Yézidisme

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Homme yezidi en habits traditionnels, Max Tilke, 1920.

Le yézidisme est un courant religieux[1] qui est présenté par ses pratiquants (les Yézidis ou Yazidis - Êzidîtî ou Êzidî en kurde -) comme plongeant ses racines dans l'Iran antique[2],[3],[4],[5],[6],[7]. Les Yézidis forment un groupe ethnique kurde, adepte d’un monothéisme issu d'anciennes croyances kurdes. On retrouve en effet de nombreuses similitudes entre le yézidisme actuel et les religions de l'Iran ancien. Ainsi le yézidisme est considéré par ses pratiquants comme une survivance du mithraïsme iranien authentique qui s'est adapté à un environnement hostile en absorbant des éléments exogènes[8],[9] notamment les enseignements de Cheikh Adi[3], un savant soufi qui s'est installé dans la vallée de Lalish au XII siècle[10]. Cependant d'autres études (européennes ou celles de théologiens musulmans) le considèrent comme un mouvement hétérodoxe de l'islam sunnite apparu au XIIe siècle et sur lequel des éléments pré-islamiques ont par la suite été greffés[8],[11], en utilisant des pratiques anté-islamiques conservées dans le Kurdistan[10] notamment postérieurement à Cheikh Adi[3]. Les Yézidis font remonter leur calendrier religieux à 6 764 années (en 2014)[5]. Par rapport à d'autres religions majeures, le calendrier yézidi a 4 750 années de plus que le calendrier chrétien, 990 années de plus que le calendrier juif et a 5 329 années de plus que le calendrier musulman.

Généralités[modifier | modifier le code]

Géographiquement localisé au Kurdistan et dans le Caucase (Arménie, Géorgie), le yézidisme est l'une des plus vieilles religions monothéistes[2],[4],[5], et est considéré comme la troisième confession kurde[12]. Les Yézidis parlent un dialecte kurde, le kurmandji, qui est une langue iranienne.

Il est difficile de connaître le nombre exact de Yézidis : une estimation donne un total de 800 000. Ils ont pu être 600 000 en Irak (essentiellement dans la région du Kurdistan autonome, qui est leur berceau historique) et 180 000 dans les anciennes républiques de l'URSS (Russie, Géorgie, Arménie). Il existe également des communautés importantes en Europe (notamment en Allemagne où ils sont environ 50 000), mais aussi aux États-Unis et au Canada[réf. nécessaire][6].

Le principal lieu de culte des Yézidis est le temple de Lalech, qui se trouve dans le Kurdistan irakien[5].

Les Yézidis possèdent deux livres sacrés : le Kitêba Cilwe, le Livre des Révélations, et le Mishefa Reş, le Livre noir. Le Kitêba Cilwe décrit Tawsi Melek et sa relation spéciale avec les Yézidis, alors que le Mishefa Reş décrit la création de l'Univers, des sept grands Anges, des Yézidis et les lois que les Yézidis doivent suivre.

La transmission orale tient une grande place : peu de Yézidis ont lu ou vu les deux livres saints. Les fidèles de cette religion croient en un dieu unique : Xwede. Malek Taous, littéralement « l'ange-paon », l'émanation de Dieu, tient cependant une place importante dans cette religion. Avant de créer le monde, Dieu a créé les sept anges et désigné Malek Taous comme leur chef. Une fois le monde créé, Dieu a chargé Malek Taous de s'en occuper[5].

Les Yézidis ont un système de castes depuis leur fondation, qui a cependant été modifié par Cheikh Adi au XIIe siècle. Au sommet de cette hiérarchie se trouve le prince yézidi, le « Mîr ». Juste au-dessous de lui il y a le Baba Cheikh, le « Pape » yézidi. Les Faqirs, Qewels et Kocheks, qui sont des serviteurs religieux, servent le Baba Cheikh. Toutes ces positions hiérarchiques sont détenues par deux des trois castes yézidies principales, les Cheikhs et les Pirs, tandis que la majorité des Yézidis sont de la caste de Murids, qui est la caste du commun des mortels[5].

Histoire du yézidisme[modifier | modifier le code]

Difficulté d’étudier le yézidisme[modifier | modifier le code]

Yézidis à Mardin, fin du XIXe siècle.

