Abbaye Saint-Martial de Limoges

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Abbaye
Saint-Martial de Limoges
Image illustrative de l'article Abbaye Saint-Martial de Limoges
Présentation
Culte Catholique romain
Type Abbatiale
Rattachement Saint-Siège
Début de la construction 848 sur un site cultuel gallo-romain
Style dominant Roman
Protection Logo monument historique Classé MH (1966)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Limousin
Département Haute-Vienne
Commune Limoges
Coordonnées 45° 51′ 00″ N 1° 15′ 00″ E / 45.85, 1.25 ()45° 51′ 00″ Nord 1° 15′ 00″ Est / 45.85, 1.25 ()  

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Abbaye Saint-Martial de Limoges

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Abbaye Saint-Martial de Limoges

L’abbaye Saint-Martial est un important foyer de l'art, de la science et de la technologie qui rayonne, au Moyen Âge, sur l'ensemble du monde médio-latin.

Située à Limoges, en Limousin, dans le département de la Haute-Vienne, elle naît en 848, sur ordre de Charles Le Chauve, de la transformation d'un chapitre de chanoines des servant le tombeau de saint Martial de Limoges en un établissement bénédictin

Les chanoines de Saint-Martial, vivent sous le règne de Chrodegang, puis adoptent la règle de saint Benoît en 877. En 1063, ils adoptent la réforme clunisienne.

Après avoir été l'un des centres culturels les plus influents du monde médio-latin au XIIe siècle, l'abbaye est transformée en collégiale en 1535, puis végète jusqu'à la Révolution. Dissoute en 1791, alors qu'elle est déjà à l'abandon, elle est physiquement démantelée en 1794.

Sa crypte, qui contient les tombeaux de saint Martial et de sainte Valérie est redécouverte en 1960. Elle est désormais ouverte à la visite.

Les débuts de l'abbaye[modifier | modifier le code]

À la mort de Martial, premier évêque de Limoges, venu évangéliser l'Aquitaine vers le début du IVe siècle, les premiers chrétiens de Limoges l’inhument dans une nécropole, qui s'était développée à l'extérieur des murs de la cité, le long de la Via Agrippa qui mène de Lyon (Lugdunum) à Saintes (Mediolanum Santonum).

Dès lors, débute autour du tombeau du saint un culte qui n'est au début assuré que par de simples prêtres. Saint Loup de Limoges est l'un d'eux.

Limoges possède dès les VI-VIIes siècles un centre de formation réputé pour le travail des métaux, puisque saint Éloi (v. 588 - 659) y fait son apprentissage d'orfèvre et de monnayeur, avant de devenir le ministre du roi Dagobert Ier.

Sur le tombeau du premier évêque fut construite au début du Moyen Âge une église, l'abbatiale romane Saint-Sauveur, étape sur la route du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.

D'après Adémar de Chabanne, en septembre 832, l’empereur Louis le Pieux, fils de Charlemagne, aurait assisté à la consécration de l'autel du Sauveur dans la nouvelle basilique en construction à proximité immédiate du Sépulcre de Saint-Martial. À cette occasion, et toujours d'après le même auteur, le corps de saint Martial aurait été placé dans le chœur de la nouvelle église, mais cela n'aurait pas plu au saint qui aurait déclenché des troubles en Aquitaine et en Francia. on l'aurait alors finalement remis dans son sépulcre. En 848, Charles Le Chauve qui tient alors un plaid à Saint-Martial, accepte que les chanoines qui desservaient jusqu'alors le Sépulcre, se fassent moines, ce qui équivaut à la fondation de l'abbaye.

Le fils de Charles le Chauve, Charles l'Enfant est élu puis couronné roi d'Aquitaine à Limoges en octobre 855 dans la nouvelle basilique du Sauveur de l'abbaye de Saint Martial de Limoges. [1].

Saint-Martial joue alors le rôle qui sera celui de Saint-Denis, et de Reims, pour les rois de France. Louis Le pieux est d'ailleurs le premier monarque de France à se faire couronner à Reims, en 816.

L'Abbaye Saint-Martial de Limoges [2], créée en 848 (dissoute en 1791 par la Révolution), faisait déjà de Limoges et de sa région un important foyer de création artistique (connu sous l'appellation générique d'"œuvre de Limoges" pour l'émail), littéraire (les troubadours), musicale (les tropes), de recherche (les "arts du feu") et d'innovation technologique en Europe au Moyen Âge. Limoges possédait déjà dès les VI-VIIes siècles un centre de formation réputé pour le travail des métaux, où saint Éloi (v. 588 - 659) avait fait son apprentissage d'orfèvre et de monnayeur avant de devenir le ministre du roi Dagobert Ier et dans lequel la voisine abbaye de Solignac s'était distinguée. Une partie de la bibliothèque de l'ancienne Abbaye Saint-Martial se trouve à la Médiathèque Francophone Multimedia de Limoges (la bibliothèque du Grand séminaire quant à elle est aujourd'hui à la Bibliothèque universitaire des lettres sur le campus de Vanteaux).

