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Savinien Cyrano de Bergerac

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Savinien Cyrano de Bergerac

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Portrait de Cyrano dessiné et gravé par un artiste non identifié d'après un tableau de Zacharie Heince.

Nom de naissance Savinien Cyrano
Naissance Début mars 1619
Paris
Décès 28 juillet 1655
Sannois
Langue d'écriture Français
Genres Roman, théâtre, lettres

Savinien de Cyrano, dit de Bergerac, est un écrivain français, baptisé à l'église Saint-Sauveur de Paris le 6 mars 1619[1] et mort à Sannois le 28 juillet 1655.

Auteur d'une œuvre audacieuse et novatrice, qui l'inscrit dans le courant libertin de la première moitié du XVIIe siècle, il est surtout connu du « grand public » pour avoir inspiré à Edmond Rostand son plus célèbre drame, Cyrano de Bergerac, qui, tout en reprenant des éléments de la biographie du poète, s’en écarte par de nombreux aspects.

On note cependant, depuis la fin des années 1970, un remarquable renouveau des études cyraniennes, dont témoignent de nombreuses rééditions des œuvres et la publication d'une foison de thèses, articles et essais.

Sommaire

Biographie

Sources

La brève existence de Cyrano est peu documentée. Certains chapitres, et non des moindres, n’en sont connus que par la préface de l’Histoire comique par Monsieur de Cyrano Bergerac, contenant les Estats et empires de la Lune, publiée vingt mois après sa mort[2]. Sans Henry Le Bret, qui en rédigea les quelques pages de nature biographique, alors qu’il venait d’entrer dans les ordres, nous ne saurions rien de l’enfance campagnarde du libertin, de son engagement militaire, des blessures qu’il lui occasionna, de ses prouesses de bretteur, des circonstances de sa mort, ni de sa prétendue conversion finale. Depuis qu’en 1872, Auguste Jal a fait connaître que le « sieur de Bergerac » était parisien et non gascon, les recherches minutieuses menées par un petit nombre de chercheurs[3] dans les registres paroissiaux et les actes notariés ont permis d’en savoir plus sur sa généalogie, son milieu familial, ses domiciles parisiens et certains de ses amis, mais aucun document nouveau n’est venu corroborer ou infirmer les points essentiels du récit de Le Bret, ni en combler les principales lacunes. Aussi ne peut-on trop se méfier des amplifications paraphrastiques et romanesques auquel il a donné lieu[4].

Familles

Né à Paris, rue des Deux-Portes (actuelle rue Dussoubs dans le 2e arrondissement) dans les premiers mois de 1619, Savinien de Cyrano est le fils d'Abel I de Cyrano, sieur de Mauvières, (156?-1648), avocat au parlement de Paris[5], et d'Espérance Bellanger (1586-164?), « fille de défunt noble homme Estienne Bellanger, Conseiller du Roy et Trésorier de ses Finances ».

Ascendants

 Savinien I de Cirano, vendeur de poisson de mer
Savinien I de Cirano, vendeur de poisson de mer

Le grand-père paternel, Savinien I de Cyrano (15??-1590), est né probablement dans une famille de notables sénonais (de Sens[6], en Bourgogne). La documentation le qualifie successivement de « marchand et bourgeois de Paris » (20 mai 1555), de « vendeur de poisson de mer pour le Roy » dans plusieurs autres documents des années suivantes[7], enfin de « conseiller du Roi, maison et couronne de France » (7 avril 1573). Le 9 avril 1551, à Paris, il a épousé Anne Le Maire, fille d'Estienne Le Maire et de Perrette Cardon, qui mourra en 1616. On leur connaît quatre enfants: Abel, père de l'écrivain, Samuel (15??-1646), Pierre (15??-1626) et Anne (15??-1652).

Du grand-père maternel, Estienne Bellanger, « contrôleur des finances en la recette générale de Paris », et de son ascendance, on ignore à peu près tout. On connaît mieux la famille de sa femme, Catherine Millet, dont le père, Guillaume II Millet, sieur des Caves, était secrétaire du roi, secrétaire de ses finances, et le grand-père, Guillaume I Millet (149 ?-1563), licencié en médecine en 1518 et médecin ordinaire de trois rois successifs (François 1er, Henri II et François II). Il avait épousé Catherine Valeton, fille d'un receveur des fouages de Nantes, Audebert Valeton, lequel, accusé de complicité dans l'Affaire des Placards, fut « brûlé vif du bois pris en sa maison »[8], le 21 janvier 1535, au carrefour de la Croix-du-Trahoir, devant la maison du « Pavillon des singes », où Molière devait voir le jour près d'un siècle plus tard[9].

Parents

Espérance Bellanger et Abel I de Cyrano se sont mariés le 3 septembre 1612 à l'église Saint-Gervais de Paris. Elle avait au moins vingt-six ans[10], lui environ quarante-cinq[11]. Leur contrat de mariage[12], signé le 12 juillet précédent à l'hôtel de Maître Denis Feydeau, conseiller, secrétaire et notaire du roi, cousin issu de germain de la mariée, a été publié en 2000 seulement par Madeleine Alcover[13], qui retrace avec minutie le destin des témoins signataires (et plus particulièrement leurs liens avec les milieux dévots) et note que nombre d'entre eux «ont atteint les sphères de la grande finance, de la grande noblesse de robe, de l'aristocratie (y compris celle de Cour) et même de la noblesse d'épée».

La bibliothèque d'Abel

En 1911, Jean Lemoine a fait connaître l'inventaire des biens du marié[14]. Sa bibliothèque, relativement peu fournie (126 volumes inventoriés), témoigne d'une formation de juriste et d'une curiosité très ouverte: goût des langues et des littératures anciennes, lecture des grands humanistes de la Renaissance (Érasme, Rabelais, Juan Luis Vivès), pratique de l'italien, intérêt pour les sciences. Côté religion, on relève la présence de deux Bibles, d'un Nouveau testament italien et des Oraisons de saint Basile en grec, mais aucun ouvrage de piété. On ne trouve, du reste, aucun objet de cette nature (gravure, tableau, statue, crucifix) parmi les autres biens inventoriés, mais, en revanche, «douze petits tableaux de portraits de dieux et déesses» et «quatre figures en cire: l'une de Vénus et Cupidon, une autre d'une tireuse d'épine, une d'un flûteux et une d'une femme nue, honteuse»[15]. Enfin, on note la présence de plusieurs œuvres de protestants notoires: les Discours politiques et militaires de François de la Noue, deux volumes de George Buchanan, la Dialectique de Pierre de La Ramée, l'Alphabet de plusieurs sortes de lettres de Pierre Hamon et La Vérité de la religion chrétienne, de Philippe Duplessis-Mornay, présence qui confirme qu'Abel a vécu ses années de jeunesse dans un milieu huguenot[16].

Fratrie

Espérance et Abel I auront au moins six enfants:

  • Denis, tenu sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Eustache, le 31 mars 1614, par Anne Le Maire, sa grand-mère, et Denis Feydeau, financier. Il fera des études de théologie à la Sorbonne et mourra dans les années 1640 ;
  • Antoine, tenu sur les fonts de Saint-Eustache, le 11 février 1616, par sa tante paternelle, Anne Cyrano et un parrain qui n'est pas nommé dans le baptistaire relevé par Auguste Jal, mais qui pourrait bien être le financier Antoine Feydeau (1573-1628), frère cadet de Denis. Mort en bas âge ;
  • Honoré, tenu sur les fonts de Saint-Eustache, le 3 juillet 1617, par Honoré Barentin, trésorier des parties casuelles, et une marraine non nommée. Mort en bas âge ;
  • Savinien II (1619-1655), qui fait l'objet de cet article ;
  • Abel II, né vers 1624[17], qui reprendra la titre de « sieur de Mauvières », après la mort de son père en 1648 ;
  • Catherine, dont on ignore la date de naissance et qui mourra dans les premières années du siècle suivant, après avoir été, à partir de 1641, religieuse au couvent des Filles de la Croix, rue de Charonne, sous le nom de sœur Catherine de Sainte-Hyacinthe[18].

Enfance et adolescence

Baptême, parrain et marraine

Le 6 mars 1619, Savinien II est baptisé à l'église Saint-Sauveur. Sa mère a 33 ans, son père environ 52. L'enfant, précise le baptistaire tel qu'il a été reproduit par Auguste Jal, est tenu sur les fonts par « noble homme Antoine Fanny, conseiller du roi et auditeur en sa chambre des comptes » et « Marie Fédeau (sic, pour Feydeau), femme de noble homme Louis Perrot, conseiller et secrétaire du roi, maison et couronne de France ».

Le patronyme Fanny n’apparaissant nulle part dans l’étude très complète que le comte H. Coustant d’Yanville a publiée en 1875 sur La Chambre des comptes de Paris (il n’apparaît, du reste, dans aucun document français du XVIIe siècle), le vicomte Oscar de Poli suggérait, en 1898[19], qu’il devait s’agir d’une erreur de transcription et proposait de lire Lamy. Un Antoine Lamy a en effet été reçu auditeur des comptes le 2 septembre 1602, un an avant Pierre de Maupeou, cousin d'Espérance Bellanger, gendre de Denis Feydeau et témoin en 1612 au mariage des parents de Savinien[20]. Sa femme, Catherine Vigor, collaboratrice de Vincent de Paul, sera présidente de la Confrérie de la Charité de Gentilly, ville dans laquelle les deux époux fonderont une mission en 1634[21]. Elle pourrait bien être la marraine de Catherine de Cyrano.

Marie Feydeau, commère d'Antoine Lamy, est la sœur de Denis et Antoine Feydeau, et l'épouse de Louis (ou Loys) Perrot (15??-1625), lequel, outre ses titres de « conseiller et secrétaire du roi », a également celui d’« interprète du roi en langues étrangères »[22].

Mauvières et Bergerac

La Vallée de Chevreuse en 1701. On distingue Sous-Forêt et Mauvières à l'ouest de Chevreuse, sur les bords de l'Yvette.

En 1622, Abel de Cyrano quitte Paris avec sa famille et part s'installer sur ses terres de Mauvières et Bergerac, dans la vallée de Chevreuse, qui lui sont advenues en partage après la mort de sa mère, en 1616.

Ces fiefs, situés sur les bords de l'Yvette, paroisse de Saint-Forget, Savinien I de Cyrano les avait achetés, quarante ans plus tôt, à Thomas de Fortboys, qui les avait lui-même achetés, en 1576, au sieur Dauphin de Bergerac (ou Bergerat), dont les ancêtres les détenaient depuis plus d'un siècle[23].

Au moment où Savinien I de Cyrano l'a acquise, la seigneurie de Mauvières consistait «en un hôtel manable [=une demeure habitable] »…] où il y a salle basse, cave dessous, cuisine, dépense, chambre haute, greniers, étables, grange, portail, le tout couvert de tuiles, avec la cour, colombiers clos de murailles; moulin, clos, jardin et vivier, le droit de moyenne et basse justices…»

Le fief de Bergerac, qui jouxtait le précédent, comprenait une maison avec portail, cour, grange, masure et jardin, soit un arpent ou environ, plus quarante-six arpents et demi, dont trente-six et demi de terre et dix de bois, avec doit de justice moyenne et basse[24].

Scolarité campagnarde

Abraham Bosse (1602-1676). Le Maître d'école.

C'est dans cet environnement champêtre que l'enfant grandit, et dans quelque paroisse voisine qu'il apprend à lire et à écrire. Son ami Le Bret se souviendra[25]:

« L'éducation que nous avions eue ensemble chez un bon prêtre de la campagne qui tenait de petits pensionnaires nous avait faits amis dès notre plus tendre jeunesse, et je me souviens de l'aversion qu'il avait dès ce temps-là pour ce qui lui paraissait l'ombre d'un Sidias[26], parce que, dans la pensée que cet homme en tenait un peu[27], il le croyait incapable de lui enseigner quelque chose ; de sorte qu'il faisait si peu d'état de ses leçons et de ses corrections, que son père, qui était un bon vieux gentilhomme assez indifférent pour l'éducation de ses enfants et trop crédule aux plaintes de celui-ci, l'en retira un peu trop brusquement, et, sans s'informer si son fils serait mieux autre part, il l'envoya en cette ville [Paris], où il le laissa jusqu'à dix-neuf ans sur sa bonne foi[28]. »

Adolescence parisienne

On ignore à quel âge Savinien arrive à Paris[29]. On peut supposer, avec Hervé Bargy[30], qu'il y est hébergé par son oncle Samuel de Cyrano, rue des Prouvaires, dans la grande maison familiale où ses parents ont vécu jusqu'en 1618. Dans cette hypothèse, c'est là qu'il aurait fait la connaissance son cousin Pierre[31], avec lequel, s'il faut en croire Le Bret, il nouera une durable amitié[32].

Jacques Gomboust, Plan de Paris, 1652, détail. Le haut de la rue Saint-Jacques et le collège de Lisieux.

Il suit des études secondaires, c'est certain, mais on ne sait ni dans quel collège ni avec quelle assiduité. On a affirmé pendant longtemps qu'il avait fréquenté le collège de Beauvais, dont le principal, Jean Grangier[33], lui aurait inspiré le personnage de Granger, héros du Pédant joué[34], mais sa présence, en juin 1641, comme élève de rhétorique au collège de Lisieux[35] (voir ci-dessous), incline les plus récents historiens à réviser cette opinion[36].

En 1636, son père vend Mauvières et Bergerac à un certain Antoine Balestrier, sieur de l'Arbalestre, et revient s’installer avec les siens à Paris, dans « un modeste logis, en haut de la grande rue du faubourg Saint-Jacques près de la Traverse [37]» (paroisse Saint-Jacques et Saint-Philippe), à deux pas du collège de Lisieux. Mais rien n'assure que Savinien soit venu vivre avec eux.

Une pente dangereuse

Le Bret continue son récit:

« Cet âge où la nature se corrompt plus aisément, et la grande liberté qu'il avait de ne faire que ce que bon lui semblait, le portèrent sur un dangereux penchant, où j'ose dire que je l'arrêtai… »

Les historiens et les biographes ne s'accordent pas sur ce penchant qui menaçait de corrompre la (bonne?) nature de Cyrano. Pour exemple de l'imagination romanesque de certains d'entre eux, on citera ces lignes de Frédéric Lachèvre:

« En face d'un père aigri et mécontent, Cyrano oublia promptement le chemin de la maison paternelle. Bientôt on le compta au nombre des goinfres et des bons buveurs des meilleurs cabarets, il se livra avec eux à des plaisanteries d'un goût douteux, suites ordinaires de libations prolongées outre mesure. […] Il contracta aussi la déplorable habitude du jeu. Ce genre d'existence ne pouvait indéfiniment continuer, d'autant qu'Abel de Cyrano devenait tout à fait sourd aux demandes de fonds réitérées de son fils.[38] »

Quarante ans plus tard, deux excellents éditeurs de Cyrano en rajouteront sur le réalisme et la couleur locale:

« Comme rien ne retient Cyrano dans l'humble logement du Faubourg Saint-Jacques où les incertitudes du sort ont condamné sa famille, il se livre tout entier à Paris, à ses rues et, selon le terme d'un de ses proches, "à ses verrues"[39]. Il boit, fréquente assidument la rue Glatigny, dite Val d'amour, à cause des dames qui y marchandent le plaisir[40], joue, parcourt la ville endormie pour y faire peur aux bourgeois ou falsifier les enseignes, provoque le guet, fait des dettes et se lie à cette bohème littéraire qui, autour de Tristan L'Hermite et de Saint-Amant, cultive le souvenir de Théophile et de son lyrisme impie.[41] »

D'Assoucy vers 1630

Dans sa volumineuse biographie de Charles Coypeau d'Assoucy, Jean-Luc Hennig suggère[42], avec plus de vraisemblance, que le musicien-poète aurait entamé vers 1636 (il a alors trente-et-un ans) une relation homosexuelle avec Cyrano, son cadet de quatorze ans. À l'appui de cette hypothèse, il note que tous deux avaient des origines sénonaises, un père avocat et des frères et sœurs entrés en religion, que l'aîné n'aimait que les éphèbes et qu'à propos des femmes de Montpellier qui l'accuseront en 1656 de les négliger, il écrira que «tout cela est sans autre fondement que leur chimérique imagination, déjà préoccupée, qui leur avait appris les longues habitudes [qu'il] avait eues avec C[hapelle], feu D[e] B[ergerac] et feu C.»

L'homosexualité de Cyrano, dont l'hypothèse a été formulée pour la première fois explicitement par Jacques Prévot[43], est aujourd'hui admise par tous les biographes et historiens.

Le temps des armes

Sous les drapeaux

En 1639, s'il faut en croire Le Bret, qui est l'unique témoin de ces événements, Cyrano s'engage dans une compagnie du régiment des Gardes du roi (ou Régiment des Gardes françaises)[44]:

« … j'ose dire que je l'arrêtai, parce qu'ayant achevé mes études[45], et mon père voulant que je servisse dans les gardes, je l'obligeai d'entrer avec moi dans la compagnie de Monsieur de Carbon Castel Jaloux[46]. Les duels, qui semblaient en ce temps-là l'unique et plus prompt moyen de se faire connaître, le rendirent en si peu de jours si fameux, que les Gascons, qui composaient presque seuls cette compagnie, le considéraient comme le démon de la bravoure, et en comptaient autant de combats que de jours qu'il y était entré[47]. Tout cela cependant ne le détournait point de ses études, et je le vis un jour, dans un corps de garde, travailler à une élégie avec aussi peu de distraction que s'il eût été dans un cabinet fort éloigné du bruit. Il alla quelque temps après au siège de Mouzon[48], où il reçut un coup de mousquet au travers du corps, et depuis un coup d'épée dans la gorge au siège d'Arras en 1640[49]. »

Quoi qu'en écrivent encore certains historiens, les cadets de Gascogne n'ont jamais formé une compagnie, c'est une invention d'Edmond Rostand.

Le Bret, qui évoque longuement les duels et combats «civils» de Cyrano, ne dit quasi rien de son attitude pendant les deux campagnes militaires qu'il a vécues. Du reste, il n'indique pas s'il y a lui-même participé.

Les noms de Cyrano de Bergerac et de Carbon de Casteljaloux n'apparaissent nulle part dans la riche documentation concernant le siège d'Arras, auquel a participé la fine fleur des officiers de l'armée française: La Meilleraye, Chastillon, Chaulnes, Hallier, Gassion, Rantzau, Erlach, Grancey, Guiche, Enghien (futur prince de Condé), Mercœur, Luynes, Beaufort, Nemours, Coaslin[50], ainsi que deux écrivains militaires encore peu connus: Roger de Bussy-Rabutin et Charles de Marguetel de Saint-Denis, sieur de Saint-Évremond.

Le bretteur

Jacques Callot, La Tour de Nesle vers 1630.

Le Bret poursuit son récit en ces termes :

« Mais les incommodités qu'il souffrit pendant ces deux sièges, celles que lui laissèrent ces deux grandes plaies, les fréquents combats que lui attirait la réputation de son courage et de son adresse, qui l'engagèrent plus de cent fois à être second (car il n'eut jamais une querelle de son chef), le peu d'espérance qu'il avait d'être considéré, faute d'un patron auprès de qui son génie tout libre le rendait incapable de s'assujettir, et enfin le grand amour qu'il avait pour l'étude, le firent entièrement renoncer au métier de la guerre, qui veut tout un homme et qui le rend autant ennemi des lettres que les lettres le font ami de la paix. Je t'en particulariserais quelques combats qui n'étaient point des duels, comme fut celui où, de cent hommes attroupés pour insulter en plein jour à un de ses amis sur le fossé de la porte de Nesle, deux par leur mort et sept autres par de grandes blessures payèrent la peine de leur mauvais dessein[51] ; mais, outre que cela passerait pour fabuleux, quoique fait à la vue de plusieurs personnes de qualité qui l'ont publié assez hautement pour empêcher qu'on en puisse douter, je crois n'en devoir pas dire davantage, puisque aussi bien en suis-je à l'endroit où il quitta Mars pour se donner à Minerve : je veux dire qu'il renonça si absolument à toutes sortes d'emplois depuis ce temps-là que l'étude fut l'unique auquel il s'adonna jusqu'à la mort. »

Plus loin dans la préface, énumérant les amis de Cyrano (dont aucun n'est gascon…), Le Bret écrit :

« L’illustre Cavois[52], qui fut tué à la bataille de Lens, et le vaillant Brissailles[53], enseigne des gendarmes de Son Altesse Royale, furent non seulement les justes estimateurs de ses belles actions, mais encore ses glorieux témoins et ses fidèles compagnons en quelques-unes. J’ose dire que mon frère[54] et Monsieur de Zedde[55], qui se connaissent en braves et qui l’ont servi et en ont été servis en quelques occasions souffertes en ce temps-là, égalaient son courage à celui des plus vaillants ; et si ce témoignage était suspect à cause de la part qu’y a mon frère, je citerais encore un brave de la plus haute classe, je veux dire Monsieur Duret de Monchenin[56], qui l’a trop bien connu et trop estimé pour ne pas confirmer ce que j’en dis. J’y puis ajouter Monsieur de Bourgogne[57], maître de camp du régiment d’infanterie de Monseigneur le Prince de Conti, puisqu’il vit le combat surhumain dont j’ai parlé et que le témoignage qu’il en rendit, avec le nom d’intrépide qu’il lui en donna toujours depuis, ne permet pas qu’il en reste l’ombre du moindre doute, au moins à ceux qui ont connu Monsieur de Bourgogne, qui était trop savant à bien faire le discernement de ce qui mérite de l’estime d’avec ce qui n’en mérite point, et dont le génie était universellement trop beau pour se tromper dans une chose de cette nature. »

On peut s'étonner de la complaisance de Le Bret à s'étendre sur le sujet des duels et à faire l'éloge des prouesses de son ami en la matière, quand on considère qu'il rédige cette préface dans le temps où il se met au service de Pierre de Bertier, évêque de Montauban[58], probable membre de la Compagnie du Saint-Sacrement[59], et promoteur du livre de Claude Marion, baron de Druy, La Beauté de la valeur et la lâcheté du duel[60].

La cousine Madeleine

Madeleine Robineau, baronne de Neuvillette (1609-1657).

Au nombre des victimes du siège d'Arras, figure Christophe de Champagne, baron de Neuvillette, capitaine d'une compagnie de chevau-légers, mort le 24 juin 1640[61]. Le 20 février 1635, il avait épousé Madeleine Robineau (1609-1657), cousine de Savinien du côté maternel[62],[63]. Aucun document n'atteste une quelconque relation entre les deux hommes au cours du siège : le baron était cavalier, Cyrano fantassin[64]. S'étaient-ils connus, dans les années précédentes, à Paris, où la baronne menait grand train dans le monde? Rien ne le suggère.

Devenue veuve, Mme de Neuvillette renonce à la vie mondaine et opère une radicale conversion, sous la direction du baron Gaston de Renty, « supérieur » de la Compagnie du Saint-Sacrement[65].

Le Bret écrira que, dans les derniers mois de la vie de Cyrano, elle avait contribué, avec la Révérende mère Marguerite de Jésus[66], à l'arracher au libertinage, « dont les jeunes gens sont pour la plupart soupçonnés », et à le ramener à des sentiments chrétiens[67] (voir ci-dessous, le sous-chapitre «Les convertisseuses»).

