The Kinks

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The Kinks

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Les Kinks en 1965, dans leur formation originale : Pete Quaife, Dave Davies, Ray Davies et Mick Avory

Informations générales
Pays d'origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre musical Hard rock, proto-punk, rock 'n' roll, garage rock, rhythm and blues (à leurs débuts), pop
Années actives 19641996
Labels Pye, Reprise, RCA, Arista, London, MCA, Sony, Konk/Guardian
Composition du groupe
Anciens membres Dave Davies
Ray Davies
Pete Quaife
Mick Avory
John Dalton
John Gosling
Andy Pyle
Gordon Edwards
Mark Haley
Jim Rodford
Ian Gibbons
Bob Henrit

The Kinks est un groupe de rock anglais formé en 1964 à Muswell Hill, dans le nord de Londres, par les frères Ray et Dave Davies. Il est considéré comme l'un des groupes les plus importants et influents de son époque[1],[2].

La musique des Kinks puise ses influences dans divers genres, parmi lesquels le rhythm and blues, le music hall britannique, la musique folk et la country. Ray Davies (chant et guitare rythmique) et son frère Dave (guitare lead, chant) sont les seuls membres constants du groupe au cours de ses trois décennies d'existence. Les deux autres fondateurs du groupe, Pete Quaife (basse, chant) et Mick Avory (batterie, percussions) ont été respectivement remplacés par John Dalton en 1969 et Bob Henrit en 1984 ; Dalton a été à son tour remplacé par Jim Rodford en 1978. Le pianiste Nicky Hopkins a participé aux sessions d'enregistrement du groupe dans les années 1960 ; par la suite, des claviéristes comme John Gosling et Ian Gibbons sont devenus membres à part entière du groupe[1].

Les Kinks connaissent leur premier succès d'envergure en 1964 avec leur troisième single, You Really Got Me, chanson écrite par Ray Davies[2],[3] qui devient un tube international, no 1 au Royaume-Uni et dans le Top 10 aux États-Unis[3],[4]. Entre 1965 et 1971, le groupe publie de nombreux singles et albums à succès, dont les chansons, alimentées par le style d'écriture contemplatif de Ray Davies, reflètent la culture et le style de vie anglais[2]. Les albums Face to Face, Something Else, Arthur, Lola Versus Powerman and the Moneygoround et Muswell Hillbillies sont parmi les plus influents de l'époque[1],[3],[5]. La qualité de l'album The Village Green Preservation Society, que Ray Davies a dans plusieurs interviews indiqué comme son préféré, ne sera reconnue que bien plus tard : il fut en effet un échec au moment de sa sortie.

Les albums suivants des Kinks, plus théâtraux, rencontrent un succès moindre, mais le groupe trouve un second souffle à l'époque de la New Wave, lorsque des artistes comme The Jam, The Knack et The Pretenders enregistrent des reprises des Kinks, donnant ainsi un coup de fouet à leurs ventes. Dans les années 1990, des groupes Britpop comme Blur et Oasis mentionnent les Kinks comme une influence majeure sur eux[1]. Le groupe se sépare en 1996 à la suite de l'insuccès commercial de ses derniers albums et aux tensions créatives séparant les frères Davies[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

Formation (1962-1963)[modifier | modifier le code]

Les frères Davies ont grandi au 6, Denmark Terrace

Les frères Davies sont nés dans la banlieue du nord de Londres, sur Huntingdon Road (East Finchley). Ils sont les derniers des huit enfants de la famille, et les seuls garçons[7]. Leurs parents, Frederick et Annie Davies, déménagent bientôt au 6 Denmark Terrace, sur Fortis Green, dans la banlieue voisine de Muswell Hill[8]. Chez eux, ils sont plongés dans un univers musical varié, entre le music hall de la génération de leurs parents et le jazz et le rock and roll qu'écoutent leurs sœurs aînées[8]. Leurs expériences musicales se concentrent dans les fêtes qui se déroulent toute la nuit dans leur salon, et qui ont produit une forte impression sur eux. Selon Thomas Kitts, « l'influence de ces fêtes sur les Kinks [...] est remarquable. Consciemment ou pas, c'est comme si Ray tentait de recréer [sur scène] les fêtes du samedi soir de son enfance, avec le chaos, la bière et les chansons à reprendre en chœur[9] ». Ray et Dave, son cadet de presque trois ans, apprennent tous les deux la guitare, et ils jouent ensemble du skiffle et du rock and roll[7].

Les frères sont scolarisés à la William Grimshaw Secondary Modern School (plus tard fusionnée dans Fortismere School) et y forment un groupe nommé The Ray Davies Quartet, avec un camarade de classe de Ray, Pete Quaife, et un ami de ce dernier, John Start. Leur première représentation, lors d'un bal de l'école, est bien accueillie, ce qui les amène à jouer dans les bars et les pubs du coin. Le groupe voit se succéder plusieurs chanteurs, parmi lesquels Rod Stewart, élève dans la même école, qui se produit avec le groupe au moins à une reprise début 1962[10]. Il ne tarde pas à former son propre groupe, Rod Stewart and the Moonrakers, qui deviennent les principaux rivaux du Ray Davies Quartet[10]. Fin 1962, Ray Davies quitte la maison familiale pour étudier au Hornsey College of Art. Ses intérêts se portent sur le cinéma, le dessin, le théâtre et la musique, notamment le jazz et le blues. Il parfait son éducation de guitariste au sein du Dave Hunt Band, un groupe professionnel basé à Soho qui joue du jazz et du R&B[11],[12]. Davies ne tarde pas à quitter l'école pour revenir à Muswell Hill, où il reforme son ancien groupe avec Dave et Pete Quaife[11]. Ils jouent sous divers noms, parmi lesquels The Pete Quaife Band, The Bo-Weevils et The Ramrods, avant de s'arrêter sur The Ravens[3],[13].