L’une des premières références connues sur les Yézidis est le Livre de la Gloire, appelé Chronique des Kurdes, de Sheref ed-Din Khan, écrit en 1597. Cet émir de Bitlis (près du lac de Van, en Turquie) fait mention de sept grandes tribus kurdes, qui auraient été à un moment ou à un autre entièrement ou principalement yézidies. Dans la deuxième moitié du XIX° siècle, le vice-consul français de Mossoul M. Siouffi démontrait, contre l’opinion des nestoriens locaux, que le Cheikh Adi était musulman, et non l’apôtre chrétien Addaï. À la même époque, le professeur A. H. Layard étudie sérieusement cette communauté, et ouvre la voie aux études ultérieures. Son nom est resté comme celui du premier savant s’étant penché sur l’étude des Yézidis. En Irak, des Yézidis ont publié un recueil de textes issus de la tradition orale des Yézidis, en particulier de leur caste religieuse nommée Qewels. En URSS est cité le livre de deux auteurs yézidis, O. et J. Jelil : Kurdski folklor, publié en 1978. Les principaux ouvrages actuels de référence sont ceux de Ph. G. Kreyenbroek et de J. S. Guest, ces derniers auteurs insistent sur le fait que les Yézidis ne constituent pas une communauté compacte, mais des communautés dispersées, chacune méritant une étude particulière.

Histoire des Yézidis irakiens[modifier | modifier le code]

Drapeau yezidi

La « Citadelle de Ninive », ou plus simplement al-Kalʿa, « la Citadelle », en référence aux ruines qui s'y trouvent[13],[14]. Son nom actuel, turc et signifiant peut-être « Petit mouton », est celui d'un village qui y est attesté au début du XIXe siècle, peuplé par des paysans yézidis[15]. Ils sont massacrés en 1836 au cours d'un des accès de violence religieuse qui agite alors la Haute Mésopotamie et leur village est détruit[14].

À partir de 1915 et en pleine Première Guerre mondiale, les Yézidis protégèrent les chrétiens arméniens et assyriens qui, poursuivis par les Turcs, se réfugiaient dans le djebel Sindjar. Ils en accueillirent environ trente mille jusqu’en 1918. En février 1918, ils refusèrent de livrer les persécutés et les défendirent contre les Turcs qui avaient envoyé des contingents dans le Sindjar. Ils menèrent de durs combats, mais inférieurs en effectifs, mal armés, ils furent battus près de Balad. Ils se réfugièrent dans les montagnes avec les chrétiens. Délivrés par les Anglais du joug ottoman, ils acceptèrent de reconnaître comme chef Hemo Soro, choisi par leurs libérateurs[4].

En 1933, les Yézidis du Sindjar optèrent non pas pour la Syrie mais pour l’Irak indépendant. En 1934 se posa le problème du service militaire dont ils étaient dispensés par firman depuis 1849. Ils demandèrent à Bagdad non pas l’exemption du service militaire mais la constitution d’une unité spéciale yézidie. Le gouvernement irakien, désireux d’unifier le pays, d’assimiler peuples et communautés en un seul peuple doté d'une seule religion, l’islam sunnite, refusa net. Il y eut une révolte contre le régime de Bagdad à Sindjar et tout le territoire habité par les Yézidis. Cette révolte, menée par Daoude Daoud, cheikh yézidi du Mihirkam, fut partiellement suivie par les autres tribus. Bagdad envoya pour des représailles le général Bakr Sidqi, avec une colonne. La répression fut sanglante dans tout le Sindjar, des villages incendiés, 2 000 prisonniers déportés vers le sud et deux notables chrétiens qui avaient soutenu Daoude Daoud furent pendus à Mossoul. [réf. souhaitée] Après plusieurs mois de combat, dans la nuit du 12 au 13 octobre, le chef Daoude Daoud fut défait. [réf. souhaitée] Blessé, il s’enfuit en Syrie où il fut interné. En 1936 le gouvernement irakien décréta une amnistie ; les révoltés yézidis purent revenir chez eux. Daoude Daoud rentra en Irak, fut conduit au village de Sanate, dans le nord du pays, et y vécut en reclus[4].

Sous le régime de Saddam Hussein, les Yézidis souffrirent d’une politique d’arabisation. Souvent unis aux peshmergas, combattants kurdes, ils luttèrent contre les troupes baassistes. Plusieurs villages yézidis furent alors détruits[4].