Nouveau départ ?

Fin d'études

De retour à la vie civile, Savinien reprend des études au collège de Lisieux[68], et ce dès le mois d'octobre 1640[69], sans doute. En effet, un document daté du 18 juin 1641, découvert aux Archives nationales[70] par Madeleine Alcover, et reproduit dans son édition des États et Empires de la Lune et du Soleil, p. 465-466, le présente comme « écolier étudiant en rhétorique au collège de Lisieux »:

« Furent présents en leurs personnes Me Simon Boutier, président de la communauté des pauvres écoliers[71] du collège de Montaigu, fondé en l’université de Paris, et Me Jean Léger, procureur de ladite communauté et ayant charge d’icelle pour l’effet des présentes ; lesquels ont reconnu et confessé avoir remis et quitté, et, par ces présentes, remettent et quittent à Savinien de Cyrano, écolier étudiant en rhétorique au collège de Lisieux, ce acceptant par demoiselle Espérance Bellanger, sa mère, pour le tout tenir lieu de dépenses, dommages et intérêts et autres choses généralement quelconques, que ladite communauté pourra prétendre et demander tant contre ledit Cyrano que contre ledit Prévost, dit de Dimier, son complice, pour raison des excès, voies de fait par eux commises en la personne de François Le Heurteur[72], l’un des pauvres de ladite communauté, dont avait été informé par Maître Claude Louvet, commissaire examinateur au Châtelet de Paris, sans que ci-après il s’est fait aucune poursuite ni dépense contre lesdits Cyrano et Prévost ; consentent que toutes les poursuites et procédures soient et demeurent nulles et de nul effet, comme non avenues. Cette quittance faite tant moyennant la somme de 30 livres, qui a été payée par ladite demoiselle entre les mains dudit sieur Léger, savoir quinze livres pour ledit Heurteur et les autres quinze livres pour le chirurgien qui l’a pansé et (?), à la charge que ladite demoiselle sera tenue payer et acquitter tous les salaires et vacations dudit commissaire Louvet et en décharger ladite communauté ; et moyennant ces poursuites, lesdites commissaires Boutier et Léger audit nom ont quitté et déchargé ledit sieur Louvet de la représentation audit Cyrano, et le commissaire Duchesne de la représentation audit Prévost comme il s’était chargé. Comme aussi ladite demoiselle reconnaît que l’épée dudit Cyrano son fils a été rendue par lesdits procureurs de la communauté, et ledit Prévost a reconnu que son manteau lui a été rendu, dont lesdits sieurs de la communauté se tiennent déchargés. Protestant, etc. »

Révérence et rapière

Philipert de la Touche, Les Vrays principes de l'espée seule, 1670[73].

Le 8 octobre 1641, Cyrano, qui vient d'entrer en classe de philosophie, passe un marché avec un maître d'armes :

« Fut présent Savinien de Cyrano, écuyer, demeurant à Paris, au collège de Lisieux, fondé rue Saint-Étienne-des-Grès[74], lequel a promis par ces présentes à Pierre Moussard, dit La Perche, maître en fait d’armes à Paris, y demeurant rue Saint-Jacques, à ce présent, de lui bailler et payer en cette ville dans deux ans [d’aujour]d’hui prochain la somme de deux cent quarante livres, moyennant que ledit La Perche sera tenu et obligé de montrer et enseigner à son pouvoir audit sieur de Cyrano à faire des armes en sa salle aux jours ordinaires pendant ledit temps de deux ans à compter de ce jourd’hui ainsi et comme il fait à ses autres écoliers, icelle somme de deux cent quarante livres ayant été convenue à raison de dix livres par mois que lui paient ses autres écoliers. Fait et passé ès études, l’an mil six cent quarante et un, le huitième jour d’octobre après midi, averti du sceau dans quinzaine sous peine de nullité et de dix livres d’amende, promettant et obligeant chacun en son égard renonçant ledit sieur de Cyrano a élu son domicile irrévocable en la maison de Mre de Cyrano, son père, sise au faubourg Saint-Jacques, auquel lieu, etc. »

Quinze jours plus tard, le 24 octobre, il prend un engagement avec un maître à danser :

François de Lauze, Apologie de la danse, 1623[75].

« Fut présent en sa personne David Dupron, maître à danser, demeurant à Paris, rue Saint-Jacques, paroisse Saint-Séverin[76], lequel a promis et promet par ces présentes à Savinien de Cyrano, demeurant au collège de Lisieux, à ce présent et acceptant, de lui montrer et enseigner à danser ainsi et comme il fait à ses autres écoliers pendant deux ans prochains, à compter du vingt-et-unième jour du présent mois d’octobre, et, à cette fin, ledit sieur de Cyrano sera tenu se rendre en la salle dudit Dupron aux jours et heures ordinaires pour le fait de ladite danse, et ce moyennant la somme de deux cent quarante livres que ledit sieur de Cyrano sera tenu et s’oblige bailler et payer audit Dupron en cette ville d’aujourd’hui en deux ans prochains, élisant ledit sieur de Cyrano son domicile en la maison de Mre de Cyrano son père, sis ès faubourg Saint-Jacques, auquel lieu promettant obligeant renonçant fait et passé ès études l’an mil six cent quarante et un, le vingt-quatrième jour d’octobre après midi, averti le sceau dans quinzaine à peine de nullité et de dix livres d’amende suivant déclarations et arrêtés de la cour de Parlement. »

La caution apportée par Abel I de Cyrano pour le financement de ces leçons, venant après l'épisode du mois de juin, donne l'impression que la vie de Savinien, encore mineur[77], prend un nouveau départ[78].

Madeleine Alcover souligne, d'autre part, que «ces lieux, qui étaient des lieux de rencontre, pouvaient être aussi des lieux de rendez-vous, car ils étaient fréquentés par beaucoup de monde: tous les fils de famille suivaient ces cours, et Descartes lui-même s'entraîna au menuet. Ces lieux étaient socialement équivalents aux gymnasia antiques[79]

Rencontres

Chapelle

Claude-Emmanuel Luillier, dit Chapelle (1626-1686)

C'est vers ce temps probablement que Cyrano fait la connaissance de Claude-Emmanuel Luillier, dit Chapelle, son cadet de sept ans. Tous deux formeront, avec D'Assoucy, ce que Madeleine Alcover a appelé drôlement un «gay trio»[80].

Ici encore, le témoin principal n’est pas Henry Le Bret, qui n'a garde de citer deux incrédules notoires comme Dassoucy et Chapelle parmi le «grand nombre d’amis» de Cyrano dont il «consigne les noms pour la postérité» dans son édifiante préface, mais le D’Assoucy septuagénaire des années 1670, de retour à Paris après quinze ans de pérégrinations dans le Languedoc et l'Italie[81]. Chapelle et Bachaumont l'ayant très méchamment (et dangereusement) brocardé dans leur fameux Voyage[82], il répond au premier — «cet enfant gâté, qui tout fricasse et tout embroche» — dans ses Avantures [sic] de Monsieur D'Assoucy[83]:

« Pour moi, chez qui il [Chapelle] a toujours trouvé la porte ouverte, le baril en perce et les verres bien rincés, il me semble qu’il a tout le tort du monde de me faire sentir dans ses écrits les plus fiers accès de sa colère. Feu B[ergerac] avait raison de me vouloir tuer, puisque dans son plus famélique accès je fus assez inhumain pour soustraire à sa nécessité un chapon du Mans, qu’en vain au sortir de la broche je fis cacher sous mon lit[84], puisque la fumée qui en même temps lui ouvrit l’appétit et lui serra le cœur lui fit assez connaître qu’il n’avait plus en moi qu’un cruel et barbare ami. Mais avec l’ami C[hapelle] je n’ai jamais eu de si mortel différend ; au contraire, nous n’avons jamais eu ensemble d’autre dispute que pource qu’il voulait toujours mettre la main à la bourse. Sa générosité, son esprit et sa conversation m’étaient chères, et, quoiqu’il n’eût pas lieu de m’estimer beaucoup, il ne laissait pas d’admirer en moi avec peu de raison ce que j’admirais en lui avec beaucoup de justice. Je ne pouvais vivre sans lui, et lui avait de la peine à vivre sans moi. Toute autre compagnie que la sienne me paraissait ennuyeuse…[85] »

Et D'Assoucy de poursuivre, quelques pages plus loin:

« Il n’avait pas encore dix-sept ans, l’ami C[hapelle][86], que feu B[ergerac], qui mangeait déjà son pain et usait ses draps, me donna l’honneur de sa connaissance[87]. C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner si j’en ai si bien profité. Comme en ce temps-là il était fort généreux, quand il m’avait retenu à souper chez lui, et que pour me retirer chez moi l’heure était indue, il me cédait fort librement la moitié de son lit. C’est pourquoi, après avoir eu de si longues preuves de la qualité de mes désirs, et m’avoir bien daigné honorer plusieurs fois de sa couche, il me semble que c’était plutôt à lui à me justifier qu’à Messieurs du Présidial de Montpellier, avec lesquels je n’ai jamais couché. »

En 1671 déjà, dans ses Rimes redoublées de Monsieur Dassoucy, «l'empereur du burlesque», comme il se nommait lui-même, avait répondu aux accusations de sodomie de son ancien amant:

« Il est vrai que, depuis les premiers poils qui, ombrageant votre menton, causèrent un si notable divorce entre vous et le sieur C[yrano] B[ergerac], qui dès vos plus tendres années prit le soin de votre éducation, les grandes cures que ce docte enfant d'Esculape a fait sur votre illustre personne sont autant de témoins irréprochables de l'amendement de votre vie…[88]. »

De ces bribes de souvenirs, que peut-on conclure concernant Cyrano? Qu'il a été l'amant de Chapelle, qu'il a vécu un temps chez lui et à ses crochets, mais que leur relation amoureuse n'a sans doute pas survécu à la rencontre entre Chapelle et D'Assoucy. Cela n'exclut pas que Cyrano soit resté l'ami de son cadet[89] et qu'il ait suivi les prétendues «leçons» que Gassendi aurait données à Chapelle et à quelques-uns de ses amis chez François Luillier (père de Chapelle), qui l'hébergeait depuis son arrivée à Paris en 1641.

Molière ?

Dans une page célèbre de sa Vie de M. de Molière, parue en 1705, Jean-Léonor Le Gallois, sieur de Grimarest, tentera, dans des termes peu flatteurs pour Cyrano, de justifier les emprunts que Molière a faits à son œuvre. Après avoir indiqué que le père du futur comédien s'était résolu à l'envoyer au collège des Jésuites[90], il écrit[91]:

« Le jeune Pocquelin était né avec de si heureuses dispositions pour les études qu'en cinq années de temps, il fit non seulement ses Humanités, mais encore sa Philosophie. Ce fut au collège qu'il fit connaissance avec deux hommes illustres de notre temps : Mr de Chapelle et Mr Bernier. Chapelle était fils de Mr Luillier, […] [lequel] n'épargna rien pour [lui] donner une belle éducation, jusqu'à lui choisir pour précepteur le célèbre Mr de Gassendi, qui, ayant remarqué dans Molière toute la docilité et toute la pénétration nécessaires pour prendre les connaissances de la philosophie, se fit un plaisir de la lui enseigner en même temps qu'à Messieurs de Chapelle et Bernier. Cyrano de Bergerac, que son père avait envoyé à Paris sur sa propre conduite, pour achever ses études, qu'il avait assez mal commencées en Gascogne, se glissa dans la société des disciples de Gassendi, ayant remarqué l'avantage considérable qu'il en tirerait. Il y fut admis cependant avec répugnance ; l'esprit turbulent de Cyrano ne convenait point avec de jeunes gens qui avaient déjà toute la justesse d'esprit que l'on peut souhaiter dans des personnes toutes formées.Mais le moyen de se débarrasser d'un jeune homme aussi insinuant, aussi vif, aussi gascon que Cyrano ? Il fut donc reçu aux études et aux conversations que Gassendi conduisait avec les personnes que je viens de nommer. Et comme ce même Cyrano était très avide de savoir et qu'il avait une mémoire fort heureuse, il profitait de tout et il se fit un fonds de bonnes choses dont il tira avantage dans la suite. Molière aussi ne s'est-il pas fait un scrupule de placer dans ses ouvrages plusieurs pensées que Cyrano avait employées auparavant dans les siens. "Il m’est permis, disait Molière, de reprendre mon bien où je le trouve." »

Ces lignes sont le seul « document » qui évoque :

  1. la rencontre dès cette époque de Chapelle et Molière, dont l'amitié est avérée à partir de 1659 par de nombreux témoignages ;
  2. l'assistance de Molière aux entretiens de Gassendi ;
  3. la rencontre de Cyrano avec Molière.

Elles ont été abondamment glosées et leur autorité parfois violemment récusée, mais nombre d'auteurs continuent à y voir un « noyau de vérité »[92]. D'autres préfèrent « s'en tenir au pas impossible que dicte une bonne méthode historique »[93].

Cela étant, il est assez vraisemblable que Cyrano, passionné de théâtre comme tous ceux de sa génération, a assisté aux spectacles donnés en 1644 et 1645 par l'Illustre théâtre, qui créa en particulier La Mort de Crispe de Tristan L'Hermite. Parmi les comédiens fondateurs de la troupe figurait Daniel Beys, frère du poète Charles Beys, proche de plusieurs amis avérés de Cyrano (Jean Royer de Prade, Chapelle).

En 1702, Nicolas Boileau, qui, né en 1636, n'avait pas connu Cyrano, en évoquera la figure devant l'avocat Claude Brossette, à propos de quelques vers du Chant IV de son Art poétique : « Un fou du moins fait rire et peut nous égayer : /Mais un froid écrivain ne sait rien qu'ennuyer. /J'aime mieux Bergerac et sa burlesque audace[94]/ Que ces vers où Motin se morfond et nous glace. » Brossette note alors quelques commentaires de Boileau :

« Cyrano n'aimait pas Montfleury, qui était pourtant un grand comédien. Celui-ci avait fait une tragédie, nommée [blanc], qui était pillée des autres tragédies qu'on jouait alors. Ce n'était que comme une espèce de centon. […] Molière aimait Cyrano, qui était plus âgé que lui. C'est du Pédant joué de Cyrano que Molière a pris ce mot fameux : Mais qu'allait-il faire dans cette galère ?[95] »

Les «libertins érudits» ?

Pierre Gassendi (1592-1655)

Dans Les États et empires de la Lune, le personnage du «Démon de Socrate» raconte au héros-narrateur qu'il a fréquenté en France La Mothe Le Vayer et Gassendi. «Ce second, précise-t-il, est un homme qui écrit autant en philosophe que ce premier y vit.» Dans sa lettre «Contre les frondeurs», Cyrano évoquera «le docte Naudé, [que Mazarin] honore de son estime, de sa table et de ses présents», et «le judicieux choix qu'il a fait d’un des premiers philosophes de notre temps [= La Mothe Le Vayer] pour l’éducation de Monsieur, le frère du Roi». Sont réunis là les trois principaux membres de la fameuse «Tétrade» étudiée par René Pintard dans ses Libertins érudits de la première moitié du dix-septième siècle.

Cyrano les a-t-il rencontrés en personne?

[…]

Jean Royer de Prade

Jean Royer de Prade, dessiné et gravé par François Bignon, d'après un tableau de Zacharie Heince

À l'endroit de sa préface où il entame l'énumération des amis de Cyrano — tous «d'un mérite extraordinaire» —, Le Bret écrit:

« Plusieurs raisons, et principalement l’ordre du temps, veulent que je commence par Monsieur de Prade, en qui la belle science égale un grand cœur et beaucoup de bonté ; que son admirable Histoire de France fait si justement nommer le Corneille Tacite des Français[96], et qui sut tellement estimer les belles qualités de Monsieur de Bergerac qu’il fut après moi le plus ancien de ses amis et un de ceux qui le lui a témoigné plus obligeamment en une infinité de rencontres. »

Fils de Louis Royer, contrôleur général des vivres des camps et armées du roi, et de Louise Grosset, Jean Royer de Prade (162?[97]-168?) est allié au chancelier Pierre Séguier par sa tante Marie Pellault, fille d’Antoinette Fabri et épouse de son oncle Jean Royer, sieur des Estangs et de Breuil[98].

La formulation de Le Bret donne à penser que, contrairement aux amis qu'il cite immédiatement après, Royer de Prade ne fait pas partie des «compagnons d’armes» de Cyrano. L’essentiel de ses œuvres littéraires est publié, ou écrit (pour Arsace roy des Parthes[99]) entre 1647 et 1651. Par la suite, il se consacrera, à l’exception de son Discours du tabac (1668), uniquement à l’histoire.

Un sonnet de Charles de Beys, publié dans ses Œuvres poétiques en 1651[100], donne la mesure de l'admiration que suscitait, dans les années 1645-1655 le jeune Royer de Prade[101]:

« Muse, ne saurais-tu m’en dire la raison ? / D’un travail seulement mon âme est étourdie ; / Je ne fais que des vers ; PRADE, en toute saison, / Fait cent choses d’une âme également hardie. / Que personne avec lui n’entre en comparaison ; / Cet esprit tout savant tous les arts étudie : / Il compose l’Histoire, il montre le Blason, / Il fait également l’Ode et la Tragédie ; / D’une grâce héroïque il honore le Bal, / Il entend la Peinture, il est bien à cheval, / Sur tous les escrimeurs il gagne la victoire ; / Mais je ne puis louer cent vertus à la fois, / Puisqu’il décrit si bien les gestes de nos rois, / Il pourra dignement écrire son histoire. »

Tristan L'Hermite ?

Le Bret ne le cite pas parmi les amis de Cyrano, mais celui-ci en fait un tel éloge, dans les États et empires de la Lune, par la bouche du démon de Socrate, qu'on peut conjecturer qu'ils se sont au moins rencontrés:

« Comme je traversais de votre pays en Angleterre pour étudier les mœurs de ses habitants, je rencontrai un homme, la honte de son pays ; car certes c’est une honte aux grands de votre État de reconnaître en lui sans l’adorer la vertu dont il est le trône. Pour abréger son panégyrique, il est tout esprit, il est tout cœur, et si donner à quelqu’un toutes ces deux qualités, dont une jadis suffisait à marquer un héros, n’était dire Tristan l’Hermite, je me serais bien gardé de le nommer, car je suis assuré qu’il ne me pardonnera point cette méprise ; mais comme je n’attends pas de retourner jamais en votre monde, je veux rendre à la vérité ce témoignage de ma conscience. Véritablement, il faut que je vous avoue que, quand je vis une vertu si haute, j’appréhendai qu’elle ne fût pas reconnue […] Enfin, je ne puis rien ajouter à l’éloge de ce grand homme, si ce n’est que c’est le seul poète, le seul philosophe et le seul homme libre que vous ayez. »

[…]

Une « maladie secrète »

Signature d'Alexandre de Cyrano Bergerac, au bas d'une obligation au chirurgien-barbier Hélie Pigou du 1er avril 1645.

Le 1er avril 1645, Cyrano signe une reconnaissance de dette envers un barbier-chirurgien du nom d'Hélie Pigou, une connaissance de Jean Royer de Prade :

« Fut présent Alexandre de Cyrano Bergerac, écuyer, demeurant au faubourg Saint-Jacques, en cette ville de Paris, paroisse Saint-Jacques Saint-Philippe, étant de présent logé rue Neuve-Saint-Honoré, paroisse Saint-Roch, en la maison d’un créancier ci-après nommé, lequel [Cyrano] a reconnu et confessé devoir bien et loyalement à honorable homme Hélie Pigou, maître barbier chirurgien à Paris, à ce présent et acceptant, la somme de quatre cents livres tournois, pour l’avoir traité, pansé, médicamenté et guéri de la maladie secrète dont il était détenu, à cet effet l’avoir nourri, logé et fourni tout ce qu’il lui a convenu… »

Les historiens ne s'accordent pas sur la nature de la « maladie secrète » dont il est question: syphilis, comme l'affirmaient Paul Lacroix et Frédéric Lachèvre? maladie urinaire due aux blessures militaires, comme le suggère Madeleine Alcover? Puisqu'il y a pansement, donc blessure et saignement, on peut également évoquer les suites d'un duel.

Signe de l'impécuniosité du malade, Hélie Pigou sera payé trois ans plus tard seulement, et ce ne sera pas par Cyrano lui-même, mais par un «François Bignon, marchand bourgeois de Paris», qui est probablement le graveur des Portraits des hommes illustres françois qui sont peints dans la gallerie du Palais cardinal de Richelieu, avec leurs principales actions, armes, devises et éloges latins, desseignez et gravez par les sieurs Heince et Bignon, pour lesquels Cyrano, Le Bret et Royer de Prade écriront des pièces liminaires en 1649.

Ce document est le seul où Cyrano signe de ce prénom, qui est celui de son capitaine de régiment; il est en outre le premier où apparaît le titre « de Bergerac ». Le choix de ce titre, au lieu de celui de Mauvières, que Savinien aurait pu prendre en tant qu'aîné et qu'il laisse à son frère Abel, marque bien sa prédilection pour la Gascogne. Quoi qu'il en soit, les fiefs de Mauvières et de Bergerac ayant été vendus par leur père en 1636, ni l'un l'autre fils n'auraient dû pouvoir s'en prévaloir pour se dire écuyers[102].

1646-1647: deux lettres datables

À Monsieur Gerzan sur son Triomphe des dames

Table des matières du Triomphe des dames.

En octobre 1646, François du Soucy de Gerzan, un vieil alchimiste déjà auteur de plusieurs volumes, met en vente chez lui-même, «au faubourg Saint-Germain, devant la grande porte de l’église de la Charité[103], proche le Nom de Jésus», un livre intitulé Le Triomphe des dames, dédié à son altesse royal Mademoiselle[104], qui s'ouvre sur rien moins que vingt pièces liminaires, des sonnets pour la plupart, dont plusieurs signées de Chapelle, de Guillaume Colletet et son fils François, d'Antoine Furetière, de François Cassandre, de François de La Mothe Le Vayer le fils, et d'autres dont la postérité n'a pas retenu le nom.

Ces poètes n'étant connus ni pour leur dévotion ni pour leur féminisme, il semble que cet assaut d'éloges participe davantage d'une farce de potaches que d'un véritable enthousiasme collectif. Et c'est bien ainsi que l'entendra Cyrano. Le sieur de Gerzan lui ayant envoyé un exemplaire de son livre, il se fendra quatre mois plus tard d'une lettre truculente «À M. de Jerssan sur son Triomphe des femmes»[105].

