Notre-Dame de Paris (roman)

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Notre-Dame de Paris
Image illustrative de l'article Notre-Dame de Paris (roman)
Première page du manuscrit de Notre-Dame de Paris (BNF)

Auteur Victor Hugo
Genre roman
Pays d'origine Drapeau de la France France
Lieu de parution Paris
Date de parution 1831
Chronologie
Précédent Le Dernier Jour d'un condamné Claude Gueux Suivant

Notre-Dame de Paris (titre complet : Notre-Dame de Paris. 1482) est un roman de l'écrivain français Victor Hugo, publié en 1831.

Le titre fait référence à la cathédrale de Paris, Notre-Dame, qui est un des lieux principaux de l'intrigue du roman.

Présentation[modifier | modifier le code]

Structure[modifier | modifier le code]

Le roman se compose de 59 chapitres répartis en onze livres de longueur inégale. Dans la première édition du roman, paru chez Charles Gosselin en mars 1831, trois chapitres sont coupés en raison des contraintes de longueur imposées par l'éditeur : ce sont le chapitre « Impopularité » (VI, 4) ainsi que les deux chapitres formant le livre V (« Abbas beati Martini » et « Ceci tuera cela »). Ces chapitres sont publiés dans la deuxième édition, définitive, du roman, parue chez Eugène Renduel en décembre 1832[1].

Résumé[modifier | modifier le code]

L'intrigue se déroule à Paris en 1482. Les deux premiers livres (I et II) du roman suivent Pierre Gringoire, poète sans le sou. Gringoire est l'auteur d'un mystère qui doit être représenté le 6 janvier 1482 au Palais de justice en l'honneur d'une ambassade flamande. Malheureusement, l'attention de la foule est vite distraite, d'abord par le mendiant Clopin Trouillefou, puis par les ambassadeurs eux-mêmes, et enfin par l'organisation improvisée d'une élection du Pape des fous à l'occasion de la Fête des Fous qui a lieu ce jour-là. Le sonneur de cloches de Notre-Dame, Quasimodo, est élu Pape des Fous en raison de sa laideur. Le mystère finit par s'arrêter, faute de public. Gringoire, à cette occasion, entend parler d'Esmeralda, une danseuse bohémienne qui passe pour égyptienne. L'ayant aperçue, il la suit dans les rues de Paris à la tombée de la nuit. Esmeralda manque d'être enlevée par Quasimodo, lequel agit pour le compte d'un mystérieux homme vêtu de noir (qui n'est autre que l'archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo), mais elle est sauvée par l'intervention d'un capitaine de la garde, Phœbus de Châteaupers. Un peu plus tard, Gringoire recroise la route d'Esmeralda et continue à la suivre, mais il se retrouve sans le vouloir au cœur de la Cour des miracles, le quartier hanté par les pires truands de la capitale. Il manque d'y être pendu, et doit la vie à l'intervention d'Esmeralda qui le prend pour mari, mais seulement pour le sauver.

La Cour des miracles, illustration de Gustave Doré pour le roman.

Le livre III évoque Notre-Dame de Paris, son histoire et ses restaurations mal pensées, puis donne une vision d'ensemble de la ville de Paris telle qu'elle apparaissait à un spectateur médiéval regardant la capitale du haut des tours de la cathédrale.

Le livre IV, au cours d'une analepse, revient sur la naissance de Quasimodo, sur la jeunesse de Claude Frollo et sur les conditions dans lesquelles l'archidiacre a adopté le bossu. Frollo, dont la vie est entièrement consacrée à la quête du savoir, ne porte d'affection qu'à deux personnes : son frère Jehan, un écolier dissipé qui dépense régulièrement leurs maigres économies au cabaret et dans les maisons de passe ; et le bossu Quasimodo, qu'il a recueilli tout enfant lorsqu'il a été abandonné devant la cathédrale. Frollo n'a jamais éprouvé de passion pour les femmes, dont il a une piètre opinion, et il déteste les bohémiens.

