Bataille de Chalonnes

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Bataille de Chalonnes
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Vue de l'église Saint-Maurille de Chalonnes-sur-Loire.
Informations générales
Date
Lieu Chalonnes-sur-Loire
Issue Victoire républicaine
Belligérants
Drapeau de la France République françaiseDrapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Commandants
Jean-Baptiste Boussard• Jean Châlon
Henri Forestier
Bertrand Poirier de Beauvais
Forces en présence
500 hommes[1]2 000 hommes[1]
Pertes
70 morts ou blessés[1]Inconnues

Guerre de Vendée

Batailles

Coordonnées 47° 21′ 05″ nord, 0° 45′ 45″ ouest
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Bataille de Chalonnes

La bataille de Chalonnes a lieu lors de la guerre de Vendée. Le , les Vendéens attaquent la ville de Chalonnes-sur-Loire, mais ils sont repoussés par la garnison républicaine.

Prélude[modifier | modifier le code]

Le 14 mars 1795, une colonne républicaine commandée par l'adjudant-général Hauteville entre dans Chalonnes-sur-Loire[2]. Le 18 mars, elle est attaquée par les Vendéens de la division de Chemillé[3], qui se sont rassemblés à Saint-Laurent-de-la-Plaine[4]. Incendié pendant les colonnes infernales, le bourg est à cette époque totalement en ruines[4].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Selon le représentant en mission François Siméon Bézard, la colonne qui occupe Chalonnes-sur-Loire est forte de 500 hommes[1],[A 1]. Les forces vendéennes sont quant à elles évaluées à trois colonnes fortes chacune de 600 à 800 hommes, avec 120 cavaliers[1].

D'après l'officier royaliste Bertrand Poirier de Beauvais, chef de l'artillerie de l'armée d'Anjou, Stofflet reste en observation du côté de Coron, face à une autre colonne, et ne prend pas part aux combats[4]. L'attaque est menée par Jean Châlon, chef de la division de Chemillé[4]. Henri Forestier, chef de la cavalerie, est également présent[4]. Poirier de Beauvais ne donne pas d'indication sur le nombre des combattants et indique seulement qu'ils sont peu nombreux[4].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Les républicains attendent les Vendéens près d'un pont, situé à l'embouchure du Layon et de la Loire[4]. Le combat est d'abord à l'avantage des Vendéens[4],[5]. Le bataillon de l'Unité prend la fuite[5] et les insurgés s'emparent du bourg de Chalonnes[4],[5], à l'exception de l'église[4], où résistent les grenadiers de la Sarthe et de Chartres[5].

Cependant les Vendéens ne parviennent pas à retirer les madriers qui servent de pont sur le Layon[4]. Le général Jean-Baptiste Boussard arrive alors en renfort[2]. Après avoir rallié une centaine de fuyards, il reprend le pont[4], puis le bourg[1],[4],[5]. Les Vendéens sont repoussés et battent en retraite[4],[5],[6],[7]. Les combats ont duré trois heures[5].

Pertes[modifier | modifier le code]

Dans ses mémoires[A 2], l'officier vendéen Bertrand Poirier de Beauvais affirme que pas moins de 1 500 à 2 000 républicains sont tués lors du combat[2]. L'auteur royaliste René Bittard des Portes réduit ce nombre à 300 tués[2]. Dans son rapport au Comité de salut public[A 3], le représentant en mission François Siméon Bézard écrit que les pertes sont de 70 hommes, tant tués que blessés[1],[5]. Le général Boussard a reçu deux blessures au bras[1],[5].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Chassin et Savary citent le même rapport, mais le premier indique 500 hommes[1] et le second 800[5]
  2. « Ce fut dans ces circonstances, vers le 17 mars, un mois après la pacification de la Jaunaie, que les républicains s'avancèrent de tous les points de la Vendée sur l'armée d'Anjou.

    Pendant que des colonnes se mettaient en marche par Nantes, La Châtaigneraie et Thouars, une autre colonne passa le Layon à Chalonnes, et vint se camper sur la hauteur proche de Saint-Laurent.

    Le 18, un rassemblement avait été fait de notre part et se trouvait assez nombreux ; le lieu du rendez-vous était Saint-Laurent. Stofflet, malheureusement, ne s'y trouva pas ; comme nous étions menacés par Coron, il était resté en observation. L'absence du chef fit hésiter à livrer al bataille, quoiqu'il n'y eût plus à reculer, car c'était abandonner le pays à l'ennemi.