Le groupe naissant engage deux managers, Grenville Collins et Robert Wace, rejoints fin 1963 par l'ancien chanteur pop Larry Page. Le producteur américain Shel Talmy commence à travailler avec eux, et Arthur Howes, promoteur des Beatles, est choisi pour planifier les concerts des Ravens[14]. Le groupe passe plusieurs auditions infructueuses jusqu'à ce que Talmy obtienne un contrat avec Pye Records début 1964. Ils ont entre-temps trouvé un nouveau batteur, Mickey Willet, qui les quitte cependant peu avant qu'ils signent chez Pye[13]. Les Ravens engagent Mick Avory pour le remplacer après avoir lu une annonce passée par ce dernier dans Melody Maker[15]. Avory a une expérience de batteur de jazz ; il a également joué à une reprise avec les futurs Rolling Stones[15]. Vers cette période, les Ravens adoptent un nouveau nom, définitif cette fois : The Kinks. Plusieurs versions de l'origine de ce nom existent. Selon Jon Savage, « il leur fallait un truc, un moyen d'attirer l'attention. Et c'était ça, la Kinkiness [« kinkicité »], quelque chose de neuf, polisson mais tout juste acceptable. En adoptant ce nom à ce moment-là, ils suivaient un rituel pop éprouvé par le temps : la célébrité à travers l'outrage[16] ». Le manager Robert Wace rapporte sa version de l'histoire : « J'avais un ami [...] qui trouvait le groupe assez drôle. Si je me souviens bien, il a suggéré ce nom comme ça, comme un bon moyen de se faire de la publicité. [...] Quand nous avons proposé le nom [aux membres du groupe], ils furent [...] absolument horrifiés. Ils dirent : "On ne va pas se faire appeler les pervers !"[16] ». Selon Ray Davies, le nom est en réalité une idée de Larry Page, en référence à leur habillement « farfelu ». Davies le cite disant : « Vu ce à quoi vous ressemblez, et les habits que vous portez, vous devriez vous appeler les Kinks[16] ». « Je n'ai jamais vraiment aimé ce nom », a déclaré Ray Davies[16].

Premiers succès (1964-1966)[modifier | modifier le code]

Le premier single des Kinks, une reprise de la chanson de Little Richard Long Tall Sally, passe totalement inaperçu, malgré les efforts des managers du groupe. Lorsque leur second single, You Still Want Me, ne parvient pas non plus à entrer au hit-parade, Pye Records menace d'annuler le contrat du groupe[17].

You Really Got Me sort en août 1964[18]. Encouragé par un passage dans l'émission Ready Steady Go!, le single se classe rapidement numéro 1 au Royaume-Uni[19]. Importé en hâte par le label américain Reprise Records, il entre également dans le Top 10 aux États-Unis[4]. Le riff de guitare distordue, obtenu par Dave Davies en pratiquant un trou dans le haut-parleur de son amplificateur, donne à la chanson son identité, un son incisif[20]. Influence majeure de la scène garage américaine, You Really Got Me est considérée comme le premier titre hard rock, annonçant d'autres genres à venir, comme le heavy metal[20]. Peu après la sortie du single, le groupe enregistre l'essentiel des titres de son premier album, simplement intitulé Kinks. Essentiellement constitué de reprises et de chansons traditionnelles remises au goût du jour, il paraît le 2 octobre 1964 et se classe 4e au Royaume-Uni[21]. Le quatrième single des Kinks, All Day and All of the Night, un autre titre de hard rock original, sort trois semaines plus tard et se classe deuxième au Royaume-Uni[19] et septième aux États-Unis[4],[20]. Les singles suivants, Set Me Free et Tired of Waiting for You, rencontrent le même succès, le second devenant numéro 1 au Royaume-Uni[22],[19].

Les Kinks en tournée en Suède en 1965

En janvier 1965, les Kinks font leur première tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande, dans le cadre d'une affiche incluant également Manfred Mann et The Honeycombs[23]. Durant l'année, un programme soutenu les voit jouer les têtes d'affiches sur d'autres tournées, aux côtés des Yardbirds ou de Mickey Finn[24]. Des tensions naissent au sein du groupe, donnant lieu à des incidents comme le pugilat sur scène entre Mick Avory et Dave Davies à Cardiff, le 19 mai : après la fin de la première chanson, Davies insulte le batteur et donne un coup de pied dans son instrument. Avory réplique en frappant le guitariste avec son charleston. Davies s'évanouit et Avory quitte la scène précipitamment, craignant d'avoir tué son camarade. Davies s'en tire avec 16 points de suture ; pour se dédouaner, Avory affirme à la police qu'il s'agissait d'une nouvelle idée de jeu scénique selon laquelle les musiciens devaient se jeter leurs instruments à la figure[24],[25]. À la suite d'une tournée aux États-Unis au milieu de l'année, l'American Federation of Musicians interdit au groupe de se produire sur le sol américain jusqu'à nouvel ordre, ce qui les coupe du principal marché de la musique rock à l'apogée de la British Invasion (ce bannissement ne sera levé qu'en 1969[1],[26]). Ni les Kinks, ni le syndicat ne donnent d'explication à cette interdiction, mais on estime généralement à l'époque qu'elle est due à leur comportement tapageur sur scène[26].

Une escale à Bombay durant la tournée australienne et asiatique du groupe inspire à Ray Davies la chanson See My Friends, parue en single en juillet 1965[27]. Il s'agit d'un des premiers exemples de crossover, et d'une des premières chansons pop à témoigner d'une influence directe de la musique traditionnelle indienne[27]. Dans son autobiographie X-Ray, Davies explique avoir été inspiré par les chansons des pêcheurs locaux au petit jour[27]. Selon l'historien de la musique Jonathan Bellman, cette chanson a eu une influence extrême sur les pairs de Ray Davies : « on a beaucoup parlé de la chanson des Beatles Norwegian Wood parce qu'elle était le premier titre pop à inclure un sitar, mais elle a été enregistrée bien après la sortie du clairement indien See My Friends des Kinks[27] ». Pete Townshend, le guitariste des Who, a été particulièrement touché par la chanson : « En entendant See My Friends, j'ai tendu l'oreille et je me suis dit : "Bon Dieu, il l'a encore fait. Il a inventé quelque chose de nouveau." C'était le premier emploi raisonnable du drone, largement meilleur que tout ce qu'ont fait les Beatles et bien auparavant. C'était un son plus européen qu'oriental, mais avec une influence orientale forte et valable, qui puisait ses racines dans la musique folk européenne[28] ». Une citation souvent rapportée[28],[29] de Barry Fantoni, célébrité proche des Kinks, des Beatles et des Who, le voit se souvenir qu'elle a également influencé les Beatles : « Je m'en rappelle fort bien, et je pense toujours que c'est une chanson pop remarquable. J'étais avec les Beatles le soir même où ils l'ont écoutée sur un gramophone en se disant "Tiens, cette guitare sonne comme un sitar. On doit se trouver un de ces trucs[28]. » La rupture constituée par cette chanson vis-à-vis des conventions de la musique populaire s'avère mal vue des fans américains du groupe : elle se classe 11e au Royaume-Uni, mais ne dépasse pas la 111e position outre-Atlantique[30].

