Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols

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Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols

Album par Sex Pistols
Sortie 28 octobre 1977
Enregistré octobre 1976, mars - juin 1977, août 1977
Studios Wessex, Londres Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Durée 38:45
Genre Punk rock
Producteur Chris Thomas
Bill Price
Label Virgin Records
Barclay

Singles

  1. Anarchy in the U.K.
    Sortie : 26 novembre 1976
  2. God Save the Queen
    Sortie : 27 mai 1977
  3. Pretty Vacant
    Sortie : 1er juillet 1977
  4. Holidays in the Sun
    Sortie : 14 octobre 1977

Never Mind The Bollocks, Here's the Sex Pistols est l'unique album studio du groupe britannique de punk rock Sex Pistols sorti le 28 octobre 1977 au Royaume-Uni sur le label Virgin Records et précédemment en France le 11 octobre sur le label Disques Barclay. Malgré les indignations, les problèmes juridiques et les interdictions de ventes qu'il subit, l'album est un véritable succès s'emparant dès sa publication du sommet du classement des ventes britanniques d'albums. Disque de platine au Royaume-Uni et aux États-Unis, l'opus est considéré comme un des disques précurseurs de la musique punk rock dans le monde et est reconnu comme l'un de ses symboles.

Genèse[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Formé à l'origine par Steve Jones au chant, Paul Cook à la batterie et Wally Nightingale à la guitare en 1972 sous le nom de The Strand[1], le groupe traîne régulièrement dans deux boutiques de King's Road à Chelsea, dont Too Fast to Live, Too Young to Die[n 1],[s 1]. Le magasin, tenu par Malcolm McLaren et Vivienne Westwood[2], est devenu un repère de la scène punk rock et du mouvement punk où se retrouvent notamment Sid Vicious, Marco Pirroni, Siouxsie Sioux, Tony James ou encore Mick Jones[r 1],[r 2]. Début 1974, Jones demande à McLaren de les aider et celui-ci devient leur manager. Ils recrutent alors Glen Matlock en tant que bassiste alors qu'il travaille de temps en temps à la boutique et qu'il fait des études d'art[s 2]. Durant l'année 1974, le Too Fast to Live, Too Young to Die devient le SEX et s'oriente vers la culture anti-fashion (en) et le sadomasochisme[s 3],[s 1],[r 1],[r 2], pendant que McLaren part quelques temps à New York pour gérer la carrière des New York Dolls[s 4],[s 5],[3]. Lorsqu'il revient à Londres en mai 1975, son intérêt pour les Strand s'accroît[s 6],[s 5], ayant vu l'émergence de la scène punk du Lower Manhattan, et il les fait répéter régulièrement sous l’œil de son ami Bernard Rhodes. Nightingale est alors mis à la porte et Jones prend sa place à la guitare[n 2].

Ils cherchent donc une voix et proposent le poste à Richard Hell, Kevin Rowland et Midge Ure mais aucun ne fait l'affaire[n 3],[s 7]. En août 1975, Rhodes repère John Lydon, un habitué de la rue et l'invite dans un pub pour qu'il rencontre Jones et Cook[l 1],[r 3],[s 8],[n 4]. À la fermeture de celui-ci, ils se rendent au SEX, où Lydon improvise sur le juke-box du magasin. Sa performance fait rire tout le monde mais McLaren le convainc de venir chanter pendant les répétitions du groupe[l 1],[s 8],[m 1]. Cook trouve un travail à plein-temps en septembre et hésite à quitter le groupe, estimant en plus que Jones n'a pas les capacités pour jouer seul les parties de guitare[s 9],[m 2]. L'arrivée de Steve New (en) pour le suppléer lui permet de progresser rapidement et un mois plus tard, Jones est de nouveau l'unique guitariste de la formation[m 3]. En parallèle, Jones renomme Lydon en Johnny Rotten pour sa mauvaise hygiène dentaire[r 4],[n 5], et le groupe prend son appellation définitive de Sex Pistols[m 4],[s 10]. Ils jouent leur premier concert sous ce nom le 6 novembre 1975 au Central Saint Martins College of Art and Design grâce à Matlock qui y est étudiant[g 1],[r 5],[s 10].

