Ursula K. Le Guin

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Ursula K. Le Guin
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Ursula K. Le Guin en 2008.
Nom de naissance Ursula Kroeber
Naissance
Berkeley, Californie, Drapeau des États-Unis États-Unis
Décès (à 88 ans)
Portland, Oregon, Drapeau des États-Unis États-Unis
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Anglais américain
Genres

Œuvres principales

Signature de Ursula K. Le Guin

Ursula K. Le Guin (en anglais : [ˈɜrsələ ˈkroʊbər ləˈɡwɪn]), née le à Berkeley en Californie et morte le à Portland en Oregon[1], est une écrivaine américaine de science-fiction et de fantasy.

Elle écrit des romans, des nouvelles, des poèmes, des livres pour enfants et des essais. Elle est surtout connue à partir des années 1960 pour ses nouvelles et romans de fantasy et de science-fiction dans lesquels elle se distingue par son exploration des thèmes anarchistes, taoïstes, féministes, ethnologiques, psychologiques ou sociologiques.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née à Berkeley, Ursula Kroeber Le Guin est la fille des anthropologues Alfred Louis Kroeber et Theodora Kroeber, spécialisés dans les cultures amérindiennes[2]. Son père est considéré comme le premier diplômé en anthropologie aux États-Unis. Sa mère a eu sa propre carrière littéraire.

Elle vit à Portland en Oregon à partir de 1958. Son intérêt pour la littérature se déclare très tôt puisqu'à onze ans elle soumet déjà une première histoire (refusée) au magazine Astounding Science Fiction. Ses études d'ethnologie et de littérature[3] se déroulent au Radcliffe College, à l'université Columbia de New York puis en France où elle rencontre son mari, Charles Le Guin. Elle présente en 1952 une thèse sur Les idées de la mort dans la poésie de Ronsard[4]. Ses premiers écrits ne concernent pas l'histoire fantastique de contrées imaginaires mais ce sont ces derniers qui lui permettront de publier régulièrement à partir des années 1960. Son premier roman remarquable est Le Monde de Rocannon en 1966. Ursula K. Le Guin devient célèbre à partir de la publication en 1969 de son roman La Main gauche de la nuit qui reçoit les prix Hugo du meilleur roman et prix Nebula du meilleur roman.

Elle a été traduite en quarante langues[5]. On la considère politiquement comme marquée à gauche[5].

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Œuvre d'Ursula K. Le Guin.

Ursula K. Le Guin a abordé trois genres littéraires: la science-fiction, la fantasy, ainsi que la littérature jeunesse[3]. Elle a écrit également six recueils de poésie, 150 nouvelles et 4 volumes d'essais[6].

Sa science-fiction n'est pas tournée vers la technique[7]: la plupart de ses écrits se distinguent par l'importance qu'ils accordent aux sciences sociales comme la sociologie ou l'anthropologie. Ses œuvres délivrent souvent un message sur notre époque par le biais des cultures extraterrestres inhabituelles qu'elle invente. Un exemple typique est l'étude de l'identité sexuelle dans La Main gauche de la nuit.

Par ailleurs, l'autrice est connue pour sa capacité à créer des mondes crédibles, des utopies « réalistes et pragmatistes »[6]. A ce titre on l'a souvent comparé à Jack Vance[6]. Pour Gérard Klein, « c’est en réintroduisant l’utopie dans la science-fiction, qui avait surtout cultivé l’anti-utopie, qu’elle affirme son ambition : faire ou plutôt refaire de la science-fiction une littérature expérimentale sur le terrain social et renouer par là avec la tradition de H.G. Wells »[5].

Ces utopies sont profondément humaines[6]: ainsi ses œuvres dans le domaine de la fantasy (Cycle de Terremer) sont beaucoup plus centrés sur la condition humaine que ceux d'autres auteurs comme J. R. R. Tolkien.

Même si la question du féminisme apparaît de temps à autres dans ses œuvres, certains critiques ne la considèrent pas entièrement comme une autrice féministe en tant que tel[6]. Il faut noter d'ailleurs que ses premiers romans sont situés dans des monde d'homme, exprimant un point de vue masculin[6]. Elle avoue avoir dû faire un certain cheminement pour « prendre la plume à la première personne du singulier féminin »[6], à partir dans L’œil du Héron en 1978. Son dernier roman, Lavinia aborde la vie d'une femme, celle d'Enée: à ce titre il est possible que cela explique en partie qu'elle le considère comme son meilleur roman[6].

