Collège de Montaigu

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Restes du collège de Montaigu à l'angle de la rue des Sept-Voies et de la place du Panthéon, vers 1850

Le Collège de Montaigu fut l’un des collèges constituants de la Faculté des Arts de l’Université de Paris.

Fondation[modifier | modifier le code]

Le Collège (originalement, le « Collège des Aicels ») fut fondé en 1314 par Gilles I Aycelin de Montaigut, l’archevêque de Rouen, et, ruiné, fut restauré par son petit-neveu Pierre Aycelin de Montaigut, évêque de Nevers et évêque-duc de Laon et fut appelé en conséquence Collège de Montaigu. L’emplacement des bâtiments se trouvait sur la Place du Panthéon, l'entrée était située rue des Sept-Voies. La bibliothèque Sainte-Geneviève fut construite juste derrière les bâtiments. Le collège bénéficiait d'amples privilèges : "Le maître sera élu entre les pauvres écoliers et par eux... L'élu sera appelé le ministre des pauvres. Il est fait mention dans ce règlement de 84 pauvres écoliers fondés en l'honneur des 12 apôtres et des 72 disciples. Les écoliers et les maîtres ne dépendaient pour la confession, ni de l'évêque de Paris, ni même du pape"[1].

Renouveau[modifier | modifier le code]

Quand en 1483 Jan Standonck est nommé principal le collège est à nouveau ruiné faute de moyens financiers. Il est qualifié de " collège de pouillerie " par Rabelais dans Gargantua. Ardent partisan de la réforme morale de l'Église, il va y imposer la pédagogie des Frères de la vie commune, une discipline sévère rétablissant même l’usage des châtiments corporels comme le fouet, et une pratique religieuse assidue.

Il organise les étudiants en classes de niveaux différents, organisés autour des Arts libéraux, et pour finir le Quadrivium avec examen de passage.

Grâce à des dons de l’amiral de Graville et de Jean de Pontville, vicomte de Rochechouart, chambellan de Charles de France, Standonck put construire de nouveaux bâtiments.

Il accueille des étudiants pauvres et fonde la « maison des pauvres clercs ». Le collège reçoit alors d’une part des étudiants payants appelés caméristes et les pauvres qui paient leurs études en effectuant des travaux appelés domestiques ou galoches. La cape que portaient les élèves les avait fait surnommer « capettes, capètes ou capets »[2].

Le collège devint l’un des centres les plus célèbres de la préréforme catholique du XVe siècle.

Ignace de Loyola avant de partir pour le Collège Sainte-Barbe y suivit en 1528-1529, des cours de pédagogie et emprunta à la règle de vie des pauvres des éléments importants pour les méthodes d’enseignement des collèges jésuites .

Noël Beda en devint le principal en 1504 à la mort de Standonck et s'adjoignit comme régent Pierre Tempête (Horrida Tempestas montum turbavit acutum)[3],grand fouetteur d'enfants, qui devint principal à son tour en 1514 et le demeurera jusqu'en 1528, quand il résigna sa charge étant nommé curé de Champigny et chanoine de Noyon.

En 1578, John Lee de Waterford créa, avec un petit groupe de séminaristes irlandais, la Communauté des étudiants irlandais à Paris, au Collège de Montaigu.

La congrégation de Montaigu[modifier | modifier le code]

De retour en France après son exil en 1499, Standonck crée la congrégation de Montaigu. Chaque maison de sa congrégation devait être composée d'un ministre, de douze maîtres, et de soixante- douze disciples. Les disciples ne faisaient que des vœux simples, mais les maîtres faisaient des vœux plus étendus, et le père, c'est-à-dire le général de cette congrégation, devait avoir une autorité absolue. Cette congrégation est approuvée par Rome le 23 février 1501, et par Etienne Poncher le 13 janvier 1502.

Il établit des maisons à Malines, Valenciennes et Louvain qui occupa une place importante à l’Université de cette ville. Il soumit ces quatre maisons à celle de Montaigu.

Noël Béda et Pierre Tempête qui lui succédèrent négligèrent la congrégation et un certain nombre de disciples décidèrent de la quitter et se regroupèrent autour d’ Ignace de Loyola pour créer une société qui répondent mieux aux règles de la congrégation, ce qui fut à l’origine de la Compagnie de Jésus.