Les Sex Pistols se produisent ensuite dans de nombreux établissements scolaires autour de Londres, lançant une nouvelle mode vestimentaire avec les tenues que le SEX leur prêtait[s 11]. McLaren fait également appel à son ami et artiste Jamie Reid pour créer un logo et un design autour de la formation au printemps 1976[s 12],[r 6],[n 6]. C'est également à cette période que le groupe commence à attirer l'attention à l'étranger et avoir un article dans le NME[r 7]. Cela leur permet de jouer dans des salles plus importantes comme le 100 Club, le Marquee ou le Nashville, où ils rencontrent Joe Strummer[r 8], puis dans d'autres villes du Nord de l'Angleterre à partir de mai, notamment sous l'impulsion du premier album des Ramones[r 9],[s 13]. Les Sex Pistols, comme tout le milieu punk rock de Londres, assistent d'ailleurs au concert de ceux-ci le 5 juillet au Dingwalls (en)[r 10]. La formation britannique poursuit sa tournée estivale avec The Clash et The Damned ou Buzzcocks en première partie, et joue pour la première fois Anarchy in the U.K. le 20 juillet à Manchester[s 14].

Trois jours après une grande soirée organisée par McLaren au Screen on the Green dans le district d'Islington[s 15],[r 11], ils font leur première apparition télévisuelle lors de l'émission So It Goes d'Anthony Wilson[n 7], puis se produisent pour la première fois à l'étranger, au Chalet du Lac à Paris, le lendemain[g 2]. Lors de leur retour à Londres une semaine plus tard pour une nouvelle soirée organisée par McLaren au 100 Club Punk Festival[n 8],[s 16],[g 3], de nombreux journalistes et musiciens assistent à leur performance[s 17],[s 18],[r 12],[r 13]. L'engouement autour des Sex Pistols leur permet de signer un contrat de deux ans avec le label EMI le 8 octobre 1976[r 14].

La formation part alors en studio d'enregistrement pour une session avec Dave Goodman dans le but de « capter l'esprit du live »[s 19], mais les résultats ne leur conviennent pas et ils font appel à Chris Thomas pour la production[n 9]. Peu après, le 26 novembre, Anarchy in the U.K. sort en single, le premier du groupe[s 19]. La chanson rompt avec les standards rock de l'époque, puisqu'il mélange politique et musique, affichant sur sa pochette un visuel de l'Union Flag déchiré et rapiécé avec le nom du groupe et du morceau, symbole de l'anarchie[s 20]. En plus de leur musique, leur comportement retient également l'attention du Royaume. Ainsi, alors qu'ils remplacent Queen le 1er décembre 1976 dans l'émission Today sur Thames Television (en), Jones s'en prend au présentateur Bill Grundy et l'insulte à plusieurs reprises[n 10],[s 21]. L'altercation occupe la une des tabloïds britanniques sur plusieurs jours[r 15], Grundy est suspendu par la chaîne[4], tandis que les Sex Pistols doivent annuler plus de la moitié des dates de leur tournée Anarchy Tour[r 16]. Le battage médiatique autour de cette affaire rend populaire le mouvement punk, mais attire aussi les foudres de certains conservateurs[g 4]. Alors que trois concerts sont prévus début janvier 1977 aux Pays-Bas, le quatuor embarque ivre dans l'avion à Heathrow le matin du 4 janvier et « aurait vomi dans l'appareil ». Malgré la présence d'un représentant du label qui nie ce dernier fait, EMI cède aux pressions politiques et licencie le groupe[s 22].

Enregistrement[modifier | modifier le code]

Malcolm McLaren, le manager des Sex Pistols.

