The Doors

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The Doors

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Photo promotionnelle de 1966 (de gauche à droite: John Densmore, Robby Krieger, Ray Manzarek et Jim Morrison)

Informations générales
Pays d'origine Los Angeles, Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre musical Acid rock, blues rock, rock psychédélique
Années actives 1965 à 1973
Labels Elektra Records Vignet's Labs
Site officiel www.thedoors.com
Composition du groupe
Membres Jim Morrison
Robby Krieger
Ray Manzarek
John Densmore
Logo

The Doors est un groupe de rock américain fondé en juillet 1965 à Los Angeles, Californie, et dissous en 1973, deux ans après la mort du chanteur Jim Morrison en 1971.

Malgré une existence plutôt brève, The Doors est l'un des groupes les plus marquants de l'histoire du rock, et sa musique a influencé de nombreux artistes. Très populaires pendant leurs années d'activité grâce à des titres comme Break On Through ou Light My Fire, les quatre musiciens connurent cependant une plus grande popularité après leur dissolution notamment en raison du culte voué à leur chanteur, Jim Morrison, poète et créateur charismatique, dont la vie tumultueuse et la mort précoce ont contribué à créer la légende[1]. The Doors a réussi à vendre plus de 32,5 millions d'albums aux États-Unis et plus de 100 millions à travers le monde[2].

Affilié à la scène du rock psychédélique, le groupe s'est distingué par une musique protéiforme et assez unique empruntant à la fois au blues (Cars Hiss by My Window), à la pop (Touch Me), au funk (Peace Frog), au jazz[3] (Shaman's Blues) mais aussi au flamenco (Spanish Caravan), et aux musiques de fanfare (Alabama Song), et profondément influencée par l'art et la poésie en particulier[4]. Toutes ces caractéristiques ont fait des Doors un groupe « culte » qui a inspiré de nombreux artistes[5].

Composition[modifier | modifier le code]

Bassistes en studio[modifier | modifier le code]

L'une des particularités de The Doors est l'absence de bassiste en son sein : en concert, Ray Manzarek assure les parties de basse sur son piano basse Fender Rhodes. Toutefois, les musiciens font appel à de nombreux bassistes pour l'enregistrement de leurs albums en studio[6].

Carrière[modifier | modifier le code]

Jim Morrison (Graffiti à Rosario en Argentine)

Les débuts[modifier | modifier le code]

La formation des Doors résulte de la rencontre entre deux étudiants diplômés de l'UCLA, Jim Morrison et Raymond (Ray) Manzarek. Le 8 juillet 1965, Morrison retrouve Manzarek sur une plage de la côte californienne, à Venice et lui fait écouter quelques textes qu'il a écrit dont Moonlight Drive, My Eyes Have Seen You et Summer Almost Gone[7]. Frappé par leur intensité lyrique, Ray Manzarek propose à Morrison de former un groupe de rock mettant en musique ses textes et Jim accepte aussitôt.

De Rick & the Ravens aux Doors[modifier | modifier le code]

Ray Manzarek l'intègre alors au groupe Rick & the Ravens dans lequel il évolue comme organiste aux côtés de ses frères, Rick et Jim. Le groupe se composait donc à l'origine de Jim Morrison au chant, Ray Manzarek aux claviers, Rick Manzarek à la guitare, Jim Manzarek à l'harmonica, Patricia Sullivan à la basse et Vince Thomas à la batterie. Sur une proposition de Jim Morrison, ils choisirent de s'appeler The Doors. Ce nom renvoie à un livre d'Aldous Huxley, The Doors of Perception, où l'auteur narre son expérience des drogues, titre lui-même inspiré d'un vers du recueil de poème Le Mariage du Ciel et de l'Enfer, de William Blake : « If the doors of perception were cleansed, every thing would appear to man as it is: infinite » (« si les portes de la perception étaient purifiées, toute chose apparaîtrait à l'homme telle qu'elle est : infinie »).

Rapidement, Vince Thomas quitte le groupe qui doit donc trouver un nouveau batteur.

C'est au cours d'une conférence sur la Méditation transcendantale, que Ray Manzarek rencontre le batteur John Densmore; celui-ci avait payé 35 dollars pour un mantra personnalisé. "Il n'y aurait pas eu les Doors sans Maharishi" dit Densmore, qui se rappelle le gourou "ce mec androgyne sorti de petits contes de fées étranges" et de qui émanait une "vibration d'amour palpable"[8]. John Densmore, alors batteur de The Psychedelic Rangers, impressionné par le charisme de Morrison et le potentiel « commercial » de ses textes, rejoint The Doors en août 1965. Le groupe, qui abandonne le nom de Rick & the Ravens pour "The Doors", entre alors en studio pour enregistrer une démo de six titres : Moonlight Drive, My Eyes Have Seen You, Hello I Love You, Summer’s Almost Gone, End of the Night et Go Insane (A Little Game). La session de trois heures a lieu le 2 septembre 1965 dans les studios World Pacific Jazz et elle clôt le contrat de Rick and the Ravens avec Aura records. La démo est alors pressée en une poignée d’acétates, que le groupe utilise aussitôt pour démarcher auprès des maisons de disques[9], mais elle n’a jamais été éditée sur disque vinyle ou cassette audio à l’époque.

Déçus par la direction musicale que prend le groupe, les deux frères de Ray le quittent. John Densmore conseille à Jim et à Ray un guitariste de blues et de flamenco, qui assiste aussi au cours de méditation transcendantale : Robby Krieger. En septembre 1965, Krieger qui avait joué avec John Densmore dans les Psychedelic Rangers intègre définitivement le groupe The Doors, dont la constitution est ainsi quasi achevée. Krieger n'est pas qu'un guitariste, c'est un compositeur de talent : c'est lui qui écrira certains des plus grands succès de The Doors comme Light My Fire ou Love Me Two Times.

À peu près à la même époque, la bassiste Pat Sullivan, qui avait enregistré quelques démos avec The Doors, quitte à son tour le groupe. Ray Manzarek découvre alors le clavier-basse Fender Rhodes, dont le son remplace la basse. The Doors n'embaucheront désormais plus aucun bassiste du vivant de Morrison pour jouer sur scène (même s'ils feront par la suite appel à de multiples bassistes lors de leur sessions d'enregistrement).

Premiers engagements[modifier | modifier le code]

Pendant l'automne 1965, les membres du groupe démarchent plusieurs maisons de disques et finissent par séduire Columbia en octobre, avec qui le groupe signe un contrat d’essai de 6 mois, résilié avant terme, non sans avoir obtenu, en décembre, que la Maison de disques accepte de payer le clavier-basse Fender Rhodes de Ray[10],[11]. Fin février 1966, The Doors auditionnent dans un bar de Los Angeles, The London Fog, ou ils commencent à jouer immédiatement, quatre nuits par semaine (puis six), à raison de cinq sets par nuit, jusque début mai[12]. Puis ils décrochent en mai 1966 un nouveau contrat avec le Whisky a Go-Go, un autre bar branché de Los Angeles. Ils y assurent notamment les premières parties du groupe irlandais Them, dont le chanteur Van Morrison (aucun lien de parenté) a une considérable influence sur Jim : le peu d'importance que Van accorde à un public qu'il insulte régulièrement et son penchant pour la boisson marquent à vie Jim et les autres membres du groupe, qui reprennent ensuite régulièrement sa chanson Gloria. Ces débuts difficiles permettent au groupe de se forger une expérience scénique solide, de maîtriser de nombreuses reprises et de tester leurs propres compositions.

