Paul Signac

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Paul Signac
Paul Signac 1923.jpg

Paul Signac en 1923

Naissance

Paris, 2e arrondissement
Décès
(à 71 ans)
Paris
Nom de naissance
Jean-Paul-Marc Signac
Nationalité
Français Drapeau de la France
Activité
Maître
Mouvement
Distinction

Paul Signac[1], né à Paris le , où il meurt le , est un artiste peintre paysagiste français, proche du mouvement libertaire[2], qui donna naissance au pointillisme, avec le peintre Seurat. Il a aussi mis au point la technique du divisionnisme. Cofondateur avec Seurat de la Société des artistes indépendants dont il fut président, il est ami avec Victor Dupont, peintre fauve et vice-président du Salon.

Biographie[modifier | modifier le code]

Entre impressionnisme et fauvisme[modifier | modifier le code]

Paul Signac naît à Paris dans une famille prospère de marchands selliers installés à Asnières (aujourd'hui Asnières-sur-Seine). En 1879, âgé de 16 ans, il visite la quatrième exposition impressionniste où il remarque Caillebotte, Mary Cassatt, Degas, Monet et Pissarro ; il commence même à peindre, mais Gauguin le met à la porte de l'exposition avec ces mots : « On ne copie pas ici, monsieur. » En mars 1880, il perd son père. Esprit anticonformiste, Signac est adoré de sa mère qui veut faire de lui un architecte ; mais lui décide de quitter le lycée à la rentrée d'octobre 1880 pour se consacrer à une vie de peintre. Elle respecte ses choix. Il visite la cinquième exposition impressionniste, et admire Édouard Manet au Salon. La même année, il peint à Montmartre et loue un atelier. En 1882, il rencontre Berthe Roblès, une cousine éloignée de Pissarro. Il l'épousera dix ans plus tard[3].

Paul Signac vers 1883.

Il commence à peindre en 1882 à Montmartre (atelier d'Émile Bin [1825-1897], où il rencontre le père Tanguy), dans l'atelier de la rue Constance et se perfectionne seul sous l'influence des impressionnistes. Il se lie d'amitié avec les écrivains symbolistes, demande des conseils à Monet qui accepte de le rencontrer et dont il restera l'ami jusqu'à la mort du maître. Le jeune Signac participe au premier Salon des Indépendants en 1884 avec deux toiles : Le Soleil au pont d'Austerlitz et L'Hirondelle au Pont-Royal[4] ; il participe aussi à la fondation de la Société des artistes indépendants. Il rencontre Georges Seurat qui expose Une baignade en 1884 à Asnières. Une constante de sa vie est le besoin d'évasion.

Le théoricien du néo-impressionnisme[modifier | modifier le code]

Signac travaille avec Seurat et Pissarro, avec qui il va former le groupe des « impressionnistes dits scientifiques ». Il se convertit très vite à la pratique de la division scientifique du ton. La technique empirique du pointillisme consiste à diviser les tons en de toutes petites taches de couleurs pures, serrées les unes contre les autres, afin que l’œil du spectateur, en les recomposant, perçoive une unité de ton. Signac et les néo-impressionnistes pensent que cette division des tons assure d'abord tous les bénéfices de la coloration : le mélange optique des pigments uniquement purs permet de retrouver toutes les teintes du prisme et tous leurs tons. La séparation des divers éléments (couleur locale, couleur d'éclairage et leurs réactions) est aussi assurée, ainsi que l'équilibre de ces éléments et leur proportion, selon les lois du contraste, de la dégradation et de l'irridiation. Enfin, le peintre devra choisir une touche proportionnée à la dimension du tableau[5]. En 1885, son intérêt pour « la science de la couleur » le pousse à se rendre aux Gobelins où il assiste à des expériences sur la réflexion de la lumière blanche[6].

Il fait son premier tableau divisionniste en 1886. Par comparaison avec Seurat, Signac construit le tableau de façon plus spontanée, intuitive, et sa couleur est plus lumineuse. Il sympathise avec le symbolisme littéraire, surtout en Belgique. Il en retient plusieurs éléments, notamment l’idée d’une harmonie à mi-chemin du paradis perdu de l’âge d’or et de l’utopie sociale et l’ambition d’un art total. Sur ce dernier point, il est d’accord avec Hector Guimard, et il est à noter qu’il loge dans le Castel Béranger construit par ce dernier, rue La Fontaine. En 1886, il participe à la huitième exposition impressionniste, la dernière, à l'invitation de Berthe Morisot. L'année suivante, il se lie d'amitié avec Vincent Van Gogh et ensemble ils peignent sur les berges de la banlieue parisienne.

