Bataille des Aubiers (1793)

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Bataille des Aubiers
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La Rochejaquelein, huile sur toile de Julien Le Blant, 1879.
Informations générales
Date
Lieu Nueil-les-Aubiers
Issue Victoire vendéenne
Belligérants
France RépublicainsDrapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Commandants
Pierre QuétineauHenri de La Rochejaquelein
Forces en présence
2 500 hommes[1]
3 canons[2],[3]
3 000 hommes[1]
Pertes
30 à 70 morts[4],[3]
52 blessés[4]
3 canons capturés[2],[3]
Inconnues

Guerre de Vendée

Coordonnées 46° 56′ 17″ nord, 0° 35′ 19″ ouest
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Bataille des Aubiers
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Bataille des Aubiers

La première bataille des Aubiers se déroule le lors de la guerre de Vendée. Elle s'achève par la victoire des Vendéens, qui prennent le bourg des Aubiers aux forces républicaines.

Prélude[modifier | modifier le code]

Le , Henri de La Rochejaquelein décide de rejoindre l'insurrection contre la levée en masse, étant concerné par le décret qui s'applique à tous les célibataires âgés de 18 à 40 ans[5]. Il tente dans un premier temps, dans les environs de Saint-Aubin-d'Aubigné, de convaincre ses métayers de rejoindre le soulèvement, mais sans grand succès[6]. Alors que les Mauges sont en insurrection, le Bressuirais demeure encore calme début avril, marqué par la répression de la révolte d'août 1792[3].

Avec seulement une quarantaine d'hommes[7], La Rochejaquelein rejoint les insurgés angevins commandés par d'Elbée, Bonchamps et Stofflet et propose ses services[7],[3]. Mais les chefs des révoltés, battus par les forces républicaines du général Berruyer, effectuent une retraite sur Tiffauges, et lui répondent qu'ils considèrent le soulèvement comme voué à l'échec[3],[8]. La Rochejaquelein se résout alors à regagner son château de la Durbelière[3],[8]. Cependant, le même jour, la colonne républicaine du général Quétineau, venue de Bressuire, arrive aux Aubiers, où elle disperse un petit rassemblement[3]. Quelques paysans se rendent alors à la Durbelière et proposent à La Rochejaquelein de se mettre à leur tête, lui promettant près de 10 000 hommes au prochain rassemblement[7]. Celui-ci accepte et le lendemain, le tocsin retentit dans les environs de Châtillon-sur-Sèvre et plusieurs milliers de paysans se rassemblent au château de la Durbelière[1]. À cette occasion, La Rochejaquelein prononce une harangue restée célèbre : « Si j'avance, suivez-moi ; si je recule, tuez-moi ; si je meurs, vengez-moi ! »[1],[3],[9],[8].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Moins nombreux qu'annoncé, les insurgés menés La Rochejaquelein sont environ 3 000[1],[9],[8]. Selon les mémoires de la marquise Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, seuls 200 sont armés de fusils de chasse, les autres n'ayant que des bâtons, des faux ou des faucilles[10],[3]. Du côté des républicains, le général Pierre Quétineau commande 2 500 gardes nationaux[1],[11], avec trois canons[2],[3].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le 13 avril, les insurgés marchent sur Les Aubiers[3]. Le général Quétineau déploie ses troupes au Champ des Justices, au sud du bourg, et fait placer des guetteurs dans le clocher de l'église[1]. Côté vendéen, le déroulement de la bataille est connu par les mémoires de la marquise Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein[A 1] et par celles d'un simple combattant, Jacques Poirier[1].

Arrivés près du bourg, les insurgés suivent un chemin creux débouchant devant les Halles[13]. Là, La Rochejaquelein divise sa troupe en deux groupes : il prend la tête du premier pour attaque le Champ des Justice, tandis que l'autre doit se porter sur Nueil pour couper la retraite de l'adversaire[13]. Dissimulés derrières les haies, les insurgés commencent alors à entourer les républicains en criant « Vive le Roi ! »[10]. D'autres combattants, dont La Rochejaquelein avec une douzaine des meilleurs tireurs, prennent position dans des maisons et des jardins[10],[13]. Réputé habile tireur, La Rochejaquelein lâche 200 coups dissimulé derrière une haie, ses compagnons lui passant des fusils tout chargés[10],[13].