« Monsieur, Après les éloges que vous donnez aux femmes, résolument je ne veux plus être homme. Je m’en vais tout à l’heure porter ma chandelle au Père Bernard[106], afin d’obtenir de ce piteux saint ce qu’impétra[107] l’empereur Héliogabale du rasoir de ses empiriques[108]. Puisque les miracles qu’exhale tous les jours cette précieuse momie sont si nombreux qu’ils regorgent par-dessus les murs de la Charité jusque dans votre Parnasse, il n’est pas impossible qu’un bienheureux fasse pour moi ce que la plume d’un malheureux poète[109] a bien fait pour Tirésias ; mais en tout cas c’est à faire à me tronçonner d’un coup de serpe le morceau qui me fait porter un caleçon. La sotte chose, en effet, de ne se masquer qu’au carnaval ! Je ne l’eusse, par ma foi, pas cru, si vous ne m’eussiez envoyé votre livre. Oh ! que Notre-Seigneur savait bien ce que vous écririez un jour là-dessus ; quand il refusa d’être fils d’un homme et qu’il voulut naître d’une femme, sans doute il connaissait la dignité de leur sexe, puisque notre grand-mère ayant tué le genre humain dans une pomme, il jugea glorieux de mourir pour le caprice d’une femme, et méprisa cependant de venger l’injure de sa mort, à cause que c’étaient seulement des hommes qui l’avaient procuré. C’est aussi une marque évidente de l’estime particulière qu’il en a toujours faite, de les avoir choisies pour nous porter […] Que si, comme nous, elles ne vaquent pas au massacre des hommes, si elles ont horreur de porter au côté ce qui nous fait détester un bourreau, c’est à cause qu’il serait honteux que celles qui nous donnent à la lumière portassent de quoi nous la ravir, et parce aussi qu’il est beaucoup plus honnête de suer à la construction qu’à la destruction de son espèce. Donc, en matière de visage, nous sommes de grands gueux, et sur ma foi, de tous les biens de la terre en général, je les crois plus riches que nous, puisque si le poil fait la principale distinction de la brute et du raisonnable, les hommes sont, au moins pour l’estomac, les joues et le menton, plus bêtes que les femmes.

Malgré toutefois ces muettes mais convaincantes prédications de Dieu et de la Nature, sans vous, Monsieur, ce déplorable sexe allait tomber sous le nôtre ; sans vous qui, tout caduc et prêt à choir de cette vie, avez, en tombant vous-même, relevé cent mille dames qui n’avaient point d’appui. Qu’elles se vantent, après cela, de vous avoir donné le jour ! Quand elles vous auraient enfanté plus douloureusement que la mère d’Hercule, elles vous devraient encore beaucoup, à vous qui, non content de les avoir enfantées toutes ensemble, les avez fait triompher en naissant. Une dame, à la vérité, vous a porté neuf mois, mais vous les avez toutes portées sur la tête de leurs ennemis. Pendant vingt siècles, elles avaient combattu ; elles avaient vaincu pendant vingt autres ; et vous, depuis quatre mois seulement, leur avez décerné le triomphe. Oui, Monsieur, chaque période de votre livre est un char de victoire où elles triomphent plus superbement que les Scipions ni les Césars n’ont jamais fait dans Rome. Vous avez fait de toute la terre un pays des Amazones et vous nous avez réduits à la quenouille. Enfin, l’on peut dire qu’auparavant vous, toutes les femmes n’étaient que des pions que vous avez mis à dame. Nous voyons bien cependant que vous nous trahissez, que vous tournez casaque au genre masculin pour vous ranger de l’autre. Mais comment vous punir de cette faute ? Comment se résoudre à diffamer une personne qui a fait entrer nos mères et nos sœurs dans son parti ? Et puis, on ne saurait vous accuser de poltronnerie, vous étant rangé du côté le plus faible, ni votre plume d’être intéressée, ayant commencé l’éloge des dames en un âge où vous êtes incapable d’en recevoir des faveurs. Confessez pourtant, après les avoir fait triompher et avoir triomphé de leur triomphe même, que leur sexe n’eût jamais vaincu sans le secours du nôtre. Ce qui m’étonne, à la vérité, c’est que vous ne leur avez point mis en main, pour nous détruire, les armes ordinaires ; vous n’avez point cloué des étoiles dans leurs yeux ; vous n’avez point dressé des montagnes de neige à la place de leur sein ; l’or, l’ivoire, l’azur, le corail, les roses et les lis n’ont point été les matériaux de votre bâtiment, ainsi que de tous nos écrivains modernes, qui, malgré la diligence que fait le soleil pour se retirer de bonne heure, ont l’impudence de le dérober en plein jour ; et des étoiles aussi, que je ne plains pas pour leur apprendre à ne point tant aller la nuit ; mais ni le feu ni la flamme ne vous ont point donné de froides imaginations : vous nous avez porté des bottes dont nous ignorons la parade. Jamais homme n’a monté si haut sur des femmes. Enfin je rencontre dans ce livre des choses si divinement conçues que j’ai de la peine à croire que le Saint-Esprit fût à Rome quand vous le composâtes. Jamais les dames n’ont sorti de la presse en meilleure posture, ni moi jamais mieux résolu de ne plus aller au tombeau du Père Bernard pour voir un miracle, puisque Monsieur de Gerzan loge à la porte de l’église. Ô dieux ! encore une fois, la belle chose que vos Dames ! Ah ! Monsieur, vous avez tellement obligé le sexe par ce panégyrique que pour mériter aujourd’hui l’affection d’une reine, il ne faut qu’être, Madame (sic !), Votre serviteur. »

Contre le gras Montfleury

Au début de l'année 1647, la Troupe royale de l'Hôtel de Bourgogne crée Asdrubal, une tragédie écrite par l'un de ses comédiens, Zacharie Jacob, dit Montfleury, qui sera publiée au mois d'avril. «Monseigneur, écrit l'auteur dans son épître dédicatoire au duc d'Épernon, Je passerais pour téméraire en vous présentant ce fameux héros, si tout Paris n’avait autant estimé sa représentation qu’il a plaint ses infortunes : sa feinte mort a tiré de véritables larmes des yeux de toute l’assistance…» Il n'empêche, quelque chose dans la pièce, dans sa représentation, dans l'interprétation de son auteur-acteur, a dû déplaire fortement à Cyrano et il a dû provoquer un esclandre à l'Hôtel de Bourgogne, car quelque temps après il fait circuler une lettre «Contre le gras Montfleury, mauvais auteur et comédien».

Zacharie Jacob, dit Montfleury (1608-1667). Frontispice d'Asdrubal.

« Gros Montfleury, enfin je vous ai vu, mes prunelles ont achevé sur vous de grands voyages, et le jour que vous éboulâtes corporellement jusqu’à moi, j’eus le temps de parcourir votre hémisphère, ou, pour parler plus véritablement, d’en découvrir quelques cantons. […] La nature, qui vous ficha une tête sur la poitrine, ne voulut pas expressément y mettre de col, afin de le dérober aux malignités de votre horoscope ; que votre âme est si grosse qu’elle servirait bien de corps à une personne un peu déliée ; que vous avez ce qu’aux hommes on appelle la face si fort au-dessous des épaules, et ce qu’on appelle les épaules si fort au-dessus de la face, que vous semblez un saint Denis portant son chef entre ses mains. Encore je ne dis que la moitié de ce que je vois, car si je descends mes regards jusqu’à votre bedaine, je m’imagine voir […] sainte Ursule qui porte les onze mille Vierges enveloppées dans son manteau ou le cheval de Troie farci de quarante mille hommes. […] Si la terre est un animal, vous voyant (comme assurent quelques philosophes) aussi rond et aussi large qu’elle, je soutiens que vous êtes son mâle et qu’elle a depuis peu accouché de l’Amérique, dont vous l’aviez engrossée. […] Je me doute bien que vous m’objecterez qu’une boule, qu’un globe, ni qu’un morceau de chair ne font pas des ouvrages de théâtre, et que le grand Asdrubal est sorti de vos mains. Mais entre vous et moi, vous en connaissez l’enclouure ; il n’y a personne en France qui ne sache que cette tragédie […] a été construite d’un impôt par vous avez établi sur tous les poètes de ce temps ; que vous l’avez sue par cœur auparavant que de l’avoir imaginée […] j’ajouterai même que cette pièce fut trouvée si belle qu’à mesure que vous la jouiez, tout le monde la jouait. […] Mais bons Dieux ! qu’est-ce que je vois ? Montfleury plus enflé qu’à l’ordinaire ! Est-ce donc le courroux qui vous sert de seringue ? Déjà vos jambes et votre tête se sont unies par leur extension à la circonférence de votre globe. Vous n’êtes plus qu’un ballon ; c’est pourquoi je vous prie de ne pas approcher de mes pointes, de peur que je ne vous crève. […] Je vous puis même assurer que si les coups de bâton s’envoyaient par écrit, vous liriez ma lettre des épaules […] Je serai moi-même votre Parque, et je vous eusse dès l’autre fois écrasé sur votre théâtre, si je n’eusse appréhendé d’aller contre vos règles, qui défendent d’ensanglanter la scène. Ajoutez à cela que je ne suis pas encore bien délivré d’un mal de rate, pour la guérison duquel les médecins m’ont ordonné encore quatre ou cinq prises de vos impertinences. Mais sitôt que […] je serai saoul de rire, tenez par tout assuré que je vous enverrai défendre de vous compter entre les choses qui vivent. Adieu, c’est fait. J’eusse bien fini ma lettre à l’ordinaire, mais vous n’eussiez pas cru pour cela que je fusse votre très-humble, très-obéissant et très affectionné. C’est pourquoi, Montfleury, Serviteur à la paillasse[110]. »

On lit, dans la troisième édition du Menagiana (tome III, p. 240), cette anecdote parfaitement invérifiable, mais dont Edmond Rostand a tiré parti dans son Cyrano de Bergerac:

« Bergerac était un grand ferrailleur. Son nez, qu'il avait tout défiguré[111], lui a fait tuer plus de dix personnes. Il ne pouvait souffrir qu'on le regardât, il faisait mettre aussitôt l'épée à la main. Il avait eu bruit avec Montfleury le comédien, et lui avait défendu de sa pleine autorité de monter sur le théâtre. "Je t'interdis, lui dit-il, pour un mois." À deux jours de là, Bergerac se trouvant à la comédie, Montfleury parut et vint faire son rôle à son ordinaire. Bergerac, du milieu du parterre, lui cria de se retirer en le menaçant, et il fallut que Montfleury, crainte de pis, se retirât.[112] »

L'année 1648

La mort du père

Le 18 janvier 1648, Abel I de Cyrano meurt. […]

Vers la lune

Johannis Hevelii Selenographia, Sive, Lunae Descriptio, 1647[113].

En mars 1648, deux libraires parisiens mettent en vente un livre intitulé L’Homme dans la Lune, ou Le Voyage chimérique fait au Monde de la Lune, nouvellement découvert par Dominique Gonzalès, aventurier espagnol, autrement dit Le Courrier volant. Mis en notre langue par J.B.D.[114]. Il s’agit de la traduction par Jean Baudoin d’un roman de l'évêque anglican Francis Godwin, The Man in the Moone, or A Discourse of a Voyage Thither by Domingo Gonsales, the Speedy Messenger[115], paru à Londres en 1638[116].

Cyrano s'en inspirera pour écrire ses États et empires de la Lune, dont une première mouture au moins circulera en manuscrit dans les premiers mois de 1650[117].

Les trois versions manuscrites de ce roman qui ont été conservées[118] ne sont que des copies et ne permettent pas d'en retracer la genèse.

Pour D'Assoucy, contre Soucidas…

En juillet de la même année 1648, D'Assoucy fait paraître son premier recueil de vers, Le Jugement de Pâris en vers burlesque de Mr Dassoucy. Les pièces liminaires sont signées, entre autres, de Chapelle, La Mothe Le Vayer le fils, Henry Le Bret, Tristan L'Hermite et son frère Jean Baptiste L'Hermite de Soliers.

L'avis au lecteur qui suit la dédicace à Hugues de Lionne est titré « Au sot lecteur et non au sage » et signé « Hercule de Bergerac »:

Avis au lecteur du Jugement de Pâris

« Vulgaire, n'approche pas de cet ouvrage. Cet avis au lecteur est un chasse-coquin. Je l'aurais écrit en quatre langues, si je les avais sues, pour te dire en quatre langues, monstre sans tête et sans cœur, que tu es, de toutes les choses du monde, la plus abjecte, et que je serais même fâché de t'avoir chanté de trop bonnes injures, de peur de te donner du plaisir. […] Cependant, ô vulgaire, j'estime si fort la clarté de ton beau génie que j'appréhende qu'après la lecture de cet ouvrage, tu ne saches pas encore de quoi l'auteur a parlé. Sache donc que c'est d'une Pomme, qui n'est ni de reinette ni de capendu, mais d'un fruit qui a trop de solidité pour tes dents, bien qu'elles soient capables de tout mordre. Que si par hasard il te choque, je demande au ciel que ce soit si rudement que ta tête dure n'en soit pas à l'épreuve. L'Auteur ne m'en dédira pas : car il est l'antipode du fat, comme je souhaiterais, si tous les ignorants ne faisaient qu'un monstre, d'être au monde le seul HERCULE DE BERGERAC[119]. »

Il s'agit du premier texte imprimé de Cyrano.

Quelques jours ou quelques semaines plus tard, en tout cas avant le 12 septembre, le bouillant Hercule compose une terrible « Satire contre Soucidas [Dassoucy] », qui circulera en manuscrit avant d'être publiée dans le recueil de 1654:

« Monsieur le Viédaze[120], hé ! par la mort, je trouve que vous êtes bien impudent de demeurer en vie après m’avoir offensé, vous qui ne tenez lieu de rien au monde ou qui n’êtes au plus qu’une gale aux fesses de la nature ; vous qui tomberez si bas, si je cesse de vous soutenir, qu’une puce en léchant la terre ne vous distinguera pas du pavé ; vous, enfin, si sale et si bougre qu’on doute en vous voyant si votre mère n’a point accouché de vous par le cul. Encore, si vous m’eussiez envoyé demander permission de vivre, je vous eusse permis peut-être de pleurer en mourant. Mais sans vous enquêter si je trouve bon que vous viviez encore demain ou que vous mouriez dès aujourd’hui, vous avez l’impudence de boire et de manger comme si vous n’étiez pas mort. Ah ! je vous proteste de renverser sur vous un si long anéantissement que vous n’aurez pas même jamais vécu. Vous espérez sans doute m’attendrir par la dédicace de quelque nouveau burlesque. Point, point ! je suis inexorable, je veux que vous mouriez tout présentement ; puis, selon que mon tempérament me rendra miséricordieux, je vous ressusciterai pour lire ma lettre. […] J’entendais l’autre jour le libraire se plaindre de ce qu’il [Le Jugement de Pâris] n’avait pas de débit[121] ; mais il se consola quand je lui répondis que Soucidas était un juge incorruptible, de qui on ne saurait acheter le jugement. Ce n’est point de lui seul que j’ai appris que vous rimassiez. Je m’en doutais déjà bien, parce que c’eût été un grand miracle si les vers ne s’étaient pas mis dans un homme si corrompu. Votre haleine seule suffit à faire croire que vous êtes d’intelligence avec la mort pour ne respirer que la peste […]. Je ne m’irrite point contre cette putréfaction, c’est un crime de vos pères mêlé au sang de qui vous trempez innocemment. Votre chair même n’est autre chose que de la terre crevassée par le soleil, et tellement fumée que si tout ce qu’on y a semé avait pris racine, vous auriez maintenant sur les épaules un grand bois de haute futaie. Après cela, je ne m’étonne plus de ce que vous prônez qu’on ne vous a point encore connu. Il s’en faut en effet plus de quatre pieds de crotte qu’on ne vous puisse voir. Vous êtes enseveli sous le fumier avec tant de grâce, que s’il ne vous manquait un pot cassé pour vous gratter, vous seriez un Job accompli. Ma foi ! vous donnez un beau démenti à ces philosophes qui se moquent de la création. S’il s’en trouve encore, je souhaite qu’ils vous voient, car je m’assure que le plus aheurté[122] d’entre eux, vous ayant contemplé, ne doutera point que l’homme puisse avoir été fait de boue. Ils vous prêcheront et se serviront de vous-même pour vous retirer de ce malheureux athéisme où vous croupissez. Vous savez que je ne parle point par cœur ; combien de fois vous a-t-on entendu prier Dieu qu’il vous fît la grâce de ne point croire en lui ! […] J’avoue que votre sort n’est pas de ceux qui savent patiemment porter les pertes, car vous n’avez presque rien, et à peine le chaos entier suffirait-il à vous rassasier : c’est ce qui vous a obligé d’affronter tant de monde. Il n’y a plus de moyen que vous trouviez, pour marcher en cette ville, une rue non créancière, à moins que le roi fasse bâtir un Paris en l’air. L’autre jour, au Conseil de guerre, on donna avis à Monsieur le Prince de vous mettre dans un mortier pour vous faire sauter comme une bombe dans les villes de Flandres, parce qu’en moins de trois jours la faim contraindrait les habitants de se rendre. Je pense, pour moi, que ce stratagème-là eût réussi, puisque votre nez, qui n’a pas l’usage de raison, ce pauvre nez, le reposoir et le paradis des Chiquenaudes, semble ne s’être retroussé que pour s’éloigner de votre bouche affamée. Vos dents ? mais bons dieux, où m’embarrassé-je ? elles sont plus à craindre que vos bras. Je leur crie merci, aussi bien quelqu’un me reprochera que c’est trop berner un homme qui m’aime comme son âme. Donc, ô brave Soucidas, cela serait-il possible ? Ma foi, je pense que si je suis votre cœur, c’est à cause que vous n’en avez point […] Hélas ! bon Dieu, comment vous octroyer ce que vous n’eûtes jamais. Demandez pour voir ce que vous êtes à tout le monde, et vous verrez si tout le monde ne dit pas que vous n’avez rien d’homme que la ressemblance d’un singe. Ce n’est pas pourtant, quoique je vous compare à un singe, que je pense que vous raisonnez. Quand je vous contemple si décharné, je m’imagine que vos nerfs sont assez secs et assez préparés pour exciter, en vous remuant, ce bruit que vous appelez langage ; c’est infailliblement ce qui est cause que vous jasez et frétillez sans intervalle. apprenez-moi donc si vous parlez à force de remuer ou si vous remuez à force de parler ? Ce qui fait soupçonner que tout le tintamarre que vous faites ne vient pas de votre langue, c’est qu’une langue seule ne saurait dire le quart de ce que vous dites, et que la plupart de vos discours sont tellement éloignés de la raison, qu’on voit bien que vous parlez par un endroit qui n’est pas fort près du cerveau. Enfin, mon petit Monsieur, il est si vrai que vous êtes toute langue, que s’il n’y avait point d’impiété d’adapter les choses simples aux profanes, je croirais que saint Jean prophétisait de vous, quand il écrivait que la parole s’était faite chair. Et en effet, s’il me fallait écrire autant que vous parlez, j’aurais besoin de devenir plume ; mais puisque cela ne se peut, vous me permettrez de vous dire adieu. Adieu donc, mon camarade, sans compliment ; aussi bien seriez-vous trop mal obéi, si vous aviez pour serviteur, De Bergerac. »

… et contre Scarron

Il est possible que ce retournement de Cyrano à l'égard de D'Assoucy soit lié à l'évolution de ses rapports avec Paul Scarron. À défaut de connaître les motivations de Cyrano, on peut marquer les étapes de la détérioration de ces rapports triangulaires:

Paul Scarron, 1610-1660

Dans son Jugement de Pâris, D'Assoucy faisait pour ainsi dire «allégeance» au maître du burlesque français, qui aux mois de février et juin précédents avait fait paraître les deux premiers livres de son Virgile travesti, parodie de l'Énéide en octosyllabes burlesques:

« Fils de Paul et non fils de Pierre, / De qui les os percent la chaire, / Moi, fils de Pierre et non de Pol[123], / Qui sur épaule ai tête et col, / Voudrais bien faire révérence / À votre maigre corpulence, / Devant qui la mort, ce dit-on, / N'oserait braquer son canon, / Ni montrer sa mine sauvage, / Tant lui faites mauvais visage. / Scarron, céleste original, / Qui parlez bien et marchez mal, / Esprit des esprits le plus rare, / Dont la France aujourd'hui se pare, / Et dont rare est aussi la chair, / Saint Paul, de Dieu l'ami très cher, / Saint martyr, sacré cul de jatte, / Par qui tout homme portant ratte / Du mal de ratte est délivré, / Sitôt qu'argent il a livré / Au sieur Quinet qui vend le livre[124] / Qui la ratte de mal délivre ; / Scarron que j'aime autant que moi, / Par qui je jure, en qui je crois, / Avant que l'homicide Parque / M'embarque dans la sale barque / Du batelier nommé Caron, / Permettez moi, Monsieur Scarron, / Que, prosterné dessus la face / J'aille adorer votre carcasse, / Après avoir dans maint écrit / Adoré votre bel esprit. »

À peu de temps de là, Cyrano fait circuler en manuscrit une lettre atroce «Contre Scarron, poète burlesque»:

« Monsieur, vous me demandez ce que je pense de ce poète renard qui trouve les mûres trop vertes où il ne saurait atteindre ; je vous réponds que je n’ai jamais vu de ridicule plus sérieux, ni de sérieux plus ridicule que le sien. Le peuple l’approuve : après cela concluez. Ce n’est pas que je n’estime son jugement d’avoir choisi pour écrire un style moqueur, puisque en vérité écrire comme il fait c’est se moquer du monde. Car de m’objecter qu’il travaille d’une façon où il n’a personne pour guide : je vous l’avoue ; mais aussi, par votre foi, n’est-il pas plus aisé de faire l’Énéide de Virgile comme Scarron que de faire l’Énéide de Scarron comme Virgile ? À la vérité, je n’ai jamais entendu grenouille mieux coasser dans les marais[125]. Je sais bien que vous me reprocherez que je traite un peu mal ce monsieur, de le réduire à l’insecte[126] ; mais sachez que je ne le dessine que sur le rapport de ses familiers, qui protestent que ce n’est pas un vrai homme, que ce n’est que façon, et en effet, à quoi le reconnaîtrions-nous ? Il marche à rebours du sens commun, et il en est venu à ce point de bestialité que de bannir les pointes de la composition[127]. Quand il en trouve quelque part, on dirait, à le voir, qu’il soit surpris, qu’il est tombé des yeux sur un basilic ou du pied sur un aspic. […] Comment ! ce bon seigneur veut qu’on n’écrive que ce qu’on a lu, comme si nous ne parlions aujourd’hui français qu’à cause que jadis on a parlé latin, et comme s’il l’on n’était raisonnable que quand on est moulé[128]. Nous devons donc bien remercier Dieu de ce qu’il ne l’a pas fait naître le premier homme, car assurément il n’eût jamais parlé s’il eût entendu braire auparavant. Il est vrai qu’il se sert d’un tiercelet d’idiome qui donne toujours à admirer comment les vingt-quatre lettres de l’alphabet se peuvent assembler en tant de façons sans rien dire.