Depuis 2003 et la chute de Saddam Hussein, le gouvernement autonome du Kurdistan reconnaît cette communauté. Il valorise la participation des Yézidis à la résistance kurde contre l’oppression du régime de Bagdad. Il voit en eux une ethnie kurde. Le droit des Yézidis de pratiquer leur culte est reconnu par la nouvelle Constitution irakienne et par la Constitution du Kurdistan fédéral. Ils sont représentés au parlement et ont deux ministres[4].

Malgré leur volonté de rester à l'écart des violents conflits confessionnels et politiques qui ensanglantent une grande partie de l'Irak, les relations avec les communautés sunnites voisines se sont gravement détériorées. Le 14 août 2007, la communauté yézidie a été la cible de quatre attentats suicides faisant plus de 400 morts[16] dans la province de Ninive. Ils faisaient suite à une série d'incidents commençant par la lapidation par les membres de sa communauté, dont des membres de sa famille, le 7 avril 2007, de Du’a Khalil Aswad, une adolescente yézidie qui se serait convertie à l'islam pour épouser un musulman. Cette attaque a été l'une des plus meurtrières qu'ait connu l'Irak depuis le renversement de Saddam Hussein en 2003. C'est également la série d’attentats la plus meurtrière au monde depuis ceux du 11 septembre 2001 aux États-Unis[17].

Les massacres de Sinjâr[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Massacres de Sinjâr.

Le 4 août 2014, pendant la guerre d'Irak, la ville de Sinjâr tombe aux mains des djihadistes du groupe État islamique (ex-EIIL)[18], à l'issue d'une brève bataille contre les Peshmergas.

Des dizaines de milliers de Yézidis fuient alors la ville et les villages environnants pour se réfugier au Kurdistan irakien[19],[20]. Mais lors de l'exode, environ 600 civils sont massacrés et des centaines d'autres sont enlevés entre le 3 et le 15 août[21],[22].

Origines discutées du nom yézidi[modifier | modifier le code]

L'archange yezidi Taous Malek

L’origine du nom même de yézidi est débattue. Les Yézidis adorent Malek Tawûs, un archange symbolisé par un paon puisque "Tawûs" veut dire "le paon". Le nom de yazidi provient d'ailleurs du proto-iranien « yazatah » qui signifie « ange » ou « l’être suprême »[23], Yazdgard III, Yazata. Le mot yazatah donna le moyen-persan « yazad » et « yazd », au pluriel « yazdan », qui aboutit en persan moderne à izad et en kurde à yezid et yezdan.

Yezdan en kurde veut dire à la fois "dieu" - nom commun puisque le dieu des Yazidis s'appelle Xwede (le X se prononce comme une jota espagnole) - et "divin".

Le nom « yezidi » peut également provenir de « Xwede Ez da (Men da) », signifiant « j'ai été créé par Dieu » en kurde moderne. Les lettres « YZD » en écriture cunéiforme, trouvées sur une tablette mésopotamienne, confirment l’existence ancienne de leur croyance[5].

Les Yézidis font remonter leur calendrier religieux à 6 764 années (en 2014)[5]. Par rapport à d'autres religions majeures, le calendrier yézidi a 4 750 années de plus que le calendrier chrétien, 990 années de plus que le calendrier juif et a 5 329 années de plus que le calendrier musulman

Religion yézidie[modifier | modifier le code]

Origines de la croyance yézidie[modifier | modifier le code]

Entre le IXe et le VIIIe siècle av. J.-C., des tribus iraniennes (les Mèdes) s'installent sur les terres du Kurdistan actuel. Le zoroastrisme a été pendant des centaines d'années la religion dominante et a exercé une influence importante sur les Kurdes et sur leur croyances. Cependant une partie des Kurdes ne s'étaient pas convertis au zoroastrisme. Ils étaient restés fidèles à leur ancienne religion : le yazdanisme. Selon le kurdologue Serbi Rechid, le zoroastrisme s'est répandu en Médie à partir du VIe siècle av. J.-C., mais n'est pas devenu dominant. Jusqu'au Ve siècle après J.-C., la majorité des Kurdes habitant Zagros, Cizir, Botan et Kirkouk pratiquaient le yazdanisme[2].