Peinant à voir l'ennemi, Quétineau donne l'ordre à ses troupes de se replier sur le cimetière, qui dispose de hauts murs[13]. Les canons sont également positionnés pour prendre la rue principale en enfilade[13]. Cependant cette retraite apparente galvanise les paysans[10], tandis que le moral des républicains fléchit, d'autant qu'un caisson de poudre explose[13]. Les insurgés se jettent alors soudainement sur les républicains et emportent les canons[13],[14]. Surpris, les hommes de Quétineau paniquent et se replient en désordre sur Bressuire[13],[14]. Le groupe s'étant positionné à Nueil se lance à leur poursuite et ne s'arrête qu'à deux lieues de la ville[13].

Pertes[modifier | modifier le code]

Selon Pierre Quétineau, les pertes de ses troupes sont de près de 30 tués et de 52 blessés[4]. La marquise Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein affirme quant à elle dans ses mémoires que les républicains ont 70 tués, un plus grand nombre de blessés, et abandonnent leurs deux canons[14]. Émile Gabory donne un bilan de 70 tués et de trois canons perdus du côté des républicains[3]. Pour Thérese Rouchette, les républicains abandonnent un canon et deux couleuvrines, ainsi que deux barils de poudre, plusieurs caissons, 1 200 fusils et 28 voitures d'approvisionnement divers[2]. Dans son rapport au ministre, le général Berruyer rapporte également la perte de trois petits canons, en précisant cependant que les hommes de Quétineau ont eu le temps de les enclouer[15]. Du côté des Vendéens, les pertes sont très faibles selon la marquise de La Rochejaquelein[16]. Les blessés sont placés dans trois charretées qui sont conduites à Châtillon-sur-Sèvre[13].

Conséquences[modifier | modifier le code]

La Rochejaquelein ne poursuit pas Quétineau sur Bressuire, mais se tourne aussitôt vers Tiffauges, où il part renforcer l'armée d'Anjou, en difficulté[2],[3],[9],[17]. Si le renfort qu'il apporte en hommes est modeste, le ravitaillement en poudre et en munitions, qui font grandement défaut aux insurgés, est en revanche décisif[2],[3],[9]. La victoire de La Rochejaquelein aux Aubiers met en échec l'offensive de Berruyer dans les Mauges[18].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Je m’arrête pour raconter la bataille qui sauva à cette époque la Vendée ; elle m’a été décrite par plus de cent témoins ; elle fût due tout entière à Henri.

    Je reprends l’histoire de celui-ci, du jour de son départ, de Clisson. Il arriva chez sa tante après la marche la plus pénible et la plus dangereuse, et y laissa M. de la Cassaigne. Il apprit que l’armée était du côté de Cholet et de Chemilié ; les jeunes gens des environs de Châtillon s’y rendaient, il y fut aussi et arriva pour être témoin de la perte d’une bataille qui fit reculer l’armée jusqu’auprès de Tiffauges, tout à fait dans l’intérieur du pays. MM. d’Elbée, de Bonchamps, Sfofflet et autres, lui dirent qu’ils regardaient la révolte comme manquée ; il n’y avait en tout que deux livres de poudre dans l’armée, et elle allait se dissoudre.

    Henri, pénétré de douleur, s’en retourna seul chez lui ; il y arriva le jour même où les Bleus, sortis de Bressuire, avaient pris les Aubiers et avaient dissipé un petit rassemblement qui voulait s’y opposer. Il n’avait point de chef, n’y ayant encore eu aucun noyau de formé dans cette partie, dont les paysans allaient simplement se joindre à l’armée d’Anjou, après avoir arboré le drapeau blanc dans leurs paroisses qu’on n’avait pas encore attaquées ; toutes les troupes républicaines se portaient jusqu’alors du côté de l’Anjou ou du côté de Nantes et Montaigu, Henri croyait tout perdu et ne supposait même pas qu’on pût rien faite, quand les paysans, apprenant qu’il venait d’arriver ; furent le trouver et lui dirent que, s’il voulait se mettre à leur tête, cela ranimerait tout le pays, et que dans la nuit on ferait un rassemblement dé huit à dix mille hommes ; Henri y consentit avec joie. Le lendemain matin, il se trouva presque le nombre promis, des paroisses des Aubiers, Nueil, Saint-Aubin, les Echaubroignes, Yzernay, etc., mais tous armés de bâtons, de faux, de faucilles ; il n’y avait pas deux cents fusils, encore étaient-ce des fusils de chasse. Henri avait découvert chez un maçon soixante livres de poudre qu’il avait par hasard, ayant autrefois fait sauter des rochers à la mine, pour bâtir, comme cela se pratique dans le pays. C’était un trésor que ce peu de munitions, car il n’y en avait pas d’autres, Henri parut à la tête des paysans et leur dit : « Mes amis, si mon père était ici, il vous inspirerait plus de confiance, mais à peine vous me connaissez et je suis un enfant ; j’espère que je vous prouverai au moins par ma conduite, que je suis digne d’être à notre tête. Si j’avance, suivez-moi ; si je recule, tuez-moi ; si je meurs, vengez-moi. » Telles furent ses propres paroles. Les paysans lui répondirent par de grandes acclamations. Cependant, malgré leur zèle, ils étaient un peu effrayés ; la plupart n’avaient pas vu le feu, les autres venaient de se trouver à une défaite, et ils étaient sans armes. Ils commencèrent pourtant à entourer les républicains, et, cachés derrière les haies, à crier : Vive le Roi ! ce que répétaient tous les échos. Pendant ce temps, Henri, avec une douzaine des meilleurs tireurs, se glissa sans bruit dans les jardins des Aubiers ; les Bleus étaient dans le bourg. À l’abri d’une haie, Henri, qui était le meilleur tireur du pays, en tua et en blessa beaucoup ; il se donnait le temps de viser avec son monde ; les coups partaient rarement, mais ils atteignaient toujours. On chargeait les fusils d’Henri, il tira plus de deux cents coups, et presque tous portèrent sur les hommes ou sur les chevaux.