Dès le lendemain de leur retour d'Asie, les Kinks entament l'enregistrement de leur second album, Kinda Kinks. Composé de 12 titres, dont 10 inédits, il sort moins de deux semaines après le début des sessions[31],[32],[33]. Selon Ray Davies, le groupe n'était pas totalement satisfait des prises finales[32],[33], mais la maison de disques étai si pressante qu'il n'y eut pas le temps de corriger les problèmes de mixage. Par la suite, Davies a exprimé ses réserves vis-à-vis de la production : « elle aurait dû être faite avec un peu plus de soin. Je crois que Shel Talmy en a trop fait en voulant conserver l'aspect brut. Le doubletracking est affreux par moments. Il y avait de meilleures chansons que sur le premier album, mais il n'a pas été exécuté comme il faut. Il a simplement été expédié[33]. »

Fin 1965, une évolution stylistique majeure devient apparente dans les singles A Well Respected Man et Dedicated Follower of Fashion, ainsi que sur le troisième album du groupe, The Kink Kontroversy[2], sur lequel le musicien de session Nicky Hopkins apparaît pour la première fois aux claviers aux côtés du groupe[34]. Ces disques témoignent du développement du style d'écriture de Ray Davies, qui passe de titres puissamment hard rock à des chansons riches en commentaires sociaux, observations diverses et études de personnages particulier, le tout avec un parfum anglais unique[2],[5]. Le single satirique Sunny Afternoon est le tube de l'été 1966 au Royaume-Uni, détrônant Paperback Writer des Beatles[35]. Avant la parution de l'album, Ray Davies est victime d'une dépression nerveuse, épuisé par les concerts, l'écriture et les querelles juridiques en cours. Pendant sa convalescence, il écrit plusieurs nouvelles chansons et réfléchit sur le futur du groupe[36]. Pete Quaife est par ailleurs victime d'un accident de voiture, et décide de rester à l'écart du groupe pour un temps. Le bassiste John Dalton le remplace jusqu'à son retour, à la fin de l'année[1].

Sunny Afternoon est un galop d'essai pour l'album Face to Face, qui montre la capacité croissante de Davies à produire des titres narratifs doux mais tranchants sur la vie de tous les jours et les gens ordinaires[1]. Hopkins joue à nouveau des claviers sur cet album, notamment du piano et du clavecin. Il continuera à jouer pour le groupe sur les deux albums suivants et pour plusieurs enregistrements de la BBC avant de rejoindre le Jeff Beck Group en 1968[36]. Le single suivant des Kinks est le commentaire social de Dead End Street, paru en même temps que Face to Face. Il entre à nouveau dans le Top 10 au Royaume-Uni[37], mais se classe seulement 73e aux États-Unis[4]. L'un des premiers clips du groupe est produit pour cette chanson ; il est tourné dans Little Green Street, une petite allée du XVIIIe siècle dans le nord de Londres[38].

L'âge d'or (1967–1972)[modifier | modifier le code]

Les Kinks en 1967.

Le single suivant des Kinks, Waterloo Sunset, paraît en mai 1967. Les paroles décrivent un couple d'amoureux franchissant un pont, tandis qu'un observateur mélancolique les contemple, eux, la Tamise et la gare de Waterloo[39],[40]. La rumeur veut que cette chanson s'inspire de l'histoire d'amour entre les acteurs Terence Stamp et Julie Christie[41],[42],[43], mais Ray Davies affirme le contraire dans son autobiographie ; en 2008, il explique qu'il s'agit « d'une fantaisie sur ma sœur et son petit ami partant pour un nouveau monde, et ils étaient sur le point d'émigrer dans un autre pays »[40],[44]. Malgré la complexité des arrangements, les sessions de Waterloo Sunset ne durent qu'une dizaine d'heures[45]. Par la suite, Dave Davies a commenté : « Nous avons passé beaucoup de temps à chercher un son de guitare différent, pour offrir un aspect unique au disque. Finalement, on a utilisé une chambre d'écho, mais ça avait l'air nouveau parce que personne n'avait fait ça depuis les années 50. Je me rappelle que Steve Marriott, des Small Faces, est venu me demander comment on avait obtenu ce son. On a presque été branchés pendant un moment[46] ». Waterloo Sunset est l'un des plus gros succès britanniques des Kinks, atteignant la deuxième position du classement de Melody Maker[41], et devient une de leurs chansons les plus connues et appréciées. Le journaliste Robert Christgau la qualifie de « plus belle chanson de la langue anglaise[47] », et le chroniqueur d'Allmusic Stephen Thomas Erlewine voit en elle « peut-être la plus belle chanson de l'ère du rock and roll[48] ».

Les chansons de l'album Something Else by the Kinks (1967) poursuivent l'évolution musicale abordée sur Face to Face et incorporent des influences du music hall anglais au son du groupe[49]. Dave Davies rencontre un grand succès avec sa chanson Death of a Clown, parue sous la forme d'un single solo bien qu'ayant été coécrite par Ray et enregistrée avec les Kinks[4],[49]. Cependant, les ventes de l'album sont décevantes, ce qui pousse le groupe à sortir un nouveau single, Autumn Almanac, début octobre. Ce single se classe à son tour dans le Top 5, mais comme le pointe Andy Miller, il marque un tournant dans la carrière des Kinks : il sera leur dernière entrée dans le Top 10 britannique jusqu'en 1970. « Avec le recul, Autumn Almanac est le premier signe de troubles pour les Kinks. Ce fantastique single, l'un des sommets de la pop britannique des sixties, fut critiqué de toutes parts comme étant trop proche des précédents titres de Davies[50] ». Dans Melody Maker, Nick Jones se demande : « Ne serait-il pas temps que Ray cesse d'écrire sur des banlieusards grisâtres et leurs petites vies guère émouvantes ? [...] Ray suit une formule, pas un sentiment, et cela devient assez lassant[50] ». Le disc-jokey Mike Ahern qualifie Autumn Almanac de « tas de déchets[51] ». Le 24 novembre paraît le second single « solo » de Dave Davies, Susannah's Still Alive. Il se vent à 59 000 exemplaires et ne rentre pas dans le Top 10. « À la fin de l'année, les Kinks cessent rapidement d'être à la mode[50] ».

