Copyleft

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Le symbole du copyleft, avec un C « inversé » (tourné à gauche), est l'« opposé » du copyright (C tourné à droite). En 2009, il n'est pas reconnu comme symbole légal.

Le copyleft[Note 1], parfois traduit comme gauche d'auteur, est l'autorisation donnée par l'auteur d'un travail soumis au droit d'auteur (œuvre d'art, texte, programme informatique ou autre) d'utiliser, d'étudier, de modifier et de diffuser son œuvre, dans la mesure où cette même autorisation reste préservée.

L'auteur refuse donc que l'évolution possible de son travail soit accompagnée d'une restriction du droit à la copie, à l'étude, ou à de nouvelles évolutions. De ce fait, le contributeur apportant une modification (correction, ajout, réutilisation, etc.) est contraint de redistribuer ses propres contributions avec les mêmes libertés que l'original. Autrement dit, les nouvelles créations réalisées à partir d'œuvres sous copyleft héritent de fait de ce statut de copyleft : ainsi, ce type de licence permet un partage de la création ou de la connaissance, comme bien commun, qui permet aux œuvres culturelles d'être développées librement.

Jeu de mots et traductions[modifier | modifier le code]

Le terme copyleft est un jeu de mot construit par opposition au terme copyright. Dans sa structure, il joue sur l'opposition droite/gauche (right/left). Dans sa signification, on peut penser que left fait référence à leave (laisser, abandonner). Cependant, le copyleft est un moyen de se servir du copyright du programme. Cela ne signifie pas d'abandonner le copyright[1] ; en réalité, faire cela rendrait le copyleft impossible.

L'idée suggérée par Copyleft est donc laisser copier, en opposition avec copyright (Droit de reproduction/d'auteur). Il est tantôt traduit en français par gauche d'auteur (par le projet GNU ou la FSF) par opposition à droit d'auteur, mais en perdant alors la notion de copie autorisée ; tantôt aussi par copie laissée dans le sens droits de reproduction abandonnés.

Fondements[modifier | modifier le code]

« L'idée centrale du copyleft est de donner à quiconque la permission d'exécuter le programme, de le copier, de le modifier, et d'en distribuer des versions modifiées - mais pas la permission d'ajouter des restrictions de son cru. C'est ainsi que les libertés cruciales qui définissent le logiciel libre sont garanties pour quiconque en possède une copie ; elles deviennent des droits inaliénables[2]. »

— Richard Stallman

Le copyleft est un terme de Don Hopkins largement popularisée à partir de 1984 par Richard Stallman dans le cadre du projet GNU notamment par la création de la Free Software Foundation en 1985 et de la licence GPL publié en 1989. Tiré de Le Projet GNU par Richard Stallman[3] :

« En 1984 ou 1985, Don Hopkins (dont l'imagination était sans borne) m'a envoyé une lettre. Il avait écrit sur l'enveloppe plusieurs phrases amusantes, et notamment celle-ci : "Copyleft - all rights reversed" [« couvert par le gauche d'auteur, tous droits renversés »]. J'ai utilisé le mot copyleft pour donner un nom au concept de distribution que je développais alors. »

En matière juridique, le fondement du copyleft est le droit des contrats : la licence est un contrat unilatéral qui respecte les exigences légales de la propriété intellectuelle. Cette licence fait alors office de loi entre les parties.

La licence libre la plus connue utilisant le copyleft est la licence publique générale GNU mais il existe aussi d'autres licences, spécifiquement créées pour certains domaines très divers (art, jeu de rôle, revue scientifique, etc.), qui peuvent être considérées comme des « licences copyleft ».

Toutes les licences de logiciel libre ne sont pas basées sur le principe du copyleft. Certaines permettent d'employer la création de base en appliquant d'autres conditions sur les modifications (qui peuvent être propriétaires). Ces licences sont dites permissives car elles permettent d'éditer le logiciel dérivé sous une autre licence, voire une licence propriétaire. À l'inverse, les critiques des licences libres non-copyleft considèrent que ces licences sont un risque pour la liberté logicielle, dans la mesure où elles permettent à un développeur de ne pas partager le code modifiant le code libre initial. La licence libre non-copyleft la plus connue est la licence BSD et ses dérivées.

Régime juridique[modifier | modifier le code]

Logo du projet GNU.