Après cela vous me demanderez le jugement que je fais de ce grand causeur ; hélas ! Monsieur, aucun, sinon qu’il faut que sa vérole soit bien enracinée, de n’en être pas encore guéri depuis plus de huit ans qu’il a le flux de bouche. Mais à propos de vérole, on dit qu’il n’a de l’esprit que depuis qu’il en est malade ; que sans qu’elle a désordonné l’économie de son tempérament, Nature l’avait taillé pour être un grand sot, et que rien n’est capable d’effacer l’encre dont il a barbouillé son nom sur le front de l’immortalité, qu’une once de mercure[129]. On ajoute à cela qu’il ne vit qu’à force de mourir, parce que cette mésellerie[130] que le bordel ne lui a pas donnée pour rien, il la revend tous les jours à Quinet[131]. Mais ce sont des moqueurs, car je sais bien que, pourvu que rien ne manque à sa chaire[132], qu’il roulera toujours, le beau sire, avec ce pot-pourri de proverbes qu’il a pour tout potage. Il doit supplier Dieu dévotement qu’il ne prenne pas envie à Denise au grand chaperon[133] d’introduire de nouvelles sentences à la place des vieilles, car on ne saurait plus dans quatre mois en quelle langue il aurait écrit. Mais hélas ! en ce terrestre séjour, qui peut répondre de son immortalité, quand elle dépend de la colère des harengères ? […] N’appréhende-t-il point de faire penser aux rieurs que, vu le temps qu’il y a qu’il dure sous l’archet[134], il doit être un bon violon. Ne vous imaginez pas, Monsieur, que je dise ceci pour m’escrimer de l’équivoque ; point du tout. Violon ou autre, à considérer le cadavre sec et corroyé de cette momie, je vous puis assurer que si jamais la Mort fait sarabande, elle prendra à chaque main une couple de Scarrons au lieu de castagnettes, ou tout au moins elle se passera leurs langues entre ses doigts, pour en faire des cliquettes de ladre[135].

Ma foi ! puisque nous y sommes, il vaut autant achever son portrait. Je m’imagine donc (car je ne l’ai jamais vu) que si ses pensées sont au moule de sa tête, il a la tête fort plate ; que ses yeux sont des plus grands, s’ils bouchent les coups de hache dont Nature a fêlé son cerveau. On dit qu’il y a plus d’un an que la Parque lui a tordu le col sans le pouvoir étrangler, et que personne aujourd’hui ne le regarde, courbé comme il est, qui ne croie qu’il se penche petit à petit pour tomber doucement en l’autre monde ; et ces jours passés, un de mes amis m’assura qu’après avoir contemplé ses bras tordus et pétrifiés sur les hanches, il avait pris ce corps pour un gibet où le Diable avait pendu une âme, ou qu’animant ce cadavre infect et pourri, le Ciel avait voulu jeter une âme à la voirie. Il ne doit pas s’offenser de ces saillies d’imagination, car quand je le ferais passer pour un monstre, depuis le temps que les apothicaires sont occupés à ratisser le dedans de sa carcasse, ce doit être un homme bien vidé. Et puis, que sait-on si Dieu ne le punit point de la haine qu’il porte aux pensées, vu que sa maladie n’est incurable que de ce qu’il n’a jamais pu souffrir personne qui sût bien penser ? Je me figure que c’est aussi pour cela qu’il me hait avec si peu de raison ; car on a remarqué qu’il ne se donna pas le loisir de lire une page de mes œuvres, qu’il conclut qu’elles puaient le portefeuille. Mais comment les eût-il regardées de bon œil, lui qui ne saurait même regarder le Ciel que de travers ? Ajoutez à cela qu’étant poivré comme il est, il n’avait garde qu’il ne me trouvât fade, et pour vous parler franchement, je crois que c’était une nourriture trop forte pour son estomac indigeste. Ce n’est pas que je ne fusse bien aise quelque jour de m’abaisser jusqu’à lui, mais j’aurais peur, si le pied me manquait, de tomber de trop haut, ou qu’il fallût me servir du langage d’Ésope pour lui expliquer le français. Voilà tout ce que j’avais à vous mander, à signer le "je suis" en le faisant tomber mal à propos, car il est tellement ennemi des pensées que s’il attrape ma lettre, il dira que je l’aurai mal conclue, lorsqu’il trouvera que je n’aurai pas mis, sans y penser : Monsieur, votre serviteur. »

Scarron aurait donc dédaigné de lire les «œuvres» de Cyrano, en déclarant qu'«elles puaient le portefeuille». L'Alceste de Molière aurait dit qu'elles étaient bonnes à mettre au cabinet[136].

Au début du mois d'octobre de la même année 1648, le libraire Toussaint Quinet met en vente La Relation véritable de tout ce qui s’est passé en l’autre monde, au combat des Parques et des Poètes, sur la mort de Voiture[137], et autres pièces burlesques, par Mr Scarron[138]. Le livre s'ouvre sur un avis «Au lecteur qui ne m'a jamais vu», allusion à la parenthèse de Cyrano (car je ne l'ai jamais vu):

Scarron par Stefano Della Bella. Frontispice de titre de la Relation véritable, 1648.

« Lecteur qui ne m’as jamais vu et qui peut-être ne t’en soucies guère, à cause qu’il n’y a pas beaucoup à profiter à la vue d’une personne faite comme moi, sache que je ne me soucierais pas aussi que tu me visses, si je n’avais appris que quelques beaux esprits facétieux se réjouissent aux dépens du misérable et me dépeignent d’une autre façon que je ne suis fait. Les uns disent que je suis cul-de-jatte, les autres que je n’ai point de cuisses et que l’on me met sur une table dans un étui, où je cause comme une pie borgne, et les autres que mon chapeau tient à une corde qui passe dans une poulie et que je la hausse et baisse pour saluer ceux qui me visitent. Je pense être obligé en conscience de les empêcher de mentir plus longtemps, et c’est pour cela que j’ai fait faire la planche que tu vois au commencement de mon livre. Tu murmureras sans doute ; car tout lecteur murmure, et je murmure comme les autres quand je suis lecteur ; tu murmureras, dis-je, et trouveras à redire de ce que je ne me montre que par le dos. Certes, ce n’est pas pour tourner le derrière à la compagnie, mais seulement à cause que le convexe de mon dos est plus propre à recevoir une inscription que le concave de mon estomac, qui est tout couvert de ma tête penchante, et que par ce côté-là aussi bien que par l’autre on peut voir la situation, ou plutôt le plan irrégulier de ma personne. Sans prétendre de faire un présent au public (car par Mesdames les Neuf Muses, je n’ai jamais espéré que ma tête devînt l’original d’une médaille), je me serais bien fait peindre, si quelque peintre avait osé l’entreprendre. Au défaut de la peinture, je m’en vais te dire à peu près comme je suis fait.

J’ai trente ans passés, comme tu vois au dos de ma chaise. Si je vais jusqu’à quarante, j’ajouterai bien des maux à ceux que j’ai déjà soufferts depuis huit ou neuf ans. J’ai eu la taille bien faite, quoique petite. Ma maladie l’a raccourcie d’un bon pied. Ma tête est un peu grosse pour ma taille. J’ai le visage assez plein, pour avoir le corps très décharné ; des cheveux assez pour ne porter point de perruque ; j’en ai beaucoup de blancs en dépit du proverbe. J’ai la vue assez bonne ; quoique les yeux gros, je les ai bleus ; j’en ai un plus enfoncé que l’autre du côté que je penche la tête. J’ai le nez d’assez bonne prise. Mes dents, autrefois perles carrées, sont de couleur de bois et seront bientôt de couleur d’ardoise. J’en ai perdu une et demie du côté gauche et deux et demie du côté droit, et deux un peu égrignées (sic). Mes jambes et mes cuisses ont fait premièrement un angle obtus, et puis un angle égal, et enfin un aigu. Mes cuisses et mon corps en font un autre, et, ma tête se penchant sur mon estomac, je ne représente pas mal un Z. J’ai les bras raccourcis aussi bien que les jambes, et les doigts aussi bien que les bras. Enfin je suis un raccourci de la misère humaine. […]

J’ai toujours été un peu colère, un peu gourmand et un peu paresseux. J’appelle souvent mon valet sot, et un peu après Monsieur. Je ne hais personne. Dieu veuille qu’on me traite de même. Je suis bien aise quand j’ai de l’argent, et serais encore plus aise si j’avais la santé. Je me réjouis assez en compagnie. Je suis assez content quand je suis seul. Je supporte mes maux assez patiemment, et il me semble que mon avant-propos est assez long et qu’il est temps que je le finisse. »

Cet avis plein de pudeur et de dignité est suivi d'une épître «À Messieurs mes chers amis Ménage et Sarrasin, ou Sarrazin et Ménage», qui s’achève sur ces mots :

« Au premier livre que je vous dédierai […], j’espère que vous reconnaîtrez que mon style se sera fortifié par la lecture de quelques Épistoliers modernes, que je ne nomme point, de peur de noise. Je vous donne le bon soir, et suis de tout mon âme, Messieurs mes chers amis, votre très humble et très obéissant serviteur Scarron le Mesaigné. »

Au mois de décembre suivant, Toussaint Quinet publie le troisième livre du Virgile travesti. Scarron y conclut son avis au lecteur sur une nouvelle et dernière allusion à Cyrano:

« … Il me vient de souvenir que j’avais fait un avant-propos pour me défendre d’un homme qui met tout en œuvre, soit qu’il aime ou qu’il haïsse. Mais une personne de mérite m’a prié de supprimer ce que j’avais fait contre un des plus supprimables hommes de France. Je le rengaine donc, pour le dégainer, s’il lui prend jamais envie de faire contre moi à la plume (sic). »

Scarron de dégainera pas son avant-propos défensif. Cyrano reprendra sa lettre avec plus de virulence encore et la fera paraître dans le recueil d'Œuvres diverses de 1654, où l'on pourra lire, à la fin de la lettre «Contre les frondeurs», quelques nouvelles pages violemment hostiles contre «le malade de la Reine». Ces pages et la lettre seront cartonnées, probablement sur intervention de Scarron lui-même, avant d'être réintroduites dans la seconde édition, en 1659[139].

1649-1653 : quatre années de frondes

Blocus de Paris et Mazarinades

[…]

Un coq en pâte chez Jacques Barat, pâtissier

Mémoire du pâtissier Jacques Barat

Vers la mi-novembre 1649, une reconnaissance de dette signée le 3 août 1650 nous l'apprend, Cyrano prend pension chez Jacques Barat, maître pâtissier rue de la Verrerie. Il y restera au moins jusqu'au 27 juillet 1650. Cet hébergement lui a sans doute été procuré par Henry Le Bret, dont Barat est cousin germain par alliance[140].

[…]

Les Œuvres poétiques et le Trophée d'armes héraldiques de Royer de Prade

Entre septembre 1649 et juillet 1651, Jean Royer de Prade, qui en 1648 a hérité de son oncle Isaac Thibault de Courville une assez considérable fortune, fait paraître cinq volumes in-quarto: deux tragédies: Annibal (1649) et La Victime d’Estat, ou la Mort de Plautius Silvanus preteur romain (1649), un recueil d'Œuvres poétiques (1650, un traité d'héraldique intitulé Le Trophée d'armes héraldiques ou la Science du blason (1650) et une Histoire de France depuis Pharamond jusqu'à Louis XIIII, avec les éloges des rois en vers, réduite en sommaire (1651).

Les Œuvres poétiques, achevées d'imprimer le 25 mai 1650, s'ouvrent sur un avis «À qui lit», signé «S.B.D.» et attribué généralement (et peut-être erronément) à Cyrano: 

« Lecteur, comme l’imprimeur t’a déjà dit dans un autre avertissement qui précède Annibal et Silvanus, on doit faire grand état de tout le contenu de ce recueil de vers. Mais l’auteur n’est pas de même avis et m’a chargé de te dire qu’il a besoin de ton indulgence pour plusieurs pièces qui se sentent de la faiblesse de l’âge où il était lorsqu’il les composa. Ses commencements lui paraissent languissants, parce que la suite en est trop relevée, et la multitude de pensées qui se trouvent dans ses derniers ouvrages lui fait accuser les autres d’indigence. Il croit qu’il ne suffit pas d’écrire au goût du siècle, qui n’estime plus que les choses fades et ne s’attache qu’à la superficie, puisqu’il fait moins d’état d’un chef-d’œuvre bien imaginé que de quelques mots qu’à force de les polir on a comme arrangés au compas. Il tient au contraire que le feu qui se termine en pointe se manifeste toujours par des sentiments qui semblent retenir sa forme ; que la poésie, étant fille de l’imagination, doit toujours ressembler à sa mère, ou du moins avoir quelques-uns de ses traits ; et que, comme les termes dont elle se sert s’éloignent de l’usage commun par les rimes et la cadence, il faut aussi que les pensées s’en éloignent entièrement. C’est pourquoi il estime peu ses ouvrages qui ne sont pas de cette façon, et, n’eût été l’affection qu’un père a toujours pour ses enfants, quoique difformes, il les eût supprimés, à la réserve de cinq ou six pièces que tu connaîtras assez et qu’il t’offrira quelque jour plus achevées, avec un long ouvrage de même sorte qu’il va finir. En attendant, reçois ce présent avec reconnaissance, qui du moins te donnera la satisfaction de connaître qu’il en est plusieurs capables d’écrire en un âge où d’autres ont peine à parler. Adieu. S.B.D. »

On lit, à la page 22, un sonnet adressé «À l’auteur des États et Empires de la Lune» :

Ton esprit qu’en son vol nul obstacle n’arrête
Découvre un autre monde à nos ambitieux,
Qui tous également respirent sa conquête
Comme un noble chemin pour arriver aux cieux.

Mais ce n’est point pour eux que la palme s’apprête :
Si j’étais du Conseil des Destins et des Dieux,
Pour prix de ton audace on chargerait ta tête
Des couronnes des rois qui gouvernent ces lieux.

Mais non, je m’en dédis, l’inconstante Fortune
Semble avoir trop d’empire en celui de la Lune ;
Son pouvoir n’y paraît que pour tout renverser.

Peut-être verrais-tu, dans ces demeures mornes,
Dès le premier instant ton État s’éclipser
Et du moins chaque mois en rétrécir les bornes.

À la page suivante, c'est une épigramme «Au Pèlerin revenu de l’autre Monde» :

J’eusse fait un plus long ouvrage
Sur ce grand et fameux voyage
Dont ton livre nous fait rapport,
Mais ma veine la plus féconde
Se glacerait à ton abord,
Et déjà je me juge mort,
À voir des gens de l’autre Monde.

Dans le Trophée d'armes héraldiques ou la Science du blason[141], achevé d'imprimer le même jour, et dédié à «Monsieur de La Mothe Le Vayer le fils», la présence de Cyrano est plus discrète: on ne le trouve que dans la «Table des matières et des familles contenues dans ce livre», à la lettre S comme Savinien:

« Savinian (sic) de Cyrano sieur de Bergerac porte d'azur, au chevron d'or accompagné vers le haut de deux dépouilles de lion aussi d'or, liées de gueules, et en pointe un lion aussi d'or armé et lampassé de gueules, la queue passée en sautoir au chef cousu de gueules. »

Dans les éditions suivantes (1655, 1659, 1672), le nom de Cyrano aura disparu.

Le grave trio des Portraits des hommes illustres

[…]

Le trio burlesque du Parasite Mormon

Au cours de l'été 1650 est imprimé et mis en circulation, sans nom d'auteur, sans adresse de libraire et sans mention de privilège, un livre de 204 pages intitulé Le Parasite Mormon, histoire comique[142], qui, en dépit de ces indications de clandestinité, ne semble pas avoir fait l'objet de poursuites.

[…]

Le choix d'un patron

Jean de Gassion

Portrait du maréchal Jean de Gassion

Le Bret écrit dans sa préface à l'Histoire comique de 1657:

« Je crois que c’est rendre à Monsieur le maréchal de Gassion une partie de l’honneur qu’on doit à sa mémoire, de dire qu’il aimait les gens d’esprit et de cœur, parce qu’il se connaissait en tous les deux, et que, sur le récit que Messieurs de Cavois et de Cuigy lui firent de Monsieur de Bergerac, il le voulut avoir auprès de lui ; mais la liberté dont il était encore idolâtre (car il ne s’attacha que longtemps après à Monsieur d’Arpajon) ne put jamais lui faire considérer un si grand homme que comme un maître, de sorte qu’il aima mieux n’en être pas connu et être libre que d’en être aimé et être contraint. »

Il y avait pourtant une affinité d'humeurs certaine entre le cadet parisien et le maréchal gascon[143]. De même que, s'il faut en croire Le Bret, Cyrano faisait montre «d'une si grande retenue envers le beau sexe qu'on peut dire qu'il n'est jamais sorti du respect que le nôtre lui doit, de même, selon ce que Théophraste Renaudot exposait à ses lecteurs dans un «Extraordinaire» de sa Gazette paru dix jours après la mort du grand homme, Gassion n'était pas seulement indifférent à l'amour, «il avait une si grande aversion aux filles et aux femmes, et à toutes les coquetteries qui en dépendent, qu’il est malaisé de concevoir comment, étant de cette humeur, il ne laissait pas de pratiquer fort adroitement la civilité et courtoisie, qui semble s’apprendre mieux avec ce sexe que dans toutes les écoles de la morale»[144].

De surcroît, Gassion était un homme cultivé, qui «entretenait un commerce de lettres avec un des plus beaux esprits et des plus savants hommes que le monde ait jamais vus [[[Claude Saumaise]]][145],[146]

Gassion étant mort en octobre 1647, et Pierre Ogier de Cavoie n'étant âgé à cette date que de dix-neuf ans, l'offre que le maréchal aurait faite à Cyrano d'entrer à son service ne peut avoir eu lieu très longtemps auparavant, en tout cas après le siège d'Arras, qui, à en croire Le Bret, aurait mis fin à la période militaire de Cyrano.

Ici encore, comme à propos des duels, on peut s'étonner des éloges décernés au protestant Gassion[147] par un homme qui s'apprête à consacrer le reste de sa vie à combattre les réformés de Montauban. Mais peut-être faut-il y voir une pique en direction de Louis d'Arpajon, qui, au dire de Tallemant des Réaux, «avait tant pesté» quand en 1643, après la victoire de Rocroi, Gassion, son cadet de près de vingt ans, s'était vu décerner le bâton de maréchal que lui, Arpajon, «mourait d'envie» de recevoir[148].

Louis d'Arpajon

Louis, duc d'Arpajon, par Michel Lasne, 1653.
Louis, duc d'Arpajon, par Michel Lasne, 1653

En juin 1653[149], « pour complaire à ses amis, qui lui conseillaient de se faire un patron qui l'appuyât à la cour ou ailleurs » [Le Bret], Cyrano accepte d'entrer au service du duc d'Arpajon.

Louis, vicomte d'Arpajon, marquis de Séverac, comte de Rodez, baron de Salvagnac, de Montclar, etc., né vers 1590, avait derrière lui une brillante carrière militaire[150], quand, en 1648, Mazarin l'a nommé ambassadeur extraordinaire auprès du roi de Pologne, Ladislas VII. […]

Ce personnage n'a guère intéressé les biographes, qui ne se sont pas attardés sur les relations que Cyrano avait pu entretenir avec le duc et sa fille Jacqueline. Madeleine Alcover s'étonne du choix de Cyrano: «Il est difficile de comprendre pourquoi Cyrano a choisi ce protecteur, qui s'entourait d'écrivains pour le decorum et à qui Tallemant a fait une bien plaisante réputation[151]. Sa relation avec Cyrano ne pouvait être qu'une bombe à retardement[152]

Un manuscrit anonyme décrit l'homme en des termes plus flatteurs: «M. d’Arpajon, courageux, vaillant, irrésolu, changeant, Amadis et visionnaire[153].» Dans la seconde partie de sa Clélie, achevée d'imprimer en septembre 1655, Madeleine de Scudéry décrit le duc sous le nom de «prince d'Agrigente»:

« Il a de l’esprit, de l’étude, de la capacité et de l’expérience. Il est bon soldat et grand capitaine ; il sait tenir ses troupes dans une exacte discipline, et il sait admirablement l’art de se faire craindre et aimer de ses soldats en particulier et de ses sujets en général. Il a de plus tout à fait le procédé d’un homme de sa naissance ; car il est doux, civil et obligeant, principalement pour les dames. Il entend et parle avec facilité plusieurs langues[154] ; il aime les lettres et toutes les belles choses ; il est magnifique et libéral, et a le cœur sensiblement touché de la belle gloire. Il prend tous les plaisirs des honnêtes gens, et il conserve un certain air galant qui fait voir à ceux qui s’y connaissent qu’il a eu le cœur très sensible à l’amour[155]. »

En juillet 1649, le poète Saint-Amant lui a dédié la troisième partie de ses Œuvres[156]. En février, c'est au tour de Charles Beys de lui dédier ses Illustres fous[157].

En 1654, Arpajon financera la publication, chez le libraire Charles de Sercy, de La Mort d'Agrippine et d'un recueil d’Œuvres diverses.

Jacqueline d'Arpajon

Jacquette-Hippolyte, dite Jacqueline d'Arpajon (1625-1695), fille unique du duc et de Gloriande de Lauzières de Thémines, est Philonice dans la seconde partie de Clélie. Son absence dans la première partie, achevée d'imprimer en août 1654, donne à penser qu'elle a fréquenté les fameux «samedis» de Madeleine de Scudéry, rue Vieille-du-Temple, pendant le second semestre de 1653 et toute l'année 1654. Sapho fait d'elle un long portrait délicatement nuancé[158], qui suggère une relation particulièrement étroite entre les deux femmes[159].

Elle était arrivée à Paris, venant de Séverac, avec son père, après la fin de la Fronde des Princes, en février ou mars 1653[160]. Partie prendre les eaux à Bourbon au début de l'année 1655, elle n'en revint, semble-t-il, que pour entrer, en juillet de la même année, au couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques, contre l'avis du duc et en dépit d'une «grande lettre» que lui adressa Madeleine de Scudéry pour tenter de l'en faire sortir[161]. Dans la dernière partie de Clélie, un personnage qui s'inquiète de savoir «si l'aimable Philonice est toujours parmi les Vierges voilées», s'entend répondre qu'«une amie très fidèle qu'elle a laissée dans le monde la regrette continuellement»[162].

En octobre 1653, l'avocat Jacques Pousset de Montauban lui dédie sa tragédie de Zénobie, reine d'Arménie[163]. Il écrit dans son épître: «Je vous demande seulement une protection que M. le Duc, votre père, m’a fait l’honneur de me dire que vous m’accorderiez. Il a vu Zénobie sur un superbe théâtre, et ce qu’il n’a pas cru indigne de ses yeux, il m’a assuré qu’il ne déplairait pas aux vôtres.»

Cyrano composera pour elle un sonnet, qui se lit après l'épître dédicatoire des Œuvres diverses de 1654:

Le vol est trop hardi, que mon cœur se propose:
Il veut peindre un soleil par les dieux animé,
Un visage qu'Amour de ses mains a formé,
Où des fleurs du printemps la jeunesse est éclose;

Une bouche où respire une haleine de rose
Entre deux arcs flambant d'un corail allumé,
Un balustre de dents en perles transformé
Au-devant d'un palais où la langue repose;

Un front où la pudeur tient son chaste séjour,
Dont la table polie est le trône du jour,
Un chef-d'œuvre où s'est peint l'ouvrier admirable.

Superbe, tu prétends par-dessus tes efforts:
L'éclat de ce visage est l'éclat adorable
De son âme qui luit au travers de son corps.

Imprimé in-quarto

[…]

Fin de vie

Coup et blessure

Pages d'une première version (non cartonnée) de l'épître dédicatoire de l’Histoire comique des États et empires de la Lune (1657), dans laquelle Le Bret accusait Abel II d'avoir séquestré son frère malade. Exemplaire conservé à la Bibliothèque Pompidou de Châlons-en-Champagne.