Cette religion médique survit aujourd'hui à travers trois religions kurdes : le yézidisme, le yarsanisme. D'ailleurs le mot « yazdanisme » est un terme académique du kurdologue Merhad Izady. Selon ce dernier, cette religion médique pouvait s'appeler « yazdanisme » mais également « yézidisme ». Merhad Izady a fabriqué le terme « yazdanisme » afin de différencier cette religion du yézidisme actuel. Car le yézidisme du XXIe siècle a subi des modifications depuis sa fondation. Notamment lors de la reforme de Cheikh Adi qui a eu lieu au XIIe siècle. Le yézidisme est une survivance de l'ancienne religion médique, qui au cours de son existence a absorbé des éléments exogènes, afin de s'adapter à un environnement hostile[2].

De nombreuses similitudes existent entre le yézidisme et le zoroastrisme . Mais, contrairement aux indications de nombreuses études publiées, le yézidisme n'est pas dérivé du zoroastrisme. Ces deux religions ont en effet des racines communes. Le yézidisme est une survivance de l'ancienne religion médique, religion dans laquelle le Dieu était tout-puissant et avait un serviteur, Mithra, qui est, entre autres, une divinité solaire. Aujourd'hui on retrouve la même interdépendance entre Xwede et l'archange Taous. Le zoroastrisme, quant à lui, est une réforme du mithraïsme / mazdéisme, autre appellation de cette ancienne religion médo-iranienne[2].

Les spécialistes des religions[23] soulignent le syncrétisme religieux dont est issu le yézidisme. La cosmogonie yézidie présente de troublantes similitudes avec les religions de l'ancien Iran, les religions prézoroastriennes puis zoroastriennes du VIIe siècle au IVe siècle av. J.-C. Ces analogies sont principalement dues à la présence de nombreux Kurdes de la vieille foi dans la vallée de Lalish et à l'isolement de cette dernière. Au XIIe siècle, Sheikh Adi, maître soufi, s'installe à Lalish et y enseigne ses préceptes auprès de la population yézidie. Adi adapte ses caractéristiques musulmanes au yézidisme.

La tradition orale de cette croyance est un des principaux facteurs qui jouèrent en sa défaveur aux yeux des musulmans. Ceux-ci, ne reconnaissant comme leurs égaux que les Gens du Livre, voyaient d’un mauvais œil ces communautés rebelles et païennes. Or les yézidis ne sont pas des disciples d’une tradition religieuse uniquement orale : deux livres sacrés serviraient de bases à leurs lois et rites.

Description de la croyance yézidie[modifier | modifier le code]

Le récit de la Création, selon le Michefa Reş, diffère de celui des chrétiens et des musulmans. En premier, un Dieu tout puissant créa sept anges. Il façonna le monde comme une grosse perle blanche, pure et précieuse, symbole de l’illumination. Le monde resta ainsi pendant 40 000 ans, chiffre magique. Puis Dieu brisa la perle dont les éclats formèrent la terre, le ciel, la mer. Il créa les animaux, les plantes. Puis Il pétrit avec de l’argile le corps d’Adam, souffla sur lui, et lui donna une âme[4].

Deux principes dominent la religion yézidie : la pureté spirituelle et la croyance en la métempsycose. Les saints se réincarnent périodiquement sous forme humaine. Les autres peuvent se réincarner sous formes d’animaux. Les Yézidis pensent que le bien et le mal existent dans l’esprit et le cœur des hommes. Il dépend d’eux de faire le bon choix. Leur dévotion envers Malek Taous, le puissant Ange-Paon, le Sage, peut les guider. Dieu lui ayant donné le choix entre le Bien et le Mal, il choisit le bien[4].

Malek Tawûs est un archange dans la religion yézidie. Malek Tawûs est souvent représenté par un paon selon son nom et parce que le paon symbolise la diversité, la beauté et le pouvoir. Une fois que Dieu a créé le monde, Il a chargé les 7 anges (dont le chef est Malek Tawûs) de préserver le monde. Selon la foi yézidie, Malek Tawûs est une émanation et un serviteur du Tout-Puissant. Le premier jour (un dimanche) Dieu a créé l'ange Azrail, qui est une autre appellation de Malek Tawûs. Le deuxième jour (un lundi) Dieu a créé Dardail. Le troisième jour (un mardi) Dieu a créé Israil. Le quatrième jour (un mercredi) Dieu a créé Machael. Le cinquième jour (un jeudi) Dieu a créé Anzazil. Le sixième jour (un vendredi) Dieu a créé Chemnail. Enfin le septième jour (un samedi) Dieu a créé Nourail. Dieu a ensuite proclamé « Malek Taous » chef de tous les autres anges. « Malek Tawûs » signifie littéralement « ange paon » en kurde. En un sens on peut faire un parallèle avec le dieu Soleil iranien Mithra, qui lui-même n'était pas le Dieu suprême, mais un serviteur de Dieu[5].

