Yézidisme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Homme yezidi en habits traditionnels

Le yézidisme est une religion monothéiste qui plonge ses racines dans l'Iran ancien[1],[2],[3],[4],[5],[6]. Les yézidis, appelés également yazidi (Êzidîtî ou Êzidî en kurde), sont les adeptes de cette religion et peuvent faire remonter leur calendrier religieux à 6 764 années (en 2014)[4]. Par rapport à d'autres religions majeures, le calendrier yézidi a 4 750 années de plus que le calendrier chrétien, 990 années de plus que le calendrier juif et a 5 329 années de plus que le calendrier musulman. Cependant le yézidisme ancien a évolué au XIIe siècle lors de la réforme de Sheikh Adi, qui y a introduit des éléments exogènes[2].

Les Yézidis parlent un dialecte kurde, le kurmandji, qui est une langue iranienne. Il est difficile de connaitre le nombre exact de Yézidis : ils sont 600 000 en Irak (essentiellement dans la région du Kurdistan autonome, qui est leur berceau historique) et 180 000 dans les ex-républiques de l'URSS (Russie, Géorgie, Arménie). Il existe également des communautés importantes en Europe (notamment en Allemagne où ils sont 50 000), mais aussi aux États-Unis et au Canada[5].

La transmission orale tient une grande place : peu de Yézidis ont lu ou vu les deux livres saints. Les fidèles de cette religion croient en un dieu unique : Xwede. Malek Taous, littéralement « l'ange-paon », l'émanation de Dieu tient cependant une place importante dans cette religion. Avant de créer le monde, Dieu a créé les 7 anges et désigné Malek Taous comme leur chef. Une fois le monde créé, Dieu a chargé Malek Taous de s'en occuper[4].

Le principal lieu de culte des Yézidis est le temple de Lalesh, qui se trouve dans le Kurdistan irakien[4]. Les Yézidis possèdent deux livres sacrés : le Kitêba Cilwe, le Livre des Révélations et le Mishefa Reş, le Livre noir. Le Kitêba Cilwe décrit Tawsi Melek et sa relation spéciale avec les Yézidis, alors que le Mishefa Reş décrit la création de l'univers, des sept grands Anges, des Yézidis et les lois que ces derniers doivent suivre.

Les Yézidis ont un système de castes depuis leur fondation, cependant il a été modifié par Sheikh Adi. Au sommet de cette hiérarchie se trouve le Prince yézidi, le « Mîr ». Juste au-dessous de lui il y a le Baba Sheikh, le « Pape » yézidi. Les Faqirs, Qewels et Kocheks, qui sont des serviteurs religieux, servent le Baba Sheikh. Toutes ces positions hiérarchiques sont détenues par deux des trois castes yézidies principales, les Sheikhs et les Pirs, tandis que la majorité des Yézidis sont de la caste de Murids, qui est la caste du commun des mortels[4].

Origines discutées du nom yézidi[modifier | modifier le code]

L'archange yezidi Tausi Malek

L’origine du nom même de yézidi est débattue. Les Yézidis adorent Malek Taous, un archange symbolisé par un paon. Le nom de yazidi provient d'ailleurs du proto-iranien "yazatah" qui signifie « ange » ou « l’être suprême[7] », Yazdgard III, Yazata. Le mot *yazatah donna le moyen-persan "yazad et yazd", au pluriel "yazdan" qui aboutit en persan moderne izad et en kurde yezid et yezdan. Le nom "Yezidi" peut également provenir de "Xwede Ez da (Men da)", signifiant « j'ai été créé par Dieu » en kurde moderne. Les lettres "YZD" en écriture cunéiforme, trouvées sur une tablette mésopotamienne, confirment l’existence ancienne de leur croyance[4].

