Mastering
Le matriçage ou mastering est le processus consistant à transférer un ou un ensemble d'enregistrements sur un média, lequel servira à la production en série ou à la diffusion. Son but premier est de rendre homogène cet ensemble. Pour l'audio, le but diffère suivant que l'album est un original ou une compilation de différentes œuvres originales.
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[modifier] Historique
L'industrie de l'enregistrement a été révolutionnée par l'introduction de l'enregistrement magnétique à la fin des années 1940. Ce qui a permis de rendre possible une copie conforme au disque en partant et en mettant en forme les éléments enregistrés et éventuellement d'origines diverses.
[modifier] Domaines
[modifier] Audio
Il n'existe pas actuellement un terme qui traduirait le mot mastering dans la langue française. Le matriçage est notamment l'obtention d'une matrice, qui est un élément servant au pressage de CD. L'utilisation de ce mot prêterait à confusion. Le mastering est l'étape visant à obtenir un maître, lequel sert pour des étapes futures. Il est important de garder à l'esprit qu'en matière d'audio, les masters ou maîtres se succèdent. Par exemple, en studio, il y a une bande maître et des copies de cette bande, etc.
Dans le jargon actuel de la production audio, le mastering définit l'ensemble des traitements appliqués au son par un studio spécialisé.
Jusque vers l'an 2000, on utilisait le mot prémastering pour définir la dernière étape de la postproduction, il consiste à préparer et transférer sur un support adéquat des mixages ou des enregistrements, avant l'étape du mastering qui consiste à obtenir une matrice en verre (glass-master), première étape physique de la fabrication d'un disque optique, avant le pressage aux fins de commercialisation : CD, SACD, DVD Audio.
[modifier] Audiovisuel
Dans le domaine de l'audiovisuel, le mastering désigne l'ensemble des opérations nécessaires avant duplication (par exemple de DVD) ou de diffusion télévisuelle (Prêt à diffuser (PAD) de la télévision HD ou autres, ou de film pour le cinéma (analogique et numérique comme le D-Cinéma ou cinéma numérique). Ces mastering spécifiques vont ajouter une étape d'encodage de compression de données adaptée au format de diffusion, d'encodage de Matriçage et l'ajout de métadonnées comme celles utilisées pour l'utilisation du Dolby E[1].
[modifier] Processus
Après le mixage, un morceau ou un ensemble de morceaux est assemblé pour devenir un « programme ». Celui-ci se voit appliquer une série de corrections, de traitements et d'informations additionnelles en vue de sa mise en forme, son exploitation ou sa diffusion.
C'est l'étape entre la finalisation du mixage de l'œuvre enregistrée et le pressage du support lui-même (CD - SACD - DVD), ou la mise à disposition du public via des plateformes musicales en ligne. Concrètement, cette étape vise à étalonner tout ou partie du spectre ou de la dynamique d'une œuvre musicale pour tendre à un rendu cohérent pendant l'écoute des différents morceaux composant le programme.
Ce procédé est réalisé dans des studios de mastering, équipés de matériel spécifique de très haute précision permettant de ne pas dénaturer l'œuvre enregistrée originalement. Pour l'audio, les techniques de mastering sont étroitement liées à l'ingénieur qui les pratique, chaque ingénieur étant associé à un son qui lui est spécifique.
Le mastering des médias numériques est né du fait que l'ingénieur du son qui travaille sur le mixage d'un album durant une longue période -parfois plusieurs mois- perd inévitablement son objectivité. Son mixage évoluant d'un titre à un autre créé inévitablement de légères disparités, notamment dans la courbe tonale, dans la dynamique et dans la présence, que l'on peut résumer par le volume moyen. D'autre part, les auditeurs sont mieux équipés depuis l'avènement du numérique et les dispositifs plus à même de restituer des différences, même si la plupart des systèmes d'écoute sont loin d'être linéaires dans la reproduction des fréquences.
