Alaric Ier

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Alaric Ier
Alaric, reproduction photographique de 1894 d'une peinture de Ludwig Thiersch
Inhumation d'Alaric dans le lit du fleuve Busento

Alaric Ier (en gotique, 𐌰𐌻𐌰𐍂𐌴𐌹𐌺𐍃), né vers 370 à Pteros (en Dobrogée, dans l'actuelle Roumanie), mort en 410 en Italie, est un aristocrate wisigoth, roi des Wisigoths de 395 à 410. Il est particulièrement connu en raison de la prise et du pillage de Rome en 410.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et formation[modifier | modifier le code]

Alaric appartient à une famille noble, membre du clan des Balthes. Selon Herwig Wolfram, il était le fils d'Alaviv.

Il naît dans le castrum de Platei Pegiae, aux bouches du Danube, à l'époque où les Wisigoths (alors nommés Thervingues) se trouvent, depuis le traité de 332 avec Constantin, pourvus du statut de fédérés (fœderati[1]), occupant le territoire de l'ancienne province de Dacie, abandonnée récemment par Rome.

Durant son enfance, il participe sous la direction de Fritigern et Alaviv au grand déplacement des Wisigoths : l'entrée dans l'Empire romain en 376 afin d'échapper à la menace des Huns ; la bataille d'Andrinople en 378, où meurt l'empereur Valens, remplacé par Théodose ; le nouveau traité de fédération de 382, qui installe les Wisigoths en Mésie.

En 394, il devient chef des fédérés wisigoths et participe sous les ordres de Stilicon à la campagne contre l'usurpateur Eugène.

En 395 Théodose meurt, laissant un empire fragilisé, partagé entre ses deux fils, Arcadius en Orient et Honorius en Occident.

Roi des Wisigoths (395) et première invasion de l'Italie (400-403)[modifier | modifier le code]

Alaric espère recevoir un grand commandement à l'occasion du changement de règne, mais cela lui est refusé. De leur côté, les fœderati sont furieux de se voir spoliés de leur part de butin. Ils acclament Alaric roi, et celui-ci envahit et pille la Thrace, la Macédoine et le Péloponnèse en 395-396, mettant à sac les prestigieuses cités grecques et vendant leurs habitants comme esclaves. Aux frontières de l'Élide et de l'Arcadie, il est arrêté par le quasi-régent de l'empire d'Occident, l'énergique Stilicon. Sans doute dans l'espoir de le neutraliser, Arcadius le nomme préfet de l'Illyrie, importante province romaine.

En 400, allié avec le chef ostrogoth Radagaise, il marche sur l'Italie, dévastant toute la partie nord avant d'être arrêté de nouveau par Stilicon. Étrangement, ce dernier n'extermine pas les troupes d'Alaric, peut-être en espérant en tirer des mercenaires. Après une autre défaite à la bataille de Vérone, Alaric quitte l'Italie en 403 pour revenir en Illyrie. À cause de son invasion, la capitale de l'empire d'Occident passe de Milan à Ravenne (Rome, délaissée par les empereurs depuis bien des années, n'était plus la capitale de l'Empire depuis longtemps.).

Seconde invasion de l'Italie (408-410)[modifier | modifier le code]

Mort d'Arcadius et de Stilicon[modifier | modifier le code]

En 408, Arcadius meurt. Alaric en profite pour demander à être payé pour cesser la guerre et réclame la somme de 2 000 kg d'or, que Stilicon fait promettre au Sénat romain de payer. Quelques mois plus tard, Honorius, jaloux du pouvoir de son ambitieux général et influencé par ses favoris, fait tuer Stilicon et ses proches. Dans la confusion qui s'ensuit, les troupes romaines massacrent les familles des fœderati, qui rejoignent alors en grand nombre les troupes d'Alaric. En septembre 408, Alaric franchit de nouveau les Alpes et assiège Rome. Les habitants affamés finissent par accepter de payer plus de 1 000 kg d'or, de la soie, du cuir et du poivre.

Le siège et la prise de Rome (409-410)[modifier | modifier le code]

Sac de Rome en 410
Miniature française du XVe siècle.

Alaric réclame également un vaste territoire entre le Danube et la Vénétie, ainsi que le titre de commandant en chef de l'armée impériale. Irrésolu et protégé à Ravenne, Honorius refuse. En 409, Alaric met de nouveau le siège devant la « Ville éternelle ». Le Sénat romain s'accorde alors avec lui pour instituer un nouvel empereur, le faible Priscus Attale, qui s'avère vite incompétent et perd la riche province d'Afrique, grenier de l'Empire, tenue par les partisans d'Honorius. Alaric doit faire face à des émeutes frumentaires à Rome et à des légions envoyées par le neveu d'Honorius, Théodose II. Il chasse Priscus Attale et tente d'ouvrir de nouveau des négociations avec Honorius. Devant leur échec, il fait une troisième fois le siège de Rome, en 410. En voyant les hautes murailles de la ville quasiment imprenable, il dit : « …plus l'herbe est drue, plus elle est facile à faucher… ». Il prend la ville sans grande difficulté, on lui ouvre tout simplement l'une des portes et c'est le célèbre sac de Rome d'août 410, le premier sac depuis des siècles, longtemps après la prise de la ville par des Celtes au IVe siècle av. J.-C.. Le pillage dure à peine trois jours. Cette violation de l'ancienne capitale impériale, aux mains des Barbares, porte un coup terrible dans les esprits des deux empires ; l'annonce, peut-être, de la fin.

Tentative de gagner l'Afrique et mort d'Alaric[modifier | modifier le code]

Peu de temps avant sa mort, il pille l'Italie du Sud et tente d'envahir l'Afrique, quand ses navires sont détruits par une tempête. Lui-même meurt d'une fièvre à la fin de l'année 410, en Calabre, dans l'actuelle province de Cosenza. Selon une légende citée déjà vers 550 par Jordanes[2], il serait enterré sous le lit de la rivière Busento[3], qui coule à Cosenza en Calabre : la rivière est détournée, la tombe creusée, son corps est inhumé avec un important trésor, puis la rivière recouvre son cours. Les esclaves ayant creusé la tombe sont mis à mort pour garder le secret. Son successeur est son beau-frère Athaulf.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ferdinand Lot, La Fin du monde antique et le début du Moyen Âge, Editions Albin Michel, coll. « L'Evolution de l'humanité », Paris, 1968, 566 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. De fœdus, "traité" : un peuple fédéré est un peuple barbare ayant signé un traité d'alliance avec Rome ; il obtient certains avantages en échange de certaines obligations militaires.
  2. Jordanes, Histoire des Goths, Paris, 1995.
  3. Voir la description de cet enterrement que donne Pierre Michon dans L'empereur d'Occident (Fata Morgana, 1989 ; réédition Verdier, 2007).
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