À deux doigts de signer un contrat avec A&M Records en mars 1977, les Sex Pistols entrent aux studios Wessex pour enregistrer avec le producteur Chris Thomas et l'ingénieur du son Bill Price. Le nouveau bassiste Sid Vicious, recruté avant tout pour son apparence et sa présence sur scène, n'est pas encore considéré comme ayant les capacités musicales pour enregistrer, alors le groupe demande à leur manager Malcolm McLaren de convaincre Glen Matlock de jouer de la basse lors des sessions[h 1]. Celui-ci accepte à condition d'être payé à l'avance., mais comme il ne reçoit rien, il décline l'invitation. Finalement, Chris Thomas demande au guitariste Steve Jones de jouer de la basse afin de commencer les bases de chansons. Son jeu est tellement satisfaisant que le producteur lui fait enregistrer toutes les chansons[h 2]. Quatre chansons, probablement God Save the Queen, Pretty Vacant, EMI et Did You No Wrong, sont enregistrées durant les deux jours aux studios Wessex. Les deux premières bénéficient également du chant de John Lydon et du mixage final. À la suite de la session, Chris Thomas et Bill Price commencent à travailler sur ce que pourrait être l'album entier des Sex Pistols[h 3]. Quatre jours plus tard, le groupe signe avec A&M Records mais le 16 mars, à la suite d'un incident dans lequel Sid Vicious, ivre, devient violent dans les locaux du label, le contrat est résilié et des milliers de copies du futur single God Save the Queen sont détruites[h 4].

Malgré le fait qu’A&M Records les a abandonné, Malcolm McLaren demande aux Sex Pistols de continuer à travailler sur l'album. Alors qu'il hésite à signer une offre de Virgin Records, il conclut un contrat avec le label français Barclay début mai 1977. Pendant ce temps, le groupe retourne travailler avec Chris Thomas et Bill Price[h 5]. Fin avril-début mai, le producteur s'absente quelque temps des sessions, laissant l'ingénieur du son prendre sa place. Six chansons sont produites durant cette période : Liar, New York, No Feelings, Problems, Submission et Satellite[h 6]. En parallèle, de nombreux labels potentiels tels que CBS Records, Decca Records, Pye Records ou Polydor refusent de signer avec le groupe. Finalement, l'offre faite par Virgin Records est la seule qu'ils ont. Malcolm McLaren, espérant toujours trouver un accord avec une major, propose de publier un single avec le label afin d'améliorer l'attrait du groupe auprès des grandes entreprises de l'industrie musicale, mais le propriétaire de Virgin Records, Richard Branson, refuse. Le 18 mai, les Sex Pistols signent quand même avec le label. Deux semaines plus tard, ils publient dans la précipitation la chanson God Save the Queen en tant que single[h 7]. Lors de la promotion de celui-ci, John Lydon déclare qu'ils travaillent encore sur l'album, cachant que Steve Jones s'était chargé de la basse en insistant sur le fait que la tâche est partagée entre Glen Matlock et Sid Vicious[h 8].

Le groupe retourne ensuite en studio le 18 juin pour enregistrer Holidays in the Sun, la première chanson qu'ils écrivent sans Glen Matlock. Ce soir-là, après être allé dans un pub des environs, Chris Thomas et Bill Price sont attaqués par plusieurs hommes. L'incident fait la une des journaux le mardi suivant[h 9]. Dans le mois, un aperçu des onze chansons commence à circuler et est même publié par le fanzine 48 Thrills. John Lydon confirme au même moment que le futur album ne contiendra ni reprise, ni single déjà publié, en dehors de Anarchy in the U.K. qui est en rupture de stock. La parution du single Pretty Vacant a d'ailleurs pour but de libérer une place dans la liste des chansons[h 10]. Les Sex Pistols retournent ensuite aux studios Wessex une dernière fois en août pour enregistrer une nouvelle chanson : Bodies[h 11],[h 12], la seule de l'album où Sid Vicious participe à la basse[h 11].