Au livre V, Frollo, à qui son savoir et ses connaissances en théologie ont permis de devenir archidiacre de Notre-Dame, reçoit la visite de Jacques Coictier, médecin du roi, accompagné d'un mystérieux visiteur, le « compère Tourangeau ». Tous trois discutent de médecine et d'alchimie, et, en partant, le mystérieux personnage révèle être l'abbé de saint-Martin de Tours, c'est-à-dire le roi Louis XI en personne. Au cours de la discussion, Frollo a fait allusion à la révolution technique que représente l'invention de l'imprimerie : le livre va provoquer le déclin de l'architecture, qui représentait jusqu'à présent l'œuvre la plus aboutie de l'esprit humain. Dans le chapitre suivant, « Ceci tuera cela », Hugo développe cette réflexion de son personnage.

Au livre VI, Quasimodo est jugé au Châtelet pour sa tentative de rapt. L'affaire est écoutée par un auditeur sourd, et Quasimodo est sourd lui-même : le procès est une farce, et Quasimodo, sans avoir été écouté et sans avoir rien compris, est condamné à deux heures de pilori en place de Grève et à une amende. Sur la place de Grève, dans un entresol, se trouve le « Trou aux rats », qui sert de cellule à une recluse volontaire, la sœur Gudule. Un groupe de femmes, Gervaise, Oudarde et Mahiette, discute non loin de là ; Mahiette raconte l'histoire de Pâquette, surnommée la Chantefleurie, dont l'adorable fillette a été enlevée encore nouveau-née, quinze ans plus tôt, par des bohémiens, et remplacée par un enfant bossu dont on comprend qu'il s'agit de Quasimodo, plus tard recueilli par Frollo. La Chantefleurie aurait été rendue folle de douleur par la perte de sa fille, qu'elle n'a jamais retrouvée. Mahiette est persuadée que sœur Gudule n'est autre que la Chantefleurie, car celle-ci garde dans sa cellule un petit chausson d'enfant, seul souvenir de sa fille. De plus, la recluse voue une haine féroce aux bohémiens, et en particulier à Esmeralda. Peu après cette conversation, Quasimodo est amené en place de Grève et subit son supplice. Il doit son seul réconfort au geste généreux d'Esmeralda qui lui donne à boire.

Esmeralda donnant à boire à Quasimodo sur le pilori. Gravure de Gustave Brion pour le roman (édition Hugues, 1877).

Le livre VII commence plusieurs semaines plus tard. Esmeralda danse sur le parvis de Notre-Dame, tandis que Gringoire, qui s'est fait truand, est à présent jongleur. Esmeralda est regardée par la foule, mais aussi par Frollo, du haut des tours, et par Phœbus de Châteaupers. Celui-ci se trouve alors chez sa future épouse, Fleur-de-Lys, dont la maison fait face à la cathédrale. Reconnaissant la bohémienne, il la fait monter chez Fleur-de-Lys. Esmeralda, qui, en secret, est éperdument amoureuse de Phœbus, suscite la jalousie de Fleur-de-Lys à cause de sa beauté. Esmeralda est trahie par sa chèvre, Djali, à qui elle a appris à disposer des lettres pour former le nom de Phœbus : elle est alors chassée. Frollo accoste Gringoire pour le faire parler à propos d'Esmeralda, et comprend qu'elle est amoureuse de Phœbus. Les jours passent. Frollo devient peu à peu obsédé par sa passion pour l'Égyptienne et par sa jalousie pour Phœbus. Alors que son frère Jehan, qui dépense régulièrement tout son argent dans les cabarets et les maisons de passe, vient lui demander de lui prêter de l'argent, Claude Frollo reçoit la visite de maître Jacques Charmolue, et Jehan doit rester caché dans un coin pendant leur conversation. En quittant la cathédrale, Jehan croise Phœbus, qui est de ses amis. Phœbus, qui n'est nullement amoureux d'Esmeralda mais a envie de passer une nuit avec elle, a donné rendez-vous à la bohémienne dans un cabaret le soir même. Claude Frollo, qui a vu Jehan aborder Phœbus, abandonne son entretien avec Charmolue pour suivre discrètement les deux hommes. Lorsque Phœbus abandonne Jehan ivre mort après qu'ils ont bu ensemble, Claude l'aborde et demande à pouvoir assister à ses ébats avec la bohémienne, moyennant paiement ; Phœbus accepte. Esmeralda vient au rendez-vous, où Phœbus se montre très entreprenant ; mais au moment où elle va céder à ses avances, Claude Frollo surgit et poignarde le capitaine, avant de s'enfuir par une fenêtre donnant sur la Seine.