La fin[modifier | modifier le code]

En 1763, il survit à la réunion des petits collèges. Plus tard, il subira le sort de nombreuses institutions et devint jusqu'à sa destruction successivement prison militaire, caserne d'infanterie puis dépôt de recrutement tout en conservant son surnom de « Maison des Haricots ».

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Erasme, dans ses Colloques, qui y séjourna en 1494-1495 et bien qu'élève privilégié, se souvint du régime : « Voici trente ans, écrivit-il dans les Colloques, j'ai vécu a Paris dans un collège... ou régnait Jean Standonck, homme d'intentions louables, mais tout a fait dépourvu de jugement. Se rappelant sa jeunesse, qu'il avait passée dans une extrême pauvreté, il ne négligeait pas les pauvres : on doit l’en approuver hautement. Et s'il s'était contenté d'alléger leur misère, de procurer à des jeunes gens les modestes ressources nécessaires à leurs études, il aurait mérite des louanges. Mais il se mit à son entreprise avec une autorité si dure, il les contraignit à un régime si rude, à de telles abstinences, à des veilles et des travaux si pénibles, que plusieurs d'entre eux, heureusement doués et qui donnaient les plus belles espérances, moururent ou devinrent, par sa faute, aveugles, fous ou lépreux, dès la première année d'essai : aucun ne resta sans courir quelque danger. N'est-ce pas de la barbarie envers le prochain ? Non content de ces rigueurs il leur fit porter la chape et la cagoule ; il leur interdit absolument l'usage de la viande... Au cœur de l'hiver, on les nourrissait d'un peu de pain, on leur faisait boire l'eau du puits, corrompue et dangereuse, quand le froid du matin ne l'avait pas gelée. J'en connais beaucoup qui, même aujourd'hui, ne peuvent se guérir des infirmités contractées à Montaigu. Il y avait quelques chambres basses dont le plâtre était moisi, et qu'empestait le voisinage des latrines. Personne ne les habita jamais sans y mourir ou prendre quelque maladie grave. Je ne parle pas de la cruauté avec laquelle on fouettait les écoliers, même innocents. On prétendait abattre ainsi l'orgueil ; entendez par orgueil toute noblesse de nature, que l'on s'ingéniait à ruiner, pour rendre les adolescents aptes à la vie monastique... Combien on y dévorait d'œufs pourris ! Combien on y buvait du vin gâté ! »[4].
  • Rabelais, parlant de ce «collège de pouillerie», met dans la bouche de Ponocratès, ces mots vengeurs : « Mieux sont traités les forçats chez les Maures et Tartares, les meurtriers en la prison criminelle, voire certes les chiens en votre maison, que ne sont ces malheureux audit collège ! Et si j'étais roi à Paris, le diable m'emporte si je ne mettais le feu dedans et ferais brûler et Principal, et Régent, qui endurent cette inhumanité devant leurs yeux. »
  • Proverbe : À Montaigu tout est aigu (Mons acutus, ingenium acutum, dentes acuti : Mont-Aigu, esprit et dents aigus).

Le collège de Montaigu est aussi un établissement d'enseignement secondaire situé sur la commune de Heillecourt en Meurthe-et-Moselle

Élèves et enseignants célèbres[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. J. Michelet Histoire de France tome 4 A. Lacroix & Cie 1876
  2. D'après Félibien (Histoire de Paris, tome I, p. 528), « L'habit de cette société était une cape fermée par devant comme en portaient les maîtres ès arts de la rue de Fouarre, et un camail aussi fermé par devant et par derrière, d'où leur nom de Capètes. Les parents ne pouvaient menacer leurs enfants d'un plus grand châtiment que de les faire Capètes. » Félibien
  3. Rabelais
  4. Erasmi Opera, 426, I, Colloquia : ; p. 806 et suiv. trd par Augustin Renaudet, Préréforme et Humanisme à Paris p. 267-8

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Félibien, Histoire de la ville de Paris, vol. I, Guillaume Desprez et Jean Desessartz,‎ 1725, 5 vol., p. 528
  • Marcel Godet : La congrégation de Montaigu (1490-1580) - Paris, Champion, 1912.