Production[modifier | modifier le code]

Richard Branson, directeur de Virgin Records, seul label désirant publier Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols au Royaume-Uni.

Avec l'achèvement de Bodies, il est temps de finaliser la liste des chansons de l'album. Bien que Jon Savage déclare que trois versions de chaque titre sont disponibles, Clinton Heylin estime que seuls les morceaux EMI, No Feelings, Seventeen, Submission et Satellite ont d'autres versions[h 13]. Le 20 septembre, la liste des chansons est enfin complète. Clinton Heylin décrit le groupe « embourbé dans le procédé qu'ils ont mis en place ». À cause de la longueur de la finalisation de l'album, les Sex Pistols et leur manager Malcolm McLaren décident de publier le single Holidays in the Sun avec Satellite en face-B, devenant le quatrième single du groupe. Il ne connaît pas la même réussite que les trois précédents en atteignant la huitième place avant de chuter hors du top 20 après quatre semaines. Clinton Heylin attribue cette chute à l'annonce de la sortie de Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols pour le 4 novembre et que la chanson y figure, malgré ce qui avait été dit auparavant. Afin de contrer la vague de critiques qui dénonce le choix de mettre les quatre singles au sein du futur album, Virgin Records indique qu'une version alternative de l'album pourrait être publiée simultanément sous un autre titre et avec deux nouvelles chansons à la place de « deux anciens singles ». Un agent de la communication du label explique qu'ils « ont mis les singles dans l'album car la majorité des gens le souhaitent ainsi. Mais une autre version permettrait d'éviter les multiples interdictions des magasins. Un essai d'impression avec dix chansons a été fait, mais aucun nouveau morceau n'y est inclus, Satellite et Submission y sont ajoutés sous forme de bonus »[h 14].

Avant que Virgin Records ne puisse publier Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols, Richard Branson, le directeur du label, découvre que deux autres albums des Sex Pistols étaient en concurrence avec son label[h 15]. En octobre, Spunk, un album pirate sur lequel figurent des enregistrements de démos en haute qualité des Sex Pistols réalisés avec le producteur Dave Goodman, est sorti par le label Blank. Parmi les rumeurs de qui est derrière cette publication, les noms de Dave Goodman, Glen Matlock et Malcolm McLaren, qui a toujours considéré que les versions enregistrées avec Dave Goodman représentaient mieux le groupe, sont cités[h 16]. Pendant ce temps, en France, la version du label Barclay comprend Submission en douzième chanson et sort une semaine avant celle de Virgin Records. Comme Malcolm McLaren a fait deux contrats séparés, l'édition française ne peut être interrompue et comme la présidence de Virgin Records s'aperçoit rapidement combien il est facile de l'importer au Royaume-Uni, Richard Branson décide d'accélérer la production de la version britannique afin de la publier une semaine plus tôt que prévu. Dix mille exemplaires de cette version sont imprimés par erreur avec seulement onze chansons sur la pochette alors qu'elle en contient douze[h 15].

Parution et réception[modifier | modifier le code]

Sortie, promotion et controverses[modifier | modifier le code]

Poster de promo de l'album aux États-Unis.

Les quatre singles du groupe parus précédemment figurent sur l'album. À sa sortie, Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols suscite un déluge de controverses au Royaume-Uni. Les premiers problèmes juridiques mettent en cause son nom prétendument obscène. Le gérant du magasin Virgin de Nottingham, ainsi que Richard Branson, le propriétaire du label, sont également poursuivis pour avoir affiché la pochette de celui-ci sur une fenêtre, conformément à l'article 28 de la loi de la police de la ville, clause 1847, remplacé depuis par la loi sur le contrôle des affichages indécents de 1981. Cependant, au tribunal de Nottingham le 24 novembre 1977, le conseil de la Reine John Mortimer démontre avec réussite devant des experts témoins que le terme bollocks (littéralement : couilles) n'est pas obscène mais est en réalité, un terme légitime en vieil anglais pour se référer à un prêtre et qui dans le contexte, désigne un non-sens[5].