Ici encore, il faut relire Le Bret, dont le témoignage manque malheureusement à ce point de clarté qu'il donne lieu à toutes sortes d'hypothèses, parfois très contradictoires, concernant les derniers mois, voire les dernières années de la vie de Cyrano. Que nous apprend-il? Dans l'épître dédicatoire d'abord, adressée à Tanneguy Regnault des Boisclairs[164]:

« Je satisfais à la dernière volonté d'un mort que vous obligeâtes d'un signalé bienfait pendant sa vie. Comme il était connu d'une infinité de gens d'esprit par le beau feu du sien, il fut absolument impossible que beaucoup de personnes ne sussent la disgrâce qu'une dangereuse blessure suivie d'une violente fièvre lui causa quelques mois devant [= avant] sa mort. […] Quand vous eûtes brisé les fers où son barbare frère le tenait, sous prétexte de son mal, mais en effet [= en réalité] par une lâche convoitise de son bien, quand je le vis chez vous si libre et si bien sollicité [= soigné], quand, dis-je, vos soins généreux eurent arrêté le cours précipité de sa maladie, que le seul déplaisir de l'humanité de ce mauvais frère avait rendue si violente, je vous considérai comme le miracle de nos jours… »

Les termes de la préface sont différents. Le Bret évoque d'abord allusivement la fin dramatique des relations de Cyrano avec Arpajon, avant de mentionner le rôle joué successivement par le physicien Jacques Rohault et Tanneguy Regnault des Boisclairs:

« Pour complaire à ses amis qui lui conseillaient de se faire un patron qui l'appuyât à la cour ou ailleurs, il vainquit le grand amour qu'il avait pour sa liberté, et jusqu'au jour qu'il reçut à la tête le coup dont j'ai parlé, il demeura auprès de M. le duc d'Arpajon. […]

M. Rohault eut tant d'amitié pour M. de Bergerac, et s'intéressa de telle sorte pour ce qui le touchait, qu'il fut le premier qui découvrit les mauvais traitements que lui faisait son frère et qui rechercha soigneusement, avec tous ses amis, le moyen de le soustraire aux cruautés de ce barbare. Mais M. des Boisclairs […] crut trouver en M. de Bergerac une trop belle occasion de satisfaire sa générosité pour en laisser la gloire aux autres, qu'il résolut de prévenir [= devancer] et qu'il prévint en effet, dans une conjoncture d'autant plus utile à son ami que l'ennui [= le chagrin, le déplaisir] de sa longue captivité le menaçait d'une prompte mort, dont une violente fièvre avait déjà commencé le triste prélude. Mais cet ami sans pair l'interrompit par un intervalle de quatorze mois qu'il le garda chez lui, et il eût eu, avec la gloire que méritent tant de grands soins et tant de bons traitements qu'il lui fit, celle de lui avoir conservé la vie, si ses jours n'eussent et comptés et bornés à la trente-cinquième année de son âge[165]… »

Il n'est question ici ni de poutre, ni de tuile, ni d'aucun objet contondant précis. Ce n'est que trente-deux ans plus tard, dans l'article « Cyrano de Bergerac (N. de) » du Supplément ou troisième volume du Grand dictionnaire historique de Louis Moréri (1689), qu'apparaît la fameuse « pièce de bois » dont la plupart des biographes feront état par la suite: «La mort de Cyrano, écrit le rédacteur, arriva en 1655 par un coup d'une pièce de bois qu'il reçut par mégarde sur la tête, quinze ou seize mois auparavant, en se retirant un soir de chez M. le duc d'Arpajon[166].» L'article entier n'étant qu'une paraphrase de la préface de Le Bret, rien ne permet d'accorder foi à ce qui apparaît comme une simple «broderie».

L'imprécision du témoignage de Le Bret ne permet pas de décider si la blessure fatale fut le résultat d'un simple accident ou d'une véritable tentative d'assassinat.

Question de chronologie

Il n'est pas moins difficile d'établir une chronologie tant soit peu précise des événements qui devaient conduire à la mort de Cyrano. […]

Le texte de Le Bret fait se succéder quatre lieux et quatre temps de résidence pour cette dernière période:

  • le domicile parisien du duc d'Arpajon (dans le Marais[167]), où Savinien «demeura»[168] jusqu'à ce qu'il reçoive, «quelques mois devant sa mort», le fatal «coup à la tête»;
  • la maison d'Abel II de Cyrano (au faubourg Saint-Jacques), où le blessé, en proie à une «violente fièvre», aurait connu une «longue captivité»;
  • la maison de Tanneguy Regnault des Boisclairs (rue de la Tissanderie, dans le Marais), où il aurait été hébergé et soigné pendant «quatorze mois»;
  • la demeure de son cousin Pierre II de Cyrano, sieur de Cassan (à Sannois), où «il se fit porter, cinq jours avant de mourir».

Les quelques mois de l'épître s'accordant mal avec les quatorze mois de la préface (augmentés, qui plus est, de la longue captivité), Madeleine Alcover choisit de privilégier la seconde version, parce qu'il est difficile, selon elle, «d'imaginer une erreur sur une information si précise (quatorze mois), tandis qu'il suffit d'imaginer une omission pour expliquer les quelques mois: il faudrait lire un an et quelques mois.[169]» Cette hypothèse la conduit à situer le «coup à la tête» entre décembre 1653, «quand les privilèges (de La Mort d'Agrippine et des Œuvres diverses) furent obtenus (par Cyrano) […] et la mi-mai 1654 […] durée qu'il faut réduire […] compte tenu de la longue captivité qui s'intercale entre le coup et la libération par Des Boisclairs». Or, c'est dans cette fourchette que se situe un fait divers rapporté par Jean Loret dans sa Muze historique du 10 janvier 1654: dans les premiers jours du mois, le carrosse d'Arpajon a été la cible d'un guet-apens nocturne, au cours duquel un homme de la suite du duc a été «porté par terre, / Mortellement blessé, dit-on, / D'un sanglant coup de mousqueton»[170].

[…]

Chez Tanneguy Regnault des Boisclairs

Tanneguy Regnault des Boisclairs, par Balthasar Montcornet. © Médiathèque de l'agglomération troyenne. Photo: P.Jacquinot, X.Sabot.

Abandonné par le duc d'Arpajon pendant sa maladie (s'il faut en croire Le Bret), Cyrano est recueilli par Tanneguy Regnault des Boisclairs, qui héberge déjà chez lui, rue de la Tissanderie, paroisse Saint-Jean-en-Grève, un frondeur notoire, l'abbé Laurent de Laffemas[171], fils d'Isaac, l'ancien lieutenant civil et criminel de la prévôté de Paris sous Richelieu.

Les convertisseuses

Après avoir évoqué les amis de Cyrano et son refus d'entrer au service du maréchal de Gassion, Le Bret écrit:

« Cette humeur, si peu soucieuse de la fortune et si peu des gens du temps, lui fit négliger plusieurs belles connaissances que la révérende mère Marguerite[66], qui l’estimait particulièrement, voulut lui procurer, comme s’il eût pressenti que ce qui fait le bonheur de cette vie lui eût été inutile pour s’assurer celui de l’autre. Ce fut la seule pensée qui l’occupa sur la fin de ses jours, d’autant plus sérieusement que Madame de Neuvillette (voir-ci-dessus), cette femme toute pieuse, toute charitable, toute à son prochain, parce qu’elle est toute à Dieu, et de qui il avait l’honneur d’être parent du côté de la noble famille des Béranger [sic, pour Bellanger], y contribua, de sorte qu’enfin le libertinage, dont la plupart des jeunes gens sont soupçonnés, lui parut un monstre, pour lequel je puis témoigner qu’il eut depuis cela toute l’aversion qu’en doivent avoir ceux qui veulent vivre chrétiennement. »

On note que la "toute charitable" baronne ne paraît pas être venue en aide de manière concrète à son cousin impécunieux, alors que le jour de Noël 1656, elle fera don de 25 000 livres pour activer les travaux de construction de l’Institution de l’Oratoire (ou noviciat des Oratoriens, devenu plus tard l'hôpital-hospice de Saint-Vincent-de-Paul), qui avait été fondé le 16 avril 1650, rue des Charbonniers, dans le faubourg Saint-Michel[172].

Derniers jours

Le 23 juillet 1655, « par une affectation de changer d'air qui précède la mort et qui en est un symptôme presque certain dans la plupart des malades » (Le Bret), Savinien se fait transporter à Sannois, chez son cousin et ami Pierre II de Cyrano, sieur de Cassan, trésorier général des offrandes du Roi.

Article du Petit Parisien du 16 décembre 1910 annonçant la découverte par Charles Samaran de l'acte de décès de Cyrano

Le 28 juillet, Cyrano meurt à Sannois. Il y sera inhumé le lendemain, comme l'atteste le certificat de décès délivré par le père François Cochon, curé de la paroisse :

« Je soubzsigné prebstre curé de Centnoix (sic) proche Argenteuil, certifie à qui il apartiendra que le mercredy vingt huictiesme juillet, jour et feste de saincte Anne (sic), l'an mil six cents cinquante-cinq, est deceddé en bon chrestien Savinian de Cyrano, escuier, sieur de Bergerac, fils de deffunct Abel de Cyrano, escuier, seigneur de Mauvières près Chevreuse, et de damoiselle Esperence Belanger sa femme, et le lendemain, vingt neufiesme du mesme mois et an a esté inhumé en l'église du dit Centnoix. Délivré le présent certificat le trentiesme jour de juillet mil six cents cinquante-cinq (Signé) : Cochon. »

Il n'existe aucune preuve que sa dépouille ait été transportée au couvent des Filles de la Croix de la rue de Charonne à Paris. »

Dans les trois mois qui suivent, trois personnages dont il a croisé la route meurent à leur tour: Tristan L'Hermite, le 7 septembre, Laurent de Laffemas (voir ci-dessus), le 14 octobre, et Pierre Gassendi, le 24 octobre.

Les Œuvres (dans l'ordre de leur publication)

La Mort d'Agrippine, tragédie (1654)

Frontispice de La Mort d'Argrippine, 1654

Mis en vente par le libraire Charles de Sercy au printemps 1654, le livre s'ouvre une épître dédicatoire au duc d'Arpajon.

L'édition, sinon la représentation, fit sensation, comme en témoigne cette anecdote rapportée par Tallemant des Réaux :

« Un fou nommé Cyrano fit une pièce de théâtre intitulée La Mort d'Agrippine, où Séjanus disait des choses horribles contre les dieux. La pièce était un vrai galimatias. Sercy, qui l'imprima, dit à Boisrobert qu'il avait vendu l'impression en moins de rien : "Je m'en étonne", dit Boisrobert. — "Ah ! Monsieur, reprit le libraire, il y a de belles impiétés !"[173] »

L'action de cette tragédie en cinq actes et en vers se situe sous le règne de l'empereur romain Tibère, en 31. On y suit le complot ourdi contre l'empereur par Agrippine l'Aînée, qui veut venger le meurtre de son époux Germanicus, par Séjan, qui la convoite, et par Livilla, maîtresse du préfet du prétoire.

Le thème dominant est le mensonge comme moteur du discours des hommes entre eux. Les dieux en sont exclus, notamment à travers une scène (acte II, scène IV, v. 635-640) qui fit scandale, dans laquelle Séjanus professe son athéisme en évoquant

(...) Ces enfants de l'effroi,
Ces beaux riens qu'on adore et sans savoir pourquoi,
Ces altérés du sang des bêtes qu'on assomme,
Ces dieux que l'homme a faits et qui n'ont point fait l'homme,
Des plus fermes États ce fantasque soutien ;
Va, va, Térentius, qui les craint ne craint rien.

Les Œuvres diverses de Mr de Cyrano Bergerac (1654)

Ce recueil est achevé d'imprimer le 12 mai 1654 pour le compte du libraire Charles de Sercy[174].

Le frontispice

Édition originale des Œuvres diverses, 1654. Exemplaire de la Bibliothèque Pompidou de Châlons-en-Champagne.

L'eau-forte donnée en frontispice est ainsi légendée:

«Savinianus de Cyrano de Bergerac Nobilis // Gallus ex Icone apud Nobiles D. Domin. Le Bret // et De Prade Amicos ipsius antiquissimos depicto // Z.H. pinxit. — [Monogramme mêlant un L, un A, un H :] delin. [= delineavit] et sculpsit.'».

La gravure a été réalisée par un artiste dont le monogramme est inconnu, à partir d'un tableau du portraitiste Zacharie Heince où étaient représentés, réunis, le «noble Français Savinien de Cyrano de Bergerac» et «ses plus anciens amis, Messieurs Le Bret et De Prade». Tous les autres portraits de Cyrano dérivent de celui-ci. Il existe un portrait de Royer de Prade gravé par François Bignon d’après un dessin (le même?) de Heince.

Le nez de Cyrano

[…]

L'épître dédicatoire

Le recueil proprement dit s'ouvre à nouveau sur une épître au duc d'Arpajon, qui livre l'unique indication connue du temps où Cyrano est entré à son service:

« Monseigneur, Ce livre ne contient presque qu’un ramas confus des premiers caprices, ou, pour mieux dire, des premières folies de ma jeunesse. J’avoue même que j’ai quelque honte de l’avouer dans un âge plus avancé ; et cependant, Monseigneur, je ne laisse pas de vous le dédier, avec tous ses défauts, et de vous supplier de trouver bon qu’il voie le monde sous votre glorieuse protection. Que direz-vous, Monseigneur, d’un procédé si étrange ? Vous croirez peut-être que c’est manquer de respect pour vous, que de vous offrir une chose que je méprise moi-même, et de mettre votre nom illustre à la tête d’un ouvrage où j’ai bien de la répugnance de voir le mien. J’espère néanmoins, Monseigneur, que mon respect et mon zèle vous seront trop connus pour attribuer la liberté que je prends à une cause qui me serait si désavantageuse. Il y a près d’un an que je me donnai à vous, et depuis cet heureux moment tenant pour perdu tout le temps de ma vie que j’ai passé ailleurs qu’à votre service, et ne me contentant pas de vous avoir dévoué tout ce qui m’en reste, j’ai tâché de réparer cette perte en vous en consacrant encore les commencements, et, parce que le passé ne se peut rappeler pour vous être offert, vous présenter au moins tout ce qui m’en demeure et faire en sorte par ce moyen que n’ayant pas eu l’honneur d’être à vous toute ma vie, toute ma vie ne laisse pas en quelque façon d’avoir été pour vous. »

Les Lettres

Vient ensuite un ensemble de quarante-sept lettres, auquel on a joint, avec une page de titre et une pagination séparées, la comédie du Pédant joué (voir ci-dessous).

De formes et d'inspirations diverses : poétiques, satiriques, amoureuses, ces lettres sont pour la plupart adressées à des personnages réels : les poètes Scarron, Chapelle et d’Assoucy (sous le nom de Soucidas), le comédien Zacharie Jacob, dit Montfleury, François du Soucy de Gerzan, La Mothe Le Vayer fils.

Les historiens et les critiques sont partagés sur leur nature réelle. Pour Jacques Prévot, par exemple, elles relèvent moins de la réflexion que de l’exercice de style, voire du « poème en prose ». Telle n'est pas l'opinion de Jean-Luc Hennig, biographe de D'Assoucy, qui écrit[175] :

« Arrêtons-nous sur les lettres d'amour de Cyrano. On a dit qu'elles étaient fabriquées, artificielles, factices. Pas du tout. Elles sont précieuses dans le ton (farcies de pointes, d'hyperboles et de toute la rhétorique amoureuse du temps), mais très précises pour leur destinataires (si on veut bien croire qu'elles étaient toutes destinées à des garçons). […] Toutes, en tout cas, renferment au moins un indice, un trait concret. Par exemple, cet Alexis (devenu Alexie à la publication) aux cheveux roux, qui paraît visiblement avoir été le grand amour de Cyrano à cette époque…[176] »

Parmi les plus importantes sur le plan de la pensée de Cyrano, on peut citer les deux lettres « Pour les sorciers[177] » et « Contre les sorciers[178] », la lettre « Contre Soucidas[179] » et la lettre « Contre les frondeurs[180] », dédiée à L[a] M[othe] L[e] V[ayer] L[e] F[ils].

Le Pédant joué (1654)

Publiée par Charles de Sercy dans le même volume que les Lettres, cette comédie en cinq actes et en prose est librement inspirée du Chandelier, de Giordano Bruno, dont une traduction était parue en 1633 sous le titre Boniface et le pédant, comédie en prose, imitée de l'italien de Bruno Nolano[181].

La pièce a sans doute été composée au cours des années 1645-1646. En effet, il y est fait par deux fois allusion au mariage de la princesse Louise Marie de Gonzague avec le roi de Pologne Ladislas IV Vasa, représenté par le Palatin de Posnanie, mariage qui eut lieu à Paris au début du mois de novembre 1645.

L’intrigue renvoie à un schéma classique hérité du théâtre italien : un vieillard ridicule empêche deux couples de jeunes gens de réaliser leur amour, mais ceux-ci parviennent à le duper avec l’aide d’un valet rusé. Mais Cyrano introduit dans cette structure des personnages typés jusqu’au paroxysme, parfois tout à fait étrangers à l’intrigue, s’exprimant en longues tirades et dont le discours relève toujours d’un usage particulier de la langue : Granger, le pédant ; Chasteaufort, le « soldat-fanfaron » ; Gareau, le paysan, et premier personnage à s’exprimer en patois sur la scène française.

Molière reprendra le même patois d'ïle-de-France dans le deuxième acte de son Festin de Pierre (Dom Juan), et plusieurs situations du Pédant joué dans Les Fourberies de Scapin.

Les Etats et Empires de la Lune (1657)
Frontispice de l’Histoire comique contenant les États et empires de la Lune dans le tome II des Œuvres de Monsieur de Cyrano Bergerac éditées par Jacques Desbordes, à Amsterdam, en 1709. Le narrateur s'élève dans les cieux grâce à des fioles de rosée[182].

Deux ans après la mort de Cyrano, Charles de Sercy fait paraître un modeste volume[183] intitulé Histoire comique par Monsieur de Cyrano Bergerac, contenant les Estats & Empires de la Lune[184]. Il est publié avec un privilège signé de [Jean de] Cuigy, secrétaire du roi, père d'un grand ami de Cyrano et Le Bret : Nicolas de Cuigy.

L'épître dédicatoire « À Messire Tanneguy Renault des Boisclairs, Chevalier, Conseiller du Roy en ses Conseils, et Grand Prevost de Bourgogne et Bresse » est signée Le Bret.

La longue préface qui suit et dont la partie biographique au moins est du même Henry Le Bret, contient les données essentielles de la vie de Cyrano. Il est regrettable qu'elle ne soit plus reproduite dans les éditions modernes du roman.

[…]

L’auteur alchimiste Fulcanelli jugeait que l'œuvre de Cyrano révélait une connaissance expérimentale de l’alchimie, le qualifiant de « plus grand philosophe hermétique des temps modernes[185] ». Cette lecture est aujourd'hui fortement contestée[186],[187].

Les Etats et Empires du Soleil (1662)
Illustration de Lorenz Scherm pour l'Histoire comique contenant les Estats et empires du Soleil (Amsterdam, 1710). Dyrcona s'envole de la tour où il était enfermé, à Toulouse, à bord d'une machine équipée d'une voile et surmontée d'un vase en forme d'icosaèdre.

En janvier 1662, Charles Sercy met en vente un recueil intitulé Les Nouvelles Œuvres de Monsieur de Cyrano Bergerac, contenant l'Histoire comique des Estats et empires du Soleil, plusieurs lettres et autres pièces divertissantes[188].

Le volume s'ouvre sur une épître « À Monsieur de Cyrano de Mauvières » (Abel II, frère cadet de Savinien), suivi d'une longue préface non signée.

Viennent ensuite un Fragment d'histoire comique […] contenant les Estats et empires du Soleil, dix nouvelles lettres[189], les Entretiens Pointus[190] et un Fragment de physique ou la Science des choses naturelles[191].

Commentaire sur les deux romans
Certains commentateurs, dont Madeleine Alcover, considèrent les deux Voyages comme les deux volets d'un même projet romanesque, intitulé L'Autre monde.
L'œuvre raconterait les voyages d'un même personnage, Je sur la Lune, et Dyrcona sur le Soleil (Dyrcona étant l'anagramme de D(e) Cyrano). La structure de chacune des deux parties est assez similaire : sur la Lune comme sur le Soleil, le narrateur rencontre différentes gens avec lesquelles il aborde toutes sortes de sujets, et subit un procès dont une intervention extérieure le sauve.
Cette œuvre est considérée comme un des premiers romans de science-fiction. L'auteur y décrit ses voyages dans la Lune et le Soleil et rend compte des observations qu’il a pu y faire de sociétés indigènes, dont le mode de vie est parfois totalement différent de celui des terriens, voire choquant, et parfois au contraire identique, ce qui lui permet d’en dénoncer indirectement les limites. Ces voyages imaginaires sont avant tout prétextes à exprimer une philosophie matérialiste[192].
Le voyage de Je-Dyrcona est un voyage initiatique, il se qualifie lui même comme une « personne qui n'avait risqué les périls d'un si grand voyage que pour apprendre ». Ce dernier ne cesse de questionner tout ceux qu'ils rencontrent pour s'instruire sur leurs mœurs, leurs sciences, leur philosophie … Cependant, à l'inverse du roman d'apprentissage classique, Je-Dyrcona ne va pas découvrir des vérités, et bien au contraire, ce qu'il tenait pour vrai va être détruit. En effet, chacun de ses interlocuteurs énonce des vérités qui seront pas la suite détruites pas un autre interlocuteur. Il s'agit donc bien plus d'un roman épistémologique.
On peut y voir une sorte de mise en garde contre la Vérité (?!?!); ce qui donne toute sa place à cette oeuvre dans le mouvement du libertinage intellectuel du XVIIe siècle.

Les Entretiens pointus (1662)

Ensemble de vingt-deux « pointes », c’est-à-dire de jeux de mots n’ayant d’autre valeur que leur effet comique immédiat, précédé d’une préface dans laquelle Cyrano fait l’apologie du calembour, assurant qu’il « réduit toutes choses sur le pied nécessaire à ses agrémens, sans avoir égard à leur propre substance. »

Œuvres apocryphes ou d'attribution incertaine

Le Fragment de Physique (1662)

S'il faut en croire son préfacier[193], ce fragment d'un traité de physique a été rajouté au dernier moment au volume des Nouvelles Œuvres. Sa très grande proximité avec le Traité de physique de Jacques Rohault[194] (qui ne sera publié qu'en 1671, mais dont l'auteur avait obtenu une permission d'imprimer dès juin 1661[195]) incite à mettre en doute son attribution à Cyrano.

Les Mazarinades (1649)

Sept Mazarinades (en prose, sauf une, en vers burlesques) ont été attribuées à Cyrano en 1921[196] par Frédéric Lachèvre qui pensait reconnaître derrière les signatures B.D. ou D.B., « la bonne plume de Cyrano »[197]. L'historien Hubert Carrier défendait encore cette attribution en 2001 dans son édition des Mazarinades[198], mais les études récentes de Madeleine Alcover semblent l'avoir définitivement ruinée[199].