Origines de la croyance yézidie[modifier | modifier le code]

Entre le VIIIe et le IXe siècle av. J.-C., des tribus iraniennes (les Mèdes) s'installent sur les terres du Kurdistan actuel. Le Zoroastrisme a été pendant des centaines d'années la religion dominante et a exercé une influence importantes sur les Kurdes et sur leur croyances. Cependant une partie des Kurdes ne s'étaient pas convertis au Zoroastrisme. Ils étaient restés fidèles à leur ancienne religion : le yazdanisme. Selon le kurdologue Serbi Reshid le zoroastrisme s'est répandu en Médie à partir du VIe siècle av. J.-C., mais n'est pas devenu dominant. Jusqu'au Ve siècle après J.-C., la majorité des Kurdes habitant Zagros, Cizir, Botan et Kirkouk pratiquaient le Yazdanisme[1].

Cette religion médique existe aujourd'hui à travers trois religions kurdes : le yézidisme, le yarsanisme et l'alevisme. D'ailleurs le mot « yazdanisme » est un terme académique du kurdologue Merhad Izady. Selon ce dernier, cette religion médique pouvait s'appeler « yazdanisme » mais également « yézidisme ». Merhad Izady a fabriqué le terme « yazdanisme » afin de différentier cette religion du yézidisme actuel. Car le yézidisme du XXIe siècle a subi des modifications depuis sa fondation. Notamment lors de la reforme de Sheikh Adi qui a eu lieu au XIIe siècle. Le yézidisme est une survivance de l'ancienne religion médique, qui au cours de son existence a adsorbé des éléments exogènes, afin de s'adapter à un environnement hostile[1].

De nombreuses similitudes existent entre le Yézidisme et le Zoroastrisme . Mais contrairement aux indications de nombreuses études publiées, le Yézidisme n'est pas dérivé du Zoroastrisme. Ces deux religions ont en effet des racines communes. Le Yézidisme est une survivance de l'ancienne religion médique, religion dans laquelle le Dieu était tout-puissant et avait un serviteur, Mithra, qui est, entre autres, une divinité solaire. Aujourd'hui on retrouve la même interdépendance entre Xwede et l'archange Taous.Le Zoroastrisme, quant à lui est une réforme du Mithraïsme/Mazdéisme, autre appellation de cette ancienne religion médo-iranienne[1].

Les spécialistes des religions[7] soulignent le syncrétisme religieux dont est issu le Yézidisme. La cosmogonie yézidie présente de troublantes similitudes avec les religions de l'ancien Iran, les religions prézoroastriennes puis zoroastriennes du VIIe siècle au IVe siècle av. J.-C.. Ces analogies sont principalement dues à la présence de nombreux Kurdes de la vieille foi dans la vallée de Lalish et à l'isolement de cette dernière. Au XIIe siècle, Sheikh Adi, maître soufi, s'installe à Lalish et y enseigne ses préceptes auprès de la population yézidie. Adi adapte ses caractéristiques musulmanes au yézidisme.

La tradition orale de cette croyance est un des principaux facteurs qui jouèrent en sa défaveur aux yeux des musulmans. Ceux-ci, ne reconnaissant comme leurs égaux que les Gens du Livre, voyaient d’un mauvais œil ces communautés rebelles et païennes. Or, les Yézidis ne sont pas des disciples d’une tradition religieuse uniquement orale : deux livres sacrés serviraient de bases à leurs lois et rites.

Description de la croyance yézidie[modifier | modifier le code]

Le récit de la Création, selon le Mishefa Reş, diffère de celui des chrétiens et des musulmans. En premier, un Dieu tout puissant créa sept anges. Il façonna le monde comme une grosse perle blanche, pure et précieuse, symbole de l’illumination. Le monde resta ainsi pendant 40 000 ans, chiffre magique. Puis Dieu brisa la perle dont les éclats formèrent la terre, le ciel, la mer. Il créa les animaux, les plantes. Puis Il pétrit avec de l’argile le corps d’Adam, souffla sur lui, et lui donna une âme[3].