Le président de l'audience se voit donc forcé de conclure « Mes collègues et moi déplorons de tout cœur l'exploitation vulgaire des pires instincts de la nature humaine dans le but de faire du profit, que ce soit par vous ou votre entreprise, mais nous devons vous déclarer à contrecœur non coupable de chacun des quatre chefs d'accusation »[p 1].

D'autres indignations sont soulignées dans les paroles des chansons God Save the Queen et Anarchy in the U.K., ainsi que sur la pochette de la première lorsqu'elle paraît en single[6]. Les deux titres sont considérés comme scandaleux et un assaut musical dépravé contre la monarchie, la société civile britannique, ses institutions, son ordre social, sa morale générale et la décence commune. Le morceau God Save the Queen est notamment perçu comme une attaque directe et personnelle envers la reine Élisabeth II. Le guitariste Steve Jones et le chanteur John Lydon assurent que ce n'est pas la reine qu'ils visent directement mais le gouvernement en général. En tout cas, cette mauvaise publicité n'a pas empêché l'album de se vendre outre-Manche[o 1].

En 1996, Virgin ressort Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols accompagné de la version pirate Spunk sur un double album intitulé Spunk/This Is Crap[h 17]. Le label célèbre le trentième anniversaire de l'album avec une édition sur disque vinyle 7" 180 gr comprenant le titre Submission et un poster, qu'il publie le 29 octobre 2007 comme ça avait été le cas le 28 octobre 1977. Les quatre singles sont également réédités sur vinyle 7" avant l'album. Rhino Entertainment fait de même pour la version américaine, Warner Bros. détenant toujours les droits[7]. Le 24 septembre 2012, Virgin sort un coffret de quatre disques pour célébrer le trente-cinquième anniversaire incluant l'album original remasterisé à partir des bandes de l'enregistrement, un disque de faces B et d'inédits, des enregistrements live de 1977, un DVD incluant un live de la même année produit par Julien Temple ainsi que des vidéos dans les studios et des interviews d'époque, un agenda de 1977, une réplique du poster original, des stickers et une réplique du single God Save the Queen publié par A&M Records, accompagné d'une copie des paroles manuscrites originales de la chanson[8].

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Notation des critiques

Compilation des critiques
Périodique Note
Allmusic 5/5 étoiles[9]
BBC Music Très favorable[10]
Robert Christgau A[11]
Music Story 5/5 étoiles[12]
Rolling Stone Très favorable[13]
Spin 10/10 starsStar full.svgStar full.svgStar full.svgStar full.svgStar full.svgStar full.svgStar full.svgStar full.svgStar full.svg[o 2]
Sputnikmusic 5/5 étoiles[14]

Les critiques de Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols sont unanimes, et décrivent un album de grandes qualités. Si de nombreuses critiques favorables ont été émises plusieurs décennies après la sortie de l'album, notamment à l'occasion de rééditions, celui-ci à aussi reçu de bonnes critiques au moment de sa sortie. Ainsi, Paul Nelson, du magazine américain Rolling Stone, estimait dès 1978 que « musicalement, Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols est juste l'enregistrement de rock&roll le plus excitant des années 1970 », que « le chant piquant et bavard de Rotten ne vous laissera pas seul », et arguant que « Anarchy in the U.K. et spécifiquement God Save the Queen sont des chansons de rock&roll proches de la perfection, des classiques de la trempe de My Generation des Who et de (I Can't Get No) Satisfaction des Rolling Stones »[13]. Le critique américain Robert Christgau estime quant à lui que Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols est « un disque impressionnant » sur lequel il considère que « la principale limitation de leur pouvoir, c'est la musique, qui peut devenir lourde à l'occasion »[11], et Steve Huey, de Allmusic, lui attribue la note de cinq sur cinq, décrivant l'opus des Sex Pistols comme l'« un des plus grands disques de rock, les plus inspirants de tous les temps »[9].