    On trouva donc qu'il y avait beaucoup d'inconvénient à engager l'affaire, surtout, disait-on, « n'ayant pas suffisamment de cartouches ; conduire le soldat au combat dans ces conditions, c'était le mener à la boucherie ».

    C'était en parlant de soldats vendéens que l'on s'exprimait ainsi..., des soldats qui avaient commencé la guerre sans avoir une livre de poudre!

    Enfin ces gens timorés, pour ne rien prendre sur leur conscience, proposent de tenir conseil afin de savoir quel est à peu près le nombre de cartouches que possède chacun de leurs soldats.

    Il est à remarquer que dans ce moment l'armée était rassemblée dans un champ hors du bourg, n'attendant que l'ordre de marcher au combat. Le Conseil s'assemble dans ce champ même. Beaucoup de divisionnaires disant qu'ils ont peu de cartouches, il est vrai, malgré cela, qu'ils en ont encore plus qu'il n'en faut pour mettre l'ennemi en déroute, tant leurs soldats sont de bonne volonté.

    Châlons, chef de la division de Chemillé, s'expliqua de cette manière ; il avait, comme on le voit, l'honneur de commander des gens braves, étant lui-même un des plus valeureux de l'armée.

    Ceux qui avaient fait leur soumission à la République tenaient un autre langage, assurant qu'ils ne pourraient mener au feu leurs soldats avec aussi peu de coups à tirer.

    Devant cette hésitation, Châlons se met en mouvement avec son monde ; tous les officiers bien intentionnés le suivent, ainsi que les plus braves des autres division. J'étais du nombre, et je prends le chemin qui mène à l'ennemi ; mais nos forces étaient au moins diminuées d'un quart, par l'abstention de ceux qui ne marchèrent pas.

    N'ayant aucun ensemble, la tête de l'armée arrive à l'ennemi sans ordre, et la colonne, coupée par intervalles, tenait plus de trois quarts de lieue lorsque la charge commença. Si nos soldats n'étaient pas nombreux, ils allaient au combat avec énergie, de sorte que les républicains furent attaqués avec une fureur qu'il serait difficile d'exprimer. Aussi ils ne tinrent pas longtemps, et furent battus de tous les côtés.

    Le chevalier de Leisting, jeune officier allemand, le même qui depuis a été pris et fusillé avec Stofflet, fit des prodiges de valeur. Après avoir enfoncé les ennemis qu'il avait en tête, en les poursuivant vivement avec quelques fantassins, il donna dans un peloton d'infanterie républicaine qui était masqué. Il se trouvait à vingt pas quand les ennemis se montrèrent. Jugeant que, même en prenant la fuite, il ne pouvait éviter leur décharge, il tombe sur eux au galop, essuie leur feu à brûle-pourpoint: ses habits, sa veste sont percés en différents endroits, une seule balle l'atteint au bras. Il entre dans ce peloton, sabre à droite et à gauche, et, rejoint par quelques-uns qui le suivaient, il assure encore de ce côté par leur secours un nouvel avantage.

    L'ennemi forcé partout fut obligé de faire sa retraite, laquelle était très difficile, en ce qu'il avait pris une position qui était contre tout principe militaire. L'armée républicaine, pour entrer à Chalonnes, avait passé de la rive droite à la rive gauche du Layon, sur un pont étroit et coupé, où l'on avait mis des madriers. Là, cette rivière a son embouchure dans la Loire ; ainsi dans cette position, les républicains se trouvaient être dans l'angle formé par les deux cours d'eau ; ils avaient pris sur leur droite comme s'ils remontaient le Layon. Dès qu'on sort de la ville, le terrain monte, et ensuite, à environ un mille de distance, il est alors de niveau avec la campagne, et le pays est très fourré.

    C'est à cet endroit que les républicains avaient leurs avant-postes ; ils nous attendaient groupés un peu en dessous, ayant à dos une pente douce qui les conduisait à la Loire, où nous les culbutâmes, et la rivière du Layon sur leur gauche, dans laquelle il s'en noya beaucoup, n'ayant qu'un pont étroit pour défiler tumultueusemnt.

    Leur perte fut considérable, et le nombre de tués ou noyés a été évalué dans le temps de quinze cents à deux mille.

    Les républicains avaient fui dans un si grand désordre qu'ils n'eurent pas le temps de retirer les madrier du pont après leur passage. Beaucoup furent tués parmi les décombres des maisons de Chalonnes, car la ville était brûlée. Il y en eut aussi qui se défendirent dans une église ou autour de ses murs et s'y défendirent.