En droit du copyright, un auteur peut renoncer à l'ensemble de ses droits et faire entrer ses œuvres dans le domaine public où elles pourront être utilisées librement par tous[4]. En droit d'auteur, l'auteur peut renoncer à ses droits patrimoniaux, mais pas à son droit moral[5]. Il lui est possible d'accepter par avance que son œuvre soit modifiée pour les besoins du libre usage. Il ne peut toutefois renoncer de manière préalable et générale à son droit au respect, et pourra ainsi interdire toute utilisation qui lui causerait un dommage. Juridiquement, cette renonciation s'analyse en un don à public indéterminé[6].

L'auteur peut également permettre à tous de reproduire, modifier et diffuser librement sa création, sous réserve de conditions stipulées dans un contrat de licence[7]. Dans la mesure où l'auteur n'a pas renoncé à ses droits, les modifications de sa création, qui constituent une œuvre dérivée, nécessitent son autorisation. L’auteur détermine ainsi les utilisations permises ou interdites, comme la possibilité d'utiliser l'œuvre à des fins commerciales. Si les termes de la licence ne sont pas respectés, celle-ci est résolue et l'usage de l'œuvre peut être qualifié de contrefaçon. Certaines licences libres, comme la licence BSD, permettent une appropriation privative des œuvres issues des modifications de l'utilisateur. D'autres licences, comme la licence publique générale GNU ou certaines licences Creative Commons exigent que les œuvres dérivées héritent des conditions d'utilisation de l'œuvre originaire[1]. Alors que la mise en œuvre classique du droit d’auteur garantit un monopole d'exploitation au titulaire et à ses ayants droit, les licences de type GPL visent à empêcher toute appropriation individuelle de l’œuvre. Chaque personne qui fait des modifications ne peut rediffuser l'œuvre dérivée que si elle est soumise aux mêmes conditions. Dans le cas contraire, la personne commet un acte de contrefaçon en rediffusant l'œuvre sans autorisation. Si elle le fait, l'œuvre dérivée ne se retrouve cependant pas automatiquement sous licence libre. Son auteur conserve tous ses droits[Note 2] et l'auteur de l'œuvre originale ne peut que demander à la justice de faire cesser la diffusion ou tenter d'obtenir des dommages-intérêts. En droit copyleft, un auteur renonce définitivement à l’ensemble de ses droits ; l'hérédité de la licence Copyleft empêche théoriquement toute réappropriation privée, y compris pour une œuvre dérivée, contrairement par exemple aux marques commerciales qui tombent dans le domaine public ou aux œuvres sous licences Creative Commons CC0 ou CC-BY.

Copyleft fort / copyleft standard[modifier | modifier le code]

On parle de copyleft fort lorsque les redistributions du logiciel ou de l'œuvre en question, modifiés ou non, ainsi que de tous les composants ajoutés, ne peuvent se faire que sous la licence initiale.

On parle de copyleft faible/standard lorsque les redistributions du logiciel ou de l'œuvre en question, modifiés ou non, se font sous la licence initiale mais que de nouveaux composants peuvent être ajoutés sous d'autres licences voire sous licences propriétaires.

Critique[modifier | modifier le code]

Licence virale[modifier | modifier le code]

La licence virale est un terme péjoratif utilisé pour décrire par analogie avec un virus qui se propage en contaminant d'autre cellules pour se reproduire, une licence de logiciel qui autorise des travaux dérivés uniquement lorsque ces derniers sont sous la même licence que l'original, autrement dit une licence copyleft.

Née dans le monde des logiciels libres et opensource, cette expression a d'abord été utilisée dans des discussions en anglais sous la forme viral licence pour qualifier la licence de logiciel libre GNU GPL[8],[9],[10],[11],[12],[13].

Par la suite l'expression a notamment ensuite été reprise par Microsoft, par l'intermédiaire de son vice président de l’époque Craig Mundie (en) qui l’a employé dans des formules comme « This viral aspect of the GPL poses a threat to the intellectual property of any organization making use of it." », en français « l'aspect viral de cette licence est une menace pour la propriété intellectuelle d'une organisation qui l’utiliserait »[14], en particulier pour qualifier le copyleft qui avait pour but que du code d'un logiciel libre soit utilisable dans un autre logiciel à condition qu'il soit lui aussi diffusé avec la licence GPL ou une licence compatible, pour préserver le caractère libre du logiciel. Dans le monde du logiciel libre, les licences dites libres se divisent entre licences qui ont une clause copyleft et celles qui n'en ont pas, et qui sont parfois qualifiées de permissives[15] Dans un autre contexte mais avec une idée similaire, Steve Ballmer, qui deviendra CEO de Microsoft, a comparé de manière virulente la licence GPL à un cancer qui s'étend à tous les logiciels qui utilisent du code sous cette licence, en voulant établir que cette licence était incompatible avec le commerce du logiciel, littéralement « a cancer that attaches itself in an intellectual property sense to everything it touches" »[16].