Éditions critiques

  • L'Autre Monde ou les Estats et Empires de la Lune et du Soleil (édition de Frédéric Lachèvre), Classiques Garnier, 1933.
  • Œuvres diverses (édition de Frédéric Lachèvre), Classiques Garnier, 1933[200].
  • Œuvres complètes (texte établi et présenté par Jacques Prévot), Paris, Belin, 1977.
  • Œuvres complètes, tome I : L’Autre Monde ou les États et empires de la lune. Les États et empires du soleil. Fragment de physique (édition de Madeleine Alcover), Paris, Champion, 2001 (ISBN 9782745314529).
  • Œuvres complètes, tome II : Lettres. Entretiens pointus. Mazarinades (édition de Luciano Erba), Paris, Champion, 2001 (ISBN 9782745304292).
  • Œuvres complètes, tome III : Théâtre : Le Pédant joué ; la Mort d’Agrippine (édition d'André Blanc), Paris, Champion, 2001 (ISBN 9782745304193).

Éditions en ligne

Inspirations

  • Sous son nom de Savinien de Cyrano de Bergerac, il est l’un des héros du cycle de science-fiction Le Fleuve de l’éternité de Philip José Farmer.
  • Il est également un personnage de la bande dessinée De cape et de crocs. Ses écrits y sont d’ailleurs repris abondamment.

Voir aussi

Bibliographie

  • Madeleine Alcover :
  • Madeleine Alcover, Patricia Harry, et alii, Dissidents, excentriques et marginaux de l’Âge classique : autour de Cyrano de Bergerac : bouquet offert à Madeleine Alcover, Paris, Honoré Champion, 2006 (ISBN 2745314440).
  • Guilhem Armand, L’Autre Monde de Cyrano de Bergerac : un voyage dans l’espace du livre, Paris, Lettres modernes Minard, 2005 (ISBN 2256904776).
    • « Une figure paradoxale : le guide dans les voyages libertins de la fin du XVIIe siècle : le cas de L’Autre Monde de Cyrano de Bergerac », in Voyage, altérité, utopie. Aux confins de l’ailleurs et Nulle part. Hommages offerts au Professeur J.-M. Racault, sous la direction de S. Meitinger, M.F. Bosquet, B. Terramorsi, Paris : Klincksieck, 2008, p. 141-150.
    • « Idée d’une République Philosophique : l’impossible utopie solaire de Cyrano », in Expressions no 25, juin 2005, p. 63-80 http://www.reunion.iufm.fr/recherche/Expressions/Sommaire25.htm
  • Hervé Bargy (éd.), Cyrano de Bergerac, Cyrano de Sannois : actes du colloque international de Sannois (3 et 17 décembre 2005), Brepols, 2008 (ISBN 9782503523842).
  • Laurent Calvié, H. Le Bret, Cyrano de Bergerac dans tous ses états, Toulouse, Anacharsis, 2004 (ISBN 2914777167).
  • Michel Cardoze, Cyrano de Bergerac : libertin libertaire, Paris, Lattès, 1994 (ISBN 2709614103).
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Notes et références