Au début de l'année 1968, les Kinks abandonnent en grande partie les concerts, se concentrant sur les enregistrements en studio. Cette indisponibilité du groupe n'aide pas la promotion de leurs disques, qui rencontrent un succès faible[52]. Le single Wonderboy, sorti au printemps, stagne à la 36e position et devient le premier single du groupe à ne pas entrer dans le Top 20 britannique depuis leurs tout premiers[53]. Malgré cela, elle tape dans l'œil de John Lennon : d'après Ray Davies, « quelqu'un avait vu John Lennon dans un club où il n'arrêtait pas de demander au disc-jokey de passer Wonder Boy, encore et encore[54] ». L'opinion du groupe sur ce titre est moins enthousiaste : Pete Quaife affirmera par la suite qu'il « la détestait [...] c'était horrible[54] ». Ignorant le déclin de la popularité des Kinks, Ray Davies poursuit dans son style d'écriture profondément personnel, se révoltant contre les fortes pressions exercées sur lui et exigeant qu'il écrive de nouveaux hits ; le groupe continue à passer l'essentiel de son temps en studio autour d'un projet naissant de Ray intitulé Village Green[1]. Les managers des Kinks tentent de faire renaître l'aura commerciale des Kinks en leur signant une tournée d'un mois en avril, essentiellement dans des cabarets et des clubs, avec le groupe de Peter Frampton, The Herd, en première partie. « En général, les ados ne venaient pas pour voir les vieux et barbants Kinks, qui devaient parfois supporter des cris "On veut The Herd !" durant leurs brèves apparitions[55] ». Cette tournée s'avère épuisante et stressante, comme s'en souvient Pete Quaife : « C'était une purge, très monotone, ennuyeux et sans surprises. [...] On ne faisait que vingt minutes, mais ça me rendait totalement dingue de me tenir sur scène et de rejouer les trois mêmes notes encore et encore[55] ». Fin juin, le single Days marque un retour mineur (et temporaire) du groupe. « Je me rappelle l'avoir jouée à Fortis Green dès que j'en ai eu une bande. Je l'ai jouée à Brian, notre roadie, à sa femme et à leurs deux filles. Ils ont pleuré à la fin. Vraiment fantastique, comme d'aller à Waterloo pour voir le soleil se coucher. [...] C'est comme dire au revoir à quelqu'un, et ensuite ressentir la peur d'être vraiment seul[56] ». Days se classe 12e au Royaume-Uni et entre dans le Top 20 dans de nombreux pays, mais passe inaperçue aux États-Unis[53].

Le projet Village Green aboutit à l'album The Kinks Are the Village Green Preservation Society, sorti fin 1968 au Royaume-Uni[57]. Il rassemble des chansons écrites et enregistrées durant les deux années précédentes, un ensemble de vignettes thématiques sur la vie dans la campagne anglaise et en ville[57]. Il reçoit des critiques presque unanimement positives des deux côtés de l'Atlantique, mais les ventes ne suivent pas : seulement 100 000 exemplaires environ dans le monde entier. Toutefois, Village Green est depuis devenu l'album original des Kinks le plus vendu[57],[58]. Plusieurs éléments ont contribué à l'échec commercial initial de l'album : sa production délibérément simple à une époque où l'extravagance est de mode, ainsi que l'absence de single populaire : Starstruck sort aux États-Unis et en Europe continentale, mais ne se classe qu'aux Pays-Bas[57],[59], et Days n'est pas incluse dans l'album. En dépit de cet échec, Village Green est salué par la jeune presse rock underground à sa sortie, notamment aux États-Unis où les Kinks commencent à acquérir une réputation de groupe culte[60]. Le journal underground bostonien Fusion écrit que « les Kinks persistent, contre toute attente et malgré leur mauvaise réputation et leur déveine constatée. [...] Leur persévérance est digne, leurs vertus, stoïques. Les Kinks sont éternels, et ne portent de costume moderne que pour l'instant[60] ». Quelques critiques négatives apparaissent néanmoins, comme celle du California Tech, un journal étudiant, qui qualifie l'album de « rock miévrasse [...] dénué d'imagination, pauvrement arrangé, et une copie médiocre des Beatles[60] ». La popularité de l'album ne s'est pas démentie : il a connu une réédition deluxe 3 CD en 2004, et la chanson Picture Book a été employée dans une publicité pour Hewlett-Packard, donnant un coup de fouet à sa notoriété[61].

Les Kinks en 1969 : Dave Davies, Ray Davies, John Dalton et Mick Avory

Début 1969, Pete Quaife annonce son départ des Kinks ; les autres membres du groupe ne le prennent pas au sérieux jusqu'à la lecture d'un article du New Musical Express du 4 avril sur le nouveau groupe de Quaife, Maple Oak, qu'il a formé sans mettre au courant ses anciens camarades[62]. Ray Davies lui demande de rester pour les sessions du prochain album, mais il refuse ; Davies fait alors appel à John Dalton, qui avait remplacé Quaife en 1966. Dalton restera membre des Kinks jusqu'en 1977[63].

Ray Davies se rend à Los Angeles en avril 1969 pour participer aux négociations avec l'American Federation of Musicians sur la levée de l'interdiction faite au groupe de jouer sur le sol américain ; le management du groupe prépare rapidement une tournée en Amérique du Nord, afin de restaurer le statut des Kinks sur la scène pop américaine[64]. Entre-temps, les Kinks enregistrent un nouvel album, Arthur (Or the Decline and Fall of the British Empire), prévu pour servir de bande originale à un téléfilm qui ne verra finalement pas le jour[65]. Comme ses deux prédécesseurs, Arthur est profondément ancré dans un contexte musical et lyrique anglais, et reprend des thèmes de l'enfance des frères Davies : le départ de leur sœur Rosie pour l'Australie avec son mari Arthur Anning (qui donne son nom à l'album) au début des années 1960, et l'enfance dans un pays ravagé par la Seconde Guerre mondiale[65],[66]. Il rencontre un succès commercial modeste, et les critiques américains lui réservent un bon accueil[4],[65]. Les Kinks entament leur tournée américaine en octobre, mais elle tourne mal : le groupe peine à trouver des promoteurs coopératifs et un public intéressé, si bien que bon nombre des dates sont annulées. Ils jouent tout de même dans plusieurs clubs underground majeurs, comme le Fillmore East ou le Whisky A Go Go[67].

Début 1970, le claviériste John Gosling devient membre des Kinks ; jusqu'alors, l'essentiel des claviers avait été assuré par Nicky Hopkins ou Ray Davies lui-même. Il fait ses débuts sur Lola, une chanson relatant une rencontre confuse avec un travesti qui entre dans le Top 10 des deux côtés de l'Atlantique, ramenant les Kinks au premier plan[68],[69]. L'album qui s'ensuit, Lola Versus Powerman and the Moneygoround, Part One, paraît en novembre 1970. C'est un succès critique comme commercial, qui entre dans le Top 40 aux États-Unis et devient leur album le mieux vendu depuis le milieu des années 1960[70],[71]. Après le succès de Lola, le groupe sort en 1971 Percy, bande originale du film du même nom qui relate les aventures d'un homme qui subit une transplantation du pénis[72]. L'album se compose essentiellement de titres instrumentaux, et les critiques ne sont pas bonnes[72]. Le label américain des Kinks, Reprise, refuse de le sortir aux États-Unis, et la querelle qui s'ensuit contribue au départ du groupe de ce label. L'album marque l'expiration des contrats du groupe avec Pye et Reprise[1],[72].

Les Kinks vers 1971 : Gosling, Dave Davies, Avory, Dalton et Ray Davies. Cette formation durera jusqu'en 1976.