[modifier] Analyse de la source
La base audio fournie au studio de mastering est généralement enregistrée dans une qualité supérieure à celle du disque compact. Les bandes analogiques n'ont pratiquement plus cours, le numérique a simplifié la gestion des supports. Le matériel entrant consiste la plupart du temps en fichiers wave ou aiff linéaires (non compressés) échantillonnés à 88.2 kHz et en 24 bit. Les formats avec une définition supérieure (par exemple 192 kHz et/ou 32 bit) n'apportent généralement pas une différence perceptible. Ces fichiers peuvent provenir de CD rom ou de DVD rom, ou transiter par ftp. Il est mieux d'éviter de remettre des CD audio au mastering, lorsque des fichiers informatiques sont disponibles, car cela entraîne de multiples conversions du format qui dégradent le son.
L'enregistrement consiste habituellement en deux pistes stéréo (pour l'enregistrement de musique en stéréo),mais il peut être intéressant parfois de traiter le son d'après davantage de pistes, souvent quatre à huit "stems", afin de laisser d'une plus grande marge de manœuvre, car un réglage sur le son d'un instrument ou d'une voix va affecter également les autres instruments ou voix qui émettent dans les mêmes caractéristiques du spectre.
L'ingénieur commence par écouter attentivement l'enregistrement sur un équipement très fiable et avec une oreille neutre. Son audition très exercée se focalise sur la cohésion de l'ensemble des titres dans le suivi d'un album, et l'adaptation du son aux standards du marché. L'enregistrement doit donner le meilleur possible dans des conditions d'écoute et de retransmission très différentes, par exemple en discothèque, en automobile, au casque, etc.
L'ingénieur en mastering a une grande expérience du produit final qui lui permet de comparer le nouveau venu, et de porter une appréciation objective. De par son acuité, il décèle des incohérences qui ont échappé à toutes les écoutes précédentes durant les processus d'enregistrement.
Par exemple, il constate une première saturation sur la voix chantée (à 3'08) puis une seconde due à une sifflante (une seconde après env.) lorsqu'il écoute le titre Reflexions du CD Glitter de Maria Carey, publié en 2001 chez Virgin Record America. Même défaut, saturation de la voix (à 2'08, à 2'53, à 2'56), sur le titre Pour que tu m'aimes encore du CD D'eux de Céline Dion, publié en 1995 par Epic. Il remarque une énorme différence de brillance dans le son de la voix en passant du premier titre Les faux soleils au second Doucement en jouant le CD Les petites notes de Liane Foly, publié en 1993 chez Virgin. Il entend des fréquences graves (env. 25- 30 Hz) qui parasitent le titre L'enfant d'un autre du CD Plurielles de Serge Lama, publié en 2003 par Warner Music.
L'ingénieur en mastering n'a pas nécessairement une "bonne" oreille en ce sens que son ouïe ne lui permet pas obligatoirement d'entendre mieux qu'un auditeur moyen (encore que c'est un plus indéniable!). Sinon, le phénomène de la modification de la perception sonore, qui entraîne essentiellement une diminution naturelle de l'acuité des fréquences aigües avec l'avancée en âge, ferait qu'un ingénieur en mastering âgé ne serait plus capable d'exercer le métier, ce qui n'arrive pas en pratique, sauf accident. Pour lui, la valeur essentielle de l'oreille est de déceler certains paramètres du son que d'autres ne remarquent pas faute d'expertise et de concentration, et de savoir comment intervenir en vue de rétablir une normalité.
Après analyse, il ajuste le son au moyen d'équipement sur lesquels les réglages peuvent être définis très précisément. Il lui est possible d'effectuer des corrections que seuls des systèmes audios spécifiques sont à même d'appliquer. Selon le budget, les réglages sont établis sur l'album entier, titre par titre, ou de manière très localisée, parfois durant quelques millièmes de seconde seulement.