Deux principes dominent la religion yézidie, la pureté spirituelle, la croyance en la métempsycose. Les saints se réincarnent périodiquement sous forme humaine. Les autres peuvent se réincarner sous formes d’animaux. Les Yézidis pensent que le bien et le mal existent dans l’esprit et le cœur des hommes. Il dépend d’eux de faire le bon choix. Leur dévotion envers Malek Taous, le puissant Ange-Paon, le Sage, peut les guider. Dieu lui ayant donné le choix entre le Bien et le Mal, il choisit le bien[3].

Malek Taous est un archange dans la religion yézidie. Malek Taous est souvent représenté par un paon et le paon symbolise la diversité, la beauté et le pouvoir. Une fois que Dieu a créé le monde, il a chargé les 7 anges (dont le chef est Malek Taous) de préserver le monde. Selon la foi yézidie, Malek Taous est une émanation et un serviteur du Tout-Puissant. Le premier jour (un dimanche) Dieu a créé l'ange Azrail, qui est une autre appellation de Malek Taous. Le deuxième jour (un lundi) Dieu a créé Dardail. Le troisième jour (un mardi) Dieu a créé Israil. Le quatrième jour (un mercredi) Dieu a créé Machael. Le cinquième jour (un jeudi) Dieu a créé Anzazil. Le sixième jour (un vendredi) Dieu a créé Chemnail. Enfin le septième jour (un samedi) Dieu a créé Nourail. Dieu a ensuite proclamé « Malek Taous » chef de tous les autres anges. « Malek Taous » signifie littéralement « ange solaire » (Tav signifie « Soleil » en kurde et « Malek » signifie « Ange » dans les langues sémitiques). En sens on peut faire un parallèle avec le dieu-soleil iranien Mithra, qui lui-même n'était pas le Dieu suprême, mais un serviteur de Dieu[4].

Ancienne divinité solaire Mithra/Shamash

Dans l'Iran ancien le nom métaphorique du Soleil était « Tavus-e Falak » , ce qui veut dire le « Paon Céleste ». Dans la Grèce antique, le paon était le symbole du Soleil. Dans la mythologie hindou les plumes du paon étaient considérées comme une représentation du ciel et des étoiles. Dans le Yézidisme, le Soleil est considère comme une source de bonté, de lumière, de chaleur mais surtout de vie. Cependant les Yezidis ne sont pas « des adorateurs du Soleil » : Dieu a créé le Soleil et les Yezidis se prosternent devant cette création divine[4].

L'archange Taous a été faussement accusé d'être le Diable pendant des centaines d'années par les musulmans. Mais leur distorsion de sa vraie nature n'a pas été popularisée avant le XIIe siècle, il semble que pendant les périodes antérieures les musulmans avaient une vision tout à fait différente de l'archange Taous. Certains leaders musulmans choisissaient un petit aspect ou une caractéristique de l'Ange Paon et l'ont rapproché de leur vision du Diable. Voici une liste d'allégations contre Malek Taous qui ont fait partie de la tentative des musulmans de convaincre le monde de son caractère diabolique.

Accusation : certains leaders musulmans soutiennent que l'un des noms de Malek Taous est Azazel, un nom de Satan. Selon le yézidisme, le nom du suppléant pour Malek Taous auquel ils se réfèrent n'est pas Azazel, mais Azrail, un nom qui signifie « quelque chose de précieux »[4].

Accusation : L'Ange Paon était dans le Jardin d'Éden et, à cause de sa fierté, il a refusé l'ordre de Dieu de se prosterner devant Adam. Ce spectacle de fierté a causé la chute de Lucifer et a établi une hostilité éternelle entre Dieu et l'ange Paon. Dans la tradition yézidie, il est en effet dit que l'Ange Paon était présent dans le Jardin d'Éden. Cependant il a refusé de se prosterner devant Adam, vouant un amour exclusif et obéissant à Dieu. Les yézidis croient en effet qu'avant la création d'Adam, le Dieu Suprême avait informé les sept Grands Anges de ne jamais se prosterner devant une autre entité que lui-même[4].