Le 18 août 1966, le groupe signe un contrat initial avec la maison de disques Elektra (représentée par Jac Holzman), qui sera suivi d'un contrat définitif en novembre mentionnant notamment l'enregistrement de sept albums. Le 21 août, lors d'une prestation en résidence au Whisky a Go Go, Jim Morrison, qui a avalé du LSD, et sans doute inspiré par les écrits de Freud sur le complexe d'Œdipe, improvise des paroles sur la section musicale centrale de sa chanson The End : « Father. Yes son? I want to kill you. Mother, I want to fuck you all night long » (« Père. Oui fils ? Je veux te tuer. Mère, je veux te baiser toute la nuit »). Scandalisé, le patron du club jette le groupe dehors sans même leur laisser le temps de terminer le morceau. Ce premier incident inaugure une longue série de provocations transgressives : elles deviennent caractéristiques des Doors et contribuent à forger la légende de Jim Morrison.

Le succès[modifier | modifier le code]

The Doors (l'album)[modifier | modifier le code]

Jim Morrison, The Doors, en concert à Copenhague en 1968.

Au cours du mois de Septembre 1966, The Doors enregistrent leur premier album, sobrement intitulé The Doors. L'album malgré des sessions qualifiées de "chaotiques" par Robby Krieger[13], est achevé en un mois grâce au professionnalisme acquis par le groupe.

Ce premier album est caractérisé par un son unique résultant de la combinaison du style virevoltant de Manzarek à l’orgue Vox continental, des tonalités jazz de Densmore et des réminiscences de flamenco et de musique indienne apportées par Krieger. Il s'ouvre sur un morceau bref et très rythmé (inspiré de la Bossa-Nova brésilienne), Break On Through (To the Other Side), à valeur de manifeste puisqu'il invite à dépasser les apparences banales et à passer « de l'autre côté » par l'usage de la drogue. Pour promouvoir la chanson, sortie en single en janvier 1967, le groupe décide de sortir un clip tourné en Novembre 1966, chose assez rare pour l'époque. Ils sont également le premier groupe à avoir la promotion de leur album sur un grand panneau d'affichage du Sunset Strip[14]. L'album comprend également des titres où la musique met en valeur la qualité poétique des paroles de Morrison (Soul Kitchen ; The Crystal Ship), des chansons plus légères correspondant mieux à l'esprit « rock 'n roll » inspiré par l'insouciance (Twentieth Century Fox ; I Looked at You), et des reprises : Alabama Song (qui est tirée de Grandeur et décadence de la ville de Mahagony de Kurt Weill, sur des paroles de Bertolt Brecht) et Back Door Man, un blues de Willie Dixon. Le disque s'achève dans la longue composition The End, dont l'atmosphère troublante s'intensifie grâce aux paroles tour à tour mystérieuses (Weird scenes inside the gold mine, Scènes étranges dans la mine d'or), évocatrices (Ride the snake/To the lake/The ancient lake, « Chevauche le serpent/Jusqu'au lac/Le lac primordial ») et scandaleuses (la fameuse « section œdipienne », maintenue textuellement sur l'album).

Si l'album paraît le 4 janvier 1967, les critiques sont d'abord peu enthousiastes. "Break On Through (To the Other Side)" (avec en face B "End of the Night"), n'arrive pas à percer dans les charts, n'atteignant que la place 126 des charts Américains (Robby Krieger parlera même de "flop"[13]). Au cours du printemps, Richard Goldstein rédige un article élogieux où il écrit, à propos de The End : « quiconque conteste la notion de littérature rock devrait méditer sur cette chanson ». Pendant ce temps, The Doors continuent à produire sur scène principalement en Californie, et notamment à San Francisco, où ils partagent l'affiche avec le Grateful Dead et le Jefferson Airplane[15]

Le succès est finalement au rendez-vous au printemps 1967, avec la sortie du single: Light My Fire. The Doors ré-enregistrent ce titre présent sur l'album pour finalement garder la version originale. Les paroles sont de Robby Krieger, et non de Jim Morrison (comme ce que croient beaucoup de personnes) et le morceau sera réduit de six à trois minutes afin de pouvoir être sorti en single en Avril. Le succès est immédiat : dès le 29 juillet, Light My Fire, véritable hymne à l'amour fou, atteint le n° 1 du Billboard et y reste pendant trois semaines, devenant le titre culte de The Doors. Le groupe est alors acclamé à la fois par la presse adolescente (notamment 16) mais aussi par la presse intellectuelle « sérieuse » (Newsweek, Time, Vogue, etc.), séduite par la qualité lyrique des paroles de Morrison. Il n'était guère fréquent de trouver un groupe de rock qui citât Blake, Brecht ou Freud. Le 17 septembre 1967, The Doors se rendent à New York pour passer dans la très populaire émission télévisée Ed Sullivan Show où ils interprètent notamment Light My Fire. La direction d'antenne exige cependant qu'ils modifient le vers « we couldn't get much higher » (« on ne pourrait pas planer plus haut ») susceptible de choquer l'Amérique bien-pensante. Morrison ne respectera pas les souhaits de la chaîne. Le groupe ne sera plus jamais invité à l'émission par la suite[16]. C'est pendant ce séjour à New York que Joel Brodsky réalise les célèbres photos de Jim Morrison torse nu. Ces photos vont énormément contribuer à façonner l'image d'éphèbe de Morrison et à populariser The Doors aux États-Unis.