En 1971, les Kinks signent un contrat pour cinq albums avec RCA Records. Ils reçoivent un million de dollars d'avance, qui aident à fonder la construction de leur propre studio d'enregistrement, Konk[1],[73]. Leur premier album chez RCA, Muswell Hillbillies, est empli d'influences country, bluegrass et music hall ; il est souvent considéré comme leur dernier grand album[73]. Ses chansons évoquent la vie des ouvriers et, à nouveau, l'enfance des frères Davies : son titre fait référence au quartier de Muswell Hill où ils ont grandi[73]. Malgré de bonnes critiques et des attentes élevées, l'album se vend médiocrement : 48e dans le classement de Record World, 100e dans celui de Billboard[4],[73]. Il est suivi d'un double album l'année suivante, Everybody's in Show-Biz, qui comprend des titres enregistrés en studio et lors de deux concerts donnés au Carnegie Hall[74]. L'album inclut la ballade douce-amère Celluloid Heroes, hommage aux grands noms disparus d'Hollywood, et Supersonic Rocket Ship, d'influence antillaise, qui sera leur dernière entrée dans le Top 20 pour plus de dix ans[74]. L'album rencontre un succès comparable à son prédécesseur aux États-Unis, se classant 47e pour Record World et 70e pour Billboard[4],[74]. Il marque la transition entre le rock du début des années 1970 et l'incarnation théâtrale des Kinks qui occupera les quatre années suivantes[74].

Incarnation théâtrale (1973-1976)[modifier | modifier le code]

Ray Davies dans le rôle de Mr. Flash, l'antihéros de Preservation. Son rival et adversaire, l'ultra-puriste et corporatiste Mr. Black, est joué par Dave lors des concerts[75]

À partir de 1973, Ray Davies se plonge tout entier dans le style théâtral, à commencer par l'opéra-rock Preservation, vaste et ambitieuse chronique d'une révolution sociale basée sur l'ethos de Village Green Preservation Society[76]. La formation des Kinks se développe avec l'adjonction d'une section de cuivres et de choristes féminines, transformant en somme le groupe en compagnie théâtrale[1],[76].

Les problèmes de couple de Ray Davies commencent à avoir des effets néfastes sur le groupe. En juin 1973, sa femme Rasa le quitte en emmenant leurs enfants[77], plongeant Davies dans une profonde dépression qui éclate sur scène lors d'un concert au White City Stadium en juillet[78]. D'après le compte-rendu paru dans Melody Maker, « Davies a proféré des injures sur scène. Il était là, au White City, et il a juré que "toute cette m...  [sic] le rendait malade" [...] Il en avait "jusque-là" [...] et ceux qui l'entendirent secouèrent la tête. Mick se contenta de sourire, incrédule, et commença à jouer Waterloo Sunset[79] ». À la fin du concert, alors que la stéréo diffuse des bandes pré-enregistrées, il annonce qu'il arrête[78],[79]. Il est par la suite victime d'une overdose et transporté en urgence à l'hôpital[80].

Ray Davies paraissant dans un état critique, il est envisagé de faire continuer le groupe avec Dave comme leader dans le pire des cas[81]. Néanmoins, Ray finit par se remettre de sa maladie comme de sa dépression, mais les productions des Kinks resteront inégales jusqu'à la fin de leur période théâtrale, et leur popularité, déjà sur le déclin, continue à chuter[80]. Par la suite, John Dalton déclarera que lorsque Ray « décida de reprendre le travail [...] je ne crois pas qu'il allait vraiment mieux, et il n'est jamais redevenu le même qu'avant[81] ».

Preservation Act 1, sorti fin 1973, est froidement accueilli par la critique[76],[82] ; sa suite, Preservation Act 2, reçoit le même accueil à sa sortie, en mai 1974[83]. C'est le premier album enregistré au studio Konk, où seront par la suite enregistrés et produit la quasi-totalité des albums des Kinks[84],[85]. Fin 1974, les Kinks se lancent dans une ambitieuse tournée américaine, adaptant sur scène l'histoire de Preservation. Selon le musicologue Eric Weisbard, « [Ray] Davies transforma les Kinks en une troupe ambulante d'une douzaine d'acteurs, chanteurs et joueurs de cuivres costumés [...] Preservation se révèle plus régulier et ajusté que sur disque, et plus amusant également en concert[86] ».

Davies se lance bientôt dans un nouveau projet : une comédie musicale appelée Starmaker[87]. Après une diffusion télévisée avec Ray Davies dans le rôle principal et les Kinks comme groupe d'accompagnement et seconds rôles, le projet donne finalement naissance à l'album The Kinks Present a Soap Opera, sorti en mai 1975. Ray Davies se demande ce qu'il adviendrait si une rock star échangeait sa vie avec celle d'un « Norman normal » et faisait les trois huit[87],[88]. En août de la même années, les Kinks enregistrent leur dernier album « théâtral », Schoolboys in Disgrace, qui revient sur l'enfance de Mr. Flash, le magnat capitaliste de Preservation[89]. Ce disque rencontre un succès modéré et se classe 45e au Billboard[4],[89]. À la suite de la fin de leur contrat avec RCA, les Kinks signent chez Arista Records en 1976. Arista les encourage à revenir à un simple groupe de cinq musiciens, et ils se réorientent vers l'arena rock[1]. Au même moment, le groupe de heavy metal Van Halen entre dans le Top 40 avec une reprise de You Really Got Me, ce qui participe au retour commercial des Kinks[90].

Renouveau commercial (1977-1985)[modifier | modifier le code]

Ray Davies et ses choristes en concert aux Maple Leaf Gardens de Toronto (29 avril 1977)

John Dalton quitte les Kinks avant la fin des sessions du premier album pour Arista ; il est remplacé par Andy Pyle pour le bouclage des sessions et la tournée qui s'ensuit[1]. Sorti en 1977, Sleepwalker marque un retour en forme du groupe : il se classe 21e aux États-Unis[4],[91]. Peu après sa sortie et l'enregistrement de son successeur, Misfits, Andy Pyle et John Gosling quittent le groupe pour travailler ensemble sur un projet séparé[92]. Dalton revient pour boucler la tournée, et le claviériste Gordon John Edwards (ex-Pretty Things) rejoint le groupe[92]. Misfits sort en mai 1978 ; le titre A Rock 'n' Roll Fantasy, qui se classe dans le Top 40 américain, aide à faire de ce disque un nouveau succès pour le groupe. Dalton quitte pour de bon les Kinks à la fin de la tournée britannique, suivi peu après par Edwards. Jim Rodford (ex-Argent) prend la basse pour l'enregistrement de l'album Low Budget, sur lequel Davies assure lui-même les parties de claviers. Ian Gibbons (ex-Life) est engagé pour la tournée subséquente, et ne tarde pas à devenir membre à part entière. Malgré une formation en mouvement constant, la popularité des disques et des concerts du groupe ne cesse de croître.