De plus certains musulmans pensent que les Yezidis sont les gens du calife Yazīd Ier, dont le règne impopulaire a fait de lui un ennemi des Musulmans Chiites, car il avait tué le petit-fils du Prophète Mahomet. Mais les Yezidis n'ont aucun rapport avec le calife Yazid, hormis une ressemblance sonore[4].

Selon une autre légende yezidie, Malek Taous a prouvé son amour et sa fidélité à Dieu en refusant de se prosterner devant Adam. Pour le récompenser Dieu l'a proclamé chef des autres 6 anges, l'a transformé en Soleil et l'a élevé au ciel. Lorsque les Yezidis prient en direction du Soleil, ils appellent le Soleil « Shams », qui est un autre visage de l'Archange Taous. Shams est l'ange transporteur de lumière. C'est à travers Shams que les Yezidis entrent en contact avec Dieu. Lors des prières, les Yezidis se tournent vers la «Lumière Divine»[4].

Les Yezidis vénèrent également le feu. Selon le Yézidisme, le feu est l'incarnation du Soleil sur Terre. D'ailleurs dans les maisons yezidies, un feu doit toujours être allumé. On observe exactement le même phénomène chez les Zoroastriens[4].

Traditions et interdits du yézidisme[modifier | modifier le code]

Les Yézidis possèdent deux livres sacrés : le Kitêba Cilwe, le Livre des Révélations, et le Mishefa Reş, le Livre noir. Le Kitêba Cilwe décrit Malek Taous et sa relation spéciale avec les Yézidis, alors que le Mishefa Reş décrit la création de l’univers, des sept grands Anges, des Yézidis et les lois que ces derniers doivent suivre[4].

Les Yézidis proclament qu’ils descendent tous d’Adam. Ils sont endogames et monogames. Toute conversion au Yézidisme est impossible : on ne devient pas Yézidi, mais on le naît. Les Yézidis aiment la nature, honorent les arbres et les rivières. Leur religion leur prohibe certains mets, comme la laitue, et leur déconseille de porter du bleu. Aujourd’hui dans le Kurdistan irakien, les jeunes portent des vêtements à l’occidentale, mais les anciens ont gardé leur habit traditionnel, large pantalon kurde, longue chemise au col échancré, tunique et ceinture. Ils sont coiffés d’un haut bonnet de feutre marron entouré d’un turban. Les femmes vont de blanc vêtues, coiffées de turbans ou de fichus. Les enfants sont amenés à Lalesh entre 6 mois et un an, aspergés d’eau de la source blanche sur le front, par un Sheikh ou un Pir. La circoncision est répandue, mais elle n’est pas exigée. Les morts sont enterrés à proximité de leur village, dans des tombes coniques, immédiatement après leur décès[3].

Lalesh, lieu de pèlerinage yezidi

On peut observer un important nombre de rites que les Yezidis et le Zoroastriens ont en commun. Les Yezidis prient 5 fois par jour, comme les Zoroastriens. On remarque également que la prière yezidie du matin (pendant laquelle les Yezidis prient en direction du Soleil) ressemble à la prière zoroastrienne. Comme les Zoroastriens, les Yezidis sont organisés en castes et ont des tabous liés aux 4 éléments (terre, feu, air et eau). Les Yezidis pratiquent également le sacrifice du taureau (culte de Mithra), ce qui jadis était pratiqué par les Mazdéens. Les Yezidis et les Zoroastriens partagent le même jour férié : le mercredi[2].