Au livre VIII, Esmeralda est arrêtée et jugée pour le meurtre de Phœbus de Châteaupers, qui a été gravement blessé. Elle est également soupçonnée de sorcellerie. Elle apprend que Phœbus est probablement mort, et, abattue, cesse de plaider son innocence. Soumise à la torture, elle avoue tout ce dont on l'accuse. Quelque temps après, Frollo vient la voir dans son cachot, confesse son amour pour elle et offre de l'aider, mais elle refuse et le repousse, toujours éprise de Phœbus dont elle le croit le meurtrier. En réalité, Phœbus a survécu et guérit progressivement, mais décide de s'abstenir de revoir Esmeralda, de peur que toute l'affaire ne compromette sa bonne réputation et son futur mariage. Quelques jours après, Phœbus se trouve chez Fleur-de-Lys au moment où Esmeralda est amenée sur le parvis de la cathédrale pour être pendue. Esmeralda aperçoit Phœbus vivant et l'appelle, mais il se retire précipitamment : Esmeralda, désespérée, s'abandonne à la mort. Mais Quasimodo intervient soudain, s'empare d'elle et la traîne dans l'église, où le droit d'asile la met à l'abri.

Au livre IX, Quasimodo veille sur Esmeralda dans la cathédrale, espérant peut-être la séduire, mais sans succès. Il tente de lui faire comprendre que l'apparence physique ne fait pas tout et que Phœbus ne l'aime pas, mais la bohémienne refuse d'entendre raison. L'amour de Quasimodo pour Esmeralda commence à prendre le dessus sur sa loyauté envers Frollo, au point que, lorsque Frollo tente de faire violence à la bohémienne, Quasimodo l'en empêche. Quasimodo tente de persuader Phœbus de venir voir Esmeralda, mais il échoue.

Au livre X, grâce à une idée de Gringoire approuvée par Frollo, tous deux ayant leur raison de vouloir sauver Esmeralda, les truands avec lesquels vivait Esmeralda viennent pour la délivrer. Jehan Frollo se fait par la suite tuer dans le tumulte. Frollo profite du désordre qui règne sur le parvis de Notre-Dame pour emmener Esmeralda avec lui hors de la cathédrale, accompagné de Gringoire.

Au livre XI, Esmeralda, Gringoire et Frollo quittent l'île. Gringoire s'enfuit avec Djali, la chèvre d'Esmeralda. Resté seul avec Esmeralda, Frollo lui réitère ses déclarations d'amour et essaie de la convaincre : il peut l'aider à s'échapper et ainsi la sauver de la mort si elle accepte de l'aimer. Mais elle refuse toujours. Furieux, il la livre aux griffes de la vieille recluse du Trou-aux-rats, en attendant l'arrivée en force de la Justice. Mais au lieu de cela, la sœur Gudule reconnaît en l'Égyptienne sa propre fille, Agnès, volée par des gitans quinze ans auparavant. Elle ne peut cependant en profiter, car les sergents de ville la retrouvent, et la traînent à nouveau au gibet. Du haut de Notre-Dame, Quasimodo et Frollo assistent à l'exécution, par pendaison, d'Esmeralda. Quasimodo, furieux, désespéré, précipite le prêtre du haut de la tour, et va lui-même se laisser mourir dans la cave de Montfaucon, tenant embrassé le cadavre d'Esmeralda, enfin uni à lui pour l'éternité.