Les Kinks (Ray Davies et Jim Rodford) sur scène en 1979.

À partir de la fin des années 1970, des groupes New Wave enregistrent des reprises appréciées de chansons des Kinks (David Watts par The Jam, Stop Your Sobbing par The Pretenders, The Hard Way par The Knack), offrant une promotion supplémentaire aux nouveaux albums du groupe[1],[2]. Sorti en 1979, Low Budget, aux sonorités très hard rock, devient le deuxième disque d'or du groupe aux États-Unis, où il se classe 11e, la meilleure performance de l'histoire des Kinks (hors compilations)[1],[2],[4]. L'année suivante paraît le troisième album live du groupe, One for the Road, accompagné d'une vidéo du même nom[1],[2]. Dave Davies profite du retour en forme du groupe pour sortir des albums en solo : Dave Davies (ou AFL1-3603, en référence à sa pochette) en 1980 et Glamour l'année suivante[93],[94].

L'album suivant des Kinks, Give the People What They Want, sort fin 1981 et se classe 15e aux États-Unis, devenant disque d'or[95]. Le disque inclut les hits Better Things (46e au Royaume-Uni) et Destroyer - chanson en forme de clin d'œil à You Really Got Me - (3e au Hot Mainstream Rock Tracks)[4],[95]. Pour promouvoir l'album, les Kinks passent la fin de l'année 1981 et l'essentiel de 1982 à tourner sans relâche[2], donnant de nombreux concerts à guichet fermé en Australie, au Japon, en Angleterre et en Amérique[96]. La tournée atteint son apogée à l'US Festival de San Bernardino, où les Kinks se produisent devant 205 000 spectateurs[97]. Au printemps 1983, le single Come Dancing se classe 6e aux États-Unis, la meilleure performance des Kinks dans ce pays depuis Tired of Waiting for You[4] ; il marque également le retour du groupe dans le Top 20 britannique (12e), où il n'était plus entré depuis 1972[98]. L'album qui s'ensuit, State of Confusion, est un nouveau succès commercial, qui se classe 12e aux États-Unis mais pas au Royaume-Uni, comme tous les albums du groupe depuis 1967[99]. Un autre single tiré de l'album, Don't Forget to Dance, entre dans le Top 30 aux États-Unis et dans le bas du classement britannique[4].

La deuxième vague de popularité des Kinks se maintient avec State of Confusion, mais ne tarde pas à décliner, un phénomène que connaissent également leurs contemporains Rolling Stones et Who[98]. Dans la seconde moitié de l'année 1983, Ray Davies commence à travailler sur un ambitieux projet de film solo, Return to Waterloo, sur un banlieusard londonien qui rêve qu'il est un tueur en série[100],[101]. Tim Roth y interprète l'un de ses premiers grands rôles[101]. L'engagement de Davies dans son projet (il écrit le scénario, réalise le film et la bande originale) entraînent des tensions avec son frère[102]. D'autres tensions naissent de la fin de la relation entre Ray Davies et Chrissie Hynde[103], ainsi que du ravivement de l'ancienne querelle entre Dave Davies et Mick Avory. Davies refuse finalement de continuer à travailler avec le batteur[103] et exige son remplacement par Bob Henrit (ex-Argent, dont Jim Rodford avait également été membre)[103]. En fin de compte, Avory quitte le groupe et Henrit le remplace. Ray Davies, toujours en bons termes avec Avory, l'invite à devenir manager des studios Konk. Avory accepte et participe comme producteur et contributeur ponctuel aux albums suivants des Kinks[103].

Ray Davies à Bruxelles en 1985.

Entre l'achèvement de Return to Waterloo et le départ d'Avory, le groupe avait commencé à travailler sur Word of Mouth, leur dernier album chez Arista, qui sort en novembre 1984. Avory y est présent sur trois titres[103], tandis que le reste de l'album emploie une boîte à rythmes[104]. Plusieurs chansons étaient déjà présentes sur la bande originale de Return to Waterloo[100]. Do It Again, premier single tiré de l'album, sort en avril 1985 et se classe 41e aux États-Unis, la dernière entrée du groupe dans le Billboard Hot 100[104]. Parallèlement à la sortie de l'album paraissent les trois premiers livres consacrés aux Kinks[105]. The Kinks: The Official Biography de Jon Savage se base sur de longues interviews des membres du groupe ; Ray Davies, après avoir aidé Savage à obtenir un contrat pour le livre, tente à plusieurs reprises de repousser sa parution, sans succès : « il avait d'abord des objections à l'égard du texte, alors qu'il l'avait approuvé auparavant [...] Puis une injonction [...] pour un désaccord sur certaines photographies. Et il y eut une curieuse demande [pour] 50 000 £ d'honoraires pour la citation de quelques paroles[105] ». Peu après paraissent The Kinks Kronicles, du critique rock John Mendelsohn, déjà auteur du livret d'une compilation du même nom parue en 1972 ; et The Kinks — The Sound and the Fury de Johnny Rogan[106].

Déclin et séparation (1986-1996)[modifier | modifier le code]

Début 1986, les Kinks signent chez MCA Records aux États-Unis et London Records au Royaume-Uni[22],[104]. Leur premier album pour leurs nouveaux labels, Think Visual sort plus tard la même année ; il rencontre un succès modéré, se classant 81e au Billboard[4],[22],[107]. Working at the Factory est une nouvelle dénonciation de l'industrie musicale, tandis que la chanson-titre s'en prend à la culture MTV dont le groupe avait pourtant profité au début de la décennie[108]. Suit un nouvel album live en 1987, Live: The Road, aussi pauvrement accueilli par la critique que par le public[4]. En 1989, UK Jive est un échec commercial, qui ne passe que brièvement dans le bas des charts (122e aux États-Unis)[4]. MCA finit par abandonner les Kinks, qui peinent à trouver un label susceptible de les accepter pour la première fois depuis leurs débuts. Le claviériste Ian Gibbons quitte le groupe pour être remplacé par Mark Haley[109].

Les Kinks sont élus membres du Rock and Roll Hall of Fame dès leur première année d'éligibilité, en 1990[2]. Mick Avory et Pete Quaife sont présents à la cérémonie[2],[109], mais cela ne relance en rien la carrière du groupe. Lost & Found (1986-1989), une compilation des années MCA, sort en 1991, essentiellement pour des raisons contractuelles, et met un terme définitif aux relations du groupe avec MCA[22]. Les Kinks signent alors chez Columbia Records et sortent la même année l'EP Did Ya ; malgré la présence d'une nouvelle version de Days, il passe inaperçu[4],[22].