Les animaux détiennent une place spéciale dans les vieilles religions, particulièrement dans Mithraïsme. Certains animaux sont peints sur les icônes Mithriaques, et les mêmes animaux sont représentés sur le temple Lalesh. Leurs interprétations sont aussi identiques à celles de la religion mithriaque. Mithra, une divinité iranienne, a sacrifié selon la légende un taureau. Les Yezidis en font de même en automne. Ils sacrifient chaque année un taureau pour l'humanité entière et pour un monde plus harmonieux. Dans les temps anciens le taureau symbolisait l'automne et son abattage devait être suivi d'une année verte, pluvieuse et fructueuse. Dans le Mithraïsme le serpent symbolisait le cosmos. Les Yezidis respectent particulièrement le serpent (surtout le serpent noir). Selon la foi yezidie, le serpent est un symbole de la sagesse. À l'entrée du temple Lalesh, un serpent noir est représenté[2].

Société yézidie[modifier | modifier le code]

La société yézidie est une société de castes et de clans. Les Yézidis ont un système de castes depuis leur fondation, mais le système a été mis à jour par le réformateur Sheikh Adi. Au sommet de cette hiérarchie il y a le "Prince" yézidi, le "Mir". Juste au-dessous de lui est le Baba Sheikh, le "Pape" yézidi. Les "Faqirs", les "Qewels" et les "Kocheks" (qui sont des serviteurs religieux) servent le Baba Sheikh. Toutes ces positions hiérarchiques sont prises par deux des trois castes yézidies principales, les Sheikhs et les Pirs, tandis que la majorité des Yézidis font partie de la caste des Murides. La tradition religieuse interdit aux Yézidis le mariage avec les personnes pratiquant une autre religion et entre les membres des différentes castes[4].

Le Mir est le chef temporel et religieux des Yézidis. Il est reconnu par les Yézidis comme étant leur représentant officiel. Le titre du Mir est héréditaire. Le Baba Sheikh est le chef spirituel des Yezidis. Il est présent lors des rencontres religieuses importantes et lors des cérémonies, particulièrement celles qui se font à Lalesh. Une fois par an le Baba Sheikh visite tous les villages yézidis pour donner ses bénédictions et célébrer des cérémonies religieuses. Pendant ces visites il résout également les éventuels conflits parmi les villageois[4].

La caste des «Sheikhs est la plus honorée des trois castes : les Sheikhs exercent les fonctions les plus importantes dans la religion. «Sheikh» est un mot arabe qui signifie « dirigeant » , « aîné d'une tribu », ou alors « homme saint ». La caste des Sheikhs a été fondée par sheikh Adi et l'adhésion à cette caste est héréditaire. La caste des Pirs est la seconde caste religieuse des Yezidis. Pir est un mot kurde qui veut dire « vieillard » ou « aîné ». Les Pirs et les Sheikhs assistent aux mariages, aux circoncisions, aux obsèques et jouent le rôle de conseiller familial. Il y a aujourd'hui 40 clans familiaux de la caste des Pirs, alors qu'avant le XIIe siècle, il y en avait 90. La caste des Murides constitue la majorité des Yézidis. Cette caste n'est pas une caste religieuse, cependant les Murides peuvent porter un titre de noblesse (Ara, Beg ou alors Makhul). Il existe aujourd'hui 99 grandes familles au sein de cette caste[4].

Difficulté d’étudier le yézidisme[modifier | modifier le code]

Yézidis à Mardin, fin du XIXe siècle.

