Bataille de Saint-Cyr-en-Talmondais

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Bataille de Saint-Cyr-en-Talmondais
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Vue de l'église de Saint-Cyr-en-Talmondais en 2016.
Informations générales
Date
Lieu Saint-Cyr-en-Talmondais et La Bretonnière-la-Claye
Issue Victoire républicaine
Belligérants
Drapeau de la France République françaiseDrapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Commandants
Henri-Pierre DelaageFrançois Athanase Charette de La Contrie
Jean-Baptiste de Couëtus
Louis Guérin
Forces en présence
1 100 hommes[1],[2]9 000 à 10 000 hommes[3]
Pertes
4 morts[2]
11 blessés[2]
140 morts[2]
200 à 300 blessés[2]

Guerre de Vendée

Batailles

Coordonnées 46° 43′ 05″ nord, 1° 27′ 15″ ouest
Géolocalisation sur la carte : Vendée
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Bataille de Saint-Cyr-en-Talmondais
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Bataille de Saint-Cyr-en-Talmondais

La bataille de Saint-Cyr-en-Talmondais se déroule le lors de la guerre de Vendée. Elle s'achève par la victoire des républicains qui repoussent une attaque des Vendéens contre le bourg de Saint-Cyr-en-Talmondais.

Prélude[modifier | modifier le code]

En septembre 1795, Charette apprend qu'une flotte britannique a gagné les côtes de la Vendée, avec à son bord des régiments britanniques et émigrés commandés par le comte d'Artois. Il rassemble son armée, qui est bientôt renforcée par des troupes de l'armée du Centre commandées par Béjarry, et décide de se rendre maître de la côte afin de favoriser le débarquement du prince[4].

L'armée se met en marche et s'arrête le 24 septembre dans les landes de La Boissière, près de Champ-Saint-Père[3],[4]. Les raisons qui poussent les Vendéens à décider l'attaque du bourg de Saint-Cyr-en-Talmondais ne sont pas connues avec certitude. Pour Le Bouvier-Desmortiers, l'initiative est due à « l'entêtement de Guérin » et le mouvement a lieu « contre l'avis du général »[5]. Pour l'officier vendéen Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière, « pour ne pas décourager les troupes qu'on avait bercées » de l'espoir de voir débarquer le comte d'Artois, Charette « feignit d'avoir eu d'autres desseins que celui de gagner les bords de la mer, et d'après l'avis de son conseil il fit attaquer Saint-Cyr »[5],[6],[7].

Les Vendéens campent la nuit à Champ-Saint-Père, mais des soldats provoquent accidentellement un incendie qui jette l'alerte dans tout le pays[7].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Saint-Cyr-en-Talmondais est défendu par 400 soldats républicains selon Lucas de La Championnière et Le Bouvier-Desmortiers[5],[7], mais les rapports républicains les fixent à 200 hommes issus de la 157e demi-brigade[3]. Ces derniers se retranchent dans l'église du bourg, les meilleurs tireurs postés dans le clocher[3],[1]. Les effectifs des renforts venus de Luçon commandés par le général Henri-Pierre Delaage sont de 900 hommes selon le rapport[A 1] du général Emmanuel de Grouchy[1].

Les Vendéens alignent 8 000 à 9 000 fantassins et 900 cavaliers selon Grouchy[3],[1]. Ils se divisent en trois corps[3],[1]. Le premier, mené par Charette, se place face au château du Givre[3],[1]. Le deuxième, commandé par Couëtus, La Robrie et Lecouvreur, prend position avec 1 500 hommes près de La Bretonnière-la-Claye, sur la route de Luçon, afin de repousser d'éventuels renforts[3],[1],[5]. Le troisième corps, dirigé par Louis Guérin, attaque directement le bourg de Saint-Cyr[3],[1].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Les Paydrets menés par Louis Guérin entrent dans le bourg qu'ils trouvent désert, tous les habitants ayant fui ou s'étant retranchés dans l'église[7]. Ils sont accueillis par les tirs des soldats républicains positionnés dans l'église, où des meurtrières ont été hâtivement percées[3]. Les Vendéens tentent en vain d'approcher l'église, mais plusieurs sont tués et les hommes vêtus d'uniformes rouges britanniques subissent des pertes particulièrement importantes[3],[7]. Finalement les Vendéens se réfugient dans les maisons, depuis lesquelles ils tirent inutilement pendant une demi-heure[7]. Ils tentent ensuite d'incendier quelques habitations afin de pouvoir être dissimulés par la fumée mais la tentative échoue à cause du désordre qui règne parmi les troupes[3],[7].