  1. Dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Auguste Jal a reproduit l'acte de naissance du poète, qu'il avait copié dans les registres de la paroisse de Saint-Sauveur: « Le sixième mars mil six cent dix-neuf, Savinien, fils d’Abel de Cyrano, écuyer, sieur de Mauvières, et de demoiselle Espérance Bellanger, le parrain noble homme Antoine Fanny, conseiller du roi et auditeur en sa chambre des comptes, de cette paroisse, la marraine demoiselle Marie Feydeau, femme de noble homme Louis Perrot, conseiller et secrétaire du roi, maison et couronne de France, de la paroisse de Saint-Germain-l’Auxerrois.« Dictionnaire critique », sur Gallica »
  2. « Histoire comique », sur Gallica
  3. Pierre-Antonin Brun, Savinien de Cyrano Bergerac, sa vie et ses œuvres d'après des documents inédits, Paris, 1893; Pierre-Antonin Brun, Savinien de Cyrano Bergerac, gentilhomme parisien : l'histoire et la légende de Lebret à M. Rostand, Paris, 1909« Savinien de Cyrano Bergerac », sur Internet Archive; Joseph Roman, «Cyrano de Bergerac et sa famille», Revue d'histoire littéraire de la France, 1894, tome premier, p. 451-455« Revue d'histoire littéraire de la France », sur Gallica; Paul Frédy de Coubertin, «La famille de Cyrano de Bergerac», La Nouvelle Revue, tome 112, mai-juin 1898, p. 427-437« La Nouvelle revue », sur Gallica; Oscar de Poli, «Les Cirano de Mauvières et de Bergerac», Revue des questions héraldiques, archéologiques et historiques, 1898, p. 51-64, 72-81, 123-131; Oscar de Poli, «Famille de Cirano», Annuaire du Conseil héraldique de France, 1898, p. 313-329« Annuaire du Conseil héraldique de France », sur Gallica; Jean Lemoine «Le patrimoine de Cyrano de Bergerac», La Revue de Paris, mai-juin 1911, p. 273-296« La Revue de Paris », sur Gallica; Jean Lemoine, «La véritable sépulture de Cyrano de Bergerac», Supplément littéraire du Figaro, 12 avril 1913« Le Figaro », sur Gallica; Frédéric Lachèvre, Cyrano de Bergerac, Parisien (1919-1655), notice biographique, Paris, 1920« Cyrano de Bergerac », sur Internet Archive; Charles Samaran, «La Mort de Cyrano», Journal des débats, 18 décembre 1910« Journal des débats », sur Gallica; Jacques Prévot, Cyrano de Bergerac romancier et Cyrano de Bergerac poète et dramaturge, Paris, Belin, 1977 et 1978, Jacques Delaplace, «Cyrano de Bergerac», dans Stemma, revue du CÉGHIDF, cahier no 62, 16e année, t. 16, fasc. 2, 2e trimestre 1994, p. 1367-1372, et surtout, au cours des trois dernières décennies, les nombreux ouvrages et études de Mme Madeleine Alcover, professeur émérite à la Rice University de Houston (Texas, États-Unis), signalés tout au long de cet article.
  4. Voir ce qu'écrit Madeleine Alcover, au seuil de la « Biographie » qui ouvre son édition des États et empires de la Lune et du Soleil (Champion, 2004): « Il a fallu renoncer à un type d'écriture où l'auteur présente aux lecteurs, comme des faits, des assertions purement subjectives ; cette écriture, connue en narratologie comme caractéristique du narrateur omniscient et infaillible, est totalement déplacé dans une biographie. Les lecteurs devraient toujours pouvoir distinguer le contenu d'un document, de l'interprétation qui en est faite ; le manque de document, d'une hypothèse (plus ou moins bien fondée…) »
  5. Dans son étude sur Cyrano de Bergerac, dans Stemma, revue du CÉGHIDF, cahier no 62, 16e année, t. 16, fasc. 2, 2e trimestre 1994, Jacques Delaplace écrit, p. 1367: «En 1587, il était étudiant à Bourges. Ayant fréquenté une jeune fille, Jehanne Palleau, son père le tirera d'une fâcheuse affaire en faisant signe devant notaire une attestation par laquelle celle-ci ne demande pas à Abel de la reconnaître…»
  6. Saint Savinien est le nom du premier archevêque de Sens. Voici ce que Cyrano de Bergerac pouvait lire en 1629, dans L’Idée des bons prélats et la vie de saint Savinian, primat et premier archevêque de Sens et de ses saints compagnons, par le R.P. Étienne Binet, de la Compagnie de Jésus: «On devrait bien marquer dans les annales de la France en lettres de fin or et de diamants le jour fortuné de l’arrivée en France de ce nouveau soleil. Car y portant les premiers rayons de l’aurore du paradis et le soleil oriental de la foi, il se peut dire, et il est vrai, que S. Savinian fut le premier qui porta la lumière qui chassa les ténèbres de cet enfer idolâtre, pour rendre la France un paradis de délices et de bonheur. Ce fut donc à peu près en l’an 46 de Jésus-Christ qu’il arriva en France avec saint Potentian.»
  7. Madeleine Alcover, « Le Cyrano de Bergerac de Jacques Prévot », Les Dossiers du Grihl [En ligne], Les dossiers de Jean-Pierre Cavaillé, Libertinage, athéisme, irréligion. Essais et bibliographie, mis en ligne le 17 avril 2012« Le Cyrano de Bergerac de Jacques Prévot », sur Grihl.
  8. Jean Crespin, Histoire des vrays tesmoins de la verite de l’Evangile, 1570, p. 81 verso-82 recto« Histoire », sur rara: « Nicolas [sic, pour Audebert] Valeton, receveur de Nantes en Bretagne, commençant de venir à la connaissance de l’Évangile par le moyens d’aucuns bons personnages qu’il hantait et par la lecture du Nouveau Testament en français, voyant la grande poursuite qu’on fait, et que Morin [lieutenant criminel de Paris], avec lequel il avait eu différend, approchait de sa maison, commanda à sa femme de faire ôter de sa chambre le bahut où étaient les livres, et cependant alla au devant du danger. Elle, effrayée de son côté, jeta soudainement tous lesdits livres dedans les privés, ensemble d’autres papiers qui y étaient, en sorte que le bahut demeura vide. Morin, étant entré, envoya Valeton en prison et commanda qu’il fût étroitement gardé ; puis, ayant fouillé partout et n’ayant rien trouvé, aperçut ce bahut vide ; toutefois, il ne s’y arrêta pour l’heure, tant il avait envie d’interroger son prisonnier. Ce qu’ayant fait et ne se trouvant aucune charge et informations contre lui, pensa qu’il y fallait procéder plus finement et qu’autrement le receveur serait homme pour lui garder et donner de la peine, parce qu’il était homme d’esprit et de crédit. L’ayant donc interrogé derechef sur le fait du bahut et rien profité, il alla soudainement vers sa femme, à laquelle il fit tant de demandes et si cauteleuses et subtiles (joint qu’il assurait que son mari avait confessé le coffre être celui où il mettait ses livres et papiers secrets) que cette jeune femme peu avisée, se fiant en la promesse et serment dudit Morin, que son mari n’aurait aucun déplaisir (moyennant argent par elle offert et promis), lui découvrit la vérité du fait. Les livres étant retirés promptement hors des retraits [latrines], encore qu’ils ne fussent défendus, Morin le fit trouver si mauvais au roi qu’il commanda qu’on le fît mourir, d’autant qu’ayant ainsi fait jeter ses livres, il était suspect d’hérésie. À quoi la cour de parlement obtempéra très volontiers, et fut ce personnage mené à la Croix du Tiroir [Trahoir], et là brûlé vif du bois pris en sa maison. Il montra une grande constance et fermeté, ce qui fut trouvé admirable des gens de bien, d’autant qu’il avait encore bien peu d’instruction. Ce même jour, par tous les autres carrefours de Paris accoutumés à faire exécutions, furent aussi brûlés pour la même querelle plusieurs saints personnages, ainsi que le roi passait en procession générale, pour ce ordonnée en grande solennité, où assistaient les enfants du roi avec toute la noblesse pour apaiser (ce disaient-ils) l’ire de Dieu, ou plutôt et à la vérité pour lui dédier et consacrer ces bonnes âmes en sacrifice de bonne odeur. »
  9. François Rey, Album Molière, Paris, Gallimard, 2010, p. 29.
  10. Elle avait été baptisée le 11 juin 1586 à l'église Saint-Gervais.
  11. Le compte des exécuteurs testamentaires porte que, quelques jours avant sa mort, en janvier 1648, Abel de Cyrano se dit «âgé de plus de quatre-vingts ans». Il serait donc né avant 1568.
  12. Découvert par Jean Lemoine en 1911, « Le patrimoine de Cyrano de Begerac », dans La Revue de Paris, mai-juin 1911, p. 273-296« La Revue de Paris », sur Gallica.
  13. Cyrano de Bergerac, Œuvres complètes, I, L'Autre Monde ou les États et Empires de la Lune. Les États et Empires du Soleil. Fragment de physique. Édition critique, textes établis et commentés par Madeleine Alcover, Paris, Honoré Champion éditeur, 2000, p. 461-463. Réédité dans la collection « Champion Classiques », en 2004, même pagination.
  14. Jean Lemoine, «Le patrimoine de Cyrano de Bergerac», dans La Revue de Paris, mai-juin 1911, p. 275-277« La Revue de Paris », sur Gallica. Reproduit dans Les Œuvres libertines de Cyrano de Bergerac, parisien (1619-1655), précédées d'une notice biographique par Fédéric Lachèvre, Paris, Honoré Champion, 1921, tome premier, p. xxiii-xxv« Les Œuvres libertines », sur Gallica.
  15. L'inventaire des biens d'Abel I de Cyrano dressé après son décès, en 1648, révélera une nette évolution sur le plan de la religiosité, puisqu'on trouvera, dans son logement, «un tableau peint sur bois, garni de sa bordure, où est représentée la Nativité de Notre-Seigneur, un autre tableau carré peint sur toile, où est représentée la Charité […] un tableau peint sur bois où est représenté un Baptême de Notre-Seigneur, et un autre tableau, aussi peint sur bois, où est représenté (sic) Notre-Seigneur et Saint Jean en leur enfance, et la Vierge les tenant […] deux tableaux représentant le sacrifice d'Abraham, un autre rond sur bois, où est représenté le Jugement de Sainte Suzanne […], deux petits tableaux de broderie représentant deux Saint-Esprit en cœur, et un tableau sur bois où est représenté Saint François […], trois petites écuelles de faïence avec deux autres petits tableaux où sont représentés Notre-Seigneur et la Vierge»« Les Œuvres libertine de Cyrano de Bergerac », sur Gallica.
  16. Voir Madeleine Alcover, «Savinien I de Cyrano et le protestantisme», en appendice de «Éphémérides ou biographie sommaire de Savinien de Cyrano de Bergerac», Dossiers du Grihl« Éphémérides », sur Grihl.
  17. Dans deux documents de janvier et février 1649 concernant la succession d'Abel I de Cyrano, Abel II est dit « émancipé d'âge, procédant sous l'autorité de Savinien dudiit Cyrano, son frère et curateur ».
  18. Voir Lucien Lambeau, Un vieux couvent parisien: les Dominicaines de la Croix de la rue de Charonne (1639-1904), publié en annexe du Procès-verbal de la séance de la Commission municipale du Vieux Paris du 11 avril 1908, p. 65 et suivantes« Procès-verbaux », sur Gallica.
  19. Revue des questions héraldiques, archéologiques et historiques (août 1898, p. 79)
  20. « Essais historiques », sur Gallica
  21. Voir Vincent de Paul, Correspondance, entretiens et documents, Paris, 1920, vol. I, p. 30« Correspondance, entretiens », sur Internet Archive.
  22. Eugène Griselle, État de la maison du roi Louis XIII, Paris, 1912, p. 34« État de la maison du roi Louis XIII », sur Gallica.
  23. Voir Paul Frédy de Coubertin, «La famille de Cyrano de Bergerac», La Nouvelle Revue, mai-juin 1898, p. 430« La Nouvelle revue », sur Gallica. Dans une étude très contestée (L'ancestralité bergeracoise de Savinien II de Cyrano de Bergerac : prouvēe par la Tour Cyrano, les jurades, les chroniques bergeracoises et par Cyrano lui-même, Lembras, 1968), un érudit bergeracois, Martial Humbert Augeard, écrit qu'à l'origine de la famille de Bergerac était un certain Ramond de la Rivière de la Martigne, lequel, s'étant vu doter du fief de Mauvières en récompense de son action contre les Anglais pour la reprise de Bergerac par le duc Louis 1er d'Anjou, frère de Charles V, en 1377, aurait baptisé du nom de Bergerac les prairies jouxtant Mauvières à l'ouest, jusque là désignées comme le «Pré joli» ou «Pré Sous-Foretz». Au 18e siècle, le fief de Bergrac a repris son ancien nom de Sous-Forets.
  24. « Les Œuvres libertines », sur Gallica
  25. Dans la préface de l'Histoire comique par Monsieur de Cyrano Bergerac, contenant les Estats et empires de la Lune, Paris, 1657« Histoire comique », sur Gallica.
  26. Nom d'un personnage de pédant dans Première journée, fragment d'histoire comique de Théophile de Viau« Œuvres complètes », sur Gallica.
  27. Comprendre : qu’il était tant soit peu pédant.
  28. Furetière : « On dit Laisser un homme sur sa foi, pour dire L’abandonner à sa conduite. »
  29. Dans son introduction à Cyrano de Bergerac, Cyrano de Sannois, Turnhout, Brepols, 2008, p. 12, Hervé Bargy affirme, sans apporter de preuve, qu'il avait alors douze ans.
  30. Cyrano de Bergerac, Cyrano de Sannois, p. 12.
  31. Pierre II de Cyrano, sieur de Cassan.
  32. Préface de l'Histoire comique des États et empires de la Lune: «… Monsieur de Cyrano, son cousin, dont il avait reçu de grands témoignages d'amitié, de qui les conversations, si savantes dans l'histoire du temps présent et du passé, lui plaisaient extrêmement… »
  33. Sur Jean Grangier, voir Guillaume Duval, Le Collège royal de France, Paris, 1644, p. 44-45« Le Collège de France », sur Google Livres, et Abbé Claude-Pierre Goujet, Mémoire historique & littéraire sur le Collège royal de France, seconde partie, 1758, p. 138-142« Mémoire historique », sur Google Livres.
  34. C'est ce qui se lit pour la première fois dans la deuxième édition du Menagiana (Paris, 1694, p. 22): «Les pauvres ouvrages que ceux de Cyrano de Bergerac ! Il avait étudié au collège de Beauvais du temps du principal Granger. On dit qu'il était encore en rhétorique quand il fit son Pédant joué sur ce principal. Il y a quelque peu d'endroits passables en cette pièce, mais tout le reste est bien plat.« Menagiana », sur Gallica»
  35. Charles Sorel, qui y avait peut-être étudié, en a fait une peinture au vitriol dans son Francion.
  36. Voir Madeleine Alcover, introduction biographique à Cyrano de Bergerac, Les États et empires de la Lune et du Soleil, Paris, Honoré Champion, 2004, p. xxxiii: « Je pense que Cyrano aurait pu être étudiant à Lisieux avant même son départ à l'armée, et que la comédie qu'il a composée contre le collège de Beauvais pourrait s'expliquer par le fait que Sorel avait déjà ridiculisé le collège de Lisieux. »
  37. Frédéric Lachèvre, Les Œuvres libertines de Cyrano de Bergerac, Paris, 1921, tome I, p. xxx.
  38. « Les Œuvres libertines de Cyrano de Bergerac », sur Gallica
  39. Il semble que les auteurs désignent ici Charles Sorel, dont son biographe Émile Roy écrira, en 1891 qu'il connaît particulièrement bien Paris et en «décrit tout, jusqu'aux "verrues"». Mais l'expression est une création du XIXe siècle et ne figure nulle part dans les œuvres de Sorel.
  40. La rue de Glatigny se trouvait sur l'emplacement de l'actuel parvis de Notre-Dame. Elle avait été, au moyen-âge, l'une des rues qu'une ordonnance de saint Louis désignait comme les seules où les «femmes de vie dissolue» avaient le droit de «tenir leurs bordeaux». Mais il semble, à lire l'Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris d'Henri Sauval, qu'à l'époque de Cyrano elle n'avait plus, depuis deux siècles, ni cette affectation ni cette réputation« Histoire et recherches », sur Gallica.
  41. Cyrano de Bergerac, Histoire comique des État et Empire de la Lune et du Soleil, texte établi et présenté par Claude Mettra et Jean Suyeux, suivi d'une postface, d'un dictionnaire des personnages, de tableaux chronologiques et de notes, illustré de gravures empruntées aux ouvrages scientifiques du temps, Paris, chez Jean-Jacques Pauvert, 1962, p. xv.
  42. Jean-Luc Hennig, Dassoucy et les garçons, Paris, Fayard, 2011, p. 252-253.
  43. Jacques Prévot, Cyrano de Bergerac, poète et dramaturge, Paris, Belin, 1978, p. 49: «Cyrano homosexuel? Pourquoi pas? N'y en eut-il pas bien d'autres parmi les libertins?» Vers le même temps, Madeleine Alcover écrivait («Cyrano de Bergerac et le feu: les complexes prométhéens de la science et du phallus», Rice University Studies, Winter 1977, 63/1, p. 23« Cyrano de Bergerac et le feu », sur Rice Unviersity): «À cette valorisation du pénis due à une idéologie essentiellement masculine, s'en ajoute une autre que je crois venir d'une homosexualité sinon réalisée, du moins latente.»
  44. Sur ce régiment, voir R.P. Gabriel Daniel, Histoire de la milice françoise, II, Paris, 1721, p. 260-283« Histoire de la milice françoise », sur Gallica, et Capitaine Noël de Lacolle, Histoire des Gardes-Françaises, Paris, H. Charles-Lavauzelle, 1901.
  45. Madeleine Alcover indique, dans son étude sur « Le Bret, Cuigy, Casteljaloux, Bignon, Royer de Prade et Regnault des Boisclairs« Le Bret, Cuigy », sur Dossiers du Grihl », que le premier a étudié le droit à l’université de Bourges, où il a reçu le grade de licencié « in utroque jure ».
  46. Sur Alexandre Carbon de Biran de Casteljaloux, authentique Gascon, voir Philippe Lauzun, «La château de Carbon de Casteljaloux: sa correspondance d'après les notes de Mgr de Carsalade», Bulletin de la Société archéologique du Gers, no 16, 1915, p. 156-166« Bulletin de la Société archéologique du Gers », sur Gallica, et deux articles de Madeleine Alcover publiés sur le site du Grihl (Groupe de recherches interdisciplinaires sur l'histoire du littéraire): « Le Bret, Cuigy, Casteljaloux, Bignon, Royer de Prade et Regnault des Boisclairs : du nouveau sur quelques bons amis de Cyrano et sur l’édition posthume des états et empires de la lune (1657) »,« Le Bret, Cuigy, Casteljaloux », sur Grihl, et «Le Cyrano de Bergerac de Jacques Prévot»« Le Cyrano de Bergerac de Jacques Prévot », sur Grihl.
  47. Dans Les Cadets de Gascogne, une histoire turbulente, Éditions Ouest-France, 2005, Véronique Larcade consacre plusieurs pages [286-297] à ce qu'elle nomme «l'anti-culture du duel». Dans un volume de Lettres nouvelles d'Urbain Chevreau, qui paraîtra en 1642 chez Nicolas de Sercy, on peut lire celle-ci, adressée à «Monsieur de Sainte-Marthe» [sans Abel-Louis de Sainte-Marthe, ami avéré de Jean Royer de Prade], qui pourrait bien concerner le bouillant Cyrano: «Je vous envoie la lettre de Fanfaron, qui, après s’y être produit de fort bonne grâce, de l’éloquence a voulu passer à la tyrannie et me réduire au malheureux état de me défendre avec des armes qui ne sont ni de mon commerce ni de mon humeur. C’était assez que j’eusse appris de sa bouche qu’il était dans une école d’où sortaient les conquérants et les philosophes, sans qu’il m’apprît encore qu’il croyait être soldat et qu’un jour son épée ne piquerait pas moins que sa plume. J’ai su de l’Histoire que Rome proposait autrefois des prix aux gladiateurs, mais on m’a dit que les lois de notre prince leur ordonnait des supplices et que la poltronnerie ne serait pas une honte où la générosité était un crime. Je ne suis pas né païen pour donner tout à l’opinion du vulgaire, le christianisme où j’ai été nourri veut que je sois plus du parti de mon salut que du monde, et que la charité l’emporte dessus le courage. C’est peut-être pour de semblables effusions de sang et pour des braves de son humeur que Dieu s’est repenti d’avoir fait l’homme et qu’il a maudit autrefois la terre. Persuadez-le sans aigreur afin que je vive sans crainte ; je ne serai pas moins aise de devoir la vie à votre langue qu’à votre bras, mais je ne la demande qu’avec la permission d’être, Monsieur, votre.»
  48. Sur ce siège, voir N. Goffart, « Précis d'une histoire de la ville et du pays de Mouzon (Ardennes). IX. Histoire militaire au XVIIe siècle. a. Le siège de 1639 et la Guerre de Trente ans », dans Revue de Champagne et de Brie, tome IV, 17e année, 2e série, Arcis-sur-Aube, 1892, p. 198-209« Revue de Champagne et de Brie », sur Gallica. Ce n’est pas Casteljaloux, mais le capitaine comte Claude de Refuge, qui commandait la compagnie des Gardes présente à Mouzon en juin 1639, lorsque la ville fut attaquée par Piccolomini. Cette compagnie était la compagnie de Guer, précédemment commandée par le sieur Miraumont.
  49. Sur ce siège, voir Victor Advielle, Le Siège d'Arras en 1640, d'après la "Gazette" du temps, Arras-Paris, 1877« Le Siège d'Arras en 1640 », sur Gallica, et Achmet d'Héricourt, Les Sièges d'Arras, histoire des expéditions militaires dont cette ville et son territoire ont été le théâtre, Arras, 1844, p. 155-250« Les Sièges d'Arras », sur Gallica.
  50. César du Cambout, marquis de Coaslin (1613-1641)
  51. Charles Nodier a le premier cité le poète François Payot de Lignières comme l'ami évoqué par Le Bret, et ce, bien entendu, sans citer sa ou ses sources (quoi qu'en écrivent Frédéric Lachèvre et Jacques Prévot, qui renvoient au Menagiana de 1715, où rien de tel ne se lit): «On en cite une [rencontre] qui figurerait dans les exploits des Amadis. Le jeune Linière (sic), connu pour l'acrimonie de ses épigrammes et de ses satires, s'était attiré la haine d'un très grand seigneur, qui avait aposté une centaine d'assassins sur sa route. Linière n'était pas brave, les libellistes ne le sont jamais. On jugea cependant qu'il ne fallait pas moins de champions contre l'ami de Cyrano, qui ne faisait point de satires, qui ne s'attaquait qu'à ses ennemis, mais qui se mêlait très volontiers dans la querelle des gens qui l'intéressaient. Linière avait, comme on voit, d'excellentes raisons pour ne pas aller coucher chez lui. Cyrano l'y décida, en n'exigeant de lui que de porter une lanterne pour éclairer le champ de bataille. Neuf des assaillants furent relevés, au point du jour, vers les fossés de la porte de Nesle. Il y en avait deux morts, et sept agonisants; le reste s'était enfui. Cette histoire devint publique; tous les pamphlets du temps en font mention, et jamais elle n'a été démentie.» (Charles Nodier, «Cyrano de Bergerac», Revue de Paris, août 1831, p. 41« Revue de Paris », sur Gallica) Faut-il préciser qu'aucun pamphlet, aucun document de l'époque n'évoque et a fortiori ne confirme le récit de Nodier, ni celui de Le Bret, qui sont régulièrement et complaisamment repris, par Paul Lacroix, par exemple, dans la «Notice historique sur Cyrano de Bergerac» qui ouvre son édition de l'Histoire comique des États et empires de la lune et du soleil, Paris, 1858, p. xxv« Histoire comique », sur Gallica), par Émile Magne, dans Un ami de Cyrano de Bergerac, le Chevalier de Lignières (Paris, 1920, p. 5-12« Un ami de Cyrano », sur Internet Archive), ou par Jacques Prévot dans Cyrano, l'écrivain de la crise, Paris, Ellipses, 2011, p. 55)?
  52. Sur Pierre Ogier (ou ou Auger ou Dauger) de Cavoye, aîné des dix enfants de François Ogier de Cavoye (capitaine des mousquetaires de Richelieu) et de Marie de Sérignan, né le 24 juin 1628 et mort le 20 août 1648 à la bataille de Lens, voir Adrien Huguet, Un Grand maréchal des logis de la maison du roi, le Marquis de Cavoye, 1640-1716, Paris, Champion, 1920, et la belle page que sa mort inspira à Jean Royer de Prade, autre grand ami de Cyrano (Le Trophée d'armes héraldiques, 1650, p. 77-78« Le Trophée d'armes héraldiques », sur Google Livres) : « Pierre d’Auger, seigneur de Cavoy, grand prévôt de Guyenne, enseigne au régiment des Gardes, portait d’or à la bande de sable chargée de trois lionceaux d’argent. Ces armoiries, communes à tous les siens, lui semblaient être particulières, puisqu’il est certain que son grand cœur enfermait le courage de plus d’un lion. Avant que de l’employer tout entier pour le service de son prince, il en fit l’essai pour ses amis en deux combats particuliers, au dernier desquels, quoique adroit autant que brave, il ne put vaincre sans tuer, son ennemi n’ayant quitté l’espoir et le désir de lui ôter la vie qu’en perdant la sienne propre de neuf coups d’épée, qu’il reçut sans en avoir donné. Cet événement, que sa bonté naturelle lui faisait nommer un grand malheur, fut suivi de plusieurs campagnes en Flandres, où, seul en tous ses emplois faisant plus qu’un homme seul ne peut faire, il fit, ce semble, le devoir de deux, et voulut ainsi remplacer en lui-même à Sa Majesté celui dont il avait privé ses armées. Mais de ces campagnes, la dernière lui fut fatale et glorieuse tout à la fois, car il y mourut, à la bataille de Lens, 1648, d’une mousquetade en la tête, au lieu où le nez se joint avec le front, partie du visage qu’il avait un peu enfoncée, comme si Nature, prévoyant et voulant empêcher la ruine d’un si noble ouvrage, l’eût pour ainsi dire obligée à fuir au-devant du coup. Plusieurs y firent paraître un mépris insigne de leur vie, mais lui sur tous autres, bien qu’il dût plus estimer la sienne, comme la plus longue, puisque, n’ayant que vingt ans et pouvant passer pour le plus jeune, il est à présumer qu’il avait le plus longtemps à vivre. Il est enterré au Récollets, à Lens. Mais à mesure que je travaille pour le rendre de plus en plus estimable aux autres, je sens qu’il me devient plus regrettable à moi-même, et qu’en trouvant de nouveaux sujets de l’admirer, je trouve en sa perte de nouveaux sujets de me plaindre.»
  53. Hector Laubigeois (ou Lobigeois ou Lobygeois) de Rebault (ou Rebaud), sieur de Brissaille.
  54. Jacques Le Bret (1629 ?-1658 ?), frère cadet d'Henry. C'est probablement lui dont Bussy-Rabutin parle dans ses Mémoires, à la date du 30 juillet 1646 (éd. Lalanne, Paris, 1857, I, p. 124« Mémoires de Roger de Rabutin », sur Google Livres) : « Le jour que le chevalier d’Isigny mourut, il se fit encore un duel dans l’armée, qui ne fut pas tout à fait si funeste, entre le comte de Rieux, de la maison de Lorraine, et Grognet Vassé, maître de camp du régiment de Piedmont. Celui-ci se servit du Bret, pour lors enseigne colonelle de son régiment, et le comte de Rieux, de Beaujeu, capitaine de cavalerie dans le régiment de Grancey, depuis mort en Flandres, lieutenant général et commandant un corps séparé. Beaujeu était un homme de grand bruit et de peu d’effet, tirant avantage de la faiblesse ou de la modestie de ceux avec qui il avait affaire, mais qui se radoucissait fort quand il trouvait de la vigueur et qu’on le prenait sur un ton aussi haut que lui. D’ailleurs, il ne manquait pas d’esprit, mais c’était un esprit forcé qui voulait toujours être plaisant, et qui cependant n’était capable que de faire rire le peuple et que d’ennuyer les honnêtes gens. Comme il mettait pourpoint bas pour tirer l’épée avec Le Bret, qu’il méprisait à cause de sa grande jeunesse : “Au moins, Monsieur, lui dit-il avec un ris moqueur, il faut que vous épargniez un pauvre novice comme moi en ces rencontres-ci. — Et là là, Monsieur ! lui répondit Le Bret, nous verrons tantôt qui aura sujet de rire.” Et ensuite il ne mit pas longtemps à lui donner un coup d’épée au travers du poumon et le désarma. J’ai été bien aise de conter cette aventure pour faire remarquer les succès ordinaires de la fanfaronnerie. »
  55. Sur Jean-Baptiste Zeddé, voir La Chesnaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, XII, 1778, p. 843 : « Jean-Baptiste de Zeddes, écuyer, sieur de Vaux, fut lieutenant-colonel du régiment de Conti, aide de camp des armées du roi en Catalogne et commandant dans la ville basse de Luxembourg. Il épousa, le 18 mars 1658, Claire Le François, fille de Nicolas Le François, citoyen de Verdun, et de Béatrix Gérardin. » La Gazette du 12 septembre 1699 signale sa mort à l'âge de 88 ans, ce qui est une erreur, puisque ses parents se sont mariés en 1617.
  56. Jean Duret, sieur de Montchenin (et de Villejuif en 1672), fils de Philippe Duret (trésorier de France à Moulins, voir Dubuisson-Aubenay, Journal des guerres civiles, 1649-1652, Paris, Honoré Champion, 1883-1885, tome II, p. 249 et 258« Journal des guerres civiles », sur Gallica) et de Catherine de Caen.
  57. Sur Louis de Bourgogne, sieur de Mautour en Brie (1620-1656), fils de Dieudonné de Bourgogne, exempt des gardes du corps de Louis XIII en 1616, et de damoiselle Marie de Bierne, voir Pinard, Chronologie historique-militaire, 1763, VI, p. 319 : « Louis de Bourgogne, sieur de Mautour, mort en 1656, âgé de 36 ans. Avait été plusieurs années capitaine de chevau-légers dans le régiment du prince de Conti, lorsqu’on lui accorda le grade de maréchal de camp par brevet du 4 octobre 1651. Il prit le parti des princes, rentra dans son devoir avec M. le prince de Conti [août 1653], et fut fait maître de camp, lieutenant du régiment d’infanterie de ce prince lors de son rétablissement, par commission du 11 mars 1654. Il le commanda à l’armée de Catalogne jusqu’à sa mort.« Chronologie », sur Gallica » Selon Germain Brice, Nouvelle description de la ville de Paris, 1725, II, p. 181, son corps fut inhumé dans une crypte de l’église professe des Jésuites à Paris« Nouvelle description », sur Gallica.
  58. Le 27 septembre 1656 (six mois avant la publication de l'Histoire comique), Pierre de Bertier donne à Henry Le Bret un canonicat au chapitre collégial de Montauban, dont Le Bret prendra possession par procuration : la minute précise bien qu’il est «clerc au dioceze de Paris». [Archives départementales de Tarn-et-Garonne, 5 E 427, f. 181, 25 octobre 1656, document cité par Madeleine Alcover« Le Bret, Cuigy, Casteljaloux », sur Grihl.]
  59. Voir L. Carey Rosett, «À la recherche de la Compagnie du Saint-Sacrement à Montauban», Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 40. no 135, 1954. p. 206-228« Persée », sur Persée.
  60. Le 6 février 1657, Pierre de Bertier était intervenu devant l'Assemblée générale du clergé réunie dans le grand couvent des Augustins [voir Collection des procès-verbaux des assemblées générales du clergé de France, tome IV, Paris, 1770, p. 429« Collection des procès-verbaux », sur Google Livres] : «Mgr l’évêque de Montauban a dit que M. le baron de Druy, gentilhomme du Nivernais, avait fait un livre intitulé La Beauté de la valeur et la lâcheté du duel ; qu’il l’avait examiné et trouvé rempli de très bonnes choses, utiles à la gloire de Dieu et à l’avantage de la noblesse ; que la matière qu’il traite ayant été le sujet de plusieurs remontrances faites au roi par le clergé, il semblait qu’il était à propos que l’Assemblée témoignât à l’auteur, par une lettre de sa part, qu’elle approuve le zèle de son dessein. Ce qui a été agréé, et mondit seigneur de Montauban a été prié de dresser la lettre.» Voir les «Éphémérides» de François Rey à la date du 31 mai 1658« Éphémérides 1658 », sur Molière.Paris-Sorbonne. Le livre paraîtra en 1658 avec une longue «Lettre de Monsieur l'évêque de Montauban, de la part de l'Assemblée générale du clergé de France tenue à Paris en l'année 1657, à Monsieur le comte de Druy»« La Beauté de la valeur », sur Gallica.
