, Claude Gauvreau, poète et mythocrate, VLB éditeur, , 448 p., p. 362
  8. « L'Édition littéraire au Québec de 1940 à 1960 », Cahiers d'études littéraires et culturels, no 9, Sherbrooke, GRELQ, 1985, p.69.
  9. Claude Gauvreau, Écrits sur l’art, Montréal, L’Hexagone, 1996, p.360-361.
  10. Office Canada, La nuit de la poésie 27 mars 1970 (lire en ligne)
  11. Procès-verbal du coroner daté du , dossier 1657, année 1971. (TP12,S2,SS26,SSS1) conservé à BAnQ Vieux-Montréal
  12. « Claude Gauvreau - Poète », sur ONF.ca, (consulté le 1er septembre 2011)
  13. Fonds Claude Gauvreau (MSS466) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).
  14. « Les Reflets de la nuit »
  15. « La Jeune Fille et la lune »
  16. « La Prière pour l'indulgence »
  17. « Bien-être »
  18. « Nostalgie sourire »
  19. « Le Soldat Claude »
  20. « Au cœur des quenouilles »
  21. « Le Gigot creator »
  22. « Instinct semi-palpé »
  23. « L'hélid-monde »
  24. « La Mayonnaise ovale et le dossier de chaise médiéval »
  25. « Fatigue et réalité sans soupçon »
  26. « L'Ombre sur le cerceau »
  27. « Le Cornet à dés du curé »
  28. « Le Carrefour des chats qui deviennent hommes »

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Beaudet, « Parler en langue(s) » dans Littérature l'imposture, Montréal, Les Herbes rouges, Montréal, 1984, (p.49-70).
  • Jacques Marchand, Claude Gauvreau, poète et mythocrate, Montréal, VLB éditeur, 1979, 438 p.
  • Gertrude Millaire, Une Vie, un Poète - Claude Gauvreau (1925-1971), Francopolis, novembre 2012 (texte intégral).
  • Yohann Rose, Le défi « Gauvreau » : le procès éditorial ou la naissance d'un peuple sous la pierre tombale des Occ : un mémoire pour l'oubli en forme d'écran paranoïaque : un silence-manifeste, Précis de dépense improductive, t. I, Montréal, 2007, (ISBN 978-2-923588-00-1).
  • Janou Saint-Denis, Claude Gauvreau, le cygne, Montréal, Presses de l'Université du Québec, sl, Éditions du Noroît, 1978, 295 p.
  • Francis Dupuis-Déri, Pistes pour une histoire de l’anarchisme au Québec, Bulletin d'histoire politique, Association québécoise d'histoire politique, vol. 16, n° 2, (texte intégral).
  • Marc-André Cyr, Claude Gauvreau, écrivain de l'anarchie, Rupture, n° 7, printemps 2007 (texte intégral).
  • Michel Nestor, Sur les traces de l’anarchisme au Québec : les années 1940, Ruptures, n° 5, printemps 2005 (texte intégral).
  • Collectif, « Paul-Marie Lapointe et Claude Gauvreau. Inédits », Études françaises, numéro préparé par Gilles Lapointe, vol. 48, n° 1, 2012, 179 p. (L’automatisme en mouvement).

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]