Strange Days[modifier | modifier le code]

En octobre 1967, l'album The Doors et le single Light My Fire deviennent tous deux disques d'or. La sortie, au même moment, du deuxième album, Strange Days, contribue à maintenir le groupe sur le devant de la scène. Certains trouveront ce disque beaucoup moins bon que le premier, d'autres y verront une réponse au "Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles. Quoi qu'il en soit, Strange Days exprime, au travers de plusieurs titres, une sensation de malaise, de perte d'identité, de solitude, qui s'accentue au fil de l'album. Strange Days commence l'album et rapporte une idée de jours étranges, comme une histoire d'amour en perdition. You're Lost, Little Girl accentue cet aspect en plus de montrer la fin de la relation tumultueuse. Love Me Two Times" serait comme une (re-)demande d'un amoureux à son amour parti et perdu. Malgré tout le titre reste parmi les plus romantiques et célèbres du groupe. "Unhappy Girl" laisse percer un sentiment d'urgence et d'imminence, comme "Horse Latitudes", poème musical strident qui se teinte même d'agressivité. Sur le titre culminent des impressions de mort. Le poème, écrit par Jim Morrison pendant ses dernières années de lycée, décrit l'épouvante de chevaux jetés à la mer par des marins pour alléger leur navire. Le disque continue et laisse une meilleure impression grâce à des chansons comme Moonlight Drive ou My Eyes Have Seen You. Malgré le fait que People Are Strange rythme l'histoire, le disque s'achève avec un goût amer (I Can't See Your Face In My Mind) et, comme le premier opus, sur une longue composition presque apocalyptique. Avec en introduction le riff de Ray Manzarek, sur son VOX Continental, When the Music's Over, où Morrison exprime, sous sa forme la plus ramassée et la plus dense, la révolte de la fin des sixties contre le puritanisme américain : « We want the world and we want it… NOW ! » (« Nous voulons le monde et nous le voulons… MAINTENANT ! »). Enfin cet album restera célèbre pour son côté très psychédélique.

L'identité complexe de The Doors séduit des foules toujours plus nombreuses de jeunes Américains qui se reconnaissent dans la révolte exprimée par la musique et les paroles du groupe, laquelle s'inscrit dans un mouvement plus ancien et plus général de protest song. Par ailleurs, Jim Morrison pose pour de nombreux magazines, et son physique avantageux fait de lui un sex-symbol aussi adulé que James Dean ou Marilyn Monroe. À cela s'ajoute sa réputation sulfureuse de drogué dionysiaque, d'alcoolique notoire et de poète maudit. Mais ce sont surtout les performances scéniques de Morrison qui conduisent le groupe à une incroyable notoriété.

Des difficultés croissantes[modifier | modifier le code]

Concert fiasco à New Haven[modifier | modifier le code]

Jim, qui a étudié l'ouvrage de Gustave Le Bon la Psychologie des foules, sait moduler ses interventions selon le public, s'appuyer sur ses réactions, plaisanter au moment opportun. Il fait rapidement la preuve qu'il peut manipuler le public à son gré : ainsi le 9 décembre 1967, au cours d'un concert à New Haven, Morrison s'arrête de chanter en plein milieu de Back Door Man, s'assoit sur le bord de la scène, allume tranquillement une cigarette puis, alors que le public observe un silence à la fois étonné et respectueux, le chanteur commence à raconter que, juste avant le début du concert, il se trouvait dans les douches des coulisses avec une fille, qu'un policier l'a pris pour un rôdeur mal intentionné et l'a aspergé de gaz irritant. Durant son "speech", Morrison appelle le policier le Little man in blue, in a little blue suit, with little blue hat (Petit homme en bleu dans son petit costume bleu, avec son petit képi bleu) et le compare à un Little blue pig (Petit cochon bleu). Parmi les poliicers chargés de la sécurité, l'un d'entre eux, qui en a trop entendu, intervient directement sur scène et arrête Morrison pour trouble à l'ordre public. Le public murmure, s'indigne, mais finit par se disperser dans le calme dans les rues de la ville, où il y aura 13 arrestation additionnelles.

Ray Manzarek dira plus tard, lors d'une interview, que les policiers ont arrêté Morrison pour être "allé trop loin"[17]. Jim passera la nuit au commissariat de New Haven, d'où il en ressortira un cliché célèbre.

Le 10 mai 1968, à Chicago, Morrison va plus loin et transforme le concert en émeute. Pourtant, cette virtuosité de Morrison face à la foule pouvait aussi s'exercer dans une direction radicalement opposée : ainsi le 14 décembre 1968, au début d'un concert à Los Angeles, il parvient, en quelques phrases, à désamorcer l'ambiance explosive et à ramener un calme presque complet. C'est à ce concert que le groupe donnera une des meilleures versions de "The Celebration of the Lizard", chanson qu'ils développeront durant l'enregistrement du prochain opus Waiting for the Sun.

Waiting for the Sun[modifier | modifier le code]

Le succès de la formation déstabilise profondément Jim Morrison, lequel sombre petit à petit dans l'alcool et la drogue (voir aussi, sur ce point, Jim Morrison). Les concerts des Doors deviennent de plus en plus chaotiques, en fonction de l'état d'ébriété de leur chanteur. Il n'est pas rare de le voir s'écrouler sur scène et insulter le public. Dès mars 1968, les autres membres du groupe se sentent obligés de placer Morrison sous surveillance et ils engagent à cet effet Bobby Neuwirth[18]. Au printemps, The Doors enregistrent leur troisième album, Waiting for the Sun, mais les tensions s'avivent au sein du groupe et plusieurs disputes éclatent.

Le chanteur est souvent absent ou imbibé, et n'hésite pas parfois à arriver en studio accompagné d'amis rencontrés lors de ses soirées arrosées[13]. Il y a aussi les difficultés techniques de studio : ainsi, après de longues discussions, le groupe décide de supprimer la très longue chanson, The Celebration of the Lizard, qui devait occuper une face entière de l'album et lui donner son nom. Seul la section centrale du morceau sera conservée sous le titre Not to Touch the Earth. L'album change au passage de nom et devient Waiting for the Sun.

Bobby Neuwirth se cachera sous un prétexte pour surveiller Morrison, réaliser un film en noir et blanc pour le clip de Not to Touch the Earth [19]. Mais le chanteur des Doors n'est pas dupe, et pour s'en débarrasser il décide de ne pas sortir Not to Touch the Earth en single, avant de le virer.

The Doors en concert à Copenhague en 1968

Démotivé, en panne d'inspiration, Morrison renâcle de manière de plus en plus marquée : Robby Krieger complète l'album avec trois titres de sa plume (Wintertime Love ; Spanish Caravan ; Yes, the River Knows). Finalement publié au début de juillet 1968, et malgré ces difficultés, l'album est reçu avec enthousiasme par le public, en particulier grâce à la chanson pacifiste The Unknown Soldier dont le dernier vers, « The war is over » (« La guerre est finie »), par sa simplicité même, se transforme rapidement en slogan politique des opposants à la guerre du Viêt Nam. La presse sera beaucoup moins favorable mais le magazine Crawdaddy décrit l'effet de la chanson sur le public de The Fillmore : « la foule des adolescents, libérant plusieurs mois de frustration, exulta en hurlant dans les allées : La guerre est finie ! The Doors ont arrêté la putain de guerre ! ». Mais, contrairement à ces propos, la guerre du Vietnam perdure et le vrai hit se révèle être Hello, I Love You, qui ouvre l'album. La chanson a pris la première place dans le Billboard pendant 2 semaines et est devenue la meilleure vente depuis Light My Fire. L'album, comme le précédent, sera doté d'une dimension psychédélique avec, en plus, l'utilisation d'instruments acoustiques (piano, guitare acoustique et même basse acoustique).