  61. Voir la Gazette de Renaudot, année 1640, p. 444, ligne 17, et Saint-Évremond, Lettre à son père du 25 juin 1640, reproduite dans René Ternois, «Lettres inédites de Saint-Évremond», Revue d'histoire littéraire de la France, 1933, p. 240« Revue d'histoire littéraire de la France », sur Gallica. André de Compans, en religion Cyprien de la Nativité de la Vierge, carme déchaussé, donne une version différente et probablement fausse dans son Recueil des vertus et des écrits de Madame la Baronne de Neuvillette décédée depuis peu dans la Ville Paris, Paris, 1660, p. 26« Recueil des vertus », sur Google Livres: «On fut un mois ou environ à lui celer [à sa femme] la mort de son mari, lequel, retournant du siège d'Arras, fut surpris par une embuscade et tué sur la place, sans recevoir l'absolution d'un prêtre.» Il est intéressant de noter que le même auteur avait publié, en 1651 un in-4° intitulé La Destruction du duel, par le jugement de Messeigneurs les maréchaux de France, sur la protestation de plusieurs gentilshommes de marque. Avec les résolutions des Messeigneurs les prélats, l’avis des docteurs en théologie de la faculté de Paris, et quelques réflexions sur ce sujet« La Destruction du duel », sur Google Livres.
  62. Madeleine Alcover, Cyrano relu et corrigé, Librairie Droz, 1990, p. 31« Cyrano relu », sur Google Livres.
  63. Madeleine Alcover, «Éphémérides ou biographie sommaire de Savinien de Cyrano de Bergerac»« Éphémérides », sur Grihl.
  64. «Le régiment des Gardes françaises tient le premier rang parmi tous les régiments dinfanterie.» Gabriel Daniel, Histoire de la milice françoise, 1721, II, p. 260.
  65. Aux pages 155 et suivantes du Recueil des vertus…, le pieux biographe de celle dont Rostand fera la belle Roxane livre une image très étonnante de la ferveur religieuse de la baronne : « Quelque temps après sa conversion, soit par les austérités, soit par d’autres choses qui purent altérer son tempérament, il lui vint des poils au menton, toute jeune qu’elle était, mais en telle quantité et si hideux qu’ils pouvaient la faire passer comme une personne monstrueuse. Il y a encore des personnes vivantes et si croyables qui peuvent justifier ceci, qu’il n’y a point lieu d’en douter. Cette âme donc, voyant une si belle occasion de se conformer aux souffrances et aux humiliations de son époux, ou bien de souffrir des opprobres pour son amour, eut la pensée d’endurer cette confusion et de laisser cette difformité croître et multiplier sans obstacle ; mais ceci étant si singulier, elle n’osa pas l’entreprendre sans l’avis de son directeur, lequel, connaissant l’abondance de grâce que Dieu versait dans ce cœur, approuva cette pensée et lui permit de souffrir cette humiliation. Notre nouvelle amante sut bien faire un merveilleux usage de cette approbation ; car avec cette permission, elle remporta tant de victoires sur l’esprit de nature que cela semble presque incroyable. Elle demeura avec cette horrible difformité l’espace de six mois ou environ, souffrant par les rues les dernières injures qu’on dit aux femmes perdues, parce que, paraissant comme une personne monstrueuse, les gens de basse étoffe lui chantaient mille pouilles. Mais le rude choc qu’elle eut à soutenir était dans les compagnies, où je ne sais de quelle part il y avait plus de peine, de la sienne ou de l’assistance ; et encore elle avait une si grande soif de la confusion, pour triompher entièrement des répugnances de la nature, qu’elle se bridait avec une certaine coiffe de telle sorte qu’elle ne laissait paraître que son menton avec ce nouvelle ornement. Ses domestiques qui ne voulaient point prendre part à cette ignominie en étaient tellement indignés qu’ils furent sur le point de l’abandonner. Les voisins la tenaient pour folle et ridicule et on en faisait des plaintes à son directeur, lequel, sachant bien seconder les mouvements de la grâce, faisait de l’ignorant ou de l’étonné, soutenant de la sorte cette généreuse pénitente dans ses combats, jusqu’enfin qu’après un si long terme, sans être sollicité d’elle aucunement, il lui commanda de son propre mouvement d’ôter ces poils, et lui dit que Dieu était content ; ce qu’elle fit depuis sans les couper, mais en les arrachant, et faisant succéder la douleur à l’ignominie. »
  66. a et b Marie de Senaux, épouse séparée de Raymond Garibal, dite en religion Mère Marguerite de Jésus.
  67. « Histoire comique », sur Gallica
  68.  Peut-être y rencontre-t-il François de La Mothe Le Vayer, le fils du philosophe, son cadet de huit ans, qui y a commencé ses études en 1636.
  69. La rentrée des classes avait lieu le 1er octobre, jour de la Saint-Rémy.
  70. Minutier central, étude LXXIII-361, f° 323 r°-v°.
  71. On parlerait aujourd'hui de boursiers.
  72. Détail plaisant et peut-être pas fortuit: Le Heurteur est le nom du «pion» Hortensius, dans le Francion de Charles Sorel.
  73. « Les Vrays principes », sur Gallica
  74. Actuelle rue Cujas.
  75. « Apologie de la danse », sur Gallica
  76. Un autre document [Archives nationales, MC/ET/CV/791, «Apprentissage de Georges Aubry […], âgé de 16 ans, pour 6 ans avec David Dupron, maître à danser et maître joueur d'instruments, demeurant rue Saint-Jacques, paroisse Saint-Benoit»] le dit « maître à danser et maître joueur d'instruments, demeurant rue Saint-Jacques, paroisse Saint-Benoit ». Selon d'autres documents encore [Madeleine Jurgens, Documents du Minutier central concernant l'histoire de la musique, 1600-1650, I, Paris, S.E.V.P.E.N., 1967, p. 158 et suivantes], il est violon de la chambre du roi, comme son père et son frère Claude.
  77. La majorité étant fixée à 25 ans à Paris, il ne sera majeur qu'en mars 1644.
  78. Sur l'importance croissante de la danse dans la formation des jeunes nobles et bourgeois aisés, sur les lieux et les méthodes d'apprentissage, voir Eugénia Roucher, «Entre le bel estre et le paroistre: la danse au temps de Louis XIII», dans Les Secrets de Versailles au temps de Louis XIII, textes réunis par Jean Duron et Benoît Dratwicki, Livre-programme édité à l'occasion des grandes journées anniversaire réalisées par le Centre de musique baroque de Versailles et Château de Versailles-Spectacles au château de Versailles, automne 2007.
  79. Les États et Empires de la Lune et du Soleil, 2004, p. xxxiv.
  80. Madeleine Alcover, «Cyrano, Chapelle, Dassoucy: un gay trio», dans L'autre au XVIIe siècle. Actes du 4e colloque du Centre international de rencontres sur le XVIIe siècle. University of Miami, 23 au 25 avril 1998, édités par Ralph Heyndels et Barbara Woshinsky, Biblio 17, Tübingen, Gunter Narr Verlag, 1999, p. 265-275.
  81. Dont quelques semaines dans les prisons du Saint Office à Rome…
  82. Au cours de l'été et de l'automne 1656, Chapelle et Bachaumont se sont rendus aux Eaux thermales d'Encausse, dans les Pyrénées. Dans la relation en vers et en prose de ce voyage, qui a été publiée en 1661, puis d'innombrables fois au cours des siècles suivants« Voyage de Chapelle et de Bachaumont », sur Gallica, ils racontent que de passage à Montpellier, sur le chemin du retour, ils ont failli assister au bûcher de D'Assoucy, accusé de sodomie, et qu'ils l'ont croisé quelques jours plus tard à Avignon, se promenant sur les bords du Rhône accompagné d'un «petit garçon» [le jeune Pierrotin de ses Avantures] dont il leur a proposé les «services».
  83. Les Avantures de Monsieur D'Assoucy, Paris, 1677, II, p. 296.
  84. Les historiens ne s'accordent pas sur l'identité du chapon qui suscita l'ire de Cyrano.
  85. « Les Avantures de Monsieur d'Assoucy », sur Gallica
  86. On ignore l'année de naissance exacte de Chapelle; on la déduit des «soixante ans» qu'un de ses premiers éditeurs lui donne au moment de sa mort, en septembre 1686. Né en 1626, il aurait donc seize ans en 1642.
  87. Dans ses Rimes redoublées de Monsieur Dassoucy, 2e édition, p. 110-111, D'Assoucy écrivait: «Est-ce ainsi que vous traitez vos amis, vous qui, du temps que vous recherchâtes ma connaissance, n'étiez encore qu'un écolier… ?»
  88. « Les Rimes redoublées », sur Gallica
  89. Parmi les «Lettres satiriques» du recueil d'Œuvres diverses publié en 1654, s'en trouve une adressée «à Monsieur Chapelle pour le consoler sur l'éternité de son beau-père». Le «beau-père» de Chapelle ne peut être qu'Hector Musnier, le mari de sa mère, receveur général des finances en la généralité d’Auvergne, qui mourra très âgé le 27 avril 1648.
  90. Le collège dit de Clermont, aujourd'hui Lycée Louis-le-Grand.
  91. « La Vie de M. de Molière », sur Google Livres
  92. L'expression est du philosophe Olivier Bloch dans sa brillante étude sur « Cyrano, Molière et l'écriture libertine », dans La Lettre clandestine no 5, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 1996, p. 241-250.
  93. François Rey, dans Molière et le roi. L'Affaire Tartuffe, Paris, Le Seuil, 2007, p. 20, qui poursuit : « Cette attitude, qualifiée de "manie hypercritique", a été jugée "décevante, parce que négative". La tentation est grande, en effet, de glisser du "pas impossible" au "possible", puis au "probable" et au "vraisemblable". Elle procède du désir, présent chez la plupart de leurs lecteurs, que Cyrano et Molière, qui, bien que contemporains, appartiennent à deux périodes assez distinctes, voire opposées, de la littérature française, se soient rencontrés dans une sorte d'âge d'or du libertinage. Mais la thèse de leur rencontre, comme celle de Molière auditeur et lecteur de Gassendi, outre qu'elle fait l'économie d'un questionnement sur la circulation des idées et des œuvres, n'a produit jusqu'ici que des imaginations fades et plates et des connaissances positives nulles. »
  94. On note avec intérêt que pour le vieux Boileau, comme pour Gilles Ménage et d'autres, Cyrano était fou.
  95. « Correspondance entre Boileau Despréaux et Brossette », sur Gallica
  96. L’Histoire de France depuis Pharamond jusqu'à Louis XIII réduite en sommaire a été achevée d’imprimer le 6 juillet 1651, pour le compte du libraire Antoine de Sommaville.
  97. Les historiens et rédacteurs de dictionnaires le disent généralement né en 1624, ce qui ferait de lui le cadet de Cyrano et Le Bret. Aucun document ne l’atteste clairement ; cette date se déduit de l’Avis au Lecteur, placé en tête des trois premiers livres de Royer de Prade (dont la tragédie d’Annibal, achevée d'imprimer le 15 septembre 1649), avis dans lequel l'imprimeur déclare : «J’assemble trois pièces rares et merveilleuses… L’auteur toutefois n’a point voulu qu’elles aient porté son nom, soit par un sentiment d’humilité, ou qu’au contraire, les ayant composées en l’âge de dix-sept à dix-huit ans, comme les lumières d’esprit croissent toujours, il dédaigne aujourd’hui de les avouer, à l’âge de vingt-cinq
  98. Dans son Trophée d'armes héraldiques, achevé d'imprimer le 15 mai 1650« Le Trophée d'armes héraldiques », sur Google Livres, Royer de Prade évoque, p. 75-76, quelques membres de sa famille.
  99. « Arsace, roy des Parthes », sur Gallica
  100. « Les Œuvres poétiques », sur Google Livres
  101. Des stances non moins élogieuses et signées du dramaturge Jean Rotrou se lisent en tête des Œuvres poétiques de Royer de Prade imprimées en 1650.
  102. Dictionnaire de Furetière : « ESCUYER : Titre qui marque la qualité de gentilhomme et qui est au-dessous de Chevalier. Fut présent Anthoine le Gros, escuyer, Seigneur d'un tel lieu. On a fait la recherche des Nobles, et on a fait des taxes sur ceux qui avaient usurpé la qualité d'Escuyer. »
  103. L'actuelle cathédrale Saint-Vladimir-le-Grand, à l'angle de la rue des Saint-Pères et du boulevard Saint-Germain.
  104. « Le Triomphe des dames », sur Gallica
  105. Le version imprimée corrigera les deux erreurs« Les Œuvres diverses », sur Gallica.
  106. Voir Tallemant des Réaux, historiette de M. de Belay: «Ce père Bernard avait été autrefois fort débauché; puis il s'était jeté dans la dévotion, faute de bien; et son zèle et son emportement l'avait canonisé parmi le peuple avant sa mort. Il prêchait dans les salles et sur l'escalier de la Charité. […] À sa mort, on vendit trois ou quatre guenilles qu'il avait, au poids de l'or. Il avait laissé ses souliers à un pauvre homme; les dames les lui mirent en pièces pour en avoir chacun un morceau, et lui donnèrent de quoi avoir des souliers tout le reste de sa vie. Pour faire le compte bon, on disait qu'une d'elles avait acheté son prépuce tout ce qu'on avait voulu. Quelque temps durant, on disait qu'il se faisait des miracles à son tombeau; enfin cela se dissipa peu à peu.»
  107. Obtint.
  108. Médecins.
  109. Ovide, qui, au troisième livre des Métamorphoses, raconte la transformation de Tirésias en femme.
  110. Dictionnaire de Furetière: «On dit proverbialement Serviteur à la paillasse pour dire qu'on quitte le service de l'armée, où il faut coucher sur la paillasse.»
  111. Il faut comprendre que Cyrano avait (selon les compilateurs du Menagiana) le nez «défiguré», c'est-à-dire sans doute déformé ou balafré.
  112. « Menagiana », sur Gallica
  113. Hevelii Selenographia: Sive, Lunae Descriptio « Selenographia », sur Gallica
  114. « L'Homme dans la Lune », sur Gallica
  115. « The Strange Voyage », sur Internet Archive
  116. « The Man in the Moone », sur en.wikipedia
  117. On lit en effet, dans les Œuvres poétiques de Jean Royer de Prade, achevées d'imprimer le 25 mai 1650, un sonnet adressé « À l’auteur des Estats et Empires de la Lune », suivi d'une épigramme « Au Pèlerin revenu de l’autre Monde ».
  118. L'une se trouve au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, la deuxième à la Bayerische Staatsbibliothek [Bibliothèque nationale de Bavière], et le troisième à la Bibliothèque Fischer de l'Université de Syney en Australie.
  119. Cette signature doit se comprendre: le seul hercule ou le seul alcide (donc le seul homme capable d'écraser des monstres) de la ville de Bergerac».
  120. De "vit d'âne" = imbécile.
  121. C'est-à-dire qu'il se vendait mal.
  122. Opiniâtre, buté.
  123. Le père de D'Assoucy s'appelait Grégoire…
  124. Toussaint Quinet, libraire-éditeur de Scarron et de D'Assoucy.
  125. Scarron habitait dans le quartier du Marais.
  126. Dictionnaire de Furetière: «On a aussi appelé insectes les animaux qui vivent après qu'ils sont coupés en plusieurs parties, comme la grenouille, qui vit sans cœur et sans tête, les lézards, serpents, vipères, etc.»
  127. Sur l'importance des pointes chez Cyrano, voir plus bas "Les Entretiens pointus".
  128. Imprimé.
  129. Les médecins se servaient du mercure pour soigner la syphilis.
  130. Lèpre.
  131. Toussaint Quinet, libraire-éditeur de Scarron et de D'Assoucy.
  132. Jeu de mot sur chère (nourriture) et chaise, qu'on prononçait et écrivait chaire au XVIIe siècle.
  133. Fameuse harengère des Halles.
  134. Richelet, Dictionnaire de la langue française ancienne et moderne, 1728: «Être sous l'archet. Façon de parler figurée et proverbiale. C'est suer la vérole. On met ceux qu'on en guérit sur une manière de petit bois de lit fait exprès; sous eux on fourre force linges chauds; on les couvre bien, leur mettant sur la tête un archet qu'on garnit d'une bonne couverture et avec tant de choses à leurs côtés qu'on les fait suer.»
  135. Lépreux.
  136. Au sens où l'entend La Fontaine, quand il écrit en 1665: «Comme [mes ouvrages] sont fort éloignés d'un si haut degré de perfection, la prudence veut que je les garde en mon cabinet.»
  137. Le poète et épistolier Vincent Voiture était mort le 27 mai précédent.
  138. « Le Relation véritable », sur Gallica
  139. Sur la censure par cartonnage des Lettres de 1654, voir Madeleine Alcover, Cyrano relu et augmenté, Genève, Librairie Droz, 1990, p. 1-27.
  140. En 1635, il a épousé Madeleine Du Fay, fille du maître charpentier Lazare Du Fay et de Claude Malaquin, tante maternelle de Le Bret.
  141. « Le Trophée d'armes héraldiques », sur Google Livres
  142. « Le Parasite Mormon », sur Gallica
  143. Voir Hervé Drévillon, «L'héroïsme à l'épreuve de l'absolutisme. L'exemple du maréchal de Gassion (1609-1647)», Politix, 2002, volume 15, n° 58, p. 15-38« Persée: Portail de revue », sur Persée.
  144. Ce trait de la personnalité de Gassion est confirmé par son ancien directeur de conscience, le pasteur Pierre du Prat, dans son Portrait du Maréchal de Gassion (Paris, 1664, p. 35-40 et 101-105)« Le Portrait du Mareschal de Gassion », sur Google Livres, et par l'abbé Michel de Pure dans sa Vie du Maréchal de Gassion (Paris, 1673, tome III, p. 329 et suivantes)« La Vie du Maréchal de Gassion », sur Google Livres.
  145. « Recueil de lettres », sur Gallica
  146. Pierre Du Prat, ouvrage cité, p. 39.
  147. Trois des plus grands maréchaux de France au 17e siècle étaient protestants: Josias Rantzau, Jean de Gassion et Turenne.
  148. Tallemant des réaux, historiette de la Reine de Pologne« Les Histoirettes de Tallemant », sur Google Livres.
  149. Le 31 mai 1653, Cyrano signe une reconnaissance de dette à «Guillaume de Lihut, bourgeois de Paris […] pour nourriture, logement et autres choses à lui fournies jusqu’à ce jourd’hui.» Cette date est confirmée par cette phrase de l'épître dédicatoire des Œuvres diverses, achevées d'imprimer le 12 mai 1654: «Il y a près d'un an que je me donnai à vous.»
  150. Voir Pinard, Chronologie historique-militaire, tome IV, Paris, 1761, p. 14-18« Chronologie historique-militaire », sur Gallica.
  151. «M. d'Arpajon, voulant faire le bel esprit, s'avisa de traiter Sarasin et Pellisson: et pour cajoler Sarasin: "Ah! Monsieur, lui dit-il, que j'aime votre Printemps! — Je ne l'ai point fait, dit Sarasin, c'est une pièce de Montplaisir. — Ah! votre Temple de la Mort est admirable! — C'est de Habert, le commissaire de l'artillerie". Enfin Pellisson, par pitié, trouva moyen de le faire tomber sur le Sonnet d'Ève.« Mémoires de Tallemant », sur Google Livres»
  152. Dans Cyrano de Bergerac, l'écrivain de la crise (Paris, Ellipses, 2011, 172), Jacques Prévot se montre plus disert, mais à peine moins sévère: «Peu cultivé sans doute, il trouvait dans l'aide apportée fastueusement aux écrivains connus l'occasion d'être mis en lumière par les dédicaces d'usage, le plus glorifiantes possibles. De quoi flatter sa vanité, surtout s'agissant de soumettre à soi un auteur déjà renommé pour l'explosivité de son esprit d'indépendance. On peut tout autant supposer que la réputation de bravoure de Cyrano n'est pas étrangère à la bienveillance de d'Arpajon.» Il est regrettable que, quelques lignes plus loin, l'auteur reprenne une erreur commise par Madeleine Alcover dans son édition des États et empires de la Lune et du Soleil (2004, p. LV, note 79) et fasse du duc d'Arpajon le dédicataire des Vers héroïques de Tristan L'Hermite, qui les adressait en 1648 au comte de Saint-Aignan« Les Vers héroïques du Sieur Tristan L'Hermite », sur Gallica.
  153. Bibliothèque de l'Arsenal, Recueil Conrart, tome X (Ms. 5419, Microfilm R 4361), p. 149 («Rôle des généraux d’armée depuis le siège de La Rochelle [automne 1628] et l’ouverture de la guerre en 1635»).
  154. S'il ignore les dernières nouveautés de la poésie galante, Arpajon n'en est pas pour autant inculte.Dns un «Extraordinaire» daté du 7 septembre 1648, la Gazette rend compte de «la réception faite au comte d’Arpajon dans l’assemblée des États de Pologne tenue à Varsovie». On peut y lire: «… Après que chacun eut pris sa séance, ce comte fit aussi une harangue latine d’environ un quart d’heure sur le mérite des sénateurs qui composaient cette assemblée, dont la prudence et le jugement avaient bien paru au choix qu’ils avaient ci-devant fait d’un roi si belliqueux qu’était le défunt ; et de là tombant sur les justes ressentiments de douleur qu’ils avaient tous de sa perte, où la France prenait une grande part, assura l’assemblée que Leurs Majestés Très-Chrétiennes en avaient un sensible déplaisir et qu’elles donneraient en toutes occasions des preuves de leur affection envers leur République ; et finit par un ardent souhait qu’il fit que le Saint-Esprit les inspirât à faire choix d’un roi digne successeur du précédent et capable de conserver leur État dans sa grandeur et gloire ancienne, et auquel l’alliance de la France fût aussi chère qu’au défunt roi Ladislas. Cette harangue fut prononcée avec tant de vigueur qu’elle attira des acclamations de joie de toute l’assistance, à laquelle, comme à tous les principaux des peuples septentrionaux, cette langue est familière.» Peut-être ladite harangue avait-elle été composée par un autre; en tout cas, l'orateur a su la faire entendre à son docte auditoire.
  155. « Clélie, histoire romaine », sur Gallica
  156. « Œuvres complètes de Saint-Amant », sur Gallica
  157. « Les Illustres fous », sur Gallica
  158. Clélie, histoire romaine, II, p. 684 et suivantes« Clélie », sur Gallica: «Philonice […] est la plus surprenante personne de la terre ; car il faut que vous sachiez que comme elle a perdu la princesse sa mère fort jeune et que son illustre père a été fort occupé à diverses guerres où il s’est couvert de gloire, au lieu de la laisser à Agrigente il la fit élever à la campagne, à un magnifique château qui est à lui. Cependant, quand elle est venue à paraître dans le monde, elle y a paru avec toute la politesse imaginable, et l’on peut assurer sans flatterie qu’elle sait cent choses qu’elle n’a jamais apprises et qu’il faut qu’elle ait devinées. Pour sa personne, elle plaît infiniment, et plus on la voit plus elle plaît. Elle a les cheveux noirs, déliés et luisants, la taille médiocre, mais si agréable et si noble qu’on ne peut pas l’en avoir davantage. Son action est libre et naturelle, et sans affectation. Elle a le visage en ovale, le teint uni, lustré et même assez vif quand elle est en un de ses jours de santé qui sont si avantageux à toutes les belles. Elle a la bouche bien taillée, le sourire doux, spirituel et obligeant. Pour les yeux, elle les a admirables, car ils sont si pleins de feu et d’esprit, et d’un noir si brillant, qu’à peine en peut-on soutenir l’éclat, quoiqu’ils aient une douceur extrême. Cependant il résulte de tous ces traits un air si modeste, sur le visage de Philonice, qu’on ne saurait douter de la vertu de son âme et de la délicatesse de son esprit par sa physionomie seulement. Ce n’est pas que quand elle est avec des gens qui ne lui plaisent point et qu’elle n’estime guère, elle n’ait une certaine froideur qui, sans être incivile, a quelque chose de plus touchant pour ceux à qui elle s’adresse, quand ils ont quelque esprit, que la fierté même d’une autre personne. Elle est pourtant toujours douce, mais par grandeur d’âme, et, par une probité dont elle s’est fait une habitude, il ne lui est pas aisé de faire de ces caresses trompeuses dont presque toutes les femmes de la cour sont si prodigues. Mais aussi, pour une personne qu’elle aime, il n’y a pas une princesse en toute la terre qui sache témoigner sa tendresse plus obligeamment ni plus exactement ; car de quoi ne s’avise-t-elle pas pour obliger ses amies ? Elle a même l’inclination bienfaisante et libérale, et tous ses sentiments sont si droits et si généreux qu’elle ne pense et ne dit jamais rien que ce qu’elle doit dire et penser. Pour de l’esprit, elle en a jusqu’à donner de l’admiration ; car elle parle avec justesse, galamment et naturellement tout ensemble. Elle entend tout ce qu’on dit finement et y répond de même ; et elle écrit des billets si doux, si pleins d’esprit et d’un style si aisé, si naturel et qui sent si fort sa personne de qualité, qu’on ne l’en saurait assez louer. Mais ce qu’il y a de plus admirable en Philonice, c’est qu’elle a une vertu solide sans être sauvage, qu’elle aime la gloire plus que toutes choses, qu’elle a le cœur tendre et l’esprit ferme, et que son amitié est également constante, agréable et sincère. Elle est aussi très adroite à tout ce qu’elle entreprend, car on ne peut pas mieux danser qu’elle danse. Elle sait pourtant se priver de ce divertissement sans beaucoup de peine ; car elle n’est jamais capable de nul emportement. Elle est jeune et sage tout ensemble, elle a du jugement sans expérience et de la prudence sans orgueil, et elle est enfin si accomplie qu’on ne peut dire autre chose contre elle, sinon qu’elle a une vertu de trop, puisqu’il est certain qu’elle est si modeste qu’elle ne s’en connaît pas assez bien ; du moins parle-t-elle comme si elle ne s’estimait pas autant qu’elle le devrait. Il est vrai qu’elle s’accuse elle-même d’une façon si ingénieuse que ses propres paroles la démentent ; car elle dit si spirituellement qu’elle n’a point assez d’esprit qu’elle ne persuade personne, quoique tous ceux qui l’approchent aient beaucoup de déférence pour elle.»
  159. « Clélie, histoire romaine », sur Gallica
  160. Le 29 mars, le duc d'Arpajon participe à un grand festin offert par la ville de Ville de Paris à Mazarin. Voir le Journal de Jean Vallier, IV, 197-198« Journal de Jean Vallier », sur Gallica.
  161. Voir Tallemant des Réaux, Historiette de Scudéry et sa sœur: «Quand Mlle d'Arpajon se fit carmélite, Mlle Sapho s'avisa de lui écrire une grande lettre pour l'en retirer, qui n'eût peut-être pas persuadé une jeune fille, et celle-là avait trente ans; car elle ne lui parlait que des divertissements qu'elle perdrait. La Reine alla ce jour-là aux Carmélites; les religieuses voulaient lui montrer cette lettre, et, en effet, sans Moissy, qui y prêchait ce jour-là, elles l'eussent fait; car Sapho avait grand tort d'écrire comme cela en une religion [= une communauté religieuse] où l'on ne reçoit point de lettre que les supérieures ne les aient lues.»
  162. « Clélie, histoire romaine », sur Gallica
  163. « Zénobie, reine d'Arménie », sur Gallica
  164. On cite ici le témoignage de Le Bret tel qu'il se lit dans les versions non-cartonnées de l'Histoire comique. Voir à ce sujet l'édition critique de Madeleine Alcover, Paris, Honoré Champion, 2000 et 2004, p. CXIX-CXXV.
  165. Né au début de 1919, Cyrano avait trente-six ans révolus quand il est mort. Il était donc dans sa trente-septième année.
  166. « Le Grand dictionnaire historique », sur Google Livres
  167. Plus précisément, rue Vieille du Temple, paroisse Saint-Gervais (indication fournie par Madeleine Alcover dans ses «Éphémérides ou biographie sommaire de Savinien de Cyrano de Bergerac»« Éphémérides », sur Grihl.
  168. Aucun document n'assure qu'il était logé par le duc.
  169. Cyrano de Bergerac, Les États et empires de la Lune et du Soleil, éd. Madeleine Alcover, Champion, 2004, p. LXI-LXII.
  170. « La Muze historique », sur Gallica
  171. Avant de mourir, trois mois après Cyrano, il fera un legs de 5 000 livres à Tanneguy Renault des Boisclairs, qui, selon un factum« Factum pour Mre Tanneguy Renault des Boisclairs », sur Google Livres [BNF Ms. Pièce originale-1616, Laffemas, fol. 35], l’a secouru jusqu’à sa mort : «Le père [Isaac] n’a jamais rien dépensé envers son fils [Laurent], qui a toujours vécu et entretenu (sic) aux dépens de ses amis, qui lui ont donné libéralement leur table et assisté en ses nécessités, et signalément ledit sieur des Boisclairs, qui le secourut jusqu’à la mort.»
  172. Voir Marcel Fossoyeux, «Les Solitaires de l'Oratoires», Revue des études historiques, 1914, p. 47-63« Revue des études historiques », sur Gallica. La première pierre de l’église a été posée le 11 novembre 1655, et l’édifice sera consacré le 7 novembre 1657 par François-Étienne de Cault, évêque de Pamiers et membre de la Compagnie du Saint-Sacrement.
  173. Les Historiettes de Tallemant des Réaux, édition Monmerqué & Paulin Paris, Paris, 1858, tome VIII, p. 536« Historiettes », sur Google Livres.
  174. « Les Œuvres diverses », sur Gallica
  175. Jean-Luc Hennig, Dassoucy & les garçons, Paris, Fayard,‎ 2011
  176. Dassoucy et les garçons, p. 262-263.
  177. « Les Œuvres diverses », sur Gallica, p. 66
  178. « Les Œuvres diverses », sur Gallica, p. 79
  179. « Les Œuvres diverses », sur Gallica, p. 128
  180. « Les Œuvres diverses », sur Gallica, p. 227
  181. « Boniface et le pédant », sur Google Livres
  182. Œuvres de Monsieur de Cyrano Bergerac, Jacques Desbordes, 1709, tome 2« Les Œuvres de Monsieur de Cyrano Bergerac », sur Gallica.
  183. À la différence des superbes in-quartos de La Mort d'Agrippine et des Œuvres diverses, le roman est imprimé au format in-12.
  184. « Histoire comique », sur Gallica
  185. Demeures philosophales, p. 244.
  186. Alain Mothu, « Un “duel ésotérique” ? La Pyrhydromachie des Empires du Soleil » (p. 303-326), La Lettre clandestine, no 10 : Le Doute philosophique : philosophie classique et littérature clandestine, Presses de l'université Paris-Sorbonne, mai 2002, 450 pages, [?id=75CrKeBT6L8C&pg=PA308 lire en ligne] p. 308-309
  187. Didier Kahn, « L'alchimie dans Les États et Empires de la Lune et du Soleil », Littératures classiques, no 53, automne 2004, et « Quelques notes d'alchimie dans Les États et Empires de la Lune et du Soleil », in Bérangère Parmentier (dir.), Lectures de Cyrano de Bergerac. Les États et Empires de la Lune et du Soleil, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004.
  188. « Les Œuvres diverses », sur Gallica
  189. « Les Œuvres diverses », sur Gallica, p. 1
  190. « Les Œuvres diverses », sur Gallica, p. 56
  191. « Les Œuvres diverses », sur Gallica, p. 71
  192. Voir en particulier Alexandre Torero-Ibad, Libertinage, science et philosophe dans le matérialisme de Cyrano de Bergerac. Paris, Honoré Champion, 2009.
  193. « Les Œuvres diverses », sur Gallica, p. 73
  194. « Traité de physique », sur rare
  195. « Registre de permis d'imprimer », sur Gallica
  196. « Les Œuvres libertines », sur Internet Archive
  197. B.D. Lettre de consolation envoyée à Madame de Chastillon sur la mort de Monsieur de Chastillon, Paris, Jean Brunet, 1649 ; B.D. Lettre de consolation envoyée à Madame la Duchesse de Rohan, sur la mort de feu Monsieur le duc de Rohan, son fils, surnommé Tancrède, Paris, Huot, 1649 ; D.B. Le Conseiller fidèle, Paris, Jean Brunet, 1649 ; D.B. Le Gazettier désintéressé, Paris, Jean Brunet, 1649 ; D.B. Le Ministre d’Estat flambé, Paris, Jean Brunet, 1649 ; D.B. Remonstrances des trois estats, à la Reyne, pour la paix, Paris, Jean Brunet, 1649 ; D.B. La Sibylle moderne, Paris, Jean Brunet, 1649.
  198. Cyrano de Bergerac, Œuvres complètes. II. Lettres, Entretiens pointus, Mazarinades. Édition critique. Textes établis et commentés par Luciano Erba pour les Lettres et les Entretiens pointus, et par Hubert Carrier pour les Mazarinades, Paris, Honoré Champion,‎ 2001
  199. Voir Madeleine Alcover, « Stylistique et critique d’attribution. Requiem pour les mazarinades putatives de Cyrano », La Lettre clandestine, 13, 2004, p. 233-259. Voir aussi un résumé des tests de stylistique menés par M. Alcover dans son étude intitulée : « Le Cyrano de Bergerac de Jacques Prévot », Les Dossiers du Grihl [En ligne], Les dossiers de Jean-Pierre Cavaillé, Libertinage, athéisme, irréligion. Essais et bibliographie, mis en ligne le 17 avril 2012. URL : http://dossiersgrihl.revues.org/5079 ; DOI : 10.4000/dossiersgrihl.5079
  200. S. Akagi, « Cyrano de Bergerac, Œuvres complètes, éd Jacques Prévôt », Revue d'histoire des sciences, 1980, volume 33, no 33-2, p. 170-172.