[modifier] Un métier d'oreille
Bien qu'il dispose d'équipements qui lui permettent de visualiser le signal de différentes manières, c'est toujours l'oreille qui le guide.
Afin de la préserver et d'éviter une fatigue qui nuirait à son appréciation, il écoute le son à un volume faible. Une pression acoustique (SPL, sound pressure level) comprise entre 70 et 73 dB permet une écoute de longue durée sans fatigue, et donc d'effectuer des réglages précis en toute connaissance de cause. Comme il est important d'être en mesure d'apprécier la dynamique du signal, c'est-à-dire d'entendre autant les passages forts que les plus faibles, l'endroit doit être absolument silencieux. Un studio de mastering n'est pas une chambre sourde; cependant des aménagements importants permettent de choisir soigneusement les influences acoustiques du lieu. En outre,le bruit intrinsèque du lieu est réduit au plus bas, notamment pour les équipements de ventilation ambiante ou la ventilation des appareils audio. Idéalement, le bruit du studio ne dépasse pas le seuil d'audition, vers 10 db SPL. Certaines personnes se sentent mal dans de genre d'endroits qui n'existent pas naturellement (il y a toujours un bruit faible où que l'on soit, même dans la nature, excepté dans un désert sans vent).
Vers 80 dB SPL, l'audition se modifie imperceptiblement après 60 à 120 minutes. Afin d'éviter le piège de l'élévation de volume en fonction de la mise à jour des réglages, un sonomètre affiche le volume ambiant près de la station de traitement audio. Ce n'est qu’occasionnellement -en général juste avant de quitter la session qu'il reprendra le lendemain- que l'opérateur pousse le niveau afin de s'assurer que le résultat "sonne" aussi à un volume d'écoute élevé, environ 100 - 105 dB.
Pour des questions d'économie ou par simplification pratique, des musiciens confient parfois la tâche de mastering à l'ingénieur qui a mixé les titres en studio. Or, celui-ci n'a pas assez de recul pour finaliser le CD du fait de son implication dans le projet. Parvenu à un certain niveau d'exigence, il devient déraisonnable de laisser la responsabilité du son à une seule personne, ou à mixer puis finaliser le son dans un seul environnement. Les défauts du système d'écoute et les erreurs d'appréciation de l'ingénieur donneraient des variations par rapport à des valeurs optimales. Sachant qu'il s'agit de la dernière étape avant la mise sur le marché, le mastering est l'ultime poste qui permet de mettre la musique en valeur, ou alors de perdre irrémédiablement certaines finesses existantes dans l'enregistrement source.
[modifier] Domaines d'intervention
- la préparation ou l'édition du son, c'est-à-dire l'assemblage, la mise dans l'ordre des morceaux, l'optimisation de débuts et fins de titres, et le réglage de la longueur des silences intercalés,
- l'ajustement du volume,
- les corrections spectrales (égalisation) d'un titre à l'autre,
- les corrections dynamiques : Expansion, (compression, limitation…),
- les corrections spatiales (élargissement ou rétrécissement de l'image sonore…),
- l'ajout d'effets divers (le plus souvent, réverbération, délai…),
[modifier] Après le mastering
Une fois le son traité, l'ingénieur dispose de fichiers de formats différents. Il peut livrer les fichiers optimisés dans leur format d'origine (p. ex. 88.2 kHz et en 24 bit), les préparer en vue de l'édition d'un CD dans la norme du Red Book, et fournir une version mp3 pour la distribution en ligne. Le client peut également demander des versions différentes d'un même morceau, pour la diffusion en discothèques, en radio, etc. Ou alors, faire traiter en même temps la version vocale et la version instrumentale, cette dernière pour le passage en radio ou en salle de concert, ou en télévision (quoique le chant en direct à la télévision est rare).
L'étape de préparation des fichiers pour le format CD s'appelle PQ-éditing. Les codes P et Q permettant de gérer la fonction marche-arrêt de la fonction silence [mute] du lecteur de même que cinq paramètres d'affichage du temps écoulé. Par titre, depuis le début du disque, restant du titre, restant jusqu'à la fin du disque, et le temps total du disque. D'autres codes servent à régler encore d'autres paramètres qui échappent à l'utilisateur.