Cependant Morrison se détache peu à peu du rock dès le mois de juin. À la stupeur des autres membres de The Doors (qui sont encore tenus contractuellement par Elektra pour trois albums), quand il leur annonce son intention d'interrompre sa carrière de chanteur. Le clavériste, Ray Manzarek tente de le faire rester six mois de plus, ce que Morrison accepte.

Concert au Hollywood Bowl[modifier | modifier le code]

Arrivé deux jours au Hollywood Bowl pour le Soundcheck, le groupe s'apprêtera à donner un des concerts les plus mythiques de sa carrière. Et pour cause, ce sera le seul de leur carrière qui sera filmé dans son entièreté [20]. Précédé par Les Chambers Brothers et Steppenwolf, le groupe monte sur scène vers 8h30 le soir du 5 Juillet 1968 et s'apprête à enflammer le Hollywood tout entier. Commençant le concert par When the Music's Over avec une introduction de presque 2 minutes, le groupe poursuit par leur, très joué, medley: Alabama Song (Whisky Bar) / Back Door Man / Five to One. Cette dernière est extraite du dernier album et est très appréciée du public. Apparaitra également la suite et fin de Back Door Man. Le groupe compte poursuivre avec Hello, I Love You mais Morrison les stoppe en entamant un récital poétique tout nouveau. Ce texte est une version antérieure à la chanson The W.A.S.P. (Texas Radio and the Big Beat) qui paraitra sur l'album L.A. Woman. Le groupe joue, cette fois, Hello, I Love You et fais suivre avec une chanson de l'album Strange Days: Moonlight Drive tournant vite au poème avec Horse Latitudes. Ayant décidé de ne pas jouer The Celebration of the Lizard en entier, le groupe privilégie des extraits comme A Little Game, The Hill Dwellers et Wake Up!, entrecoupés de la chanson Spanish Caravan. Censés terminer sur leur plus gros succès Light My Fire, le groupe est appelé pour un rappel. Donc les Doors font résonner The Unknown Soldier dans tout le Hollywood Bowl. C'est une mise en scène assez théâtrale où Krieger se transforme en tireur qui assassine Morrison pendant la chanson. Une dernière chanson avant de quitter la scène et ce sera The End. Jim a pris un peu de LSD avant de monter sur scène et celui-ci commence à faire effet. Jim improvise plus qu'à l'habitude et parle à son public d'une sauterelle se trouvant sur scène [21]. Finalement le groupe est ovationné et quitte le Hollywood Bowl serein.

Plusieurs performances suivront notamment au Singer Bowl. Alors que Morrison visionnera les rushes du concert il admettra: « voir une série d'événements que je croyais contrôler... Je me suis d'un seul coup rendu compte (...) que j'étais seulement la marionnette de nombreuses forces dont je n'avais qu'une vague notion. »Par la suite, il deviendra de plus en plus prudent dans ses « manipulations » du public [22].

Tournée en Europe[modifier | modifier le code]

Les Doors commencent leur toute première tournée européenne avec une apparition à la célèbre émission Top of the Pops le 4 Septembre où ils jouèrent Hello, I Love You pour promouvoir le single en Angleterre et en Europe [23]. Toujours sur Londres le groupe joue deux concerts par soir au Roundhouse pendant 2 jours [24],[25]. Le groupe sera filmé pour les besoins du documentaire The Doors Are Open [26]. Changement de direction pour le groupe qui arrive à Francfort pour enregistrer de nouveau Hello, I Love You pour l'émission 4-3-2-1 Hot & Sweet [27] et un concert au Kongresshalle [28].

Mais en quittant l'Allemagne, Morrison prend du hasch que lui a donné un fan et s'évanouit après être intervenu lors du set du Jefferson Airplane au Concertgebouw en Hollande. Le groupe se produit donc sans son leader [29]. Après le retour de Jim Morrison, le groupe entame des concerts à Copenhague [30] et à Stockholm [31]. C'est également durant la tournée que le groupe participe à l'émission Danish TV Special [32].

En octobre, alors qu'il profite d'un repos à Londres, Morrison fait la connaissance de Michael McClure, poète du mouvement « beat » proche de Jack Kerouac et de Lawrence Ferlinghetti. Morrison semble alors s'orienter vers la poésie (voir sur ce point Jim Morrison).

The Soft Parade[modifier | modifier le code]

Les sessions d'enregistrement pour l'album The Soft Parade commencent durant l'été 1968. Le désintérêt de Morrison pour le rock s'accroît lors de la réalisation de l'album. Il n'écrit que quatre des neuf chansons du disque, les autres étant signées Krieger. Excédé par le vers « Tell all the people « Get your gun » » (dans la chanson Tell All the People de Krieger), Morrison s'indigne : « On ne peut pas conseiller aux gens de prendre leur flingue ! » Aussi exige-t-il que les auteurs des chansons soient identifiés sur la pochette de l'album (jusqu'à présent, toutes les chansons étaient signées The Doors sans autre précision).

La production est très différente des précédentes réalisations du groupe. Paul Rothchild adjoint aux Doors une section cuivres afin de donner un son différent. Cette orchestration et ces arrangements obligent à de longues sessions d'enregistrement qui lassent le chanteur du groupe qui travaille sur d'autres projets personnels. De plus, la réalisation de l'album est plombée par l'incident de Miami (voir plus bas).

Enfin, la froideur de Morrison envers les autres membres du groupe vire à la colère lorsqu'il découvre que Krieger, Manzarek et Densmore ont accepté de vendre la mélodie de Light My Fire au constructeur automobile Buick en vue d'une publicité. La production de l'album l'éloigne énormément des recettes qui avaient fait le succès des albums précédents.

Pour changer d'air Morrison enregistre ses poèmes en février 1969, qui deviendront célèbres dans An American Prayer [33]. Il rencontre Patricia Kennealy un mois plus tôt lors d'une interview. C'est à cette période que le groupe jouera au Madison Square Garden.

Malgré des sessions difficiles (Rock Is Dead) et des dissensions entre Morrison et le groupe, The Soft Parade sort en juillet 1969 et Touch Me devient la troisième meilleure vente du groupe. À sa sortie, l'accueil est mitigé, mais l'album devient quand même disque d'or grâce à son public soutenant Morrison dans son procès pour Miami.

Le concert de Miami[modifier | modifier le code]

Le 1er mars 1969, Jim arrive avec plus d'une heure de retard au concert prévu à Miami, au Dinner Key Auditorium, un hangar de la Pan American World Airways, transformé en salle de spectacle[34] . La chaleur y est étouffante du fait que la salle ne possède pas d'air conditionné [34]. Ken Collier, le promoteur du concert avait vendu deux fois plus de places que la salle ne pouvait en accueillir et des disputes éclatent entre Bill Siddons et Ken Collier, pendant que certaines personnes sans tickets essayent d'escalader les murs pour passer par les fenêtres du deuxième étage[34],[35]. Initialement prévue pour contenir à peu près 7 000 personnes, la salle en contient près de 12 000[35].