Charette gagne à son tour le bourg de Saint-Cyr mais ses hommes ouvrent le feu par erreur sur ceux de Guérin avant de s'apercevoir de leur erreur[3],[7]. L'armée vendéenne étant dépourvue de canons, Charette ne voit aucun moyen de prendre l'église et ses soldats commencent à prendre la fuite[3],[7]. À ce moment, Louis Guérin est tué devant l'église[3]. D'après Lucas de La Championnière, il est atteint de deux balles à la poitrine[3],[7]. Selon les républicains, il est abattu par le caporal Marca alors qu'il s'était avancé pour sommer les républicains de se rendre[5]. Selon Grouchy, un autre parlementaire a son cheval tué sous lui et quatre hommes sont abattus en essayant de le dégager[1].

Pendant deux heures, les Vendéens se heurtent aux défenses républicaines sans parvenir à effectuer la moindre progression[4]. De son côté, le général Henri-Pierre Delaage rassemble 900 soldats à Luçon et se porte à la rencontre des Vendéens qu'il trouve à La Bretonnière-la-Claye[3],[1]. Les fantassins républicains se dissimulent derrière les broussailles, au niveau du village des Baraudières tandis que l'artillerie légère et la cavalerie se déploient sur la route[1],[3]. Les Vendéens tentent alors de contourner les républicains sur leur franc droit en passant par le vallon des Béraudières mais ils sont repoussés par les réserves républicaines[1]. Malmenés par l'artillerie adverse, les Vendéens finissent par battre en retraite sur Saint-Cyr à la suite d'une charge à la baïonnette des républicains[1],[3].

À leur tour, les défenseurs de l'église profitent du désordre pour faire une sortie et provoquer la retraite générale des Vendéens[1].

Pertes[modifier | modifier le code]

Les pertes vendéennes sont d'après les républicains de 140 tués[2]. Emmanuel de Grouchy les porte à 200 morts[2],[5], dont 52 devant l'église[1].

Pour Amédée de Béjarry, petit-fils du commandant vendéen Amédée-François-Paul de Béjarry, les Vendéens laissent plusieurs centaines de morts[2],[8]. Il attribue ces lourdes pertes à la trop grande obstination de Charette[2],[8].

Selon les rapports républicains, les pertes de leurs troupes sont d'un grenadier tué et 14 blessés, dont trois mortellement[2],[9].

Dans ses mémoires[A 2], l'officier vendéen Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière écrit : « Cette bataille peut passer pour une des plus funestes non par le nombre des morts, mais par la qualité de ceux que nous y perdîmes »[7]. Parmi les tués figurent Louis Guérin, dont le corps est enterré à Bourg-sous-la-Roche[5], le jeune Guinebault de La Grossetière, âgé de 17 ans, Charlemagne Gabriel Charette dit Boisfoucaud, et La Voute, débarqué depuis peu en Vendée[3].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Conformément à vos intentions, j'ai fait enlever le 24, par l'adjudant-général Delaage, les postes de Rosnay, Le Champ-Saint-Père, Saint-Vincent-sur-Graon et les Moutiersles-Maufaits. Cinq colonnes ont été employées à cette expédition.

    Le 25, Charette qui, pendant les attaques de la veille, était dans les Landes de La Boissière avec huit à neuf mille fantassins et environ neuf cents chevaux, s'est porté sur Saint-Cyr défendu par un bataillon de deux cents hommes de la cent cinquante-septième demi-brigade. Les rebelles se sont divisés en trois corps. Le premier a masqué le château du Gîvre où nous avons un bataillon; le second a attaqué Saint-Cyr, et le troisième est venu prendre position en face de La Claye pour s'opposer aux troupes qui, de Luçon, pourraient venir au secours de Saint-Cyr.