Au cours des années 1890, après un voyage en Italie et un séjour à Cassis puis à Saint-Briac en Bretagne, il devient le chef de file du néo-impressionnisme : apôtre enthousiaste du mouvement, il se livre à une véritable campagne de prosélytisme pour lui gagner de nouveaux adeptes[4]. En 1892, il découvre Saint-Tropez, où il achètera cinq ans plus tard la villa La Hune, et organise les expositions posthumes de Seurat à Bruxelles et à Paris. En 1894, il s’essaye à la grande peinture décorative, surtout pour un immense tableau — depuis 1938, propriété de la mairie de Montreuil —, Au temps d’harmonie. Néanmoins, s’il est vrai que Signac a de bonnes relations personnelles avec les nabis, notamment Bonnard, il ne partage pas du tout leurs vues esthétiques, et n’adhère pas au credo religieux de Maurice Denis. Il se veut personnalité impartiale, au-dessus des écoles, ami des uns et des autres, souple et convivial, et devient président de la Société des artistes indépendants en 1908.

Le mouvement néo-impressionniste est remis en cause à la mort de Seurat en 1891, Signac tente donc de le légitimer avec son ouvrage De Delacroix aux néo-impressionnistes, publié en 1899. La publication du Journal de Delacroix entre 1883 et 1895 a également beaucoup influencé Signac puisqu’il décide de faire son propre journal en 1894, qu'il ouvre avec une réflexion sur les relations entre Delacroix et le néo-impressionnisme. Signac légitime donc les néo-impressionnistes en les plaçant comme héritiers de Delacroix dont le talent n’est pas remis en doute, décrit comme le père des coloristes.

Les impressionnistes sont ainsi les intermédiaires entre Delacroix et les néo-impressionnistes pour le progrès de l'art qui consiste pour Signac à faire une œuvre la plus colorée et la plus lumineuse possible. De Delacroix aux néo-impressionnistes est un manifeste considéré dans un premier temps comme une source fiable puisque Signac avait été un des plus proche amis de Seurat, avant d’être remis en cause notamment par William Homer[7]. Selon lui, l’ouvrage de Signac est trop simplifié, et il souligne le fait qu’entre le début du néo-impressionnisme (1886), et la date de publication, (1899), ses idées auraient évolué et ne seraient plus fidèles à Seurat. Signac aurait également voulu se donner le rôle de co-fondateur du mouvement alors qu’il aurait été relégué au second plan du vivant de Seurat. En effet, dans son ouvrage, Signac minimise paradoxalement l'importance des théories scientifiques, mais cela est pour répondre à la critique d'être trop dogmatique. Il insiste sur le fait que la science n’est qu’un outil au service de l’artiste et qu’elle ne limite en rien sa créativité. Ces techniques sont faciles, et peuvent s’apprendre selon lui dès l’école primaire.

Signac l'anarchiste[modifier | modifier le code]

La plupart des peintres importants font une sorte de pèlerinage chez Signac à Saint-Tropez (villa La Hune), avec des personnalités aussi différentes que Matisse et Maurice Denis. Il est passionné par la mer et possède un petit yacht avec lequel il navigue le long des différentes côtes françaises. Dès 1888, il est attiré par les idées anarchistes. Il se lie d'amitié avec Jean Grave et collabore aux Temps nouveaux, à partir de 1896, à qui il fait don de quelques-unes de ses œuvres aux tombolas organisées pour aider financièrement le journal. En 1902, il donne des dessins pour Guerre-Militarisme, préfacé par Grave et illustré également par Maximilien Luce et Théophile Alexandre Steinlen. Il collabore également à l’Almanach du Père Peinard (1894-1899), d'Émile Pouget[8]. Dans une perspective plus ou moins socialisante, il peint Le Démolisseur en 1897.

En 1914, Signac demeure fidèle à ses conceptions internationalistes et est très affecté par le ralliement de beaucoup d'anarchistes à l’union sacrée, en particulier par la signature de Jean Grave au Manifeste des Seize[8]. Par la suite, il engage son talent sur des paysages sans personnage, avec une palette de plus en plus libre et une grande passion des couleurs (recréer la nature). Parmi les toiles : Portrait de Félix Fénéon, Le Grand-Père, Le Petit Déjeuner à la salle à manger, Femmes au puits, des paysages de Bretagne et de Normandie, des toiles méditerranéennes (Vue de Collioure, La Voile jaune à Venise).