Les critiques les plus récentes s'accordent, plus de trente ans après sa sortie, à placer Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols comme un classique du rock, à l'image de Benjamin D'Alguerre de Music Story, qui note de plus que l'album « est servi par d’authentiques tueries musicales [...] et incarne à merveille le tournant décisif des années 1970 et l’ancrage d’une frange de la musique populaire dans le désenchantement des années 1980 »[12]. L'aspect sociologique de l'album est aussi remarqué, notamment par Chris Jones de BBC Music qui souligne que « Never Mind The Bollocks se présente comme l'une des plus grandes déclamations contre la médiocrité de la classe moyenne »[10]. Enfin, le site Sputnikmusic note qu'« à écouter l'album aujourd'hui, il est surprenamment bon »[14].

Succès commercial[modifier | modifier le code]

Malgré la sortie de Spunk, la sortie de Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols est très largement attendue au Royaume-Uni. Avec 125 000 pré-commandes, l'album entre directement à la première place du classement des ventes britanniques d'albums le 12 novembre 1977[h 18],[15]. L'interdiction de ventes dans les principaux magasins n'empêche pas son succès par le biais de vendeurs indépendants[h 19]. Il est certifié disque de platine au Royaume-Uni[16] et aux États-Unis[17]. Néanmoins, il se classe à une faible 106e place au Billboard 200 et aucun single ne rentre dans les classements de ventes[18].

Meilleures positions de Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols
dans les classements musicaux
Classement Meilleure position
Drapeau des États-Unis États-Unis (Billboard 200)[18] 106
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni (UK Albums Chart)[15] 1
Certifications pour l'album
Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols
Pays Certification
Drapeau des États-Unis États-Unis Disque de platine Platine[17]
Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas Disque d'or Or
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni Disque de platine Platine[16]

Les Sex Pistols se séparent en pleine tournée internationale[modifier | modifier le code]

Les Sex Pistols effectue quelques passages en radio au cours du mois de novembre 1977 puis entame une tournée internationale dénommée Never Mind the Bans Tour, dont les premiers concerts sont donnés aux Pays-Bas. En décembre, sur les huit dates prévues au Royaume-Uni, quatre sont annulées pour maladie ou pression politique. Ainsi, le groupe joue au Royal Links Pavilion de Cromer, dans le nord du Norfolk pour le réveillon de Noël après avoir assuré qu'ils finiraient à l'heure et sans dire aucune obscénité. Les billets sont vendus au cinéma Regal local au prix de 1,75 £. Le lendemain, ils jouent deux fois à l'Ivanhoe d'Huddersfield : une première dans la journée pour les enfants de pompiers en grève, d'ouvriers mis à pied et de familles monoparentales puis un concert normal dans la soirée[s 23],[r 17].

En janvier 1978, ils embarquent pour les États-Unis et une tournée principalement prévue dans le sud profond. Celle-ci aurait dû commencer quelques jours avant le nouvel an, mais les autorités américaines étaient réticentes à délivrer des visas aux membres du groupe ayant un casier judiciaire, ce qui cause l'annulation de plusieurs dates dans le nord du pays[s 24],[t 1]. Attendus par les fans et les médias, les concerts, souvent mal organisés, sont confrontés à des bagarres et des publics hostiles. Malcolm McLaren admettra plus tard qu'il avait volontairement choisi des bars redneck pour provoquer les scènes de violences[19]. Durant cette tournée, Sid Vicious, désormais totalement dépendant à l'héroïne[20], commence à faire honneur à son nom de scène « au contact d'un public qui ne vit que pour les coups et l'horreur »[l 2]. Le bassiste est ainsi retrouvé à l'hôpital de Memphis avec les mots « Gimme a fix » (« Donne moi une dose ») gravés au rasoir sur sa poitrine. Pendant le concert de San Antonio, il interpelle la foule par un « tas de pédés » avant d'asséner un coup de basse en pleine tête d'un spectateur[20]. À Bâton-Rouge, il simule une fellation sur scène avec une spectatrice, déclarant ensuite que c'était « le type de filles qu'il aime »[p 2]. En manque durant le concert de Dallas, il crache du sang sur une femme montée sur scène qui le frappe au visage, puis frappe une photographe en coulisses avant d'attaquer les membres de la sécurité dont son propre garde du corps. Il est admis à l'hôpital dans la nuit pour soigner plusieurs blessures[l 2],[p 3].