Pour l'enregistrement de leur premier album chez Columbia, Phobia, les Kinks retrouvent une formation en quatuor, à la suite du départ de Mark Haley après un concert donné à guichet fermé au Royal Albert Hall[110]. Gibbons rejoint le groupe après la sortie de l'album pour une tournée américaine[109]. Phobia ne reste qu'une semaine dans le bas des charts américains (166e) et, comme ses prédécesseurs, échoue à produire une quelconque impression au Royaume-Uni[4]. Le single Only a Dream manque de peu d'entrer dans le hit-parade britannique. La sortie du single Scattered est annoncée à la télévision et à la radio, mais le disque est introuvable en magasin ; des exemplaires apparaîtront sur le marché des collectionneurs plusieurs mois après[111]. L'année suivante, Columbia lâche le groupe[111], tandis que les Kinks font paraître l'album To the Bone sur leur propre label (Konk) au Royaume-Uni. Cet album live acoustique est en partie enregistré lors des tournées britanniques de 1993-1994 (qui rencontrent un franc succès) et en partie aux studios Konk, devant un petit groupe d'invités[112]. Deux ans plus tard, une version améliorée de l'album sort aux États-Unis avec deux titres studio inédits, Animal et To the Bone[112]. Malgré de bonnes critiques, l'album ne se classe ni au Royaume-Uni, ni aux États-Unis[4],[112].

La réputation du groupe grandit notablement au milieu des années 1990, essentiellement du fait de l'explosion de la Britpop[1],[112]. De nombreux groupes importants de la décennie citent les Kinks parmi leurs influences majeures. Damon Albarn, leader de Blur, et Noel Gallagher, principal auteur d'Oasis, ont tous deux décrits les Kinks comme ayant eu une profonde influence sur leur écriture ainsi que sur leur développement général en tant qu'artiste. Gallagher a cité les Kinks comme cinquième meilleur groupe de tous les temps[113]. Malgré cela, la viabilité commerciale du groupe continue de décliner[1]. Les Kinks se font de moins en moins actifs, tandis que les frères Davies se consacrent à leurs propres intérêts. Chacun publie une autobiographie : X-Ray, celle de Ray Davies, paraît début 1995, à laquelle Dave répond par Kink, sorti l'année d'après[114]. Les Kinks jouent pour la dernière fois en public à la mi-1996[115], et le groupe se réunit pour ce qui sera son dernier concert à une fête tenue pour le 50e anniversaire de Dave. Selon Doug Hinman, « il était impossible de manquer la symbolique de l'événement. La fête avait lieu là où s'étaient tenus les tout premiers concerts des deux frères, le pub de Clissold Arms, juste en face de leur maison d'enfance, à Fortis Green, dans le nord de Londres[116] ».

Rumeurs de réunion (depuis 1996)[modifier | modifier le code]

Dave Davies au Dakota Creek Roadhouse (2002)

Les membres du groupe se sont par la suite concentrés sur leurs carrières personnelles[114]. Des rumeurs d'une réunion des Kinks ont circulé (notamment une réunion en studio avortée de la formation originelle du groupe en 1999), mais aucun des frères Davies n'a fait preuve d'une envie quelconque de rejouer au sein du groupe[111]. Pendant ce temps, John Gosling, John Dalton et Mick Avory ont formé, avec le chanteur et guitariste Dave Clarke, le groupe The Kast Off Kinks[117].

En 1998, Ray Davies a sorti l'album Storyteller en accompagnement de son autobiographie X-Ray. Son format, qui mêle chansons et dialogue autobiographique dans un style cabaret, semble prometteur à la chaîne américaine VH1, qui lance une série de projets similaires avec d'autres musiciens reconnus du domaine rock, intitulée VH1 Storytellers[118]. Dave Davies a évoqué favorablement une reformation des Kinks au printemps 2003, et alors que le 40e anniversaire du groupe approche, les frères Davies se déclarent intéressés par l'idée de rejouer ensemble[119]. Cependant, les espoirs d'une reformation des Kinks s'effondrent lorsque Dave est victime d'un infarctus en juin 2004, l'empêchant temporairement de parler et de jouer de la guitare[120]. En novembre 2005, avec Dave remis sur pied, les Kinks entrent au UK Music Hall of Fame, les quatre membres d'origine du groupe étant présents. Ils reçoivent leur trophée de Pete Townshend, guitariste des Who, admirateur des Kinks et ami de Ray Davies[121]. L'événement accroît les ventes du groupe ; en août 2007, la compilation The Ultimate Collection (The Kinks) (en) se classe 32e du hit-parade britannique et atteint la première place de l'UK Indie Chart[122].

Ray Davies à Ottawa (2008)

Le 29 septembre 2008, lors d'une interview pour la BBC Radio 4, Ray Davies déclare que le groupe pourrait bientôt se réunir. Affirmant ne pas vouloir participer à une réunion qui ne serait qu'une affaire de nostalgie, il explique : « Il y a l'envie de le faire. Ce qui me ferait répondre "oui" ou "non" serait de savoir si oui ou non, nous pourrions faire de nouvelles chansons ». Il précise également que le principal obstacle est la santé de son frère après son infarctus[120]. En novembre 2008, Ray déclare à la BBC que le groupe a commencé à écrire de nouvelles chansons pour une possible réunion, sans préciser quels membres sont concernés[123]. Cependant, son enthousiasme n'est pas unanimement partagé. Dans une interview, Dave Davies déclare qu'une reformation serait « comme un mauvais remake de La Nuit des morts-vivants », ajoutant que « Ray fait des spectacles Karaoké Kinks depuis 1996 »[124]. En juin 2009, Ray Davies déclare à The Independent que le groupe a répété et même écrit de nouvelles chansons, mais qu'une réunion officielle est peu probable. « Je continuerai à jouer avec d'anciens membres comme Mick Avory de temps en temps. Avec Dave, c'est surtout psychologique. Je l'y conduirai, je le forcerai et je l'encouragerai, et quand le moment sera venu j'imagine que je recommencerai même à lui crier dessus[125]. » En décembre 2009, Ray Davies est revenu sur une possible réunion avec son frère. « Je lui ai suggéré de faire quelques petites scènes pour voir comment il peut jouer. Si l'on doit rejouer ensemble, on ne peut pas reprendre la route sur-le-champ avec une annonce grandiose [...] Mais, si Dave le sent bien et si l'on peut écrire de nouvelles bonnes chansons, alors ça aura lieu »[126]. En février 2011, Ray Davies annonce comme imminente la reformation des Kinks même sans Dave Davies.

Style musical[modifier | modifier le code]

À l'origine, les Kinks restent dans les limites du R&B et du blues, mais ils ne tardent pas à s'essayer à des sonorités plus rock, plus dures ; leur rôle pionnier dans ce domaine leur a souvent valu le surnom de « premiers punks[127],[128] ». Lassé du son de guitare « propre » de l'époque, Dave Davies cherche un son plus fort et plus dur, et pour ce faire, il déchire le haut-parleur de son amplificateur avec une lame de rasoir[129]. Le « petit ampli vert » Elpico, branché sur un plus gros Vox AC30, donne un son caractéristique aux premiers titres des Kinks, notamment You Really Got Me et All Day and All of the Night[1].