L’une des premières références connues sur les Yézidis est Le Livre de la Gloire, appelé Chronique des Kurdes, de Sheref ed-Din Khan, écrit en 1597. Cet émir de Bitlis (près du lac de Van, en Turquie) fait mention de sept grandes tribus kurdes, qui auraient été à un moment ou à un autre entièrement ou principalement yézidies. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le vice-consul français de Mossoul, M. Siouffi démontrait, contre l’opinion des nestoriens locaux, que le Cheikh Adi était musulman, et non l’apôtre chrétien Addaï. À la même époque, le professeur A. H. Layard étudie sérieusement cette communauté, et ouvre la voie aux études ultérieures. Son nom est resté comme celui du premier savant s’étant penché sur l’étude des Yézidis. En Irak, des Yézidis ont publié un recueil de textes issus de la tradition orale des Yézidis et des Qewls. En URSS est cité le livre de deux auteurs yézidis, O. et J. Jelil : Kurdski folklor, publié en 1978. Les principaux ouvrages actuels de référence sont ceux de Ph. G. Kreyenbroek et de J. S. Guest. Le sujet n’est ainsi pas épuisé, et ces derniers auteurs insistent sur le fait que les Yézidis ne constituent pas une communauté compacte, mais des communautés dispersées, chacune méritant une étude particulière.

Histoire des Yézidis dans l’ex-espace soviétique[modifier | modifier le code]

Quelques tribus kurdes (yézidies et musulmanes confondues) habitaient déjà au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle le territoire de l’Arménie actuelle, mais leur arrivée massive à partir de l’Asie antérieure remonte à la guerre de Crimée (1853-1856), ainsi qu’à la guerre russo-turque de 1877-1878. Selon le recensement tsariste, près de 130 000 Kurdes musulmans et yézidis vivaient en 1897 dans le Caucase. Aujourd'hui, lorsqu'on parle des Kurdes d’Arménie, il s'agit essentiellement de Yézidis. Une des premières migrations de Yézidis dans le Caucase du sud s'est déroulée vers 1874. La deuxième et la plus importante migration a eu lieu pendant la Première Guerre mondiale. La troisième et la dernière vague migratoire a eu lieu entre 1918 et 1920[5].

D'après les données du recensement effectué par le département central des statistiques en 1989 sur le territoire de l'ex-URSS, on comptait 120 000 Kurdes : 17 000 en Azerbaïdjan , 33 000 en Géorgie (majoritairement yézidis), un peu plus de 50 000 en Arménie (majoritairement yézidis) et environ 20 000 dispersés en Russie et dans les Républiques d'Asie centrale. Les Kurdes transcaucasiens affirment que ces chiffres ont été minorés par les autorités des républiques en question car, si un certain quota était dépassé, les Kurdes pouvaient alors prétendre aux garanties socio-politiques prévues par la Constitution au profit des peuples minoritaires. Ainsi, en 1989, selon les sources kurdes, 170 000 kurdes vivaient en Azerbaïdjan et plus de 80 000 en Géorgie[5].

En Géorgie, les Yézidis habitaient principalement dans la capitale, Tbilissi. Aujourd'hui, on rencontre quelques familles de paysans agriculteurs kurdes dans les régions de Kakhéti et de Marneouli. Les conditions économiques critiques que l'Arménie traversait au début du XXe siècle ont incité les Yézidis à rechercher des travaux saisonniers qui leur étaient proposés à Tbilissi[5].

Très rapidement, ces citadins ont intégré le mode de vie urbain (si l'on peut à l'époque employer ce terme) et se sont initiés aux métiers manuels. L'évolution de ce processus a suscité dans les années 1940-1950 la naissance d'un groupe social ouvrier qui se localisait dans les villes industrielles de Géorgie comme Tbilissi et Roustavi. Dans les années 1970, les autorités géorgiennes ont fait un effort considérable pour appliquer des réformes sociales et élaborer une politique complexe visant les minorités du pays, en l'occurrence les Kurdes-Yézidis. De grands progrès ont été faits dans le domaine culturel et déjà dans les années 1980 la Géorgie avait la réputation d'être un important centre culturel des Kurdes soviétiques. Malheureusement, depuis les années 1990, la situation se détériore ; la population yézidie quitte massivement le pays et les autorités refusent de soutenir le programme socioculturel soumis aux instances gouvernementales par l'intelligentsia yézidie[5].