Le groupe tarde à commencer son spectacle, Jim Morrison n'étant pas encore arrivé dans la salle. Ce dernier revient d'un court séjour passé avec Pamela Courson aux Caraïbes. Avant de partir prendre son avion le chanteur s'était disputé avec sa compagne cosmique, comme il aimait l'appeler. Conséquence: le poète rate son avion. Pour attendre le prochain il se trouve un bar à l'aéroport et commence à boire. Mais Morrison rate une seconde fois son avion [34], et recommene à boire en attendant le troisième. Le groupe, ne voulant plus attendre, commence à jouer quelques versions instrumentales de sa chanson Break On Through. C'est finalement un Jim Morrison barbu et ivre mort qui arrive avec plus d'une heure de retard [35]. Le groupe entame son répertoire, mais Morrison se révèle incapable de chanter une seule chanson dans son intégralité, s'interrompant sans cesse pour digresser, plaisanter, traiter le public de « bunch of slaves » (« bandes d'esclaves »), de « bunch of idiots » (« bandes d'abrutis ») [34]. Pendant la chanson Five to One, il s'interrompt et invective la foule : « How long are you gonna let it go on ? Lettin' people push you around ? How long d'ya think it's gonna last ? Maybe you like it, maybe you like being pushed around... Maybe you love it, maybe you love gettin' you face stuck in the shit... »(« Combien de temps allez-vous vous laisser faire ? Vous laissez les gens vous bousculer. Combien de temps cela va-t-il encore durer à votre avis ? Peut-être que vous aimez ça, peut-être que vous aimez qu'on vous bouscule... Peut-être même que vous adorez ça, que vous adorez qu'on vous mette la tête dans la merde... »). Un peu plus tard pendant le concert, Jim simule une fellation à Robby Krieger, accroché à sa guitare[36].

Puis intervient l'incident fatal : reprenant un de ses « discours » bien rodés pour manipuler le public, Morrison annonce : « Nous sommes là pour jouer de la musique, mais ça ne vous suffit pas, pas vrai ? Vous en voulez plus... Vous voulez quelque chose de plus... ». Taquinant encore la foule, et enlevant sa chemise, il finit par annoncer au public qu'il va montrer son pénis [34].

L'a-t-il fait ? La question reste ouverte. Une extrême confusion régnait à ce moment dans la salle de concert. Après quelques minutes, Jim Morrison se jette dans la foule et poursuit son set au milieu du public[34]. Le groupe rejoint les loges et le lendemain, quitte Miami pour trois jours de repos en Jamaïque. Le 3 mars, le Miami Herald publie un article incendiaire contre le groupe, consécutif à la performance au Dinner Key Auditorium. Le journal accuse Jim Morrison de s'être masturbé en public, d'avoir tenu des propos obscènes et fait des appels à l'émeute et de s'être exposé de manière indécente [34]. Dans le même temps, le journal appelle à une « réaction contre l'obscénité ».

Le 5, Jim Morrison est inculpé sous quatre chefs : « comportement indécent », « nudité publique », « outrage aux bonnes mœurs » et « ivresse publique ». Dans la foulée, les concerts à Jacksonville, Dallas, Pittsburgh, Providence, Philadelphie, Cincinnati, Cleveland, Détroit, sont annulés. Il faut attendre le mois de juin pour que l'agitation se calme un peu, et que Chicago, puis Minneapolis, accueillent The Doors. Dans cette atmosphère tendue, la sortie de The Soft Parade, en juillet, passe presque inaperçue.

Pourtant, de nombreux doutes subsistent quand au fait que Jim Morrison ait réellement exposé son sexe en public[37]. De nombreux témoins s'accordent pour dire qu'il n'a jamais montré son sexe[37]. Les membres du groupe (ainsi que ceux du groupe Echo qui faisaient la première partie) ont toujours démenti que Morrison ait exhibé son pénis, de même que la centaine de journalistes présents[37]. De plus, alors qu'il existe de nombreuses photos du concert, il n'en existe aucune montrant l'acte incriminé[37]. Quant à Morrison, il déclarera plus tard qu'il ne se souvenait plus, qu'il était bien trop ivre pour se souvenir.

Photographie de Jim Morrison prise par la police de Miami le 20 septembre 1970 pour « comportement indécent », « nudité publique », « outrage aux bonnes mœurs » et « ivresse publique ».

Le 9 novembre, comparaissant devant les juridictions de Floride, lors d'une audience préliminaire, Morrison décide de plaider non coupable. Le procès commencera en août 1970 et se soldera, le mois suivant, par la relaxe pour les chefs de « comportement indécent » et « d'ivresse sur la voie publique », mais assorti d'une condamnation à huit mois de prison et à une amende de cinq cents dollars pour les deux autres chefs d'accusation, dont il est reconnu coupable.

Le retour aux sources[modifier | modifier le code]

Le nouveau Morrison[modifier | modifier le code]

Le 28 avril 1969, apparait un Jim Morrison barbu et sans ses pantalons en cuir lors de l'émission Critique sur la chaine PBS. La chaine avait séduit Jim et les autres Doors pour les faire jouer de nouveau ensemble. Jim aimait le concept de ne pas censurer les chansons à la télévision (Sa chanson Build Me a Woman contenant des paroles vulgaires). Le groupe donnera le meilleur de lui-même ce jour là [38]. Le lendemain, le groupe donnera une interview pour la chaine. Jim y prédit l'avenir de la musique: I can envision one person, with tapes and electronic set-ups, singing or speaking and using machines. (Je peux voir une personne, avec des bandes électromagnétiques et des configurations électroniques, chantant ou parlant et utilisant des machines.) [39].

Et c'est en juin que le groupe reprend les concerts aux États-Unis. Mais c'est en juillet que le groupe réalise une de ses meilleures performances, voulant enregistrer un album live, le groupe se produira pour deux sets le 21 juillet 1969 [40] et une répétition le lendemain [41] au Aquarius Theatre à Los Angeles. Mais la production du groupe trouve qu'il n'y a pas le matériel suffisant pour un album live et décide d'enregistrer de nouveaux concerts [42],[43].

Morrison Hotel[modifier | modifier le code]

Le groupe commence, courant septembre, à enregistrer un cinquième album. Morrison Hotel, paraît en février 1970, avec un groupe au mieux de sa forme. Militant pour les engagements typiques du mouvement hippie (Ship of Fools traite de la dégradation de l'environnement), l'album renoue musicalement avec une tradition rock plus classique (Roadhouse Blues) traitant des thèmes comme l'amour (You Make Me Real ; Queen of the Highway ; Blue Sunday ; Indian Summer), sans abandonner des compositions plus élaborées aux paroles portant le lyrisme caractéristique de Morrison (Waiting for the Sun ; Land Ho!), ainsi que le sentiment de malaise qui dominait Strange Days (Peace Frog ; The Spy). Le disque reçoit des critiques extrêmement élogieuses, lesquelles n'hésitent pas à parler du « retour » de The Doors. Mieux encore, Morrison est l'auteur de toutes les compositions de l'album (certaines coécrites avec Krieger), ce qui le fera renouer avec son amour pour la poésie, qui commence à prendre de plus en plus de place dans sa vie.