    Le bataillon de la cent cinquante-septième demi-brigade, retranché dans l'église de Saint-Cyr et ayant ses meilleurs tireurs dans le clocher, a vigoureusement reçu l'ennemi; la fusillade la plus soutenue et la résistance la plus ferme ont rendu tous ses efforts inutiles. Dans ce seul point il a perdu cinquante-deux hommes et a eu un grand nombre de blessés. Plusieurs chefs ont été tués. Guérin, commandant dans le pays de Retz, s'étant avancé pour sommer les républicains de se rendre, a été étendu mort d'un coup de fusil; un autre porteur de sommation n'a pas été plus heureux, son cheval a été tué sous lui, et quatre de ceux qui sont venus pour le dégager, ont été tués à ses côtés.

    À la nouvelle de l'attaque de Saint-Cyr, Delaage a marché de Luçon à La Claye; il s'est porté sur la route de Saint-Cyr. L'infanterie a été placée dans les broussailles qui, du grand chemin, s'étendent jusqu'au hameau des Baraudières. Son but était de cacher à l'ennemi nos forces qui ne s'élevaient pas à plus de neuf cents hommes. L'artillerie légère, soutenue de la cavalerie, a été portée sur la gauche de la route.

    La fusillade a commencé à s'établir. Les rebelles ont dirigé un gros corps par le vallon des Baraudières, sur notre flanc droit pour le tourner. Le vingt-neuvième régiment a marché à sa rencontre et l'a fait plier. L'artillerie légère, prenant en écharpe les lignes ennemies, a commencé à y porter du désordre. Toutes les troupes républicaines se sont ébranlées la baïonnette en avant. Au même moment le brave bataillon de la cinquante-septième demi-brigade est sorti de Saint-Cyr et s'est porté sur l'ennemi aux cris de vive la. république. En un instant les rebelles ont été mis dans une déroute complète et ont fui de tous côtés. On les a poursuivis aussi long-temps que l'a permis le terrain qui bientôt devient couvert et difficile.

    D'après le rapport des déserteurs, Charette avait à sa suite quatre-vingts voitures, et s'était vanté de venir coucher à Luçon d'où il prétendait enlever tout ce qui lui aurait convenu[1]. »

    — Rapport du général Grouchy, le 26 septembre à Port-La-Claye, au général en chef Hoche.

  2. « Il y avait fort peu de troupes alors dans la Vendée et rien ne s'opposait au débarquement. Aussi devina-t-on sans peine qu'il ne s'en ferait jamais ; cependant pour ne pas décourager les troupes qu'on avait bercées de cet heureux espoir, M. Charette feignit d'avoir eu d'autres desseins que celui de gagner les bords de la mer, et d'après l'avis de son conseil il fit attaquer Saint-Cyr.

