Bataille de la Bégaudière

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Bataille de La Bégaudière

Informations générales
Date
Lieu Entre Saint-Sulpice-le-Verdon et Saint-Denis-la-Chevasse
Issue Victoire républicaine
Belligérants
Drapeau de la France République françaiseDrapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Commandants
Jean-Pierre TravotFrançois Athanase Charette de La Contrie
Forces en présence
350 hommes[1]160 à 200 hommes[2],[3]
Pertes
Inconnues14 à 50 morts[4]
75 prisonniers[5]

Guerre de Vendée

Batailles

Coordonnées 46° 51′ 50″ nord, 1° 23′ 25″ ouest
Géolocalisation sur la carte : Vendée
(Voir situation sur carte : Vendée)
Bataille de La Bégaudière
Géolocalisation sur la carte : Pays de la Loire
(Voir situation sur carte : Pays de la Loire)
Bataille de La Bégaudière
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Bataille de La Bégaudière

La bataille de La Bégaudière a lieu le lors de la guerre de Vendée.

Prélude[modifier | modifier le code]

À la mi-, avec l'aval du général Hoche, des tractations sont engagées par l'intermédiaire de l'abbé Guesdon, curé de La Rabatelière, pour permettre à Charette de quitter la France et de lui fournir un passeport ainsi qu'un bateau pour l'Angleterre ou une escorte pour la Suisse[6],[7],[8]. Le , Charette réunit ses hommes au village de La Bégaudière, entre Saint-Sulpice-le-Verdon et Saint-Denis-la-Chevasse[6],[9]. Ses officiers l'engagent à accepter la proposition pour tenter de revenir au printemps avec les princes et les émigrés[6],[A 1]. Après peut-être une certaine hésitation, Charette annonce qu'il refuse de quitter la France[6],[9],[7]. Il écrit alors au général Gratien : « Depuis quand la République se croit-elle autorisée à me dicter des lois, que l'honneur et la justice réprouvent, et que ne puis adopter sans une insigne lâcheté? Depuis quand ses chefs se sont-ils cru permis de fixer les dépenses de mes voyages, d'en diriger la marche? Vaincre ou mourir pour mon Dieu ou pour mon Roi, voilà ma devise irréfragable »[6]. L'abbé Guesdon condamne cette décision, affirmant dans une lettre à Hoche avoir été « trompé indignement par l'hypocrisie de Charette »[11]. Quelques jours plus tard, il est assassiné dans des circonstances obscures par des soldats vendéens[11],[7].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

D'après le rapport[A 2] de l'adjudant-général Travot, Charette est à la tête de 130 à 150 cavaliers et de 50 fantassins au moment de l'attaque[2],[12]. Dans une lettre envoyée le au Directoire exécutif, le général Lazare Hoche évoque 160 hommes[3].

Travot est quant à lui alors à la tête d'une colonne de 300 fantassins et 50 cavaliers[1].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le , les forces de Travot attaquent celles de Charette à La Bégaudière, près du moulin de la Chevasse, à une demi-lieue du bourg des Lucs-sur-Boulogne[2]. Les républicains et les Vendéens se chargent mutuellement, mais le combat tourne rapidement à l'avantage des premiers[2],[4]. Les royalistes prennent la fuite et sont poursuivis sur quatre lieues[2].

Pertes[modifier | modifier le code]

D'après l'adjudant-général Travot, les Vendéens laissent au moins 30 morts[4],[12]. L'abbé Remaud, commissaire général de l'armée de Charette et rescapé de la déroute[13], fait état de 50 tués[4]. L'armateur sablais André Collinet donne quant à lui dans son journal[A 3] un bilan de 14 tués[4],[5] et 75 prisonniers[5] chez les Vendéens, contre « fort peu de monde » du côté des républicains[5]. Dans une lettre adressée le au citoyen Fairan, Hoche déclare quant à lui que Charette n'a pu se sauver qu'avec quarante hommes sur les 150 qu'il était parvenu à rassembler[14],[A 4].

