Bataille de La Guyonnière

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Bataille de La Guyonnière
Description de cette image, également commentée ci-après
Capture de Charette, huile sur toile de Louis Joseph Watteau, 1796.
Informations générales
Date 23 mars 1796
Lieu Entre Saint-Sulpice-le-Verdon et Les Lucs-sur-Boulogne
Issue Victoire républicaine décisive
Belligérants
France RépublicainsDrapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Commandants
Jean-Pierre TravotFrançois-Athanase Charette White flag icon.svg
Forces en présence
650 hommes[1]45 hommes[1]
Pertes
inconnues17 morts
3 prisonniers[2]

Guerre de Vendée

Coordonnées 46° 52′ 00″ nord, 1° 27′ 00″ ouest

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La bataille de La Guyonnière a lieu lors de la guerre de Vendée. Elle marque la fin de la guerre, Charette le dernier général vendéen est capturé et sa petite troupe est dispersée.

La bataille[modifier | modifier le code]

La Croix de Charette, à La Chabotterie, à l'emplacement de sa capture.

Charette, progressivement abandonné par ses troupes depuis l'échec de l'expédition de l'île d'Yeu, est harcelé par les colonnes mobiles du général Hoche.

Charette et les 45 hommes qui lui restent sont réveillés à l'aube, à La Pellerinière, entre Saint-Sulpice-le-Verdon et Les Lucs-sur-Boulogne. Les Vendéens, surpris par une colonne d'une centaine d'hommes, s'enfuient en traversant la Boulogne au moulin de Gâtebourse, puis passent par les chemins creux en direction de La Guyonnière. Mais arrivé au village, ils se heurtent à une deuxième colonne, forte elle aussi d'une centaine d'hommes menés par l'adjudant-général Valentin[1].

La fusillade s'engage, mais Pfeiffer, garde du corps de Charette, juge que son général est trop reconnaissable à son chapeau à plumes blanches, il s'en empare, s'en coiffe et est rapidement abattu par les Républicains. Les Vendéens peuvent de nouveau s'enfuir mais à 11 heure, à La Boulaye, une troisième colonne, forte de 85 hommes, apparaît, menée par le commandant Dupuis. Un bref combat s'engage, les Vendéens, qui ne sont plus que 35, reculent et filent vers le bois des Essarts. Mais, vers midi, alors qu'ils sont sur le point de s'y réfugier, ils sont surpris par une quatrième colonne, commandée par l'adjudant-général Travot et forte de 350 hommes[1].

Charette et ses hommes font demi-tour et courent se réfugier au petit bois de La Chabotterie. Mais le bois est bientôt encerclés, à sa sortie les Vendéens sont accueillis par une fusillade, Charette est touché à la tête et à la main gauche, il s'effondre, presque évanoui. Deux hommes, Bossard et La Roche-Davo sont tués tour à tour, en le portant sur leur dos. Un troisième homme, de Lepinay, tente de le cacher dans un fourré mais un groupe de Républicains, menés par Travot lui-même surgissent. Charette est pris[1],[3], selon le rapport presque tous ses hommes ont été tués[4], on compte en fait 17 morts et 3 prisonniers dont Charette[2] :

« Es-tu Charette ? - Oui, c'est moi. Où est ton commandant ? - Je suis le commandant. - Tu es Travot ? - Je le suis. - À la bonne heure ; c'est à toi que je voulais me rendre. » puis il lui tend son épée[3].

« Comme il importe que vous soyez instruit par quels moyens on est parvenu à la prise importante de Charette et quels sont les braves qui y ont coopéré, je vous adresse copie des rapports que j'ai reçus de tout ce qui s'est passé dans la journée du 23 mars. Vous verrez avec satisfaction combien on a déployé de zèle et d'énergie pour exécuter vos ordres et remplir vos intentions.

Depuis près d'un mois nos troupes exécutaient divers mouvemens, sans avoir pu atteindre Charette; je désespérais, tout en soutenant leur ardeur. Le commandant de Saint-Gilles a rejeté ce chef vendéen sur le commandant de Saint- Philibert; celui-ci, [après l'avoir poursuivi quelque temps, l'a jeté sur Valentin. C'est Valentin qui a poursuivi le plus long-temps Charette. Ce brigand a tiré lui-même deux coups de sa carabine sur cet officier; enfin Charette, tout essoufflé, s'est jeté sur un détachement du Vengeur que j'avais donné ordre au commandant Dupuis d'envoyer du côté des Brousils ou de Gralas. De là, Charette est enfin tombé dans la colonne de Travot qui lui a tué presque tous ceux qui le suivaient encore, et l'a pris vivant entre deux morts. Travot était accompagné d'un capitaine des montagnes.

Tel est le résultat de la rencontre de ces différentes colonnes. Chaque commandant ayant à cœur de prendre Charette, j'ai conçu qu'en courant tous vers le même but, un d'eux l'atteindrait y aussi les ai-je encouragés, stimulés de toutes mes facultés : je n'ai pas dormi jusqu'à ce que ce chef fût en notre pouvoir.