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

  • Pierre Gringoire : le personnage de Gringoire s'inspire librement du poète et dramaturge réel du même nom. Dans le roman, Gringoire est un artiste sans le sou qui cultive une philosophie du juste milieu. Il suit Esmeralda jusqu'à la Cour des miracles, puis est sauvé de la pendaison par elle lorsqu'elle accepte de se marier avec lui (mais elle n'a pas le moindre sentiment pour lui). Gringoire se fait alors truand.
  • Esmeralda : Esmeralda est une bohémienne qui séjourne à la cour des miracles. Âgée de seize ans, elle gagne sa vie en dansant dans les rues de Paris et sur le parvis de Notre-Dame. Remarquable par sa beauté, elle incarne l'innocence et la naïveté. Les désirs qu'elle suscite sont le principal engrenage de la fatalité qui lui coûte également la vie à la fin du roman. Le malheur d'Esmeralda est causé par l'amour impossible qu'elle éveille chez l'archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo, qu'elle craint et déteste. De son côté, Esmeralda entretient une passion naïve et aveugle pour Phœbus de Châteaupers, un capitaine de la garde dont elle admire la beauté. Le bossu de Notre-Dame, Quasimodo, qui éprouve envers elle un amour sans illusion, tente en vain de lui faire comprendre que la beauté ne fait pas tout. Considérée par tous comme une « Égyptienne », Esmeralda est en réalité la fille perdue d'une Rémoise, Paquette.
  • Claude Frollo : lointainement inspiré d'un personnage réel, Claude Frollo est l'archidiacre de Notre-Dame, mû par sa foi et son appétit de savoir. Frollo entretient son frère Jehan, et a recueilli et élevé Quasimodo. Il se trouve par la suite déchiré entre son amour pour Dieu et la passion mêlée de haine qu'il voue à Esmeralda.
  • Quasimodo : abandonné par ses parents dès la naissance à cause de sa difformité, il a été déposé devant Notre-Dame. Frollo l'a recueilli et élevé, et est le seul à savoir communiquer avec lui par signes ou avec l'aide d'un sifflet. Bossu, borgne, sourd et boiteux, il apparaît au début du roman comme une brute à la botte de Frollo, mais se révèle ensuite doté de sensibilité et d'intelligence. L'amour et le dévouement qu'il porte à Esmeralda finissent par supplanter son obéissance envers Frollo.
  • Jehan Frollo : le jeune frère de Claude Frollo est un étudiant dissipé qui fréquente les truands de la Cour des miracles, mais compte aussi Phœbus de Châteaupers parmi ses connaissances de taverne. Lors de l'assaut de la cathédrale, il meurt fracassé contre la muraille de la cathédrale puis jeté dans le vide par Quasimodo.
  • Phœbus de Châteaupers : capitaine de la garde, il est attiré par la gitane Esmeralda sans avoir de réels sentiments pour elle. Il est déjà fiancé à Fleur-de-Lys, qui s'avère très jalouse de sa rivale.
  • Fleur-de-Lys de Gondelaurier: fiancée de Phœbus, elle est très jalouse d'Esmeralda. Elle ne pardonne à ce dernier qu'après la mort de sa rivale.
  • Clopin Trouillefou : Un des chefs de la bande des truands, il occupe une place importante à la Cour des miracles.
  • Louis XI de France : cruel, avare et calculateur, le roi de France n'apparaît que dans quelques scènes, mais il joue un rôle décisif dans la répression de la révolte des truands qui tentent de sauver Esmeralda. Intéressé par la quête de la pierre philosophale, il vient à Notre-Dame sous une fausse identité, celle du « compère Tourangeau », pour s'entretenir d'alchimie avec Claude Frollo. Louis XI apparaît fréquemment comme un personnage machiavélique dans les œuvres romantiques du XIXe siècle, et en particulier dans les romans de Walter Scott[2].