Parmi les morts figurent Louis-Marin Charette de La Contrie[A 5], le frère du général, Charette de La Colinière, son cousin, et Beaumel, le commandant de la cavalerie[2],[15], ainsi que les émigrés La Porte et Jallais[4].

L'armateur sablais André Collinet fait également mention dans son journal de la présence de deux amazones parmi les prisonniers : Céleste de Couëtus, fille du général Couëtus, et Suzanne Poictevin de La Rochette : « Dans le nombre des prisonniers il s'est trouvé deux héroïnes qui ont été obligées de se rendre couvertes de blessures, elles combattirent à côté de Charette leur général, ces deux filles travesties en homme sont jeunes et très jolies »[2],[4].

Les républicains s'emparent de 50 à 60 chevaux[12],[14],[5] et prennent le guidon à fleur de lys d'or et le porte-manteau de Charette à l'intérieur duquel ils trouvent des lettres et un ordre de rassemblement du matin même[2],[3].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les défaites de Charette poussent de plus en plus ses hommes et ses officiers à faire leur soumission à la République. Le jour même du combat, Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière dépose les armes auprès du général Philippon[2]. Pendant ce temps, Dabbaye, accompagné de 18 cavaliers, est surpris par le chef de bataillon Lesol au village de La Perraudière, près de Legé[2]. Si un seul de ses hommes est tué et que tous les autres parviennent à s'enfuir, Dabbaye est fait prisonnier et conduit à Montaigu où il est exécuté peu après[2]. Le , Hyacinthe Hervouët de La Robrie, Guérin le jeune et une trentaine de cavaliers viennent se rendre à Vieillevigne et fournissent aux républicains des renseignements sur Charette[2],[16],[3],[14]. Le , un groupe de Vendéens est attaqué à la métairie de La Martinière, à Bournezeau : le chef de division Le Moëlle est tué, Charles de Lézardière et le chevalier de La Voyerie sont faits prisonniers et Charles Caillaud réussit à s'enfuir[13]. Le , le chef de division Lecouvreur dépose les armes à son tour[17].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Toutes les paroisses avaient fait leur soumission, un petit nombre d'officiers, de cavaliers et de déserteurs suivaient encore le Général ; plusieurs se réunirent pour lui proposer de passer en Angleterre. On lui disait : « Le parti royaliste tient à votre nom ; si vous périssez, le parti périt avec vous ; passez en Angleterre, la guerre n'est plus possible puisque vous n'avez plus de soldats ; vous reviendrez au printemps, vous engagerez les princes et les émigrés à vous suivre ; le pays qui pendant votre absence, aura été vexé par la République, retournera aisément à vous, ne fût-ce que par curiosité ; vous éviterez ainsi de faire périr beaucoup de braves gens dont la mort sera inutile ». La réponse fut : qu'il n'abandonnerait jamais son pays. Son pays l'avait déjà abandonné. Ceux qui lui restaient se retirèrent successivement[10],[6],[9]. »

    — Mémoires de Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière

  2. « Aujourd'hui, Charette, fort de 130 à 150 cavaliers et 50 fantassins a été vu dans la partie des Brouzils. Arrivé à une demi-heure du bourg du Luc, j'ai rencontré M. Charette. Nous nous sommes élancés sur sa cavalerie et son infanterie ; elles n'ont pu résister à l'impétuosité de notre charge et, après quelques coups de sabre, elles ont abandonné le terrain et ont fui. Vous pouvez croire, général, que je ne m'en suis pas tenu là. Je l'ai poursuivi, l'espace de quatre lieues, jusqu'à ce que j'aie vu ses cavaliers hors d'état de marcher davantage. La noblesse, les émigrés, les chefs ont fait les frais de cette journée : 30 au moins ont été tués ; beaucoup ont été obligés de se réfugier à pied à travers la campagne et les taillis ; d'autres, par les chemins de traverse, et 40 au plus ont suivi M. Charette... Leur guidon à fleur de lys d'or leur a été enlevé et une cinquantaine de chevaux ont abandonné leurs cavaliers ou ont été abandonnés... Le porte-manteau de Charette est tombé en mes mains et m'a procuré quelques-unes des lettres que je vous envoie[12]. »

    — Rapport de l'adjudant-général Travot, le 21 février au château de la Chambodière.