Dégoûté par le comportement de Sid Vicious, Johnny Rotten se sent également de plus en plus isolé de Paul Cook et Steve Jones, d'autant plus qu'il attrape la grippe[o 3],[l 3]. Le 14 janvier, au Winterland Ballroom de San Francisco, le chanteur introduit le rappel — une reprise de No Fun des Stooges — par « Vous n'aurez qu'une chanson et seulement une seule parce que je suis un bâtard paresseux ». Il termine la chanson agenouillé, attendant la fin de la dernière note de cymbale pour s'adresser au public : « Ah-ah-ah. Toujours l'impression de s'être fait avoir ? Bonne nuit ». Il jette ensuite son micro et quitte la scène[21]. Il explique plus tard qu'il « se sentait trahi, qu'il ne pouvait plus continuer comme ça, que c'était une farce ridicule. Sid était complètement défoncé, juste un déchet. C'était une blague... Malcolm ne voulait plus lui parler... Il ne voulait plus discuter de rien avec lui, mais a raconté à Paul et Steve que tout était de sa faute parce que je n'acceptais pas tout »[l 4]. Le 17 janvier, le groupe se sépare donc à Los Angeles, Malcolm McLaren, Paul Cook et Steve Jones se préparant à partir pour Rio de Janeiro ; Sid Vicious est pris en charge par un ami qui l'emmène se faire soigner dans un hôpital de New York et Johnny Rotten est laissé seul à Los Angeles sans billet, sans chambre d'hôtel et sans possibilité de joindre la Warner Bros., prévenue par Malcolm McLaren qu'il ne faisait plus parti du groupe[s 25],[22]. Il parvient à prendre un vol pour New York où il annonce la fin des Sex Pistols à un journal le 18 janvier[s 25]. Il téléphone alors à Richard Branson, le directeur de Virgin Records, qui accepte de payer son retour pour Londres, via la Jamaïque, et tente de lui offrir le poste de chanteur pour Devo. Mais les autres membres du groupe refusent[o 4].

Thèmes et composition[modifier | modifier le code]

L'album dénonce la monarchie britannique à travers God Save the Queen, évoque l'anarchie via Anarchy in the U.K., l'avortement avec Bodies, et décrit le manager du groupe Malcolm McLaren dans Liar. Enfin, le morceau New-York critique ouvertement les New York Dolls, groupe américain précurseur du mouvement punk qui fut aussi managé en son temps par Malcolm McLaren.

Postérité[modifier | modifier le code]

L'album est considéré comme un des disques précurseurs de la musique punk rock dans le monde et est reconnu comme un symbole, notamment grâce à sa jaquette aux couleurs jaune et rose criardes (rose et vert pour l'édition américaine), immédiatement reconnaissables et souvent réutilisées comme référence. Ainsi, dès 1985, le NME le place en 13e position des « meilleurs albums de tous les temps »[p 4]. Deux plus tard, le magazine Rolling Stone le considère comme le deuxième « meilleur album des vingt dernières années », juste derrière Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles. En 1993, lors d'une nouvelle édition du NME dédiée au « meilleurs albums de tous les temps », Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols occupe cette fois la troisième place du classement[p 5]. Alan Cross (en) le met sixième de sa liste des « dix albums aternatifs classiques » dans son livre The Alternative Music Almanac, publié en 1995. En 1997, lors d'un sondage mené par HMV, Channel 4, The Guardian et Classic FM (UK) (en) au Royaume-Uni, il se classe 24e des « meilleurs albums de tous les temps »[23].