Avec les changements historiques et les bouleversements socio-économiques des pays post-soviétiques, les Yézidis se retrouvent aujourd'hui dans un "vacuum" d'information et subissent un désintérêt croissant des autorités des jeunes pays de Transcaucasie qui ont plus ou moins tendance à se replier sur leurs nationalismes. Plus de 150 000 Yézidis vivent actuellement une nouvelle vague d'exode, aussi importante que celle du début du XXe siècle. Cet exode a pour conséquence de les déplacer bien plus au nord, vers des peuples dont ils ne partagent pas les coutumes, ni les mœurs, ni le destin historique – contrairement à ce que l'on retrace dans leurs relations avec les peuples du Caucase du sud[5].

Aussi, à l'heure actuelle, les régions du sud de la Russie abritent le plus grand nombre de kurdes jamais enregistré sur le territoire soviétique ; ils y ont pour la plupart immigré depuis les pays du Caucase du sud. Ces deux dernières décennies, il y a eu parmi eux un grand nombre de demandeurs d'asile politique dans les pays occidentaux, la France ne faisant pas exception. En grand majorité il s'agit de Kurdes-Yézidis. Jusqu'à ces derniers temps, leurs mouvements migratoires ne concernaient que les territoires frontaliers de leurs terres historiques ; désormais il faut admettre que le problème socio-politique que soulève cette vague de migrations ne touche plus seulement les pays du Moyen-Orient mais aussi ceux du Caucase du sud[5].

Drapeau yezidi

Histoire des Yézidis irakiens[modifier | modifier le code]

À partir de 1915 et en pleine Première Guerre mondiale, les Yézidis protégèrent les chrétiens arméniens et Assyriens qui, poursuivis par les Turcs, se réfugiaient dans le Djebel Sindjar. Ils en accueillirent environ trente mille jusqu’en 1918. En février 1918, ils refusèrent de livrer les persécutés et les défendirent contre les Turcs qui avaient envoyé des contingents dans le Sindjar. Ils menèrent de durs combats, mais inférieurs en effectifs, mal armés, ils furent battus près de Balad. Ils se réfugièrent dans les montagnes avec les chrétiens. Délivrés par les Anglais du joug ottoman, ils acceptèrent de reconnaître comme chef Hemo Soro, choisi par leurs libérateurs[3].

En 1933, les Yézidis du Sindjar optèrent non pas pour la Syrie mais pour l’Irak indépendant. En 1934 se posa le problème du service militaire dont ils étaient dispensés par firman depuis 1849. Ils demandèrent à Bagdad non pas l’exemption du service militaire mais la constitution d’une unité spéciale yézidie. Le gouvernement irakien, désireux d’unifier le pays, d’assimiler peuples et communautés en un seul peuple doté d'une seule religion, l’islam sunnite, refusa net. Il y eut une révolte contre le régime de Bagdad à Sindjar et tout le territoire habité par les Yézidis. Cette révolte, menée sous la direction de Daoude Daoud, Sheikh yézidi du Mihirkam, fut partiellement suivie par les autres tribus. Bagdad envoya pour des représailles le général Bakr Sidqi, avec une colonne. La répression fut sanglante dans tout le Sindjar, des villages incendiés, 2 000 prisonniers déportés vers le sud et deux notables chrétiens qui avaient soutenu Daoude Daoud furent pendus à Mossoul. Après plusieurs mois de combat, dans la nuit du 12 au 13 octobre, le chef Daoude Daoud fut défait. Blessé, il s’enfuit en Syrie où il fut interné. En 1936 le gouvernement irakien décréta une amnistie ; les révoltés yézidis purent revenir chez eux. Daoude Daoud rentra en Irak, fut conduit au village de Sanate, au nord du pays, et y vécut en reclus[3].

Sous le régime de Saddam Hussein, les Yézidis souffrirent d’une politique d’arabisation. Souvent unis aux Peshmergas, combattants kurdes, ils luttèrent contre les troupes baassistes. Plusieurs villages yézidis furent alors détruits[3].