Il est nommé peintre officiel de la Marine en 1915. À partir de 1913, il se sépare de Berthe et il séjourne régulièrement à Antibes avec sa seconde épouse, Jeanne Selmersheim-Desgrange, qui est peintre également. En 1915 leur naît une fille, Ginette. Cette période est troublée pour Signac, car il vit très douloureusement la Première Guerre mondiale.

En 1929, il commence une série d’aquarelles des ports de France. Ce projet l’oblige à visiter de nombreuses régions côtières. En 1930, il loue une maison de pêcheur à Barfleur, dans la rue Saint-Nicolas.

Il meurt en 1935, à l'âge de 71 ans, d'une longue maladie. Il repose au cimetière du Père-Lachaise, division 67.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Peintures[modifier | modifier le code]

Dessins et aquarelles[modifier | modifier le code]

Le peintre est assis de profil, chapeau sur la tête, barbe et petites lunettes.
Paul Signac, Maximilien Luce lisant « La Révolte » (1891)[12].

Pour ses aquarelles, la palette de Signac était composée des couleurs suivantes et dans cet ordre de succession : d'abord les jaunes (cadmium pâle, clair, foncé et orangé), puis les rouges (vermillon, garance rose dorée, garance rose et garance foncée), le violet de cobalt, les bleus (outremer, cobalt, cæruleum) et enfin les verts (vert Véronèse, émeraude, vert de Prusse, vert de Hooker)[13]. Il variait également ses teintes en ajoutant une pointe de blanc de Chine, qui donne « des blancs laiteux, des roses nacrés, des mauves d'une finesse exquise[14] ».

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ses trois prénoms sont : Paul Victor Jules.
  2. Vincent Noce, « Signac met les voiles », Libération, 9 septembre 2013, texte intégral.
  3. Voir l'article.
  4. a et b Jacques Lassaigne, La Grande Histoire de la peinture, Skira, vol. 14, 1974, p. 62.
  5. Jacques Lassaigne, La Grande Histoire de la peinture, p. 58.
  6. Cahier Paul Signac, supplément du Nouvelliste du 13 juin 2003, p. 7.
  7. Mentionné par Georges Roque, « Signac et la théorie des couleurs », dans Signac. Les couleurs de l'eau, Gallimard, Paris, 2013 [en ligne], URL : http://www.academia.edu/8104787/Signac_et_la_th%C3%A9orie_de_la_couleur, p. 31.
  8. a et b Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : Notice biographique.
  9. (en) Vienna Philharmonic Finds Owners of a Nazi Gift, sur le site nytimes.com, consulté le 15 avril 2014.
  10. « Un Signac volé par les nazis restitué grâce au Philharmonique de Vienne », sur le site lefigaro.fr, consulté le 15 avril 2014.
  11. Le Télégramme du .
  12. Dessin paru en première page de la revue Les Hommes d'aujourd'hui, no 376, juillet 1890. Marina Ferretti-Bocquillon, op. cit., p. 12, 118.
  13. Marina Ferretti-Bocquillon, Signac aquarelliste, Adam Biro, 2001, 143 p. (ISBN 978-2876603035).
  14. Paul Signac, Jongkind, Les Éditions G. Crés & compagnie, 1927.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En 1899, Signac publie D'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, une sorte de manifeste de ce qu'il considère comme nouvelle peinture, réédité chez Hermann en 1998.

  • Cristina Baron, En escale à Saint-Tropez dans le sillage de Paul Signac, Éditions Le Télégramme/Pêcheur d'images, coll. « Beaux-Arts », 2004, 110 p. (ISBN 978-2848331157).
  • Françoise Cachin, Signac, catalogue raisonné de l'œuvre peint, Gallimard, 2000, 430 p. (ISBN 978-2070115976).
  • Anne Distel, Signac. Au temps d'harmonie, Gallimard, Réunion des Musées nationaux, Paris, 2001, 127 p. (ISBN 9782070760985).
  • Richard Thomson, Ruines théoriques, rhétoriques et révolution. Paul Signac et l'anarchisme dans les années 1890, Arts et Société, séminaire du 9 décembre 2010, Texte intégral.
  • Michaël Faure, Eric Franz et al., « Signac », Beaux-arts magazine, Paris, 2001.
  • Marina Ferretti-Bocquillon, Georges Roques et al., Signac. Les couleurs de l'eau, Gallimard, Paris, 2013, 240 p. (ISBN 9782070141067).
  • Stephanie Hockliffe, « Signac ou le combat néo-impressionniste », Le Monde, publié le 21 mai 2001, p. 8.

Notices[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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