Au IXe siècle la règle de Benoît va prendre une importance décisive. En effet, l'empereur Louis le Pieux décide avec le conseil de l'abbé bénédictin Benoît d'Aniane de l'imposer à tous les monastères de l'Empire, c'est-à-dire pratiquement à tous les monastères d'Europe occidentale. Le synode d'Aix-la-Chapelle, en 817, entérine cette décision[25]. Jusqu'au XIe siècle, les moines d'Occident seront tous bénédictins[26]. Le Mal des Ardents, appelé encore feu sacré, feu Saint Antoine, a sévi à plusieurs reprises sous la forme épidémique dans certaines provinces de France, en Allemagne, en Espagne et en Sicile du Xe au XIIe siècles. En 994, de grandes pluies ravagèrent l'Aquitaine. Le seigle était alors l'aliment de base de nos populations. Dans ces conditions l'ergot de seigle se développa et fut la cause de l'épidémie. L'ergotisme gangreneux trouva au sein de populations aux conditions de vie précaires et rudes, un terrain de choix pour se propager. Le terrible fléau apparut à Limoges ainsi que dans toute l'Aquitaine, la Touraine et jusqu'en Bourgogne.

Dans la foi vivante de cette époque, les Lémovices implorèrent avec une très grande ferveur leur Saint protecteur, saint Martial. Devant tant de détresse, l'évêque Hilduin sacré Évêque de Limoges en 990, en accord avec son frère, l'abbé de Saint Martial, Geoffroy Ier, convoqua à Limoges tous les évêques de l'Aquitaine pour y célébrer avec eux une cérémonie d'intercession. Un jeûne de trois jours et de prières précéda ce grand rassemblement.

Le 12 novembre 994, l'abbé de Saint-Martial, Geoffroy Ier, Hilduin Évêque de Limoges, Gondebaud archevêque de Bordeaux et l'archevêque de Bourges, les évêques d'Angoulême, de Clermont, de Mende, de Périgueux, de Poitiers, du Puy et de Saintes, les moines de l'abbaye de Saint-Martial, Guillaume IV duc d'Aquitaine, suivis d'une foule immense de pèlerins portèrent en une procession solennelle les Reliques des Saints Limousins, la Relique de saint Martial, de la basilique du Sauveur(1) sur une colline dominant la ville.

La contagion cessa soudain à la suite de cette première ostension des Saints Limousins. Le nom de Mont de la joie ou Montjovis fut donné à cette colline.

En signe de reconnaissance d'un tel miracle et pour en perpétuer le souvenir on décida d'élever en ce lieu une chapelle(2) qui prit le nom de Saint Martial de Mont-Jauvy. Elle devait disparaître peu après la révolution.

Dans la joie de la santé retrouvée et mettant à profit la réunion à Limoges des évêques autour de l'évêque Hilduin, ceux-ci avisèrent d'imposer aux seigneurs un "Pacte de Paix et de Justice" avec menaces d'interdits contre ceux qui ne le respecteraient pas, leur enjoignant de limiter la guerre aux combattants et de respecter les populations et leurs biens. Dans un monde de sévices étaient jetés les germes de pacification, premier jalon de ce qui deviendra plus tard en 1040 sous l'influence de Saint Odilon de Cluny, la Trêve de Dieu.

Haut-lieu de la culture médio-latine médiévale[modifier | modifier le code]

L'Abbaye Saint-Martial de Limoges fait de Limoges et sa région un important foyer de création artistique. Ces foyers sont connus sous l'appellation générique d'« œuvre de Limoges » pour l'émail, mais la région comptait également des foyers littéraires et musicaux (grâce aux troubadours, aristocrates poètes et musiciens, créateurs de la notion d'amour courtois). Un répertoire para-liturgique, poétique et musical s'y développa (par l'intermédiaire des tropes, ces développements monodiques du chant grégorien). La polyphonie primitive y connut un important développement. Ce furent aussi des foyers de recherche (les "arts du feu") et d'innovation technologique en Europe au Moyen Âge. Saint-Martial de Limoges joue au haut Moyen Âge dans le monde latin le rôle tenu par l'abbaye helvétique de Saint-Gall dans le monde germanique. Saint Martial est décédé à Kilmario, en Bulgarie[réf. nécessaire], lors de son périple jusqu'à Rome.