Ancienne divinité solaire Mithra/Shamash

Dans l'Iran ancien le nom métaphorique du Soleil était « Tavous-é Falak » , ce qui veut dire le « Paon Céleste ». Dans la Grèce antique, le paon était le symbole du Soleil. Dans la mythologie hindoue les plumes du paon étaient considérées comme une représentation du ciel et des étoiles. Dans le yézidisme, le Soleil est considéré comme une source de bonté, de lumière, de chaleur mais surtout de vie. Cependant les Yézidis ne sont pas « des adorateurs du Soleil » : Dieu a créé le Soleil et les Yézidis se prosternent devant cette création divine[5].

L'archange Tawûs a été faussement accusé d'être le Diable pendant des centaines d'années par les musulmans. Mais leur distorsion de sa vraie nature n'a pas été popularisée avant le XIIe siècle, il semble que pendant les périodes antérieures les musulmans avaient une vision tout à fait différente de l'archange Tawûs. Certains meneurs musulmans choisissaient un petit aspect ou une caractéristique de l'Ange Paon et l'ont rapproché de leur vision du Diable. Voici une liste d'allégations contre Malek Tawûs qui ont fait partie de la tentative des musulmans de convaincre le monde de son caractère diabolique.

Accusation : certains meneurs musulmans soutiennent que l'un des noms de Malek Tawûs est Azazel, un nom de Satan. Selon le yézidisme, le nom du suppléant pour Malek Tawûs auquel ils se réfèrent n'est pas Azazel, mais Azrail, un nom qui signifie « quelque chose de précieux »[5].

Accusation : L'Ange Paon était dans le Jardin d'Éden et, à cause de sa fierté, il a refusé l'ordre de Dieu de se prosterner devant Adam. Ce spectacle de fierté a causé la chute de Lucifer et a établi une hostilité éternelle entre Dieu et l'ange Paon.

Dans la tradition yézidie, il est en effet dit que l'Ange Paon était présent dans le Jardin d'Éden. Cependant il a refusé de se prosterner devant Adam, vouant un amour exclusif et obéissant à Dieu. Les Yézidis croient en effet qu'avant la création d'Adam, le Dieu Suprême avait informé les sept Grands Anges de ne jamais se prosterner devant une autre entité que Lui-Même[5].

De plus certains musulmans pensent que les Yézidis sont les gens du calife Yazīd Ier, dont le règne impopulaire a fait un ennemi des musulmans chiites, car il avait tué le petit-fils du prophète Mohammed. Mais les Yézidis n'ont aucun rapport avec le calife Yazid, hormis une ressemblance phonétique[5].

Selon une autre légende yézidie, Malek Tawûs a prouvé son amour et sa fidélité à Dieu en refusant de se prosterner devant Adam. Pour le récompenser Dieu l'a proclamé chef des autres 6 anges, l'a transformé en Soleil et l'a élevé au ciel. Lorsque les yezidis prient en direction du Soleil lors des prières, ils se tournent vers la « Lumière Divine »[5]."Tav yezdan"

Les yezidis vénèrent également le feu. "agir". Selon le yézidisme, le feu est l'incarnation du Soleil sur Terre. D'ailleurs, dans les maisons yezidies, un feu doit toujours être allumé. On observe exactement le même phénomène chez les zoroastriens[5].

Traditions et interdits du yézidisme[modifier | modifier le code]

Les Yézidis possèdent deux livres sacrés : le Kitêba Cilwe, le Livre des Révélations, et le Mishefa Reş, le Livre noir. Le Kitêba Cilwe décrit Malek Taous et sa relation spéciale avec les yézidis, alors que le Mishefa Reş décrit la création de l’univers, des sept grands Anges, des Yézidis et les lois que ces derniers doivent suivre[5].

