Côtes-du-roussillon
| Côtes-du-roussillon | |
Vignes à Lansac. | |
| Désignation(s) | Côtes-du-roussillon |
|---|---|
| Type d'appellation(s) | AOC / AOP |
| Reconnue depuis | 1977 |
| Pays | |
| Région parente | vignoble du Languedoc-Roussillon |
| Sous-région(s) | Roussillon (Fenouillèdes, plaine du Roussillon, Bas-Conflent, Aspres et Ribéral) |
| Localisation | Pyrénées-Orientales |
| Climat | tempéré méditerranéen |
| Cépages dominants | grenache N[1], syrah N, carignan N, cinsault N, mourvèdre N, grenache blanc B, tourbat (ou malvoisie) B, marsanne B, roussanne B, macabeu B et lledoner pelut N |
| Vins produits | rouges, rosés et blancs |
| Pieds à l'hectare | minimum 4 000 pieds/ha |
| Rendement moyen à l'hectare | maximum 50 à 60 hectolitres par hectare, 45 à 54 hectolitres par hectare pour Les Aspres[2] |
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Le côtes-du-roussillon[3] est un vin français, d'appellation d'origine contrôlée produit autour de Perpignan et dans toute la plaine du Roussillon ; il fait partie du vignoble du Roussillon. Cette appellation est reconnue depuis 1977, concernant majoritairement des vins rouges, mais aussi des rosés et blancs, qui peuvent être produits sur un total de 102 communes des Pyrénées-Orientales.
Vignoble
[modifier | modifier le code]Aire d'appellation
[modifier | modifier le code]| Image externe | |
| Aire parcellaire de l'appellation | |
L'aire d’appellation s’étend dans un vaste amphithéâtre naturel, limité à l’est par la mer Méditerranée, au sud par le massif des Albères, à l’ouest par les contreforts du Canigou et au nord par les Corbières. Trois cours d’eau principaux traversent ce territoire, l’Agly, la Têt et le Tech, contribuant à façonner un relief de terrasses étagées et de collines, propice à la viticulture.
Amélie-les-Bains-Palalda, Ansignan, Arboussols, Argelès-sur-Mer, Bages, Baho, Baixas, Banyuls-dels-Aspres, Bélesta, Bouleternère, Brouilla, Cabestany, Caixas, Calce, Camélas, Canet, Canohès, Caramany, Cases-de-Pène, Cassagnes, Castelnou, Caudiès-de-Fenouillèdes, Céret, Claira, Corbère, Corbère-les-Cabanes, Corneilla-la-Rivière, Corneilla-del-Vercol, Elne, Espira-de-l'Agly, Espira-de-Conflent, Estagel, Estoher, Feilluns, Finestret, Fosse, Fourques, Ille-sur-Têt, Joch, Lansac, Laroque-des-Albères, Latour-Bas-Elne, Latour-de-France, Les Cluses, Lesquerde, Le Boulou, Le Soler, Le Vivier, Llauro, Llupia, Marquixanes, Maureillas-las-Illas, Maury, Millas, Montalba-le-Château, Montauriol, Montescot, Montesquieu, Montner, Néfiach, Oms, Opoul-Périllos, Ortaffa, Palau-del-Vidre, Passa, Perpignan, Peyrestortes, Pézilla-la-Rivière, Pézilla-de-Conflent, Pia, Planèzes, Pollestres, Ponteilla, Prats-de-Sournia, Prugnanes, Rasiguères, Reynès, Rigarda, Riunoguès, Rivesaltes, Rodès, Saint-André, Saint-Arnac, Sainte-Colombe, Saint-Cyprien, Saint-Estève, Saint-Féliu-d'Amont, Saint-Féliu-d'Avall, Saint-Génis-des-Fontaines, Saint-Hippolyte, Saint-Jean-Lasseille, Saint-Jean-Pla-de-Corts, Saint-Martin-de-Fenouillet, Saint-Michel-de-Llotes, Saint-Nazaire, Saint-Paul-de-Fenouillet, Saleilles, Salses-le-Château, Sorède, Sournia, Taillet, Tarerach, Tautavel, Terrats, Thuir, Tordères, Toulouges, Tresserre, Trévillach, Trilla, Trouillas, Villelongue-dels-Monts, Villemolaque, Villeneuve-de-la-Raho, Villeneuve-la-Rivière, Vinça, Vingrau et Vivès.