    Les républicains, ennuyés d’être tirés comme au blanc, sans voir leurs ennemis, voulurent se déployer et se ranger en bataille sur une petite hauteur derrière les Aubiers ; ce mouvement rétrograde les perdit ; les paysans crurent qu’ils s’enfuyaient. Henri courut à eux, le leur persuada ; aussitôt les cris de Vive le Roi ! redoublèrent. Les Vendéens armés de bâtons s’élancèrent comme des furieux ; on les vit sortir en foule de derrière les haies, où ils étaient cachés ; Ils sautèrent sur les canons, et les Bleus, surpris, épouvantés d’une si brusque attaque, s’enfuirent en désordre, abandonnant deux petites pièces de canon, les seules qu’ils avalent, et deux caissons. Ils eurent soixante-dix tués et un nombre plus grand de blessés ; les nôtres les poursuivirent jusqu’à une demi-lieue de Bressuire.

    Tel est le rapport exact de cette journée mémorable, et depuis, l’on retrouve cette manière de se battre des paysans à presque toutes les rencontres, surtout dans les commencements. Leur tactique consistait à entourer en silence les Bleus, à paraître inopinément à portée de pistolet, en jetant de grands cris, à se précipiter sur les canons pour les empêcher de leur faire du mal, disaient-ils, à tirer rarement, mais en visant juste. Les paysans disaient : « Un tel, tu es le plus fort, saute à cheval sur le canon », et cet homme sautait dessus en criant : Vive le Roi ! pendant que ses camarades tuaient les canonniers. On voit aussi la conduite que tenaient les chefs : l’essentiel était d’inspirer confiance aux soldats qui, au commencement de l’attaque, avaient toujours un moment d’hésitation, mais se rassuraient et devenaient invincibles quand ils voyaient leurs généraux, à leur tête, se jeter dans un péril évident.

    Cette manière de faire la guerre paraîtra sans doute inconcevable, mais elle est l’exacte vérité ; on le croira davantage en réfléchissant que pas un soldat ne savait l’exercice, ni même distinguer sa droite de sa gauche[12]. »

    — Mémoires de la marquise Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g et h Rouchette 2010, p. 37.
  2. a b c d e et f Rouchette 2010, p. 41.
  3. a b c d e f g h i j k l m n et o Gabory 2009, p. 149.
  4. a b et c Chassin t. I 1893-1895, p. 284.
  5. Rouchette 2010, p. 34.
  6. Rouchette 2010, p. 35.
  7. a b et c Rouchette 2010, p. 36.
  8. a b c et d Gras 1994, p. 33.
  9. a b c et d Tabeur 2008, p. 76.
  10. a b c d et e La Rochejaquelein 1994, p. 116.
  11. Gras 1994, p. 32.
  12. La Rochejaquelein 1994, p. 115-117.
  13. a b c d e f g h i j et k Rouchette 2010, p. 40.
  14. a b et c La Rochejaquelein 1994, p. 117.
  15. Savary, t. I, 1824, p. 162.
  16. La Rochejaquelein 1994, p. 119.
  17. Gras 1994, p. 34.
  18. Martin 2014, p. 96-97.

Bibliographie[modifier | modifier le code]