Le Roadhouse Blues Tour[modifier | modifier le code]

Le groupe récemment privé de concerts à cause de l'incident de Miami, n'a plus qu'une envie: retrouver la scène. Ils décident d'organiser une mini-tournée de 2 mois (janvier et février) pendant laquelle ils joueront presque la totalité de leur nouvel album (éliminant certaines de leurs compositions comme Waiting for the Sun, Queen of the Highway et Indian Summer jugées pas assez adaptées à la scène par le groupe). Le groupe arrive à New York pour les premières répétitions de la tournée et les premiers concerts. Il est su de cette période que Jim Morrison voit beaucoup la journaliste Patricia Kennealy durant les répétitions notamment. Les concerts commencent dans une salle ré-organisée dans le Madison Square Garden, que l'on nommera par la suite Felt Forum [44],[45]. Morrison préférant les petites audiences plutôt que les gros concerts dans les stades. La tournée se poursuivra notamment à San Francisco [46],[47], Long Beach [48], Cleveland [49],[50] et Chicago [51].

En mars-avril 1970, les Doors ont même des idées pour une tournée au Japon et ce avec l'aide la compagne de Ray Manzarek, elle-même japonaise. Mais cette idée oppose de nouveaux conflits au sein du groupe qui préfère jouer en Amérique du nord [52].

Absolutely Live[modifier | modifier le code]

Ayant commencé à enregistrer pour un album live dès Juillet 1969, le groupe continuera d'enregistrer un total de 6 concerts pour compléter l'album. Enregistrant les concerts du Felt Forum, mais aussi à Philadelphia [53], Pittsburgh [54] et Détroit [55]. Mais un évènement imprévu va de nouveau ralentir la carrière du groupe: Lors d'un concert (enregistré) à Boston [56] Morrison arrive de nouveau ivre sur scène. Ce qui ne jouera pas en sa faveur lors du procès de Miami. L'album est finalisé en Juillet 1970 et contient des morceaux inédits pour un public n'étant pas présent aux concerts du groupe (Love Hides, Build Me a Woman, Universal Mind, Dead Cats, Dead Rats et The Celebration of the Lizard). L'album contient aussi de nombreuses reprises comme Close to You qui est chantée par Ray Manzarek.

Malgré tout l'album n'a pas le succès attendu par Elektra et se vend moins bien que les autres albums du groupe (250 000 ventes aux Etats-Unis). En y ajoutant un Jim Morrison qui n'aprécie guère la pochette car il y est mis en avant par rapport aux autres Doors. Ce sera tout de même le sixième disque d'or du groupe.

Derniers concerts de Jim Morrison[modifier | modifier le code]

En mai 1970, le groupe libéré des enregistrements d'Absolutely Live et leur dernière tournée achevée, continue l'année avec des concerts un peu partout aux États-Unis. Mais Morrison a la tête ailleurs: il veut devenir un vrai poète reconnu. En attendant, le groupe se produit en juin à Seattle [57] et à Vancouver [58] au Canada. Jim fera par la suite sa première visite à Paris où il sera aperçu sur le tournage de Peau d'âne.

En juillet, le groupe désire mettre au point une tournée au Japon pour le mois suivant [59]. Mais une nouvelle fois, le groupe n'en fera rien.

Il n'était pas rare d'apercevoir Jim rejoindre des amis sur scène comme le 15 août 1970 où il rejoint Canned Heat à Miami [60]. C'est durant le mois d'août que Jim lâchera ses dernières forces dans les concerts du groupe où, après deux concerts à Bakersfield [61] et à San Diego [62], on peut voir un Morrison fatigué sur la scène du festival de l'Ile de Wight [63]. Une nouvelle tournée, cette fois ci en Europe sera annulée à cause du procès de Miami. L'automne 1970, gâté par le procès de Jim Morrison [64], retarde les répétitions pour le sixième album, lesquelles ne commencent qu'en novembre [65]. Le 8 décembre, le jour de son vingt-septième anniversaire, Jim se rend au studio et enregistre une lecture de certains de ses poèmes [66]. Les 11 et 12 décembre, The Doors donnent leurs derniers concerts avec Jim Morrison à Dallas [67] et à La Nouvelle-Orléans [68]. D'après la biographie de Danny Sugerman et de Jerry Hopkins No One Here Gets Out Alive, "Dallas était le meilleur, Miami, le pire et New Orleans le dernier." en référence à la piètre performance du groupe ce soir là.

L.A Woman[modifier | modifier le code]

Fin décembre 1970 et début janvier 1971, The Doors enregistrent leur sixième album, L.A. Woman. Ce dernier opus avec Morrison prend une tonalité beaucoup plus sombre (Cars hiss By My Window ; Been Down So Long) et inspirée par le blues (Cars hiss by my window ; Crawling king snake), malgré quelques morceaux purement rock (The Changeling ; Love Her Madly) et une composition où la musique éclaire l'un des meilleurs textes de Morrison, The W.A.S.P. (Texas Radio and the Big Beat). Une critique unanime salue le disque, souvent considéré comme le meilleur du groupe. Pourtant, la décision de Jim apparaît désormais irrévocable : il choisit d'abandonner la carrière de chanteur rock, de réduire sa consommation d'alcool, et de se consacrer à la production de films tout en poursuivant son travail poétique, déjà solidement lancé par les encouragements de Michael McClure et par la publication en avril 1970, chez Simon & Schuster, d'un double recueil, The Lords and the New Creatures (voir Jim Morrison).

Décès de Jim Morrison[modifier | modifier le code]

La tombe de Jim Morrison au cimetière du Père-Lachaise

A Paris, où il s’exile en mars 1971, avec sa compagne Pamela Courson, qui était née en 1946, et qui décédera d’une overdose en 1974, Jim Morrison espère pouvoir oublier l'Amérique, sa propre image de rock star, pour se concentrer sur sa création poétique. Il souhaite également oublier Los Angeles et le procès de Miami qui l’a plongé dans un état de dégoût permanent. Après les décès tragiques de Brian Jones, Jimi Hendrix et Janis Joplin, il se désigne volontiers comme le suivant de la liste. Mais pour lui, Paris est la ville lumière, la patrie de nombreux écrivains qui l’ont influencé, la terre d’asile d’Henry Miller et d’Ernest Hemingway. Jim Morrison est à la recherche d’un nouveau départ, d’un nouveau souffle. A-t-il quitté The Doors avant son départ pour la France, comme certains l’ont affirmé ? Tout porte à croire que non, puisqu’il envisage, dès son retour, l’écriture d’un nouveau disque, ainsi que l’enregistrement d’un album parlé avec ses propres poèmes. Lorsque John Densmore lui apprend au téléphone que leur dernier album L.A. Woman, vient de remporter un disque d’or, il en est ravi (in Christophe Dauphin, James Douglas Morrison ou la nuit du lézard, éditions de l’Acanthe, 2001).