Géologie
[modifier | modifier le code]Le terroir de l’appellation est particulièrement varié. On y trouve des sols d’arènes granitiques et gneissiques, ainsi que des schistes bruns et noirs dans la vallée de l’Agly et les Fenouillèdes. Les piémonts des Corbières sont caractérisés par des sols rouges argilo-calcaires, tandis que des terrasses mêlant argiles sableuses jaunes et rouges se rencontrent au sud de la Têt. Le long des cours d’eau, les terrasses alluviales alternent avec les coteaux de gneiss et les sols argilo-siliceux des Albères. L’altitude de production varie de 0 à 650 mètres, ce qui contribue à la diversité des vins obtenus sur l’ensemble de l’aire.
Climatologie
[modifier | modifier le code]Le vignoble bénéficie d’un climat méditerranéen, caractérisé par des étés chauds et secs, une forte luminosité tout au long de l’année et l’influence de vents violents, notamment la Tramontane. La pluviométrie y est faible et irrégulière, ce qui, combiné à ces conditions climatiques, favorise une viticulture à rendements modérés et permet une bonne maturité des raisins.
Encépagement
[modifier | modifier le code]Les vins rouges et rosés de l’AOP côtes-du-roussillon sont élaborés à partir d’un assemblage de cépages traditionnels du Roussillon, comprenant le grenache N, le carignan N, la syrah N, le mourvèdre N, le lledoner pelut N et le cinsault. Ces cépages sont choisis pour leur capacité à s’adapter aux conditions climatiques méditerranéennes, à fournir des arômes intenses et à produire des vins structurés et équilibrés.
Pour les rosés, le macabeu et le grenache gris peuvent également être utilisés afin d’apporter fraîcheur, légèreté et finesse aromatique, caractéristiques recherchées dans ce style de vin. Les vins blancs sont composés de grenache blanc, macabeu, tourbat (ou malvoisie du Roussillon), grenache gris, roussanne, marsanne et vermentino, offrant un large éventail de profils aromatiques, allant des notes d’agrumes et de fruits blancs aux nuances florales et épicées. Depuis 2017, le viognier et le carignan blanc peuvent être intégrés à l’encépagement des blancs, contribuant à enrichir la palette aromatique et à augmenter la complexité des vins, tout en respectant la typicité de l’appellation. L’encépagement reflète également la volonté des vignerons de maintenir l’identité du terroir et de valoriser les cépages locaux face aux pressions commerciales et climatiques.
Pratiques culturales
[modifier | modifier le code]La conduite de la vigne dans l’AOP côtes-du-roussillon est adaptée à la fois aux contraintes climatiques et à la topographie variée de l’aire d’appellation. Les plantations sont sélectionnées pour leur résistance à la sécheresse estivale et à l’exposition aux vents violents, notamment la Tramontane. Les vignerons appliquent des techniques de taille, d’écimage et de palissage adaptées à chaque cépage afin d’optimiser l’ensoleillement, la circulation de l’air et la qualité sanitaire des grappes. La maîtrise des rendements est essentielle et consiste à limiter le volume de fruits par pied de vigne afin de concentrer les sucres et les arômes. Le travail des sols est différencié selon les zones : sur les terrasses et coteaux, il est souvent manuel et peu mécanisé pour éviter l’érosion, tandis que dans les zones plus planes, un labour superficiel ou un enherbement contrôlé est pratiqué pour préserver l’humidité et limiter la concurrence des mauvaises herbes. Dans les secteurs les plus pentus, les vendanges sont majoritairement réalisées à la main afin de garantir la qualité des raisins et d’effectuer un tri rigoureux à la vigne.
Rendements
[modifier | modifier le code]Le cahier des charges de l’appellation fixe un rendement maximal de 48 hectolitres par hectare, mais le rendement moyen observé en 2024 s’établit à seulement 19 hectolitres par hectare. Cette limitation volontaire reflète le choix de privilégier la qualité sur la quantité, favorisant la concentration des arômes, la richesse tannique et l’équilibre des vins.
Les rendements peuvent varier selon les conditions climatiques annuelles, l’âge des vignes et la nature des sols. Les vignerons adaptent leurs pratiques culturales et de taille pour répondre à ces variations, ce qui permet de maintenir la typicité de chaque vin produit. La faible productivité contribue également à la distinction des vins Côtes du Roussillon sur le marché, en garantissant un niveau de qualité constante malgré la diversité des terroirs.
