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Diabolisation

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Symboles associés au diable dans une caricature du XVIIIe siècle.
"Ne vous méprenez pas… cela dépend de vous. Arrêtez-le !" Ce poster de propagande américain de la Seconde guerre mondiale travestit le chef d'État ennemi en assassin pris de frénésie en bas de la rue, prêt à larder de coups de poignard à croix gammée le passant interpellé.

La diabolisation, ou la déshumanisation[1], est un procédé visant à associer un groupe ou un adversaire en agresseur menaçant et maléfique avec des objectifs destructeurs[2].

La diabolisation est la technique de propagande la plus ancienne visant à inspirer la haine, nécessaire pour le blesser plus facilement, pour préserver et mobiliser les alliés, et démoraliser l'ennemi[3].

Il peut s’agir également d’un conflit entre un groupe considéré comme « dominant », garant d’un conformisme, et un groupe « déviant » à ce conformisme. La diabolisation peut être indistinctement le fait de l’une ou des deux parties. À la longue ces parties tendent à accentuer cette polarisation et à se définir par leur opposition : « nous sommes tout le contraire de ce qu’ils sont, c’est-à-dire que nous représentons le bien car eux représentent le mal ». La diabolisation peut être intentionnelle ou résulter de processus sociaux comme les effets de groupe. Quand la diabolisation est organisée volontairement, dans un but de désinformation, on parle de campagne de diabolisation.

La diabolisation de l'ennemi a été régulièrement menée tout au long de l'histoire. Thucydide a enregistré des exemples de diabolisation ennemie dans la Grèce antique[4].

En 1486, les inquisiteurs Jacques Sprenger et Henri Institoris font paraître à Strasbourg le Malleus maleficarum (le Marteau des sorcières). C’est un véritable changement de perspective de l’Église : alors que jusque-là les sorcières étaient pourchassées pour hérésie et que l’Église voyait leurs pratiques comme de simples superstitions sans fondements, elles seront maintenant considérées comme des possédées et une incarnation du démon. Cela a lieu deux ans après la bulle Summis desiderantes affectibus du pape Innocent VIII appelant à intensifier la lutte contre la « sorcellerie ». On peut y voir une volonté de légitimation de la chasse aux sorcières. Quoi qu’il en soit, le mot « diabolisation » évoque « l’invocation d’un rapport avec le diable »[5].

La diabolisation peut être beaucoup plus facile à mener si l'ennemi est personnalisé en un seul homme, comme l'a été Guillaume II par les médias populaires russes pendant la Première Guerre mondiale[6].

Pendant la Seconde Guerre mondiale, des documentaires de propagande diabolisant l'ennemi ont été préparés par le département d'État américain et d'autres institutions étatiques des États-Unis et distribués, après avoir été approuvés[7].

Critères de base

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Jules Boykoff a défini quatre critères de diabolisation de l'ennemi[8] :

  1. Les médias et l'État utilisent des cadres pour dépeindre la nature inhérente du soi-disant ennemi, principalement en termes moraux,
  2. Le personnage de l'adversaire est dépeint de manière manichéenne, comme le bien contre le mal,
  3. L'État est à l'origine d'une telle représentation démonologique,
  4. Il n'y a pas de demande reconventionnelle significative de la part de l'État.

Conséquences

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La stratégie de diabolisation de l'ennemi conduit inévitablement à un cercle vicieux d'atrocités, qui a été élaboré par de nombreux auteurs, dont Carl von Clausewitz[9]. La diabolisation de l'ennemi rend la solution diplomatique impossible et conduit inévitablement à la guerre ou à la détérioration des relations[10]. Le fait de dépeindre l'ennemi comme particulièrement pervers inspire des sentiments qui facilitent les tueries[11].

La représentation de son ennemi comme démoniaque a souvent conduit à traiter l'ensemble de la population ou de l'appareil politique associé au groupe ou au chef ennemi comme tout aussi démoniaque. Cela se traduit aussi souvent par une tendance à réduire les motivations plus complexes d'un ennemi à une simple promotion du mal pur[12].

Mao Zedong a estimé que la diabolisation de soi par l'ennemi était une bonne chose. Il a déclaré : « C'est encore mieux si l'ennemi nous attaque sauvagement et nous dépeint comme complètement noir et sans une seule vertu ; cela démontre que nous avons non seulement tracé une ligne de démarcation claire entre l'ennemi et nous-mêmes, mais que nous avons accompli beaucoup de choses lors de notre travail[13]. »

Une dialectique ambiguë

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Les personnes utilisant le terme diabolisation déclarent souvent s’en estimer victimes ou défendre des personnes qui ont été tellement discréditées par ces pratiques qu’elles ne peuvent plus le faire elle-même. Pourtant, se prétendre diabolisé peut être également un moyen de faire passer des accusations légitimes pour une tentative de déstabilisation issue de cette hypothétique diabolisation. Encore une fois la forte polarisation du couple « diabolisant » / « diabolisé » tend à biaiser les discours des deux parties, ce que certains utilisent à leur avantage.