Ce fut également un très grande styliste, la forme reflétant le fond, comme dans Terremer ou dans Les dépossédés.

Son travail reste malgré tout particulièrement atypique, sans vraiment d'équivalent, de par la précision de ses écrits, leurs foisonnements et les réflexions qu'ils nourrissent[6]. Elle reconnaît dans la genèse de son œuvre l'influence de Charles Darwin, pour la pureté de son raisonnement, ainsi que Virginia Woolf (en particulier Une Chambre à soi et Trois Guinées) et Charles Dickens[6]. Elle avoue une grande admiration pour l’œuvre Philip K. Dick avec qui elle entretint une correspondance très importante[6]. Elle a par contre en partie fait l'impasse sur les œuvres de « l'âge d'or » de la science-fiction, qu'elle trouvait archétypales, ce qui a préservé à la fois son originalité et lui a permis de trouver des portes éditoriales.

Elle ne se réclame en outre d'aucun genre ( « je doute que science-fiction soit le meilleur terme possible, mais c’est celui dont nous disposons. Pour ma part, je peux devenir susceptible et agressive si l’on me qualifie uniquement d’auteure de SF. Chose que je ne suis pas. Je suis romancière et poétesse. Ne me mettez pas dans une fichue case, où je ne rentrerai pas d’ailleurs car j’en déborde »[6]. Son œuvre, à la frontière du réalisme et de la fantasy, a pu ainsi inspirer un certains nombre d'auteurs américains[5] même si elle a pu s'agacer que quelques-uns d'entre eux se réclament de la littérature de l'imaginaire mais publiant en littérature générale, comme les œuvres de Don DeLillo ou encore Cormac McCarthy avec La Route[6].

Regrettant le manque de reconnaissance de la fantasy et de la science-fiction[6], elle a ainsi défendu ardemment ces gents, notamment lorsqu'on lui a remis le National Book Award : « les écrivains qui ont été exclu de la littérature pendant si longtemps, mais camarades auteurs de fantasy et de science-fiction, les écrivains de l'imaginaire qui au cours des cinquante dernières années ont regardé les grands prix décernés aux soi-disant "réalistes"  »[6].

Réception critique[modifier | modifier le code]

Les critiques français semblent dans l'ensemble classer Ursula k. Le Guin parmi les auteurs de fantasy et de science-fiction de premier plan. Ainsi dès 1975, Henri-Luc Planchat rapproche Ursula K. Le Guin, de par ses qualités d'écriture et ses thématiques, de Marguerite Yourcenar[8]. André-François Ruaud parle de Terremer comme l'un des « premiers chefs d’œuvre de la Fantasy moderne », appréciant chez Ursula K. Le Guin sa profondeur et son souci de réalisme[9]. Irène Langlet, professeure de littérature contemporaine à l’Université de Limoges, considère que Ursula k. Le Guin « fait partie des grands classiques de la science-fiction, au moins à égalité avec Philip K. Dick »[3],même si elle reconnait que ses derniers romans des années 2000 semblent un peu en-dessous du reste de sa production. Jacques Sadoul présente un avis beaucoup plus mitigé, dans les années 1980 en tout cas, évoquant une œuvre « pesante, ennuyeuse et écrite dans un style désespérément universitaire »[8].

En réaction à l'annonce de son décès, Stephen King affirme la considérer comme « une icône de la littérature »[10].

Elle a remporté cinq fois le prix Hugo, six fois le prix Nebula (dont le jury lui décerne en 2002 le titre de grand maître de la science-fiction) et dix-neuf fois le prix Locus[7]. Elle a été mentionné plusieurs fois comme possible lauréate du Prix Nobel de Littérature[11]. Elle a reçu en 2014 le National Book Award pour l'ensemble de sa carrière.

Œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

Cycle de Terremer[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Le Cycle de Terremer.

Cycle de l'Ekumen[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cycle de l'Ekumen.