    Nous bivouaquâmes dans une lande située au-dessus du Champ Saint-Père ; des maladroits mirent le feu dans les ajoncs dont elle était bordée ; l'incendie fut si violent que nous fûmes sur le point de décamper, on parvint à arrêter les progrès du feu. Le bruit que cet évènement occasionna et la lueur des flammes donnèrent une connaissance bien certaine de notre arrivée à la garnison de Saint-Cyr. Nous traversâmes le lendemain la plaine dans le meilleur ordre ; quelques divisions furent envoyées au pont de La Claye pour empêcher la jonction des secours de Luçon ; d'autres gardèrent la route des Sables et l'avant-garde attaqua le bourg. Il n'était défendu que par 400 hommes, mais retranchés dans le clocher auquel ils avaient pratiqué des meurtrières, ils étaient imprenables à moins que d'avoir du canon. On n'en avait pas amené parce qu'ils auraient été trop embarrassants dans le marais qu'on croyait parcourir. Guérin s'avança seul pour sommer les républicains de se rendre ; ils répondirent qu'ils aimaient mieux mourir ; nous nous précipitâmes alors dans le bourg et nous fûmes fort étonnés de n'y trouver personne ; une grêle de balles attira nos regards vers ce fameux clocher sur lequel nos soldats dirigèrent un feu continuel pendant une demi-heure, avant qu'on pût leur faire entendre que les murailles étaient impassibles. Les républicains, au contraire, tiraient à coup sûr, et nous avaient déjà renversé bien du monde, surtout des volontaires qu'on avait habillés en rouge. Guérin avait été culbuté de son cheval déjà blessé pour la seconde fois ; il nous invita à mettre pied à terre et, prenant chacun une botte de foin sur notre tête, nous essayâmes de marcher vers l'église ; mais les meurtrières étaient si bien disposées qu'il nous eût été impossible d'arriver jusqu'à la porte sans être tous tués. Guérin qui marchait à notre tête ne fut garanti du coup mortel que par un arbre qui changea la direction de la balle. Nous nous servîmes alors de ces mêmes bottes de foin, que nous avions trouvées au milieu du bourg pour mettre le feu dans les maisons voisines de l'église, comptant approcher plus aisément à l'aide de la fumée ; mais rien ne put nous réussir parce que le désordre était extrême. Les soldats étaient entassés derrière les maisons, et il était presque impossible de les faire sortir, car quiconque traversait une rue ou se montrait à découvert était renversé aussitôt. Dans ce moment M. Charette arriva de l'autre côté avec le corps d'armée ; ses soldats nous prenant pour les ennemis firent feu sur nous, jusqu'à ce que Guérin eût été leur faire voir leur erreur ; l'armée alors entra dans le bourg, mais ne connaissant point la disposition de l'ennemi et la direction des meurtrières, il en fut tué un grand nombre en traversant les rues et nous n'effrayâmes pas davantage l'ennemi. M. Charette ne devina aucun moyen d'enlever l'église fortifiée, et il en était un bien simple suivant moi : c'était de sortir du bourg, de remettre l'armée en ordre et de foncer tous à la fois jusqu'à la porte de l'église ; nous eussions perdu très peu de monde dans ce trajet, au lieu que, pendant le temps que nous restâmes à regarder les murailles sans prendre de parti, on nous en tuait à chaque moment, soit de ceux qui couraient de maison en maison pour boire ou piller, ou de ceux qui, arrivés des derniers, ne connaissaient pas la direction de meurtières. Guérin, qui avait déjà perdu deux chevaux, en monta un troisième pour aller faire part de cet avis au Général ; l'armée commençait alors à prendre la déroute ; c'est dans ce moment que l'infortuné Guérin reçut le dernier coup de fusil qui partit du clocher. Deux balles lui traversèrent la poitrine et le tuèrent raide.

    Un renfort de Luçon arrivait au même instant ; l'armée volante eut bientôt dispersé nos divisions qui gardaient le pont et notre cavalerie perdit beaucoup en essayant de faire une retraite honorable.

    Cette bataille peut passer pour une des plus funestes non par le nombre des morts, mais par la qualité de ceux que nous y perdîmes. Plusieurs de nos anciens camarades furent tués sur le champ de bataille ou moururent de leurs blessures. Le jeune la Grostière fut regretté généralement ; il avait commencé la guerre encore tout enfant, sa plaie se trouva mortelle, il n'avait guère que 17 ans. Parmi les émigrés échappés de Quiberon, ou qui étaient débarqués sur nos côtes, les plus braves périrent dans cette journée, la première où nous fussions réunis. On citait comme un homme de talent un M. de la Voute venant de l'armée de Condé et fort estimé du Général. J'avais vu plus particulièrement deux anciens officiers de cavalerie qui marchaient à pied à l'avant-garde ; ils furent tués des premiers et en voici la raison : ne connaissant point la manière de combattre des Vendéens, ils crurent manquer aux lois de l'honneur en baissant la tête ou cherchant l'abri des murailles ; ils devinrent nécessairement les premiers points de mire des républicains qui ne tiraient guère qu'à coup sûr.

    Mais de toutes les pertes, la plus sensible et certainement la plus irréparable fut celle du brave Louis Guérin. Pour le courage, et je puis dire pour le talent, il était alors le premier de l'armée ; réunissant la confiance du Général et celle de tous les soldats, sa présence seule redoublait notre courage ; c'était parmi les braves à qui se trouverait d'avant-garde lorsqu'il en dirigerait la tête, et de tous les officiers lui seul savait mettre de l'ordre dans une armée qu'il commandait : si ses dispositions naturelles eussent été secondé par l'éducation, il eût été le Général en chef ; tout le monde l'aimait. M. Charette en avait fait son confident et de tous les amis qu'il s'est choisi successivement, celui-ci fut le seul digne de l'être. Quoique sincèrement attaché à son Général, il eut toujours le courage de lui faire des représentations ; M. Charette en eût mieux valu s'il avait eu plusieurs amis aussi francs que Guérin.