C’est ainsi que l’on voit souvent deux groupes ayant des projets de société distincts, bien que non nécessairement très différents, se diaboliser mutuellement ou se renvoyer des accusations de diabolisation[14].

Quelques exemples célèbres

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Références

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  1. Nigel Dower, The Ethics of War and Peace, Polity, (ISBN 978-0-7456-4168-3, lire en ligne), p. 91 :
    « ...the demonization or dehumanization of the enemy... »
  2. Danielle Rowell, The Power of Ideas: A Political Social-Psychological Theory of Democracy, Political Development and Political Communication, Universal-Publishers, (ISBN 978-1-61233-769-2, lire en ligne), p. 162 :
    « State propaganda models are tactical strategies that employ enemy demonization techniques. The state promotes the idea that the threat (that is, tangible or intangible) is an evil aggressor whose sole goal is the destruction of the status quo. »
  3. Henry T. Conserva, Propaganda Techniques, AuthorHouse, (ISBN 978-1-4107-0496-2, lire en ligne), p. 3 :
    « The oldest trick of the propagandist is to demonize and dehumanize the hated other or others and make the enemy a ... »
  4. Jonathan J. Price, Thucydides and Internal War, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-139-42843-9, lire en ligne), p. 127 :
    « It is a banal fact that political leaders of nations fighting wars habitually demonize the enemy.... Hellenic speakers who strive to demonize and conceptually alienate other Hellenes.... »
  5. Voir par exemple La diabolisation. Une pédagogie de l'éthique, Québec, Presses Inter Universitaires, par Yvon Provençal, 2007; en particulier le Chap. 5 "Le mécanisme de la diabolisation".
  6. Leonid Heretz, Russia on the Eve of Modernity: Popular Religion and Traditional Culture under the Last Tsars, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-139-47066-7, lire en ligne), p. 204
  7. Ian Scott, In Capra's Shadow: The Life and Career of Screenwriter Robert Riskin, University Press of Kentucky, (ISBN 0-8131-7135-0, lire en ligne), p. 169 :
    « They included scenes of enemy demonization and flag-waving patriotism, much in the vein of documentaries being prepared within the State Department and other bodies. »
  8. Jules Boykoff, Beyond bullets: the suppression of dissent in the United States, AK Press, (ISBN 978-1-904859-59-8, lire en ligne), p. 192
  9. George Kassimeris et John Buckley, The Ashgate Research Companion to Modern Warfare, Ashgate Publishing, Ltd., (ISBN 978-1-4094-9953-4, lire en ligne), p. 284 :
    « When official doctrine and guidance demonize the enemy and play on soldiers' fears, atrocities become inevitable'. ... As Carl von Clausewitz noted in On War, when either side in a conflict adopts such a strategy, demonization inevitably followed by atrocities... and thus the vicious cycle of savage war endlessly repeats until one side ultimately prevails. »
  10. Hall Gardner, American Global Strategy and the 'war on Terrorism', Ashgate Publishing, Ltd., (ISBN 978-1-4094-9589-5, lire en ligne), p. 16
  11. Michael Bhatia, Terrorism and the Politics of Naming, Routledge, (ISBN 978-1-317-96986-0, lire en ligne), p. 150 :
    « Demonisation... In other words, portraying the enemy as malicious and repulsive creates feelings that makes killings easier. »
  12. C. A. J. Coady, Morality and Political Violence, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-139-46527-4, lire en ligne), p. 274 :
    « The tendency to portray one's enemy as so evil as to be demonic has several bad effects. One is that of treating the whole enemy population - or, less drastically, the whole of the enemy civil and political apparatus - as tainted with the same satanic brush as the leadership itself. »
  13. « Quotations from Mao Tse Tung — Chapter 2 »
  14. Ibid.
  15. Elhanan Yakira, Post-sionisme, post-Shoah, Presses universitaires de France, (ISBN 978-2-13-056519-2, DOI 10.3917/puf.yakir.2010.01, lire en ligne)
  16. (en) « Working Definition of Antisemitism »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?) [PDF] ; éditeur : EUMC.
  17. (en-CA) « Irwin Cotler delivers remarks at signing of Ottawa Protocol on Combating Antisemitism », sur www2.liberal.ca, (consulté le )
  18. (en) « Irwin Cotler – on judging the distinction between legitimate criticism and demonization », sur Engage, (consulté le )
  19. (en) Alan Dershowitz : The Case For Israel ; éditeur : John Wiley & Sons Inc. ; New Jersey, USA ; 2003 ; p. 208–216 ; (ISBN 0415281164)
  20. Charles Rojzman, « Pourquoi diaboliser Israël et États-Unis? », sur Le HuffPost, (consulté le )
  21. Cécilia Gabizon, «Lorsqu'Israël est diabolisé, les Juifs français souffrent», sur Le Figaro.fr, (consulté le )
  22. « Jean-Marie Le Pen: "La diabolisation du FN ne cessera jamais" », sur Corse Matin, (consulté le )

Bibliographie

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Articles connexes

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