Limoges possédait déjà dès les VI-VIIes siècles un centre de formation réputé pour le travail des métaux, où saint Éloi (v. 588 - 659) avait fait son apprentissage d'orfèvre et de monnayeur avant de devenir le ministre du roi Dagobert Ier et dans lequel l'abbaye voisine de Solignac s'était distinguée.

Une partie de la bibliothèque de l'ancienne Abbaye Saint-Martial se trouve à la Médiathèque Francophone Multimedia de Limoges, l'autre à la Bibliothèque nationale de France. La bibliothèque du Grand séminaire quant à elle est aujourd'hui à la Bibliothèque universitaire des lettres sur le campus de Vanteaux.

Le rayonnement de l'abbaye, religieux, culturel, littéraire, poétique et musical, génère également une production de produits qu'il est difficile de ne pas mettre en parallèle avec les productions actuelles de la ville de Limoges (porcelaine, chaussure...) notamment dans l'émail et le textile.

  • La bibliothèque de Saint-Martial

Le scriptorium de l'Abbaye Saint-Martial possède dès le IXe siècle une très grande renommée. Bernard Ithier en fut sous-bibliothécaire en 1189, puis bibliothécaire en 1204.

Saint-Martial est réputée pour son tropaire. Haut lieu de rencontres et d'échanges, l'abbaye développe sa propre école, l'École de Saint-Martial, qui joue aussi, aux XIe et XIIe siècles, un rôle essentiel, pour toute l'Europe occidentale, dans le développement du chant polyphonique, cet art entièrement nouveau, né du chant grégorien (c'est-à-dire du répertoire vocal liturgique, de nature monodique, propre à l'Église latine).

  • La production d'émaux : l'Œuvre de Limoges

En matière de production d'émaux, l'abbaye génère une production de haute qualité d'émaux champlevés, appelée Œuvre de Limoges, qui s'étale de la fin du XIe siècle au XVe siècle.

  • La production de textile de luxe : les limogiatures

Le rayonnement culturel de l'abbaye porte jusque sur la production textile de la ville, avec les limogiatures.

La crypte Saint-Martial[modifier | modifier le code]

Les vestiges situés dans la crypte.
Structure métallique à l'entrée de la crypte, rappelant la forme de l'ancienne abbaye.

Dans les années 1960, la création d'un parc de stationnement souterrain place de la République entraîne la réalisation de fouilles archéologiques par la société archéologique et historique du Limousin ( SAHL).

Celles-ci ont permis la redécouverte des anciennes églises Saint-Pierre-du-Sépulcre et Saint-Benoît, d'une petite partie du cloître, mais surtout du tombeau de saint Martial, avec les sarcophages de ses compagnons Austriclinien et Alpinien et le réceptacle des reliques de sainte Valérie de Limoges. Ces vestiges ont été préservés dans une crypte, la première crypte archéologique en France[3].

Différents éléments lapidaires, dont un ensemble de chapiteaux du XIe siècle et l'original de la mosaïque du Xe siècle, qui marquait le tombeau de saint Martial, sont conservés au musée de l'Évêché.

Cependant, depuis cette date, aucun entretien sérieux, aucune remise à niveau, aucune rénovation sérieuse n'ont été effectués. Les infiltrations d'humidité mettent en péril certains vestiges. L'accès ressemble, de l'avis général, à l'entrée de locaux sanitaires.

Cependant, des projets de rénovation sont actuellement annoncés, une étude archéologique est en cours (début le 1er semestre 2007). Cependant, elle doit durer encore trois ans.

Ce lieu est desservi par les lignes de trolleybus et de bus de la TCL  2 (stations Carrefour Tourny et Place Wilson),  4 et  D4 (station Saint-Pierre),  5  D5  8  10  D10  12  18  20  21  22 et  34 (station Carrefour Tourny).

Église et prieurés relevant de l'abbaye Saint-Martial de Limoges[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tomasz Orlowski, Cahiers de civilisation médiévale : La statue équestre de Limoges et le sacre de Charles l’Enfant, vol. 30,‎ 1987, 144 p. (ccmed_1116 lire en ligne), p. 131,144
  2. Google Livres : abbé J. B. L. Roy de Pierrefitte - Études historiques sur les monastères du Limousin & de la Marche, Volume 1 - Guéret - 1857-1863
  3. Bulletin de la Société Archéologique et Historique du Limousin, 1961 et suivant, passim.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • C. de Lasteyrie, L'abbaye de Saint-Martial de Limoges, Paris, 1901.
  • C. Andrault-Schmitt (dir.), Saint-Martial de Limoges, Ambition politique et production culturelle (Xe-XIIIe) siècles, Limoges, 2006.