Cycle des chats volants[modifier | modifier le code]

  1. Les Chats volants, Gallimard, coll. Folio Cadet, 2005 ((en) Catwings, 1988)
  2. Le Retour des chats volants, Gallimard, coll. Folio Cadet, 2006 ((en) Catwings Return, 1989)
  3. Alexandre et les chats volants, Gallimard, coll. Folio Cadet, 2007 ((en) Wonderful Alexander and the Catwings, 1994)
  4. Au revoir les chats volants, Gallimard, coll. Folio Cadet, 2008 ((en) Jane on her Own, 1999)

Chronique des rivages de l’Ouest[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Chronique des rivages de l'Ouest.
  1. Dons, L'Atalante, coll. La Dentelle du cygne, 2010 ((en) Gifts, 2004)
  2. Voix, L'Atalante, coll. La Dentelle du cygne, 2010 ((en) Voices, 2006)
  3. Pouvoirs, L'Atalante, coll. La Dentelle du cygne, 2011 ((en) Powers, 2007)

Romans indépendants[modifier | modifier le code]

Autres recueils de nouvelles[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Recueil de nouvelles d'Ursula K. Le Guin.
  • Aux douze vents du monde, Le Bélial', 2018 ((en) The Wind's Twelve Quarters, 1975)
    • Les Maîtres, 1982 ((en) The Masters, 1963), trad. Lorris Murail et Natalie Zimmermann
    • La Boîte d'ombre, 1978 ((en) Darkness Box, 1963), trad. Marc Duveau
    • Le Mot de déliement, 2015 ((en) The Word of Unbinding, 1964), trad. Pierre-Paul Durastanti
    • Voyage, 1972 ((en) The Good Trip, 1970), trad. Alain Le Bussy
    • Les Choses, 1985 ((en) The End / Things, 1970), trad. Henry-Luc Planchat
    • La Forêt de l'oubli, 1978 ((en) A Trip to the Head, 1970), trad. Henry-Luc Planchat
    • Le Collier de Semlé, 1978 ((en) Semley’s Necklace, 1965), trad. Jean Bailhache
    • Avril à Paris, 1978 ((en) April in Paris, 1962), trad. Jean Bailhache
    • La Règle des noms, 1978 ((en) The Rule of Names, 1964), trad. Jean Bailhache
    • Le Roi de Nivôse, 1978 ((en) Winter's King, 1969), trad. Jean Bailhache
    • Neuf vies, 1976 ((en) Nine Lives, 1969), trad. Jean Bailhache
    • Plus vaste qu'un empire, 1975 ((en) Vaster Than Empires and More Slow, 1971), trad. Claude Saunier
    • Étoiles des profondeurs, 1978 ((en) The Stars Below, 1974), trad. Jean Bailhache
    • Champ de vision, 1974 ((en) Field of Vision, 1973), trad. Jacques Polanis
    • Le Chêne et la Mort, 1978 ((en) Direction of the Road, 1973), trad. Jean Bailhache
    • À la veille de la révolution, 1975 ((en) The Day Before the Revolution, 1974), trad. Jean-Pierre Pugi
    • Ceux qui partent d'Omelas, 1975 ((en) The Ones Who Walk Away from Omelas, 1973), trad. Henry-Luc Planchat
  • Les Quatre Vents du désir, Pocket, coll. Pocket Science-fiction, 1988 ((en) The Compass Rose, 1982)
    • L'Auteur des graines d'acacia, 1988 ((en) "The Author of the Acacia Seeds" and Other Extracts from the Journal of the Association of Therolinguistics, 1974)
    • La Nouvelle Atlantide, 1980 ((en) The New Atlantis, 1975)
    • Le Chat de Schrödinger, 1988 ((en) Schrödinger's Cat, 1974)
    • Deux retards sur la ligne du Nord, 1988 ((en) Two Delays on the Northern Line, 1979)
    • Le Test, 1983 ((en) SQ, 1978)
    • Une pièce d'un sou, 1988 ((en) Small Change, 1981)
    • Premier rapport du naufragé étranger au Kadanh de Derb, 1988 ((en) The First Report of the Shipwrecked Foreigner to the Kadanh of Derb, 1978)
    • Le Journal de la rose, 1976 ((en) The Diary of the Rose, 1976)
    • L'Âne blanc, 1988 ((en) The White Donkey, 1980)
    • Le Phœnix, 1988 ((en) The Phoenix, 1982)
    • Intraphone, 1977 ((en) Intracom, 1974)
    • L'Œil transfiguré, 1988 ((en) The Eye Altering, 1974)
    • Labyrinthes, 1988 ((en) Mazes, 1975)
    • Les Sentiers du désir, 1988 ((en) The Pathways of Desire, 1979)
    • La Harpe de Gwilan, 1988 ((en) Gwilan's Harp, 1977)
    • Malheur County, 1988 ((en) Malheur County, 1979)
    • L'eau est vaste, 1988 ((en) The Water Is Wide, 1976)
    • Le Récit de sa femme, 1988 ((en) The Wife's Story, 1982)
    • Quelques approches au problème du manque de temps, 1988 ((en) Some Approaches To The Problem of The Shortage of Time, 1979)
    • Sur, 1988 ((en) Sur, 1982)
  • Chroniques orsiniennes, Actes Sud, coll. Babel, 1989 ((en) Orsinians Tales, 1976)
    • Les Fontaines, 1989 ((en) The Fountains, 1976)
    • Le Galgal, 1989 ((en) The Barrow, 1976)
    • La Forêt d'Ile, 1989 ((en) Ile Forest, 1976)
    • Conversation dans la nuit, 1989 ((en) Conversations At Night, 1976)
    • La Route vers l'est, 1989 ((en) The Road East, 1976)
    • Frères et Sœurs, 1989 ((en) Brothers and Sisters, 1976)
    • Une semaine à la campagne, 1989 ((en) A Week In The Country, 1976)
    • An Die Musik, 1989 ((en) An Die Musik, 1961)
    • La Maison, 1989 ((en) The House, 1976)
    • La Dame de Moge, 1989 ((en) The Lady of Moge, 1976)
    • Pays imaginaires, 1989 ((en) Imaginary Countries, 1973)
  • Pêcheur de la mer intérieure[12], Souffle du Rêve, 2010 ((en) A Fisherman of the Inland Sea, 1994)
    • Première rencontre avec les Gorgonides, 2010 ((en) The First Contact with the Gorgonids, 1991)
    • Le Sommeil de Newton, 2010 ((en) Newton's Sleep, 1991)
    • L'Ascension de la face nord, 2010 ((en) The Ascent of the North Face, 1983)
    • La Première Pierre, 2009 ((en) The Rock That Changed Things, 1992)
    • Le Kerastion, 2010 ((en) The Kerastion, 1990)
    • L'Histoire des Shobies, 2010 ((en) The Shobies' Story, 1990)
    • La Danse de Ganam, 2010 ((en) Dancing to Ganam, 1993)
    • Un pêcheur de la mer intérieure, 2010 ((en) Another Story or a Fisherman of the Inland Sea, 1994)