    Les ennemis, entendant leurs gens qui résistaient auprès de l'église, et apercevant une partie des nôtres sur les hauteurs où ils étaient retournés, après avoir pris ce qui avait été épargné par l'incendie, nos ennemis alors revinrent.

    Le jeune Soyer fur seul au pont pour essayer d'ôter les madriers, il parvint à en tirer un, mais essuyant le feu des républicains qu'il avait devant lui et derrière, il fut obligé de se retirer.

    Je me portai dans cet endroit ; quelques soldats me suivent, font feu et arrêtent l'ennemi. Cela ne suffisait pas ; il fallait ou passer le pont, ou tirer tous les madriers.

    Passer le pont, nous n'étions pas assez nombreux ; retirer les madriers, nos soldats faisaient des difficultés, le feu de l'église, qui les aurait pris à dos, les inquiétait. Tout ce que je pus obtenir d'eux, c'était de tenir ferme contre les républicains que nous avions en face, qui voulaient nous déloger pour repasser le pont.

    Il aurait fallu nous débarrasser d'abord de ceux qui étaient dans l'église. Je fis chercher Forestier, que je savais n'être pas loin à l'attaque de quelques maisons, sur le bord de la Loire. J'appris qu'il était dans la rue à côté. Je fus l'appeler et lui fis signe de venir promptement ; il arriva, se chargea du poste où j'étais, et je rassemblai du monde soit pour le renforcer, soit pour faire l'attaque de l'église.

    Quelques minutes après, les républicains ayant fait un mouvement pour s'avancer, malgré ce que pût faire Forestier, nos gens lâchèrent prise et se mirent en déroute ; ceux que j'avais autour de moi en firent autant. J'étais à pied, et je fus obligé de fuir avec eux dans les rues boueuses de la ville.

    Trois ou quatre soldats de la paroisse de la Pommeraie restèrent avec moi ; je leur fit entendre qu'étant protégés de la cavalerie par les haies des champs et du chemin, il ne pouvait approcher de nous que quelques fantassins qu'il serait facile d'arrêter en nous retournant de temps à autre et faisant feu sur eux. J'avais un bon mousqueton, et mes soldats étaient bien armés.

    C'est ainsi qu'après une belle victoire l'ennemi se trouva, malgré cela, maître du même terrain, et put remplir ses vues en se joignant à une autre colonne commandée par le général Cannel, partie de de Nantes, qui s'était emparée de Saint-Florent.

    Cela ne serait pas arrivé si chacun eût fait son devoir et joint tous ses moyens à ceux qui étaient pleins de zèle. Dépourvus de la force qu'aurait produite notre union, ils ne purent compléter un succès qui garantissait celui de l'affaire qui eut lieu quelques jours après.

    C'est alors qu'après deux grandes victoires la moindre démarche de notre part auprès de l'armée du Centre et une partie de celle de Charette nous aurait livré dans obstacle ces pays, qui partageaient nous sentiments et nous attendaient[4]. »

    — Mémoires de Bertrand Poirier de Beauvais.

  3. « Hier le bivouac de cinq cents hommes établi sur les hauteurs de Chalonnes a été attaqué par trois colonnes commandées par Stofflet. Chaque colonne pouvait être de six à huit cents hommes, avec cent vingt hommes de cavalerie; nos troupes ont été forcées de se replier sur Chalonnes et de l'évacuer. L'adjudant-général Bardon a été blessé ; cependant les grenadiers de la Sarthe et de Chartres se battaient en désespérés dans la place. Le général Boussard arrive, rallie environ cent hommes, marche à leur tête au secours des deux compagnies de grenadiers, met en fuite les brigands, et nos troupes reprennent leur position ; tout cela est l'affaire de trois heures. : » Boussard a reçu deux blessures au bras, ce qui ne l'empêche pas de marcher aujourd'hui avec le bataillon de la Dordogne sur Chalonnes menacé de nouveau.

    Le bataillon de l'Unité s'est montré dans cette affaire aussi lâche qu'à l'ordinaire ; notre perte est de soixante-dix hommes , tant tués que blessés[1],[5]. »

    — Rapport au Comité de salut public du représentant en mission François Siméon Bézard, le 19 mars 1795.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i et j Chassin, t. I, 1896-1899, p. 231.
  2. a b c et d Dumarcet 1998, p. 403-404.
  3. Gabory 2009, p. 474
  4. a b c d e f g h i j k l m n et o Poirier de Beauvais 1893, p. 342-347.
  5. a b c d e f g h i j et k Savary, t. IV, 1825, p. 407-408.
  6. Gras 1994, p. 150.
  7. Tabeur 2008, p. 212.

Bibliographie[modifier | modifier le code]