Les Yézidis proclament qu’ils descendent tous d’Adam. Ils sont endogames et monogames. Toute conversion au yézidisme est impossible : on ne devient pas yézidi, on naît yézidi.[réf. souhaitée] Les Yézidis aiment la nature, honorent les arbres et les rivières. Leur religion leur prohibe certains mets, comme la laitue, et leur déconseille de porter du bleu.[pourquoi ?][réf. nécessaire] Aujourd’hui dans le Kurdistan irakien, les jeunes portent des vêtements à l’occidentale, mais les anciens ont gardé leur habit traditionnel, large pantalon kurde, longue chemise au col échancré, tunique et ceinture. Ils sont coiffés d’un haut bonnet de feutre marron entouré d’un turban. Les femmes vont de blanc vêtues, coiffées de turbans ou de fichus. Les enfants sont amenés à Lalesh entre 6 mois et un an, aspergés d’eau de la source blanche sur le front, par un Cheikh ou un Pir. La circoncision est répandue, mais elle n’est pas exigée.[réf. souhaitée] Les morts sont enterrés à proximité de leur village, dans des tombes coniques, immédiatement après leur décès[4].

Lalesh, lieu de pèlerinage yézidi

On peut observer un important nombre de rites que les Yézidis et le zoroastriens ont en commun. Les Yézidis prient 5 fois par jour, comme les zoroastriens, et comme les musulmans. On remarque également que la prière yézidie du matin (pendant laquelle les Yézidis prient en direction du Soleil) ressemble à la prière zoroastrienne. Comme les zoroastriens, les Yézidis sont organisés en castes et ont des tabous liés aux 4 éléments (terre, feu, air et eau). Les Yézidis pratiquent également le sacrifice du taureau (culte de Mithra), ce qui jadis était pratiqué par les mazdéens.[réf. souhaitée] Les Yézidis et les zoroastriens partagent le même jour férié : le mercredi[pourquoi ?][3].

Les animaux détiennent une place spéciale dans les vieilles religions, particulièrement dans mithraïsme. Certains animaux sont peints sur les icônes mithriaques, et les mêmes animaux sont représentés sur le temple Lalesh. Leurs interprétations sont aussi identiques à celles de la religion mithriaque. Mithra, une divinité iranienne, a sacrifié selon la légende un taureau. Les Yézidis en font de même en automne. Ils sacrifient chaque année un taureau pour l'humanité entière et pour un monde plus harmonieux. Dans les temps anciens le taureau symbolisait l'automne et son abattage devait être suivi d'une année verte, pluvieuse et fructueuse. Dans le mithraïsme le serpent symbolisait le cosmos. Les Yézidis respectent particulièrement le serpent — surtout le serpent noir. Selon la foi yézidie, le serpent est un symbole de la sagesse. À l'entrée du temple Lalesh, un serpent noir est représenté[3].

Société yézidie[modifier | modifier le code]

La société yézidie est une société de castes et de clans.

Système social yézidi[modifier | modifier le code]

Les Yézidis ont un système de castes depuis leur fondation, mais le système a été mis à jour par le réformateur Cheikh Adi. Au sommet de cette hiérarchie il y a le « Prince » yézidi, le « Mîr ». Juste au-dessous de lui est le Baba Cheikh, le « Pape » yézidi. Les « Faqirs », les « Qewels » et les « Kocheks » (qui sont des serviteurs religieux) servent le Baba Cheikh. Toutes ces positions hiérarchiques sont prises par deux des trois castes yézidies principales, les Cheikhs et les Pirs, tandis que la majorité des Yézidis font partie de la caste des Murides. La tradition religieuse interdit aux Yézidis le mariage avec les personnes pratiquant une autre religion et entre les membres des différentes castes[5].

Le Mîr est le chef temporel et religieux des Yézidis. Il est reconnu par les Yézidis comme étant leur représentant officiel. Le titre du Mîr est héréditaire.

Le Baba Sheikh est le chef spirituel des Yézidis. Il est présent lors des rencontres religieuses importantes et lors des cérémonies, particulièrement celles qui se font à Lalesh. Une fois par an le Baba Cheikh visite tous les villages yézidis pour donner ses bénédictions et célébrer des cérémonies religieuses. Pendant ces visites il résout également les éventuels conflits parmi les villageois[5].

La caste des Cheikhs est la plus honorée des trois castes : les Cheikhs exercent les fonctions les plus importantes dans la religion. « Cheikh » est un mot arabe qui signifie « dirigeant », « aîné d'une tribu », ou alors « homme saint ». La caste des Cheikhs a été fondée par cheikh Adi et l'adhésion à cette caste est héréditaire.

