Hôtel de Bourgogne (Paris)

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48° 51′ 51″ N 2° 20′ 53″ E / 48.86417, 2.34806

Les farceurs à l'Hôtel de Bourgogne
(dont Turlupin, Gaultier-Garguille et Gros-Guillaume)

L’hôtel de Bourgogne était jusqu'au XVIe siècle la résidence des ducs de Bourgogne à Paris. Il fut un des principaux lieux de représentation théâtrale parisien du XVIIe au XVIIIe siècle.

La tour Jean-sans-Peur, rue Étienne-Marcel, dans le 2e arrondissement de Paris en est le seul vestige subsistant de nos jours.

Historique[modifier | modifier le code]

À la fin de sa vie, Philippe II de Bourgogne avait transporté son hôtel dans le quartier des Halles, et après lui, un de ses fils puinés, Philippe, comte de Nevers, avait reçu en partage, à la mort de son père en 1404, cet ancien palais.

En 1412, les héritiers de Guy de Roye achètent, au comte de Nevers, le bâtiment de l'Hôtel de Bourgogne, pour y fonder le Collège de Reims. L’histoire du bâtiment et du collège se confondent, dès lors, jusqu’en 1763, année de la disparition du collège.

En 1548, la société des Confrères de la Passion et de la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ y construit une salle de spectacle dont l'accès se fait alors rue Mauconseil (partie aujourd'hui absorbée par la rue Étienne-Marcel) pour présenter des mystères. Mais un arrêt du Parlement défend à l’hôtel de Bourgogne de jouer des pièces religieuses ; en échange, les Confrères obtiennent le monopole des représentations théâtrales profanes sur Paris, et louent leur théâtre aux troupes itinérantes ; parmi elles, les Enfants-sans-souci et la Confrérie des sots .

Le séjour des Comédiens-Italiens imposés par Catherine de Médicis en 1577 et le dynamisme des autres troupes, oblige celle de l'Hôtel de Bourgogne à se professionnaliser et à défendre son privilège. En 1598, les « Comédiens ordinaires du Roy » créés par Valleran Le Conte (avec notamment Gros-Guillaume et l'une des premières comédiennes françaises, Rachel Trepeau), prennent possession de la salle, qu'ils partagent à partir de 1600 avec les Gelosi, première troupe italienne en résidence qui rencontre un énorme succès, suivie par plusieurs autres troupes italiennes dont celle des Comici fedeli entre 1610 et 1623.

La troupe des Comédiens s'étoffe rapidement, accueillant notamment Pierre Le Messier dit Bellerose, Henry Legrand dit Turlupin, Hugues Guéru dit Gautier-Garguille et les comédiens de l'Hôtel d'Argent dont les représentations avaient été interdites.

La création de la troupe du théâtre du Marais en 1634 crée une concurrence directe à Hôtel de Bourgogne. En 1642 ordre est donné par le Roi de renforcer la « troupe des Grands Comédiens de l’Hôtel de Bourgogne » en y transférant 6 comédiens du Marais. Floridor, qui vient lui aussi du Marais prend la succession de Bellerose en 1647 et fait rénover le théâtre[1]. Le répertoire, composé des farces de Turlupin et Gautier-Garguille, ainsi que des tragédies d'Alexandre Hardy ou Jean Rotrou, est enrichi des œuvres de Pierre Corneille, puis de Jean Racine, avec de grands interprètes tels que Montfleury et la Champmeslé.

En 1680, un édit de Louis XIV ordonne la fusion de la troupe avec celle du théâtre de Guénégaud, laquelle résultait déjà de la réunion en 1673 des comédiens du théâtre du Marais avec la troupe de l'Illustre Théâtre de Molière. C'est ainsi qu'est fondée une troupe unique et permanente : la Comédie-Française, sise à l'Hôtel Guénégaud.

La salle est alors dévolue à la Comédie-Italienne qui s'y produit avec succès jusqu'en 1697. L'annonce des représentations de La Fausse Prude, une pièce qui visait directement Madame de Maintenon[2], sert cette année-là de prétexte à Louis XIV pour chasser les comédiens impudents, qui doivent fermer leur théâtre le 14 mai. Ils reviennent à Paris sous le nouveau régime en 1716 et profitent de la protection du duc d'Orléans pour reprendre leurs représentations, sous la direction de Luigi Riccoboni, dans une salle entièrement rénovée. Pourvu d'une rente annuelle de 15 000 livres, ils enrichissent leur répertoire au fil des ans en abordant le répertoire lyrique, rivalisant dès lors avec la troupe de l'Opéra-Comique de Jean Monnet. Cette concurrence débouche sur une fusion des deux troupes en 1762 sous le seul nom de Comédie-Italienne. Mais à la suite d'un arrêté de 1779 interdisant les comédies en italien, l'appellation Opéra-Comique lui est substituée. Les artistes français étaient désormais en majorité, les derniers comédiens italiens sont renvoyés chez eux.

À l'étroit, l'Opéra-Comique inaugure sa nouvelle salle construite par l'architecte Jean-François Heurtier sur l'emplacement de l'hôtel du duc de Choiseul (IIe arrondissement) le 28 avril 1783 baptisée théâtre Favart puis Opéra-Comique National. L'Hôtel de Bourgogne est quant à lui abandonné et transformé en halle aux grains, avant d'être démoli en 1885 pour permettre le percement des rues rue Étienne-Marcel et Turbigo. Une plaque est apposée en mémoire du lieu à l'angle des rues Étienne-Marcel et Française.

La scène du théâtre de l'Hôtel de Bourgogne était moins large que profonde (14 mètres de profondeur[1]). La salle était fortement allongée et les prix des places pouvaient varier de 15 sols pour le parterre à 60 sols (3 livres) pour une première loge ou une banquette sur scène[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b André Degaine, Histoire du théâtre dessinée, op. cit., p. 206.
  2. Claude Pasteur, La Princesse Palatine, Tallandier, 2001, p. 71.
  3. André Degaine, Histoire du théâtre dessinée, op. cit., p. 205

Sources[modifier | modifier le code]

  • Philippe Chauveau, Les Théâtres parisiens disparus (1402-1986), éd. de l'Amandier, Paris, 1999 (ISBN 2-907649-30-2)
  • André Degaine, Histoire du théâtre dessinée, Nizet, 1992 (ISBN 978-2-7078-1161-5)
  • Henri Lacaille, Étude sur le Collège de Reims à Paris, 1412-1763, dans Travaux de l'Académie de Reims, CIV, 1897-98 [1] — tiré à part : Reims : Imp. de l'Académie, 1899, 182 p.

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