Le groupe ne tarde cependant pas à abandonner le côté R&B / hard rock. À partir de 1966, les Kinks deviennent réputés pour leur adoption des traditions musicales et culturelles anglaises, à une époque où de nombreux groupes britanniques s'intéressent davantage au blues, au R&B ou à la pop des États-Unis[1]. Ray Davies se souvient du moment précis, en 1965, où il a décidé de rompre avec la scène américaine pour écrire des titres plus introspectifs et intelligents : « j'ai décidé que j'allais davantage utiliser les mots, et dire des choses. J'ai écrit Well Respected Man. C'est la première chanson vraiment orientée sur les paroles que j'aie écrite. [J'ai aussi] abandonné toute tentative d'américaniser mon accent[130] ». La stylisation anglaise des Kinks est accrue par l'interdiction lancée par l'American Federation of Musicians, qui les coupe du marché américain, le plus important au monde[1], et les force à se concentrer sur le Royaume-Uni et l'Europe continentale. Le son anglais des Kinks continue à se développer au fil des années 1960, mêlant music hall et folk[1].

À partir de l'album Everybody's in Show-Biz (1972), Ray Davies explore des concepts théâtraux sur les albums du groupe, élément manifeste sur Preservation Act 1 (1973) et jusqu'à Schoolboys in Disgrace (1976)[1]. Les Kinks ne rencontrent guère de succès avec ces œuvres conceptuelles, et reviennent à un format rock plus traditionnel à partir de la fin des années 1970. Sleepwalker (1977), qui annonce leur retour commercial, présente une production conventionnelle et léchée qui deviendra leur norme[91]. Le groupe revient au hard rock à partir de Low Budget (1979) et continuera dans ce genre jusqu'à la fin[1].

Certifications et récompenses[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, les Kinks ont placé cinq singles dans le Top 10 du Billboard, et neuf albums dans le Top 40[22]. Dans leur pays d'origine, dix-sept de leurs singles sont entrés dans le Top 20 et cinq de leurs albums dans le Top 10[131]. La RIAA a certifié disque d'or quatre de leurs albums : la compilation Greatest Hits!, sorti en 1965, est certifié disque d'or (1 million de ventes) le 28 novembre 1968 (six jours après la sortie de Village Green, qui n'entre dans aucun hit-parade)[132]. Le groupe doit attendre 1979 pour recevoir un nouveau disque d'or avec Low Budget ; les deux albums suivants, le live One for the Road et le studio Give the People What They Want, reçoivent la même récompense (500 000 exemplaires vendus)[133].

. Entre autres récompenses, ils ont reçu l'Ivor Novello Award pour « Services exceptionnels rendus à la musique britannique »[134]. Le groupe dans sa formation originale est entré au Rock and Roll Hall of Fame en 1990[2],[3], puis au UK Music Hall of Fame en 2005.

Documentation et inédits[modifier | modifier le code]

À la différence d'artistes contemporains, comme les Beatles, dont les enregistrements ont été préservés avec soin, il ne subsiste presque rien des passages des Kinks en studio dans les années 1960[135]. Ray Davies a tenu un journal, mais n'a pas encore permis son étude[136]. Pye Records n'a conservé qu'une petite partie des bandes des Kinks ; la plupart fut détruite, effacée ou réutilisée avant les années 1980[137]. À partir de l'époque RCA, documentation et bandes sont mieux conservées, principalement en raison de la liberté accordée au groupe dans son studio (Konk), mais comme le note Doug Hinman, « jusqu'à ce que les archives des studios Konk soient ouvertes, si elles le sont jamais, ce pan de l'héritage des Kinks sera loin d'être définitif[137] ».

Discographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Discographie des Kinks.

Jusqu'en 1967, la discographie des Kinks est différente au Royaume-Uni (Pye), aux États-Unis (Reprise) et en France (Vogue). L'instrumental Revenge, par exemple, a été écarté de la production française au début. La discographie studio qui suit est la britannique.

Membres[modifier | modifier le code]

Période Chant Guitare Basse Batterie Claviers Albums
février 1964 – juin 1966 Ray Davies Dave Davies Pete Quaife Mick Avory (divers musiciens de studio, notamment Nicky Hopkins entre 1966 et 1968, ou Ray Davies lui-même) Kinks, Kinda Kinks, The Kink Kontroversy
juin – novembre 1966 John Dalton
novembre 1966 – mars 1969 Pete Quaife Face to Face, Something Else, The Village Green Preservation Society
avril 1969 – 1970 John Dalton Arthur
1970-1976 John Gosling Lola Versus Powerman, Muswell Hillbillies, Everybody's in Show-Biz, Preservation Act 1, Preservation Act 2, A Soap Opera, Schoolboys in Disgrace
1976-1977 Sleepwalker
1977 Andy Pyle
1977-1978 Misfits
1978 John Dalton Gordon John Edwards
1978 Jim Rodford Ray Davies Low Budget
1979-1984 Ian Gibbons Give the People What They Want, State of Confusion, Word of Mouth
1984-1989 Bob Henrit

Think Visual, UK Jive

1989-1993 Mark Haley
1993 Ray Davies Phobia
1993-1996 Ian Gibbons

Reprises et adaptations[modifier | modifier le code]

Plusieurs chansons des Kinks ont été adaptées en français, surtout dans les années 1960 :

  • You Really Got Me : La seule qui me tient par Dick Rivers (1964)
  • Something Better Beginning : Pour nous tout va commencer par Dick Rivers (1965)
  • All Day and All of the Night : Le jour, la nuit, le jour par Les Lionceaux (1965)
  • A Well Respected Man : Un jeune homme bien par Petula Clark (1965)
  • Dandy par Michèle Torr (1966)
  • Dedicated Follower of Fashion : Mais que fait-il ? par Gilbert Safrani (1966)
  • Apeman : Superman par Serge Lama (1971)
  • Where Have All the Good Times Gone : Où est donc le bon vieux temps ? par Mike Lécuyer (1978)
  • I Go to Sleep : Et c'est comme si par Julie Pietri (2009)

Quelques chansons des Kinks ont été utilisées dans des publicités à l'échelle mondiale :

  • I'm Not Like Everybody Else par IBM dans le cadre de sa campagne institutionnelle What Makes You Special ;
  • People Take Pictures of Each Other par Sony-Ericsson pour le lancement du Cybershot C902 en 2008.
  • Picture Book, par HP, déjà cité, pour ses appareils photo numériques

Annexes[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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