Depuis 2003 et la chute de Saddam Hussein, le Gouvernement autonome du Kurdistan reconnaît cette communauté. Il valorise la participation des Yézidis à la résistance kurde contre l’oppression du régime de Bagdad. Il voit en eux une ethnie kurde. Le droit des Yézidis de pratiquer leur culte est reconnu par la nouvelle Constitution irakienne et par la Constitution du Kurdistan fédéral. Ils sont représentés au parlement et ont deux ministres[3].

Malgré leur volonté de rester à l'écart des violents conflits confessionnels et politiques qui ensanglantent une grande partie de l'Irak, les relations avec les communautés sunnites voisines se sont gravement détériorées. Le 14 août 2007, la communauté yézidie a été la cible de quatre attentats suicides faisant plus de 400 morts[8] dans la province de Ninive. Ils faisaient suite à une série d'incidents commençant par la lapidation le 7 avril 2007 de Du’a Khalil Aswad, une adolescente yézidie qui se serait convertie à l'islam pour épouser un musulman. Cette attaque a été l'une des plus meurtrières qu'ait connu l'Irak depuis le renversement de Saddam Hussein en 2003. C'est également l'attentat le plus meurtrier au monde depuis ceux du 11 septembre 2001 aux États-Unis[9].

Yézidis se trouvant dans d'autres parties du Kurdistan[modifier | modifier le code]

En Turquie, les Yézidis vivent dans le sud-est du pays, plus particulièrement dans la région d'Urfa-Viransehir. Mais leur nombre a diminué depuis les années 1970, où la communauté comptait 80 000 personnes : 23 000 en 1985, 423 seulement selon le recensement de 2000 et finalement 377 en 2007 (dont Urfa 243, Batman 72, Mardin 51, Diyarbakır 11 personnes). Ils ont immigré en Europe, surtout en Allemagne (50 000 personnes) et en Suède (20 000 personnes). Cependant des sources non gouvernementales[Qui ?] font état d'une dizaine de milliers dans la région de Van et du Caucase.

En Syrie, la communauté yézidie compte environ 150 000 personnes. Ils sont essentiellement installés sur la frontière irakienne, au Nord-Est.

Ethniquement Kurdes ?[modifier | modifier le code]

Une importante partie des yézidis renient leurs liens ethniques avec la nation kurde. Ceci est dû aux nombreux conflits religieux qui les ont opposés aux Kurdes musulmans[5]. Cependant ceci est paradoxal. Premièrement parce que les Yézidis parlent le kurmandji, qui est incontestablement une langue kurde. Deuxièmement les traditions, coutumes et fêtes yezidies existent également chez les autres Kurdes. Enfin le Yézidisme est la religion qui se rapproche le plus de ce que les anciens Kurdes pratiquaient autrefois[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e (en)Yezidism: historical roots, Tosine Reshid, International Journal of Kurdish Studies, janvier 2005
  2. a, b, c et d Yazidism and its Mazdean roots, Shamsaddin Megalommatis, Fravahr.org, 15 mars 2010
  3. a, b, c, d, e, f, g et h Ma visite aux Yézidis du nord de l’Irak, Ephrem-Isa Yousif, 1er novembre 2010
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q Les Ezidis de France
  5. a, b, c, d, e, f, g, h et i Les Yézidis et le Yézidisme Lucine Brutti-Japharova, http://gdm.eurominority.org, février 2003
  6. Le martyre des Yézidis Kendal Nezan, Libération, 21 août 2007
  7. a et b Michel Malherbe, Les religions de l'humanité
  8. « Bagdad commande une enquête » sur le site de Radio-Canada.
  9. « Le bilan de l'attentat contre les Yézidis s'alourdit », 16 août 2007, sur le site de France 24.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles liés[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Littérature et autres[modifier | modifier le code]