La caste des Pîrin est la seconde caste religieuse des Yézidis. Pîr est un mot kurde qui veut dire " vieux" comme adjectif et « vieillard » comme nom.

Les Pîrin et les Cheikhs assistent aux mariages, aux obsèques, et jouent le rôle de conseiller familial. Il y a aujourd'hui 40 clans familiaux de la caste des Pîrins, alors qu'avant le XIIe siècle il y en avait 90.

La caste des Murides constitue la majorité des Yézidis. Cette caste n'est pas une caste religieuse, cependant les Murides peuvent porter un titre de noblesse (Ara, Beg ou alors Makhul). Il existe aujourd'hui 99 grandes familles au sein de cette caste[5].

Yézidis et Kurdistan[modifier | modifier le code]

Pendant de longues décénnies, connaître les statistiques du nombre de Yézidis en Irak était très difficile. Un temps, les Yézidis étaient mêmes vus comme un peuple et une croyance en voie de disparition, et des chiffres indiquant moins de 15 000 Yézidis en Irak circulaient. De plus, souvent, en Occident, les Yézidis étaient confondus à tort avec les zoroastiens (croyance originelle de l'Iran), mais les Yézidis et les zoroastriens ont des croyances et une histoire différentes. En revanche, depuis 2003, et la chute de Saddam Hussein, un recensement des Yézidis indique des chiffres beaucoup plus importants en Irak, de l'ordre de plus de 600 000 personnes, ce qui placerait l'Irak comme le pays ayant le plus de Yézidis au monde. En 2003, les Yézidis obtinrent 2 députés en Irak, en vertu de la nouvelle constitution, plus favorable aux minorités. En Iran, le nombre de Yézidis doit être important aussi, mais ce pays tend à diminuer pour des raisons politiques le poids de cette communauté religieuse, en indiquant des chiffres tronqués. En Iran, les Yézidis subissent le même sort que les Zoroastriens.

Depuis 2003 et la chute de Saddam Hussein, le droit des Yézidis de pratiquer leur culte est reconnu par la nouvelle Constitution irakienne et par la Constitution du Kurdistan fédéral. Les yézidis sont représentés au parlement et ont deux ministres[4].

En Turquie, les Yézidis vivent dans le sud-est du pays, plus particulièrement dans la région d'Urfa-Viransehir. Mais leur nombre a diminué depuis les années 1970, où la communauté comptait 80 000 personnes : 23 000 en 1985, 423 seulement selon le recensement de 2000 et finalement 377 en 2007 (dont Urfa 243, Batman 72, Mardin 51, Diyarbakır 11 personnes). Ils ont immigré en Europe, surtout en Allemagne (50 000 personnes) et en Suède (20 000 personnes). Cependant des sources non gouvernementales[Qui ?] font état d'une dizaine de milliers dans la région de Van et du Caucase. [réf. souhaitée]

En Syrie, la communauté yézidie compte environ 150 000 personnes[réf. nécessaire]. Ils sont essentiellement installés sur la frontière irakienne, au nord-est.

Ethniquement Kurdes ?[modifier | modifier le code]

Certains yézidis sont tentés de renier leurs liens ethniques avec la nation kurde. Cela est dû à des conflits religieux qui les ont opposés aux Kurdes musulmans[6].

On estime cependant que les yézidis sont ethniquement kurdes et qu'ils sont même une composante du peuple kurde[6], d'abord parce qu'ils parlent le kurmandji, comme leurs voisins ; ensuite, parce que les traditions, coutumes et fêtes yézidies existent également chez les autres kurdes. Enfin le yézidisme est la religion qui se rapproche le plus de ce que les anciens kurdes pratiquaient autrefois[2].