Les autres membres du groupe, quant à eux, prennent quelques vacances et évoquent la possibilité d'un septième album. Le 5 juillet, pourtant, une rumeur court à Los Angeles selon laquelle Jim serait décédé. Dépêché sur place dès le 6, Bill Siddons, le manager de The Doors ne peut que confirmer : Jim Morrison est mort dans la nuit du 2 au 3 juillet, officiellement d'une crise cardiaque dans sa baignoire, selon l'avis de décès.

Parce qu'il n'y a pas eu d'autopsie, parce que Bill Siddons n'a pas vu le cadavre de Morrison (mais seulement son cercueil), parce que la nouvelle sera étouffée pendant quelques jours, les circonstances et les causes du décès de Jim Morrison ne cesseront par la suite d'alimenter des polémiques et des rumeurs. De nombreux témoignages (notamment issus d'un reportage de Michäelle Gagnet diffusé sur France 2 "les derniers jours de Jim Morrison") évoquent entre autres l'hypothèse d'une mort par overdose d'héroïne. Sam Bernett, directeur de la boîte de nuit, le Rock and Roll Circus (ultérieurement renommée le "Whisky A Gogo" en référence au fameux night club d'Hollywood (L.A.) où le groupe se produisait à ses débuts) raconte (dans The End - Jim Morrison, éd. Privé, 2007) comment il découvrit (ce qui est très contesté) Jim mort d'overdose dans les toilettes de son établissement avant qu'on ne transporte le corps dans la baignoire de l'appartement où il fut officiellement trouvé par Pamela Courson. Jim Morrison est enterré dans une grande discrétion le 7 juillet, au Cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Aucun des membres des Doors n'est présent.

The Doors après la mort de Jim Morrison[modifier | modifier le code]

La mort de Jim Morrison intervient dans un climat politique difficile aux États-Unis. L'opposition à Richard Nixon et à la guerre du Viêt Nam grandit, et plusieurs rock-stars (Jimi Hendrix, Janis Joplin) sont mortes elles aussi d'overdose, tandis que les deux leaders du mouvement afro-américain, Malcolm X et Martin Luther King ont été assassinés.

Il semblait inévitable que ce décès prématuré, ces obsèques précipitées sans même une autopsie pour déterminer les causes de la mort, dans un pays étranger de surcroît, provoquât des rumeurs et de nombreuses interrogations. Plusieurs thèses s'affrontent. Certains prétendent que le FBI avait une « liste noire » de personnalités charismatiques « dangereuses », pour ne pas dire « à abattre », et que Jim Morrison figurait sur cette liste. D'autres encore prétendent que Morrison aurait en fait orchestré un « décès fictif » destiné à couvrir sa fuite, et qu'il serait toujours vivant.

L'hypothèse d'un simple arrêt du cœur à la suite d'une vie d'excès (Morrison se vantait d'avoir pris deux cents fois de l'acide) paraît encore la plus vraisemblable : il reste néanmoins que cette mort mystérieuse, à un âge si peu avancé, dans le pays même qui vit naître Rimbaud, ne pouvait qu'ajouter à la légende de Jim Morrison et contribuer à lui offrir une aura de « poète maudit » que plus rien ne pourra contredire aujourd'hui puisque le seul témoin direct, Pamela Courson, est décédée d'une overdose d'héroïne en 1974. Les membres restants tentèrent malgré tout de faire survivre le groupe mais deux albums boudés par le public, Other Voices (1971) et Full Circle (1972), poussent le groupe à l'éclatement. Il se reforme brièvement en 1978 pour composer des morceaux qui serviront de support mélodique aux enregistrements de poèmes réalisés par Morrison le 8 décembre 1970, et publiés en disque sous le titre An American Prayer. L'intérêt pour The Doors fut ensuite relancé par Oliver Stone qui consacra, en 1991, son film The Doors au parcours du groupe, en s'inspirant de la biographie de Jim Morrison écrite en 1980 par Jerry Hopkins et Danny Sugerman, No One Here Gets Out Alive (Personne ne sortira d'ici vivant).

À la fin de 2002, Manzarek et Krieger ont voulu réutiliser le répertoire des Doors en recrutant Ian Astbury du groupe The Cult au chant, le batteur Ty Dennis et le bassiste Angelo Barbera, ces deux derniers faisant partie du Robby Krieger Band. En 2005, le groupe se renomme du titre d'une de leur plus célèbre chanson, Riders on the Storm, à la suite de problèmes de droits avec les héritiers Morrison et John Densmore. Densmore s'est souvent confronté aux deux autres membres survivants des Doors, qu'il accuse de dilapider l'héritage et la philosophie originelle des Doors. Il s'est ainsi opposé en 2002, à l'utilisation par Cadillac de Break On Through (To the Other Side) pour 15 millions de dollars, à cause de ses positions sur l'environnement et a refusé l'utilisation d'une chanson par Apple pour 4 millions de dollars[69]. Il a également interdit aux deux autres membres d'utiliser le nom de The Doors [70].

En 2011, Ray Manzarek, Robby Krieger et John Densmore participent à la chanson "Breakin' a Sweat" qui figure sur l'album Bangarang de Skrillex. Ils y apparaissent sous le nom de The Doors.

Ray Manzarek meurt à l'hôpital le 20 mai 2013 à la clinique de Rosenheim en Allemagne, entouré de sa femme et de sa famille, «après une longue bataille contre le cancer des voies biliaires», selon le communiqué. Selon des propos cités, Robby Krieger s’est dit «profondément attristé d’apprendre la disparition» de son ami et a dit avoir été «heureux» d’avoir pu jouer avec lui les classiques des Doors ces dix dernières années. «Ray était une part énorme de ma vie et il me manquera toujours», a-t-il dit. Son manager, Tom Vitorino, a dit à l’AFP que le musicien était «hors du commun» et «allait manquer».

Composition de la reformation[modifier | modifier le code]

Ray Manzarek
The Doors of 21st Century
(2002)
The Doors of 21st Century
(2002-2005)
Riders on the Storm
(2005-2007)
Riders on the Storm
(2007)
Riders on the Storm
(2007-2009)
Ray Manzarek & Robby Krieger
(2010-2013)

The Doors Box Set[modifier | modifier le code]

À l'occasion du 30e anniversaire des Doors, Paul.A.Rotchild et les 3 membres du groupe s'unissent pour créer « The Doors Box Set », une compilation de morceaux inachevés, d'inédits, d'enregistrement studio, de live et de versions différentes de certains morceaux. Sur cette compilation de 4 CD on trouve : CD1 (dénommé Without a Safety Net) : des enregistrements live de quelques morceaux des Doors, et des enregistrements studios ; CD2 (dénommé Live in New York) : le live à New York enregistré au Madison Square Garden en 1970 ; CD3 (dénommé The Future Ain't What It Used to Be) : même genre de contenu que le CD1 ; et enfin CD4 (dénommé Band Favorites) : où l'on peut écouter les 5 morceaux favoris du groupe de chacun des membres restants (Ray Manzarek-Robby Krieger-John Densmore).