En 2003, il figure à la 41e place parmi des « 500 plus grands albums de tous les temps » du Rolling Stone[24]. Le journaliste Charles M. Young, rédacteur pour le magazine, estime que « Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols a tout changé. Il n'y a rien eu de tel avant et presque rien non plus depuis. Le groupe qui s'en est plus rapproché est probablement Nirvana, qui a été très fortement influencé par les Sex Pistols »[o 1]. En 2005, il prend la 276e place « des cinq cents meilleurs albums rock et metal de tous les temps » du magazine Rock hard[p 6]. L'année suivante, il est choisi par le Time comme l'un des « cent meilleurs albums de tous les temps »[25], et est nommé quatrième « meilleur album britannique » par le NME[p 7]. Selon le site acclaimedmusic.net, l'album est dixième sur la liste des albums les plus acclamés de tous les temps par la critique[26].

Gilles Verlant et Thomas Caussé, dans la Discothèque parfaite de l'odyssée du rock, estiment que c'est « un disque puissant mais pas révolutionnaire » dont les trouvailles sont « la voix crapuleuse du chanteur, la provoc des titres (Anarchy in the U.K., God Save the Queen) et la pertinence des paroles (Bodies, No Feelings, Pretty Vacant, Holidays in the Sun) ». Ils ajoutent que l'album au « rock 100 % dans ta face », dont les chansons ont conservé une « stupéfiante pérennité », « a remodelé le paysage et ouvert les vannes de tas de courants : punk, new wave, grunge, emo-core »[o 5]. Pour Florence Rajon et Hervé Guilleminot, dans Dicorock, l'album est « un coup de tonnerre, un éclair incandescent, une grande claque punk dans un monde rock qui s'assoupissait », permettant ainsi de le « rajeunir et de l'assainir ». Ils rappellent aussi qu'il « recelait d'hymnes punk d'une stupéfiante acuité (Holidays in the Sun, Pretty Vacant, God Save the Queen) »[o 6]. En 2013, dans l'émission When Albums Ruled the World sur la BBC, Noel Gallagher, ancien membre d'Oasis, estime que d'entrée avec Holidays in the Sun, « c'est extrêment provocateur et très autoritaire » et « qu'une fois que ça a commencé, tout ce qui s'est passé auparavant devient totalement sans importance ». Il ajoute que « l'une des premières choses qu'on apprend lorsqu'on se met à la guitare électrique, c'est le riff de Pretty Vacant », précisant qu'en « dix albums, il n'a jamais réussi à faire aussi bien et qu'il donnerait tout pour avoir écrit un tel riff »[27].

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Liste des chansons[modifier | modifier le code]

Toutes les chansons sont écrites et composées par Glen Matlock, Johnny Rotten, Paul Cook et Steve Jones sauf mention contraire. 

Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols, format vinyle 12"[28]
No Titre Auteur(s) Durée
A1. Holidays in the Sun Rotten/Cook/Vicious/Jones 3:19
A2. Bodies Rotten/Cook/Vicious/Jones 3:15
A3. No Feelings 3:20
A4. Liar 3:39
A5. God Save The Queen 3:35
A6. Problems 4:15
B1. Seventeen 2:48
B2. Anarchy in the U.K. 3:32
B3. Submission 3:02
B4. Pretty Vacant 2:58
B5. New York 3:10
B6. E.M.I 3:20

Interprètes[modifier | modifier le code]

Équipe de production[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • (en) George Gimarc, Punk Diary: The Ultimate Trainspotter's Guide to Underground Rock 1970-1982, Backbeat Books,‎ 30 janvier 2006, 744 p. (ISBN 978-0879308483)
  1. Gimarc 2006, p. 22
  2. Gimarc 2006, p. 37
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Articles de presse[modifier | modifier le code]

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Autres sources[modifier | modifier le code]

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