Les licences Copyleft[modifier | modifier le code]

  • la Licence CeCILL, pour CEA CNRS INRIA Logiciel Libre, une licence libre française ;
  • la Design Science License (en), pour Design Science License ;
  • la GFDL, pour GNU Free Documentation License, en français Licence de documentation libre GNU ;
  • la GNU GPL, pour GNU General Public License, en français Licence publique générale GNU ;
  • la Licence CC-BY-SA, pour Licence Attribution (by) + Share-alike (sa), en français Paternité (by) + Partage des conditions initiales à l'identique (sa) de Creative Commons, les 5 autres combinaisons Creative Commons ne sont pas copyleft ;
  • la Licence Art Libre ;
  • la MPL, pour Mozilla Public License, en français Licence publique Mozilla ;
  • l'ODbL, pour Open Database License, en français Licence Open Database ;
  • l'OSL pour Open Software License ;
  • Davantage de licences libres sur commons.
  • La SIL Open Font License pour les polices de caractères copyleft

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le terme anglais copyleft se traduit littéralement en français par « copie laissée ». Mais du fait que left signifie également « gauche » et s'oppose ici à right qui signifie également « droite », copyright forme un double jeu de mot. Pour cette raison, on traduit souvent par gauche d'auteur qui lui aussi forme un jeu de mot, simple en français mais également joueur par son côté créatif et inattendu.[interprétation personnelle]
  2. Articles L 113-2 alinéa 2 et L 113-4 du code de la propriété intellectuelle. Jurisprudence cour de cassation, 1re chambre civile du 22 juin 1959 « L'auteur de l'œuvre première et l'auteur de l'œuvre composite ont des droits concurrents ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Qu'est-ce que le copyleft ?, site GNU (lien).
  2. Richard Stallman dans Le Projet GNU.
  3. Le Projet GNU.
  4. (en) § 106A e) de la loi des États-Unis d'Amérique sur le copyright(texte).
  5. article L 121-1 (texte).
  6. Pierre-Yves Gautier, Propriété littéraire et artistique, PUF, 2007, no 322 Don sur l'Internet.
  7. Valérie-Laure Benabou et Joëlle Farchy (Dir.) La mise à disposition ouverte des œuvres de l'esprit, CSPLA, 2007.(France)(texte).
  8. Paul Vixie, « Re: Section 5.2 (IPR encumberance) in TAK rollover requirement draft », IETF Namedroppers mailing list,‎ (consulté le 29 avril 2007)
  9. « General Public Virus », Jargon File 2.2.1,‎ (consulté le 29 avril 2007)
  10. Stig Hackvän, « Reverse-engineering the GNU Public Virus — Is copyleft too much of a good thing? », Linux Journal,‎ (lire en ligne)
  11. Bill Stewart, « Re: propose: `cypherpunks license' (Re: Wanted: Twofish source code) », Cypherpunks mailing list,‎ (consulté le 29 avril 2007)
  12. Joe Buck, « Re: Using of parse tree externally », GCC mailing list,‎ (consulté le 29 avril 2007)
  13. L. Adrian Griffis, « The GNU Public Virus »,‎ (consulté le 29 avril 2007)
  14. Craig Mundie, « Speech Transcript - Craig Mundie », New York University Stern School of Business,‎ (consulté le 23 août 2008)
  15. « liste des licences avec commentaires », sur http://www.gnu.org
    classification par la FSF (Fondation pour le Logiciel libre)
  16. (en) Dave Newbart, « Microsoft CEO takes launch break with the Sun-Times », Chicago Sun-Times, Chicago Sun-Times,‎ « Microsoft CEO takes launch break with the Sun-Times » (version du 15 juin 2001 sur l'Internet Archive)

Annexes[modifier | modifier le code]

Caractère Unicode copyleft[modifier | modifier le code]

Bien qu'il n'y ait pas en tant que tel de caractère copyleft dans le répertoire d'Unicode, on peut le construire à partir des caractères "lettre latine minuscule c renversé" (U+2184) et "cercle englobant" (U+20dd). Ce dernier caractère est combinant c'est-à-dire qu'il s'associe au caractère précédent, ce qui résulte en la combinaison ↄ⃝ . Peu de polices de caractères courantes supportent ces deux caractères, on peut néanmoins citer la police gratuite symbola.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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