Cette compilation est vendue sous deux formes : une version de 2 fois 2 CD (soit deux boîtes différentes) et une version en 4 CD.

The Doors et le cinéma[modifier | modifier le code]

The Doors a été le sujet d'un film d'Oliver Stone en 1991, simplement intitulé The Doors. Le film retrace de manière romancée la carrière du groupe, avec Val Kilmer dans le rôle de Jim Morrison.

Brian De Palma a envisagé, dans le début des années 1980, de réaliser un film sur The Doors avec John Travolta intitulé Fire, mais le projet sera modifié puis abandonné devant l'impossibilité d'obtenir les droits des chansons[71].

Les chansons du groupe ont été employées dans de nombreux films. On peut notamment citer :

En 2010, les Doors reviennent au cinéma dans un documentaire de Tom DiCillo narré par Johnny Depp intitulé When You're Strange. Ce film comprend des extraits d'archives de concerts des Doors ainsi que des extraits video de la guerre du Vietnam, des marches de Martin Luther King et des défilés de J.F Kennedy. Il retrace le parcours complet des Doors, ainsi que les passages sombres dans la carrière du leader, Jim Morrison.

Un film américain présentera une version très romancée et éloignée de la réalité qu'ont été les 4 mois d'exil de Jim Morrison à Paris, au printemps 1971[72]. Réalisé par Robert Saitzyk et finalement tourné à Buenos Aires, The Last Beat devrait sortir en 2013 aux États-Unis[73]. À la télevision, une affiche du film de 1991 est omniprésente dans la série Hélène et les garçons ainsi que ses spin-off.

Discographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Discographie des Doors.

Albums studio[modifier | modifier le code]

Après la mort de Jim Morrison :

Albums live[modifier | modifier le code]

Compilations[modifier | modifier le code]

Bibliographie générale[modifier | modifier le code]

  • 1975 : Jim Morrison au-delà des Doors, Hervé Muller, Albin Michel/Rock&Folk, avec beaucoup d'extraits traduits de paroles
  • 1983 : (en) The Doors : The Illustrated History, Danny Sugerman, W. Morrow and Cie Compilation d'articles, d'interviews...
  • 1991 : (de) The Doors, Rainer Moddemann, Heel
  • 1991 : (en) The Doors in Their Own Words, Andrew Doe and John Tobler, Perigee édition, réédition Omnibus, Londres, 1988.
  • 1991 : (en) Riders on the Storm: My Life with Jim Morrison and the Doors de John Densmore, Delta
  • 2000 : Les Doors : la véritable histoire de Ray Manzarek
  • 2001 : James Douglas Morrison ou La Nuit du lézard, de Christophe Dauphin, préface de Rem, collection l’or du temps, éd. de l’Acanthe,
  • 2005 : Les Cavaliers de l'orage de John Densmore, traduction de Riders on the Storm: My Life with Jim Morrison and the Doors
  • 2005 : La Tragique Romance de Pamela et Jim Morrison de Patricia Butler, Le Castor astral.
  • 1996 : Morrison, un festin entre amis de Frank Lisciandro, Le Castor astral.
  • 2005 : James Douglas Morrison, de Frank Lisciandro, Le Castor astral.
  • 2005 : Jim Morrison ou Les Portes de la perception de Jean-Yves Reuzeau, Le Castor astral.
  • 2007 : The End, Jim Morrison de Romain Renard. Bande dessinée retraçant le parcours du chanteur. Casterman Éditions
  • 2010 : When You're Strange de Tom DiCillo. Film racontant le parcours du groupe depuis sa création jusqu'à la mort de Jim Morrison.
  • 2010 : Jim Morrison, poète du chaos de Frédéric Bertocchini et Jef. Bande dessinée mettant en scène Jim Morrison faisant le point sur sa vie, juste avant sa mort.
  • 2011 : sur l'album L.A. Woman on trouve des versions altérées de morceaux déjà connus ainsi que les chansons inédites Rock Me et She Smells So Nice
  • 2012 : The Doors, 23 nouvelles aux portes du noir. Recueil de nouvelles noires inspirées de l'histoire du groupe, par Jean-Bernard Pouy, Marc Villard, Jean-Noël Levavasseur, Jean-Luc Manet, Michel Embareck, Stéphane Le Carre, Pierre Mikaïloff… Buchet-Chastel Éditions.

Références[modifier | modifier le code]

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  2. http://www.riaa.com/goldandplatinumdata.php?table=tblTopArt
  3. http://www.lejdd.fr/Culture/Musique/Actualite/Densmore-Les-Doors-etaient-la-face-sombre-de-l-Amerique-199014/
  4. http://www.guardian.co.uk/artanddesign/jonathanjonesblog/2010/nov/18/poetry-jim-morrison-the-doors
  5. http://culture.france2.fr/musique/actu/the-doors-un-documentaire-en-juin-62257216.html
  6. http://www.thedoorsguide.com/music/albums.html
  7. http://www.doorshistory.com/doors1965.html
  8. (en) Joe Hagan, « Maharishi Mahesh Yogi, Guru to Beatles and Beach Boys died in The Netherlands », Rolling Stone, no 1047,‎ 6 mars 2008, p. 16 It was at a TM lecture that Manzarek met guitarist Robby Krieger and drummer John Densmore - the latter had paid thirty-five dollars for a personnalized mantra. "There wouldn't be any Doors without Maharishi", says Densmore, who recalls the guru as "this androgynous littles weird fairy dude" who emanated "a palpable love vibe".
  9. (en)James Riordan et Jerry Prochnicky, Break On Through : The Life and Death of Jim Morrison, Quill,‎ 1991, 546 p. (ISBN 978-0-688-11915-7), p. 82-83
  10. (en)Greg Shaw, The Doors On The Road, Omnibus Press,‎ 1997, 275 p. (ISBN 978-0-7119-6546-1), p. 2
  11. (en)The Doors find their bass player. Consulté le 2 octobre 2014
  12. (en)Greg Shaw, The Doors On The Road, Omnibus Press,‎ 1997, 275 p. (ISBN 978-0-7119-6546-1), p. 8
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  17. http://passionweiss.com/2013/05/23/when-the-musics-over-one-last-trip-with-ray-manzarek/
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  71. Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud, Brian de Palma : Entretiens avec Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud, Calmann-Lévy,‎ 2001, 214 p. (ISBN 2-7021-3061-5), p. 122
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  73. http://www.imdb.fr/title/tt1640225/

Liens externes[modifier | modifier le code]

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