Avant l'apparition de l'islam, au VIIe siècle, les Kurdes étaient yézidis, zoroastriens, juifs ou chrétiens. Au fil du temps, beaucoup de Kurdes se convertirent à l'islam mais des chrétiens, des yézidis, des zoroastriens et des juifs demeurèrent au Kurdistan (la plupart des juifs partirent lors de la création de l'État d'Israël, entre 1947 et 1949). Si les musulmans (chiites, sunnites, alévis, yârsânistes) sont de nos jours majoritaires au sein du peuple kurde, les yézidis n'en demeurent pas moins une composante majeure[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Christine Allison, « Evolution of Yezdi Religion. From Spoken Word to Written Scripture », ISIM newsletter 1/98
  2. a, b, c, d, e et f (en) Tosine Reshid, « Yezidism: historical roots », International Journal of Kurdish Studies,‎ janvier 2005 (lire en ligne)
  3. a, b, c, d et e (en) Shamsaddin Megalommatis, « Yazidism and its Mazdean roots », sur fravahr.org15 mars 2010
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Ma visite aux Yézidis du nord de l’Irak, Ephrem-Isa Yousif, 1er novembre 2010
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r et s Les Ezidis de France
  6. a, b, c, d et e Les Yézidis et le Yézidisme • Lucine Brutti-Japharova, gdm.eurominority.org, février 2003
  7. Le martyre des Yézidis • Kendal Nezan, Libération, 21 août 2007
  8. a et b R. Lescot, Enquête sur les Yezidis de Syrie et du Djebel Sindjār, Beyrouth, Institut Français de Damas, 1938.
  9. L. Massignon, Les Yezidis du Mont Sindjar « adorateurs d'Ibis », ouvrage collectif des Études Carmélitaines sur Satan.
  10. a et b Encyclopaedia Iranica (2004).
  11. L. Massignon, Les Yezidis du Mont Sindjar « adorateurs d'Ibis », ouvrage collectif des Etudes Carmélitaines sur Satan.
  12. « Irak », Encyclopædia Universalis
  13. SDB 1960 col. 486 et 491
  14. a et b M. E. J. Richardson, « Nīnawā », dans Encyclopédie de l'Islam, vol. VIII, Louvain,‎ 1993, p. 51
  15. Reade 2000, p. 429
  16. « Bagdad commande une enquête », Radio-Canada.
  17. « « Le bilan de l'attentat contre les Yézidis s'alourdit » » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), 16 août 2007, France 24.
  18. lemonde.fr La ville se Sinjar tombe aux mains des islamistes.
  19. Crise humanitaire en vue après la prise de Sinjar
  20. Tribune de Bernard Kouchner et autres
  21. Francetvinfo : L'Irak accuse l'État islamique d'avoir assassiné au moins 500 Yézidis, dont certains enterrés vivants
  22. AFP et Le Monde : Irak : des dizaines de morts dans une attaque des djihadistes
  23. a et b Michel Malherbe, Les religions de l'humanité

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Sabri Cigerli, Les Kurdes et leur histoire, Paris, L'Harmattan, coll. « Comprendre le Moyen-Orient »,‎ 1999
  • (en) J. S. Guest, The Yezidis, Londres, KPI,‎ 1987
  • (en) Ph. G. Kreyenbroek, Yezidism : Its Background, Observances and Textual Tradition, The Edwin Mellen Press,‎ 1995
  • Roger Lescot, Enquête sur les Yézidis de Syrie et du Djebel Sindjar, Beyrouth, Librairie du Liban,‎ 1975
  • Michel Malherbe, Les religions de l'humanité, Criterion (ISBN 2-7413-0043-7)
  • Jacqueline Sammali, Être Kurde, un délit ? Portrait d'un peuple nié, L'Harmattan,‎ 2000
  • J. Sellier et A. Sellier, Atlas des peuples d'Orient, Moyen-Orient, Caucase, Asie centrale, Paris, La Découverte,‎ 1993
  • D. Sourdel et J. Sourdel, Dictionnaire historique de l’Islam, Paris, PUF,‎ 1996
  • J. Yacoub, Les Minorités dans le monde — Faits et analyses, Paris, Desclée de Brouwer,‎ 1998
  • Stéphane Yérasimos, Questions d'Orient — Frontières et minorités des Balkans au Caucase, Paris, La Découverte / Hérodote,‎ 1993
  • « Les Kurdes yézidis en Géorgie, 11/06/2004 » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Commission des recours des réfugiés, France
  • « Les Kurdes yézidis en Arménie, 15/04/2005 » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Commission des recours des réfugiés, France
  • Marguerite Rutten, Eugène Cavaignac et René Largement, « Ninive », Supplément au Dictionnaire de la Bible 6,‎ 1960, col. 480-505
  • (en) Julian Reade, « Ninive (Nineveh) », dans Reallexikon der Assyriologie und Vorderasiatischen Archäologie, vol. IX (5-6), Berlin, De Gruyter,‎ 2000, p. 388-433

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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