Vendanges
[modifier | modifier le code]Les vendanges dans l’AOP côtes-du-roussillon s’échelonnent généralement de la fin août pour les blancs jusqu’au mois de septembre pour les rouges. Les raisins sont soigneusement surveillés afin d’atteindre la maturité optimale, notamment la maturité phénolique pour les cépages rouges tels que le grenache, le carignan et la syrah. Cette attention permet de produire des vins charnus, équilibrés et riches en arômes.
Dans les zones de forte pente et sur les terrasses, les vendanges sont réalisées manuellement, garantissant un tri rigoureux et la préservation de la qualité des grappes. Les vendanges mécaniques peuvent être utilisées sur les parcelles plus accessibles, mais elles sont toujours combinées à un contrôle qualitatif strict. La période de récolte est également choisie pour limiter les risques de maladies et préserver l’intégrité des raisins, notamment face aux épisodes orageux ou aux fortes chaleurs qui peuvent survenir en fin d’été.
Vins
[modifier | modifier le code]Titres alcoométriques
[modifier | modifier le code]Les titres alcoométriques des vins produits sous l’AOP côtes-du-roussillon sont définis par le cahier des charges de l’appellation, avec des minima variables selon la couleur des vins. Ces exigences permettent d’assurer une maturité suffisante des raisins et la structure alcoolique des vins, contribuant à leur équilibre et à leur capacité de conservation. Pour chaque millésime, les contrôles officiels vérifient que les vins atteignent ces seuils, garantissant le respect des critères de l’appellation et la typicité aromatique des rouges, rosés et blancs.

Vinification et élevage
[modifier | modifier le code]Les pratiques de vinification et d’élevage diffèrent selon la couleur des vins. Les vins rouges sont élaborés à partir d’un assemblage obligatoire d’au moins deux cépages, le cépage majoritaire ne pouvant excéder 70 % de l’assemblage.
Le carignan, cépage traditionnel de l’appellation, est limité à 50 %, tandis que la syrah et le mourvèdre doivent représenter ensemble ou séparément au moins 25 % de l’encépagement, afin d’assurer structure et complexité aromatique.

Pour les rosés, l’assemblage doit également comprendre au moins deux cépages, le cépage dominant étant limité à 70 %, ce qui permet de conserver fraîcheur et fruité.
Les vins blancs nécessitent au minimum deux cépages, le cépage majoritaire ne pouvant dépasser 80 %. Les cépages grenache blanc, macabeu et tourbat doivent représenter ensemble au moins 50 % de l’assemblage, tandis que le viognier et le carignan blanc sont limités à 10 % pour préserver l’équilibre et la typicité aromatique des vins.
L’élevage des vins varie selon les objectifs du producteur et la typicité du vin recherché. Les vins rouges bénéficient souvent de macérations prolongées et d’un élevage en cuves ou en bois, tandis que les rosés et blancs sont vinifiés pour mettre en valeur leur fraîcheur et leurs arômes fruités, avec des fermentations contrôlées en température et parfois un passage en barriques pour certains blancs plus complexes. L’ensemble de ces techniques vise à produire des vins exprimant pleinement la diversité des terroirs et des cépages de l’appellation.
Particularités organoleptiques
[modifier | modifier le code]Les vins rouges de l’AOP côtes-du-roussillon se distinguent par leur charpente, leur fruité prononcé et leurs notes épicées, qui reflètent la richesse des sols et le climat méditerranéen.
Les rosés développent des arômes frais évoquant les petits fruits rouges, accompagnés de nuances florales délicates, offrant des vins légers et expressifs.
Les blancs sont fins et délicats, caractérisés par des notes d’agrumes, de fruits à chair blanche et de fleurs, combinant fraîcheur et complexité aromatique. Ces particularités organoleptiques résultent à la fois de la diversité des cépages autorisés, des pratiques culturales et des techniques de vinification et d’élevage spécifiques à l’appellation.
Économie
[modifier | modifier le code]Structure des exploitations
[modifier | modifier le code]L’AOP Côtes du Roussillon regroupe une diversité de structures viticoles qui reflètent la variété historique et géographique de l’aire d’appellation. Elle comprend à la fois des domaines indépendants, qui assurent la production et la commercialisation de leurs propres vins, et des caves coopératives, qui regroupent plusieurs viticulteurs pour mutualiser les moyens de vinification et de mise en marché. Quelques négociants participent également à la commercialisation des vins, complétant ainsi la dynamique économique et commerciale de l’appellation. Au cours des cinq dernières années, la surface en production a diminué, passant d’une moyenne de 3 429 à 2 958 hectares en 2024, traduisant une adaptation des exploitations aux exigences qualitatives et aux conditions climatiques locales.