Je dois des éloges au citoyen Grimes, chargé de courir après Charette. Tl avait laissé chez le curé de Mormaison un billet pour un rendez-vous avec Charette qui a refusé de s'y rendre, quoiqu'il ait prétendu devant ses juges que, d'après-. ce billet, il avait envie de se rendre; mais sa non-apparition au rendez-vous, et le rapport de Travat et de Valentin qui constate sa prise les armes à la main, ont fait voir la nullité de cette allégation.

J'ai conduit Charette à Angers ; je croyais vous y trouver et que c'était votre intention ; je l'ai ensuite conduit à Nantes où il a été jugé et où il a subi son jugement. J'ai vu le général Rey; j'attends son arrivée à Montaigu. Je désirerais bien que vous y vinssiez un moment.

D'Autichamp a réuni près de cent cinquante déserteurs, mais point d'habitans.

Rézeau et Cailleau, officiers de Charette, sont venus., pendant que j'étais à Angers, pour faire leur soumission au,x lois de la République; je les attends demain avec un nommé Martineau. Je compte les garder jusqu'à votre décision.

L'esprit du Bocage n'est pas meilleur. Il y a beaucoup de scélérats déguisés en paysans dans l'intérieur de la Vendée, qui, parleurs discours, séduisent les habitans des campagnes[4]. »

— Rapport du général Grigny, le 31 mars à Fontenay-le-Comte, général en chef Hoche.

Suites[modifier | modifier le code]

Exécution du général Charette, place Viarme à Nantes, mars 1796, par Julien Le Blant

Charette, blessé, est conduit au château de La Chabotterie. Il est soigné dans la cuisine et converse avec Travot avec lequel il échange des propos courtois. Dans la soirée, les Républicains gagnent Le Poiré-sur-Vie où se trouve le général Grigny. Par crainte d'une embuscade visant à le délivrer, il est décidé de conduire Charette à Angers plutôt qu'à Nantes[5].

Le prisonnier est reçu par le général Hédouville, ses blessures sont soignées par le docteur Lachèze et il est même reçu à dîner par les généraux républicains[3]. Quant à Travot, il est récompensé par le grade de général de brigade[5].

Le 26 mars, à 9 heures du matin, Charette est embarqué sur la Loire sur une chaloupe canonnière, accompagné de Travot, Grigny et Valentin. À 11 heures du soir la chaloupe arrive à Nantes et Charette est enfermé à la prison du Bouffay, il réclame un verre d'eau puis s'endort. Le lendemain matin, il réclame une soupe à l'oignon, à 9 heures il est conduit chez le général Dutilh, commandant de la place, qui procède à son interrogatoire. Avant le faire ramener à sa cellule, Dutilh fait savoir à Charette que, malgré ses blessures, il va être promené dans les rues de Nantes. Ce à quoi Charette répond : « Si vous étiez tombé en mes mains je vous aurais fait fusiller sur le champ[3],[5]. »

Charette est exhibé à la vue des habitants pendant deux heures, de façon à évoquer le Triomphe romain, 50 cavaliers, 50 tambours, 50 musiciens, 50 grenadiers et 50 artilleurs précèdent Charette entouré de gendarmes, sans compter les troupes qui ferment la marche[3].

Ramené au Bouffay, il peut recevoir la visite de sa sœur Marie-Anne et de sa cousine Mme Charette de Thiersant[5]. Il subit ensuite un second interrogatoire mené par le capitaine Perrin. Le 29 mars, à 9 heures du matin, Charette est conduit devant un Conseil militaire où il est jugé et condamné à mort. Ramené dans sa cellule, il est confessé par l'abbé Guibert, prêtre constitutionnel[3]. À 4 heures, il est conduit à la place Viarmes où sont rassemblés 1 000[1] à 5 000[5] soldats et 10 ou 12 généraux[3].

Charette embrasse deux fois son confesseur, il refuse qu'on lui bande les yeux[3], faisant face aux 18 hommes du peloton d'exécution il s'écrit en désignant son cœur : « Soldats, ajustez bien, c'est ici qu'il faut frapper un brave[5]. » Charette, d'un signe de la main, commande lui-même le peloton, avant d'être renversé par la salve[3].

La mort du général Charette met fin à la guerre de Vendée, qui ne connut plus dès lors que quelques sursauts en 1799, 1800, 1815 et 1832.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Émile Gabory, Les Guerres de Vendée, Robert Laffont, 1912-1931 (réimpr. 2009), p. 506-509.
  • Jean Julien Michel Savary, Guerres des Vendéens et des Chouans contre la République, t. VI, p. 267-268. texte en ligne sur google livres.
  • Yves Gras, La Guerre de Vendée (1793-1796), Economica, , 184 p. 165-169.
  • Jean Tabeur, Paris contre la Province, les guerres de l'Ouest, Economica, , p. 255-259.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Yves Gras, La Guerre de Vendée, p. 165-167.
  2. a et b La Revue du Bas-Poitou et des Provinces de l'Ouest: Volume 23, p. 362.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h et i Émile Gabory, Les Guerres de Vendée, p. 505-509.
  4. a et b Jean Julien Michel Savary, Guerre des Vendéens et des chouans, par un officier supérieur de l'armée de Vendée (1824-1827), t. VI, p. 267-268.
  5. a, b, c, d, e et f Jean Tabeur, Paris contre la Province, les guerres de l'Ouest, p. 255-259.