  3. « Le Dimanche 21 février, l'aide de camp général Travot surprit les brigands commandés par Charette, au nombre de trois cents fantassins et deux cents cavaliers, entre La Roche et La Chaize-le-Vicomte, les Brigands furent battus et mis en pleine déroute, on leur a pris 60 chevaux, fait 75 prisonniers, et 14 de tués. Nous avons perdu fort peu de monde, au nombre de ces derniers était un bel homme qui portait une barbe très longue qui s'est battu vaillamment contre sept cavaliers jusqu'à la mort [...]. Dans le nombre des prisonniers il s'est trouvé deux héroïnes qui ont été obligées de se rendre couvertes de blessures, elles combattirent à côté de Charette leur général, ces deux filles travesties en homme sont jeunes et très jolies, l'une est Mademoiselle le Couteleux (Couëtus), des environs de Machecoul et l'autre Mademoiselle de La Rochette, de Luçon, qui a eu sa sœur tuée dans l'action, ces deux filles ci-devant nobles ont été conduites couvertes de coups de sabres à l'hôpital de cette ville et mises en une chambre pour être traitées avec soin[5],[2]. »

    — Journal d'André Collinet, 12 mars 1796.

  4. « Passez la Loire pour un moment, et vous verrez, le même jour 21, le chef de brigade Lefranc surprendre et tuer le premier divisionnaire de Charette, nommé Lemoalle, et blesser Cailleau qui fut se faire sabrer à la déroute, ou plutôt à la boucherie que fit le lendemain l'adjudant-général Travot des cent cinquante hommes qu'était parvenu à rasembler Charette qui s'en sauva à la tête de quarante hommes.

    Telles furent les suites de cette déroute, que beaucoup d'habitans, qui avaient gardé leurs armes, les rapportèrent; que d'autres m'amenèrent des brigands liés et garrottés; et, enfin, que les chefs de division, La Roberie et Guérin, vinrent déposer leurs armes et celles d'une trentaine de cavaliers (on les tient en prison par mesure de sûreté). On prit le porte-manteau de Charette, dans lequel étaient sa correspondance avec le comte d'Artois, plusieurs lettres de celui-ci, des plans d'opérations, etc. J'ai envoyé copie de tout au directoire. Charette a perdu cinquante chevaux[14]. »

    — Lettre du général Lazare Hoche au citoyen Fairain, le 29 février 1796.

  5. André Collinet affirme que : « Un jeune homme des Sables nommé Blaye âgé de 18 ans s'est battu comme chasseur de la Vendée avec le frère du général Charette, a terassé ce chevalier la tué »[4]. Un acte de notorité du 1er mars 1796 stipule que François Gautté vit Louis Marin Charette « tombé entre les mains des chasseurs républicains et qu'il ne l'a pas vu depuis ce jour et qu'il tient en outre de plusieurs chasseurs qu'il y perdit la vie et que l'un d'eux a eu sa veste »[4].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dumarcet 1998, p. 500.
  2. a b c d e f g h i j k l et m Dumarcet 1998, p. 509-510.
  3. a b c et d Savary, t. VI, 1827, p. 187-189.
  4. a b c d e f g h et i Dumarcet 1998, p. 519.
  5. a b c d e et f André Collinet, Manuscrits, 17e carnet, p. 14-15.(archives de la Vendée)
  6. a b c d e et f Dumarcet 1998, p. 499-501.
  7. a b et c Hussenet 2007, p. 60.
  8. Savary, t. VI, 1827, p. 179.
  9. a b et c Tabeur 2008, p. 255.
  10. Lucas de La Championnière 1994, p. 139-140.
  11. a et b Dumarcet 1998, p. 501-504.
  12. a b c et d Chassin, t. II, 1899, p. 339-340.
  13. a et b Dumarcet 1998, p. 511.
  14. a b c et d Savary, t. VI, 1827, p. 201-202.
  15. Gabory 2009, p. 505
  16. Gras 1994, p. 165.
  17. Dumarcet 1998, p. 513.

Bibliographie[modifier | modifier le code]