Commercialisation
[modifier | modifier le code]En 2024, la production totale de l’AOP s’élève à 55 949 hectolitres, contre une moyenne de 96 271 hectolitres sur les cinq années précédentes. La répartition par couleur indique que 39 % de la production correspond à des vins rouges, 42 % à des vins rosés et 19 % à des vins blancs. Les vins Côtes du Roussillon sont commercialisés sur le marché national et à l’international, avec une présence notable en Europe et en Amérique du Nord. Cette diversité de débouchés reflète la qualité et la réputation des vins de l’appellation, ainsi que le savoir-faire des producteurs dans l’adaptation aux différents marchés.
Liste des caves
[modifier | modifier le code]L’ensemble des producteurs de l’AOP, qu’ils soient domaines privés ou coopératives, est répertorié par le Comité interprofessionnel des vins du Roussillon[4]. Cet organisme assure la coordination entre les producteurs, la promotion de l’appellation et la mise à disposition d’informations sur les caves et les domaines auprès des consommateurs et des professionnels du vin. La liste des caves labellisées ou affiliées au CIVR constitue ainsi une référence pour identifier les exploitations produisant sous l’appellation Côtes du Roussillon.
Histoire
[modifier | modifier le code]Révolte de 1907
[modifier | modifier le code]Les vendanges 1906 avaient été désastreuses dans tout le Roussillon. Ce qui n'empêchaient pas la chute des cours du vin. Des familles vigneronnes se heurtaient à des difficultés financières telles qu'elles ne pouvaient plus payer l'impôt. Informé, le gouvernement donna ordre de faire intervenir les huissiers. Le village de Baixas fut le premier à se révolter au début de l'année 1907[5].
Le 18 février, il reçut le soutien de Marcelin Albert, qui envoya un télégramme à Georges Clemenceau. Quant à Joseph Tarrius, viticulteur et pharmacien à Baixas, il fait parvenir au gouvernement une pétition signée des habitants du village. Il y est précisé que le seul impôt que les contribuables puissent encore payer est celui du sang. Alors que les défilés de protestations s'étaient multipliés dans les villes et villages, préfectures et sous-préfectures accueillirent les manifestations viticoles. Le 19 mai, à Perpignan 170 à 200 000 personnes défilent dans la ville. La manifestation se déroule sans incidents graves[6],[5].
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Regroupement des manifestants aux Platanes
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À Perpignan, les commerçants aux côtés des viticulteurs
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Les manifestants devant le Castillet
Dans les départements du Gard, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, les conseils municipaux démissionnent collectivement - il y en aura jusqu'à 600 - certains appellent à la grève de l'impôt. La situation devient de plus en plus tendues, les viticulteurs furieux attaquent perceptions, préfectures et sous-préfectures[7]. Le 20 juin, la tension monte encore. À Perpignan, la préfecture est pillée et incendiée. Le préfet David Dautresme doit se réfugier sur le toit[6].
Création et évolution de l'AOC
[modifier | modifier le code]Le côtes-du-roussillon est reconnu comme une appellation d'origine contrôlée depuis le décret du . Le cahier des charges a été modifié en décembre 2017[8], en juillet 2023 et en décembre 2025[9].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Le code international d'écriture des cépages mentionne la couleur du raisin de la manière suivante : B = blanc, N = noir, Rs = rose, G = gris.
- ↑ Décret du 28 octobre 2009.
- ↑ Le nom d'un vin est un nom commun, donc ne prend pas une majuscule, cf. les références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine.
- ↑ CIVR (Comité interprofessionnel des vins du Roussillon) (consulté le )
- La crise viticole de 1907 sur le site histoireduroussillon.free.fr
- Midi 1907, l'histoire d'une révolte vigneronne
- ↑ Révoltes vigneronnes 1907, Languedoc, 1911, Champagne
- ↑ « Cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée «CÔTES DU ROUSSILLON » », homologué par l'arrêté du publié au JORF du .
- ↑ Arrêté du 26 novembre 2025 homologuant le cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Côtes du Roussillon Villages », publié au JORF no 0283 du .
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- (fr) Histoire du vin en Roussillon CIVR.
- (ca) Géographie : L'espace nord-catalan