Autres nouvelles[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

  • Le Langage de la nuit - Essais sur la science-fiction et la fantasy, Aux forges de Vulcain, 2016 ((en) The Language of the Night: Essays on Fantasy and Science Fiction, 1979)

Récompenses[modifier | modifier le code]

Citation[modifier | modifier le code]

« L'ethnologue ne peut pas toujours effacer sa propre ombre du tableau qu'il peint »

— p. 95 Pocket no 5181

Le nom du monde est forêt

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en-US) Gerald Jonas, « Ursula K. Le Guin, Acclaimed for Her Fantasy Fiction, Is Dead at 88 », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne)
  2. « L’auteure de science-fiction Ursula K. Le Guin est morte », sur Le Monde.fr (consulté le 9 avril 2018)
  3. a, b et c « Science-fiction : pourquoi il faut absolument lire Ursula Le Guin », sur usbeck et rica, (consulté le 8 avril 2018)
  4. « Ursula K. Le Guin a quitté notre réalité », L'Humanité,‎ (lire en ligne)
  5. a, b, c et d Frédérique Roussel, « Ursula K. Le Guin : Finale Fantasy », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o « La SF aux couleurs d'Ursula K. Le Guin », France Culture,‎ (lire en ligne)
  7. a et b Lloyd Chéry, « Ce que la science-fiction et la fantasy doivent à Ursula K. Le Guin », Le Point,‎ (lire en ligne)
  8. a et b Jacques Sadoul, Anthologie de la littérature de science-fiction, Paris, Ramsay, , 665 p. (ISBN 2859562311), p. 337
  9. André-François Ruaud, Cartographie du merveilleux, Gallimard, , 287 p. (ISBN 978-2070416493)
  10. « L’auteure américaine Ursula K. Le Guin est morte à 88 ans », sur Le Monde.fr (consulté le 9 avril 2018)
  11. « L’auteure américaine Ursula K. Le Guin est morte à 88 ans », sur Le Monde.fr (consulté le 9 avril 2018)
  12. a et b L'édition française a ajouté une majuscule à "Intérieure"
  13. Respectivement p7, p15, p39, p89, p112, p142, p179, p242, p280 aux éditions Robert Laffont (qui n'ont pas mis de table des matières)
  14. (en) « Ursula K. Le Guin to receive NBF Medal for Distinguished Contribution to American Letters », sur National Book Foundation (consulté le 24 janvier 2018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]