Clovis Trouille

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Clovis Trouille
Naissance

La Fère (Aisne)
Décès
(à 85 ans)
Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis)
Nationalité
Française
Activité
Peintre
Formation
École des beaux-arts d'Amiens

Camille Clovis Trouille, né le , à La Fère (Aisne), et mort le , à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), est un peintre français.

Anticlérical et antimilitariste, il est traumatisé par la Première Guerre mondiale et se définit comme anarchiste[1],[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Clovis Trouille fréquente l'école des beaux-arts d'Amiens de 1905 à 1910[3].

En 1907, il remporte le Premier Prix des Beaux-Arts de la ville d'Amiens pour son travail La Jeune Fille blonde[4],[5].

Il commence à travailler comme illustrateur et créateur pour la maison de couture Draeger et collabore à la presse locale.

En 1912, mobilisé pour le service militaire, il passe sept ans sous les drapeaux, dont quatre ans pendant la Première Guerre mondiale sur les fronts de Picardie et de Champagne.

Traumatisé par la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1920, il épouse Jeanne Vallaud, avec qui il a deux filles. Ils s'installent à Paris, où il travaille, à partir de 1925, pendant trente-cinq ans comme maquilleur-retoucheur chez un fabricant de mannequins de vitrines[4].

Pendant ses loisirs, il peint des toiles où les thèmes de l'anticléricalisme, de l'érotisme, de l'humour macabre et de l'antimilitarisme reviennent en boucle, ridiculisant tous les pouvoirs.

Traumatisé par la Première Guerre mondiale, il se définit comme anarchiste. Il contribue à la presse libertaire dont le Le Libertaire et Le Monde libertaire[6]. Athée militant, il s'interroge : « J'ai toujours été contre l'imposture des religions. Est-ce en peignant la cathédrale d'Amiens que j'ai pris conscience de tout ce music-hall[7] ? »

« Grand maître de cérémonie du tout est permis »[modifier | modifier le code]

Sa peinture, qui exalte la couleur et l'érotisme, et pourfend « le sabre et le goupillon », est proche de celle des surréalistes, ce qui le fait remarquer en 1930 par Salvador Dalí et André Breton, ce dernier le surnomme affectueusement « Grand maître de cérémonie du tout est permis[8],[9] ».

En 1930, une de ses œuvres, Remembrance (1930) est exposée au Salon des Artistes et écrivains révolutionnaires. Elle est reproduite, en décembre 1931, dans le troisième numéro de la revue Le Surréalisme au service de la révolution[10]. Clovis Trouille s'éloigne ensuite de ce courant en revendiquant ses influences de la Renaissance. Son œuvre emprunte aussi à la culture de masse, notamment à la bande dessinée[11] et au kitsch[12].

Entre 1933 (il figure alors, avec Jeanne Besnard-Fortin, Julio González et Emmanuel Mané-Katz, « en réaction contre le conformisme des salons officiels », parmi les initiateurs de la création du groupe des Surindépendants[13]) et 1935, et entre 1941 et 1952, il présente régulièrement des œuvres dans les expositions indépendantes.

Le 12 octobre 1951, il co-signe dans Le Libertaire une « Déclaration préalable » au manifeste « Surréalisme et anarchisme » : « La lutte pour le remplacement des structures sociales et l’activité déployée par le surréalisme pour transformer les structures mentales, loin de s’exclure, sont complémentaires. Leur jonction doit hâter la venue d’un âge libéré de toute hiérarchie et toute contrainte[14]. »

Une démarche anti-commerciale[modifier | modifier le code]

Clovis Trouille est peu connu car il ne recherchait pas la gloire : « Il est vrai que je n'ai jamais travaillé en vue d'obtenir un grand prix à une biennale de Venise quelconque, mais bien plutôt pour mériter dix ans de prison et c'est ce qui me paraît le plus intéressant[15]. » Il ne voulait pas vendre ses toiles. Lorsqu'il consentait à s'en séparer, il souhaitait parfois les récupérer afin d'y ajouter des détails : un personnage, des objets, ou simplement un grain de beauté[16].

Inspirations[modifier | modifier le code]

Dans Remembrance (1930), il met en scène un cardinal dont le manteau pourpre s’ouvre sur des jambes de femme avec porte-jarretelles et bas noirs tandis qu’un académicien reçoit en pleine figure le pet d’un animal. Au premier plan du tableau, des squelettes de soldats en uniforme serrent dans leurs bras un lapin au pied d’une croix de bois portant comme seule inscription 1914-1918, la sale guerre où ils se sont fait tirer « comme des lapins ». Et c’est au prix de furieuses contorsions que la République détourne de sa vue la pluie de médailles qu’elle déverse du ciel[17].

L’humour aussi est souvent présent dans son œuvre, comme lorsqu’il met en scène ses propres funérailles (Mes funérailles), avec des titres-calembours. Ses tableaux se nourrissent aussi de références à la littérature (Le Bateau ivre) ou à la peinture classique, par exemple Le Rêve d’Alice qui renvoie au Pèlerinage à l'île de Cythère d'Antoine Watteau[17].

En 1969, Kenneth Tynan s'inspire d'une de ses œuvres pour le titre de la revue théâtrale d'avant-garde Oh! Calcutta!, qui est un jeu de mots avec « Oh quel cul t'as[18] ! »

En 2002, le cinéaste libertaire Jean Rollin évoque Trouille dans son film La Fiancée de Dracula[4].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Remembrance, exposée au Salon des artistes révolutionnaires en 1930[3].
  • Oh ! Calcutta ! Calcutta !, technique mixte : collage photographique et huile (46 × 27 cm), 1946, Voir en ligne.
  • Le Bateau ivre, huile sur toile (59,5 × 79,5 cm), 1942-1963, voir en ligne.