    Les cris et les désordre de l'armée en traversant la plaine représentaient une famille d'enfants qui viennent de perdre leur père plutôt qu'une réunion d'hommes habitués à mépriser la mort. Nous l'enterrâmes au Bourg-sous-la-Roche-sur-Yon ; c'est là que ses cendres reposent à trois pieds environ de la croix plantée au milieu du cimetière, mais sa mémoire vivra aussi longtemps que le dernier de ses soldats si elle est chez eux aussi bien gravée que dans mon cœur.

    Sans la douleur sincère dont nous étions accablés, nous eûmes bien occasion de nous amuser d'une dispute ridicule qui s'éleva entre deux prêtres au sujet de la cérémonie ; l'un, nommé Goguet, avait été vicaire dans une paroisse du pays de Retz et se trouvait ainsi tenir à la division ; il prétendit à l'honneur d'être le célébrant ; l'autre, prêtre de Luçon (je ne l'ai jamais connu que sous le nom de père Givry, que nous lui avions donné dans nos réunions joyeuses), se trouvait desservant la paroisse du Bourg-sous-la-Roche ; il crut de son côté avoir comme curé le droit de la prélature. A l'enlèvement du corps les deux prêtres entonnèrent chacun leur verset, ce qui fit une cacophonie risible, car l'un suivait le rite romain et l'autre le parisien. Enfin après quelques pas ils s'arrêtèrent pour se faire des reproches mutuels : « — Je suis chez moi, disait l'un, le mort m'appartient ; — Il est de ma division, disait l'autre, je l'enterrerai » ; de part et d'autre des propos s'ensuivirent. Goguet l'emporta et fit la cérémonie, mais le triomphe de son adversaire fut complet lors de l'inhumation. Goguet à la fin de la messe avait débité un discours froid et vide d'idées dont l'effet n'avait point été sensible. Le père Givry saisit le moment où la douleur était à son comble, lorsque nous confiâmes à la terre les restes de notre ami ; avec un organe plein et un ton pénétré, il commença l'oraison funèbre du mort ; dans sanglots éclatèrent de toutes parts, les plus insensibles ne purent s'empêcher de pleurer, mais la division de Retz fit surtout éclater sa reconnaissance lorsque l'orateur nous promit de faire graver sur une pierre le nom de Guérin et le lieu de sa mort.

    M. Charette tout le temps du convoi funèbre fut renfermé seul dans une chambre. Le soir, lorsqu'il fut temps de partir, il en sortit, les yeux extrêmement rouges et l'air vraiment affligé ; c'est le seul officier que je l'aie vu pleurer dans ces derniers temps de la guerre de la Vendée.

    On se fit au sujet de cette journée des reproches, comme de coutume, à la suite de toutes les déroutes. M. de Bruc fut généralement accusé de s'être retiré le premier et sans ordres, et d'avoir ainsi occasionné une fuite précipitée.

    Les divisions placées sur les routes de Luçon et des Sables se plaignirent de n'avoir pas été averties de la retraite et d'être restées seules exposées au feu de l'ennemi qui pensa leur couper le chemin. Mais la plus grande faute était d'avoir attaqué sans faire les découvertes nécessaires ; on aurait su, si l'on avait pris de bon renseignements, que les républicains avaient une retraite inaccessible et, pour le en chasser, on aurait pu prendre d'autres moyens. Les officiers supérieurs disent à qui voulut l'entendre que Guérin seul avait forcé le conseil à prendre ce parti et qu'aucune considération n'avait pu le faire abandonner son projet. Guérin était mort : par conséquent il était impossible de savoir la vérité.

    Les divisions se séparèrent et nous retournâmes à Belleville où Faugaret fut nommé commandant de la division du pays de Retz[7]. »

    — Mémoires de Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n o et p Savary, t. V, 1827, p. 398-400.
  2. a b c d e f g h i et j Chassin, t. II, 1899, p. 77-80.
  3. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s et t Dumarcet 1998, p. 469-470.
  4. a b et c Gabory 2009, p. 497-498.
  5. a b c d e f et g Dumarcet 1998, p. 482.
  6. Gras 1994, p. 154.
  7. a b c d e f g h i j k et l Lucas de La Championnière 1994, p. 124-130.
  8. a et b Béjarry 1884, p. 210-211.
  9. Inventaire sommaire des Archives départementales postérieures à 1790: période révolutionnaire : séries L et Q. , p.111.

Bibliographie[modifier | modifier le code]