Les marques de piste permettent de définir l'accès direct à un endroit de l'enregistrement indépendamment de la présence ou non d'un signal musical, les accès étant numérotés successivement. La numérotation commence le plus souvent à 1, mais l'ingénieur a le loisir de tenir compte de la numérotation du CD précédent lors de l'édition des suivants, dans le cas des coffrets multiples. Chaque piste mesure au moins 4 secondes, un CD peut en contenir 99 au plus. Les pistes peuvent être marquées d'index, mais la plupart des systèmes actuels les ignorent. Les index étaient utilisés principalement pour accéder aisément aux mouvements au début de la numérisation des œuvres classiques.
Il est possible d'écrire un code ISRC optionnel ISRC (International Standard Recording Code)sur chaque piste. Il indique le pays d'origine, le propriétaire, l'année d'édition et le numéro de série des pistes. L'ISRC rendait service par exemple pour le calcul du temps de passage à l'antenne en radio. Les lecteurs donnaient ce signal qui était repris sur un dispositif informatique centralisé qui renseignait le chef d'antenne et facilitait la gestion des droits d'auteurs. Ce code est tombé en désuétude car d'autres solutions existent, et il est rare maintenant que les CD soient utilisés en radio.
Le PQ-éditing détermine aussi si les pistes doivent comporter un code anti-copie qui empêche la copie numérique via enregistreur DAT ou les graveurs de CD audio qui enregistrent une source en temps réel. Le SCMS (Serial Copies Management System) laisse à l'éditeur le choix d'autoriser ou non la copie numérique. Soit la copie est autorisée, soit elle est limitée à une génération (la copie de la copie est empêchée) soit toute copie est empêchée. Ce système est tombé en désuétude au moment ou les graveurs de CD sont arrivés, car il recopiaient intégralement l'état de la protection sans en tenir compte.
L'opérateur vérifie si la source numérique est codée avec la fonction de pre-emphasis. Si c'est le cas, il l'active sur le CD pour les pistes correspondantes. Le pre-emphasis est une pré-accentuation des fréquences aiguës destinées à favoriser le rapport signal-bruit, un peu comme le système Dolby. Il est rare depuis la progression qualitative de l'audionumérique.
Il est aussi possible de titrer le disque ainsi que chaque plage selon la norme CD-Text, les caractères seront lisibles sur un équipement compatible.
Éventuellement, il règle la gestion des droits numériques (DRM pour Digital rights management)
La génération du master commence. Il est délivré sous forme de bande magnétique, et des clones d'écoute sont fournis sur CD enregistrables. La plupart des entreprises de pressage acceptent cependant un CD gravé pour les étapes de pressage, du moment que le disque est compatible avec la norme Red Book qui définit le CD audio. Depuis quelques années, le transfert de fichiers via ftp est devenu courant.
Le mastering audio s'intéresse aussi au son à d'autres normes, par exemple au 5.1 du cinéma. Le matériel source comporte alors davantage de canaux, qui exigent un traitement adapté. En parallèle au son, l'ingénieur voit l'image. Les traitements audio appliqués aux films de cinéma sont différents de ceux appliqués à la musique stéréo. En outre, il existe des calibrages précis pour le cinéma, tel le THX, qui ne sont autorisés que dans des studios agrées avec un personnel formé spécialement.
[modifier] Techniques numériques
Depuis les années 1990, le mastering utilise aussi des outils numériques.
[modifier] Formation
Le métier d'ingénieur de mastering est rare et atypique. Il n'y a pas de formation initiale spécifique.
[modifier] Références
[modifier] Articles connexes
- Remastering
- Disque compact (CD)
- Red Book (seulement pour le CD)
- SACD - Blu ray
- DVD