Expositions[modifier | modifier le code]

  • 1947 : participation à l'exposition internationale surréaliste de la galerie Maeght[4].
  • 1963 : première (et dernière de son vivant) exposition particulière à la galerie Raymond Cordier.
  • 2007 : Clovis Trouille, un peintre libre et iconoclaste, musée de Picardie, Amiens[3].
  • 2010 : Voyous, Voyants, Voyeurs, musée d’art et d’histoire Louis Senlecq.
  • 2011-2012 : « Hey! modern art & pop culture », Halle Saint-Pierre, musée d'art brut et d'art singulier, Paris.
  • 2015-2016 : exposition « L’Atelier de San Jeronimo à Casa del Lector », Matadero de Madrid, Fabienne Di Rocco et Eduardo Arroyo, les commissaires de l’exposition.

Collections[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

  • Martine Chaudet, Clovis Trouille, Peintre antimilitariste et anticlérical, Le Journal, Télif, 3 décembre 2009, voir en ligne.

Notices[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Equy, « Clovis Trouille, le zouave et l’amante religieuse », Le Monde libertaire, juillet-septembre 2004, p. 15-18.
  2. Culturebox, Le peintre anarchiste Clovis Trouille exposé au musée du Vieux Château, Francetvinfo, 10 décembre 2012, lire en ligne.
  3. a, b et c Ixchel Delaporte, « Clovis Trouille, l'érotisme sans peur et sans reproches », L'Humanité, 13 août, 2007, lire en ligne.
  4. a, b, c et d (ca) Anarco Efemerides : notice biographique.
  5. (es) Efemerides Anarquistas : Notice biographique.
  6. René Bianco, 100 ans de presse anarchiste : Clovis Trouille.
  7. Guillaume Doizy, Jean-Claude Gardes (s/d), « Caricature et religion(s) », Ridiculosa, vol. 15, Équipe interdisciplinaire de recherche sur l'image satirique, 2008, page 30.
  8. Mat Von Petrolo, « Clovis Trouille fout la pétoche au Bon Dieu ! », Chéribibi, no 7, décembre 2011, lire en ligne.
  9. Régine Deforges, Le Paris de mes amours. Abécédaire sentimental, Plon, 2011, page 311.
  10. (en) J. H. Matthews, Surrealism: Perspectives on the Avant-Garde, Syracuse Scholar (1979-1991), vol. 5, no 1, été 1984, page 6.
  11. Voir Fabrice Flahutez, Sylvie Couderc, Clovis Trouille. Un peintre libre et iconoclaste, éd. Musée de Picardie, Amiens Métropole, 2007.
  12. (en) Gary Shapiro, « The Absent Image », Journal of Visual Culture, vol. 6, no 1, avril 2007, p. 14, DOI:10.1177/1470412907075065, lire en ligne.
  13. « Jeanne Besnard-Fortin », in Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, t. 2.
  14. Jean-Louis Bédouin, Robert Benayoun, André Breton, Roland Brudieux, Adrien Dax, Guy Doumayrou, Jacqueline Duprey-Senard, Jean-Pierre Duprey, Jean Ferry, Georges Goldfayn, Alain Lebreton, Gérard Legrand, Jehan Mayoux, Benjamin Péret, Bernard Roger, Jean Schuster, Anne Seghers et Clovis Trouille et leurs camarades étrangers actuellement à Paris, « Surréalisme et anarchisme. Déclaration préalable », Le Libertaire, 12 octobre 1951, lire en ligne.
  15. Michel Onfray, Clovis Prévost, Ornella Volta, Henri Lambert, Voyous, voyants, voyeurs. Autour de Clovis Trouille (1889-1975), ouvrage collectif sous la direction d’Anne-Laure Sol, conservateur du musée d’art et d’histoire Louis Senlecq, Somogy éditions d’art, Paris, 2009 (ISBN 978-2-7572-0324-8), présentation éditeur.
  16. Gonzague Saint Bris, « Convulsions surréalistes : La collection de Daniel Filipacchi », Beaux Arts magazine, no 278,‎  :

    « [Clovis Trouille] ne voulait rien vendre. Je lui ai proposé de faire un livre sur lui. Nous sommes devenus amis et il m’a cédé une toile représentant des bonnes sœurs s’embrassant. Un peu plus tard, il m’appelle et me demande de lui rapporter la toile… J’étais un peu inquiet pensant qu’il cherchait à la récupérer. Il m’a simplement dit qu’il voulait la garder quelques jours et quand il me l’a restituée, il avait ajouté quelque chose : la bonne sœur dans le trou, captivée par la scène du baiser entre deux nonnes. Un an plus tard, il me demande de revenir encore une fois avec le tableau. Et encore une fois il le garde pendant plusieurs jours. Quand il me le rend, il a ajouté deux petits livres de messe tombés sur le sol. Une troisième fois, Clovis Trouille me fait savoir qu’il voudrait encore ajouter un petit détail à son œuvre “inachevée”. Cette fois, il garde la toile assez longtemps et quand il me la rend, je n’ai pas tout de suite remarqué ce “petit détail” : un grain de beauté sur la cuisse dénudée de la bonne sœur. »

  17. a et b Kézaco, Autour de Clovis Trouille : une exposition à l’Isle Adam, Radio France internationale, 7 décembre 2009, lire en ligne.
  18. (en) Geoffrey Moorhouse, Calcutta, Penguin Books India, 1971, page 6.
  19. Jean-Pierre Turmel, Gouffres et Cimes, éd. Camion Blanc, 2012, page 237.