Genèse et publication du roman[modifier | modifier le code]

En 1828, l'éditeur parisien Gosselin propose à Victor Hugo d'écrire un roman dans la lignée de l'auteur écossais Walter Scott, alors très à la mode en France, et que Hugo apprécie beaucoup (il lui a consacré un article, « Sur Walter Scott, à propos de Quentin Durward », dans la revue La Muse française, en 1823)[3]. Le 15 novembre 1828, Victor Hugo signe un contrat avec l'éditeur Gosselin. Dans ce contrat, Hugo s'engage à livrer à Gosselin « un roman à la mode de Walter Scott »[4]. Le contrat d'origine prévoit la livraison du roman en avril 1829 ; en contrepartie, Gosselin s'engage à publier aussi deux autres projets de Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné et Les Orientales, et à rééditer ses deux romans précédents, Bug-Jargal et Han d'Islande[5]. Mais très vite, les retards s'accumulent et les rapports entre Hugo et Gosselin se détériorent complètement à partir du printemps 1830. Hugo est alors occupé par ses autres projets littéraires : l'écriture de la pièce Marion Delorme, qui n'est finalement pas créée au théâtre, et l'écriture et la création du drame romantique Hernani, puis la « bataille » à laquelle la pièce donne lieu à sa création le 25 février 1830. En mai 1830, après des menaces de procès de la part de Gosselin puis plusieurs médiations, Hugo s'engage à terminer le roman au plus tard le 1er décembre 1830, sous peine de devoir verser à l'éditeur des indemnités de retard de 10 000 francs ; la livraison du roman terminé doit valoir à Hugo 2 000 francs comptant, 2 000 à nouveau un peu plus tard, et un franc par exemplaire vendu[6].

La liberté guidant le peuple (28 juillet 1830) d'Eugène Delacroix représente les Trois Glorieuses qui surviennent pendant la rédaction de Notre-Dame de Paris.

En juin 1830, Hugo commence à rassembler la documentation nécessaire au roman, et rédige, en juin ou en juillet, un premier scénario. Fin juillet, il commence à peine la rédaction du premier chapitre lorsque la Révolution de Juillet éclate à la suite des ordonnances impopulaires prises par le roi Charles X. Hugo met précipitamment sa famille à l'abri et confie ses biens, dont ses manuscrits, à son beau-frère ; pendant ces déménagements, il égare un cahier contenant deux mois de notes de recherches documentaires. Il parvient à négocier un nouveau délai de deux mois, portant l'échéance au 1er février 1831[7]. Début septembre, il reprend la rédaction du roman, qui se poursuit cette fois sans nouvelle interruption majeure[8]. Dans une lettre à Gosselin le 4 octobre, Hugo indique que le roman sera probablement plus long que prévu, et demande à disposer de trois volumes, au lieu des deux prévus initialement : Gosselin refuse catégoriquement, à cause des dépenses supplémentaires que cela occasionnerait, ce qui contraint Hugo à mettre de côté trois chapitres (« Impopularité », « Abbas beati Martini » et « Ceci tuera cela »), qu'il compte bien publier plus tard dans une édition complète chez un autre éditeur[9]. La rédaction du roman est achevée le 15 janvier[8].

La première édition de Notre-Dame de Paris paraît ainsi chez Gosselin le 16 mars 1831, précédé d'une brève préface où Hugo évoque l'inscription « ἈΝΑΓΚΗ » (« Fatalité ») qu'il aurait vue « dans un recoin obscur de l'une des tours » et qui lui aurait inspiré le roman[8]. Dans cette préface, Hugo inclut une critique brève mais sévère contre les restaurations hâtives dont sont victimes les monuments historiques en général et Notre-Dame de Paris en particulier. Le 12 décembre 1832, Hugo publie chez Renduel une deuxième édition, définitive, intégrant les trois chapitres laissés de côté par l'édition Gosselin, ainsi qu'une « Note ajoutée à l'édition définitive »[10]. Dans cette Note, Hugo invente l'histoire d'un cahier contenant les trois chapitres qui se serait égaré et n'aurait été retrouvé qu'après la parution de la première édition, ce qui lui permet de passer sous silence les démêlés avec Gosselin[11]. Il insiste par ailleurs sur le fait que les chapitres sont inédits et non pas nouveaux.

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Au moment de sa parution, le roman de Hugo reçoit dans la presse française des critiques en majorité élogieuses[12]. En mars 1831, la critique de la Revue de Paris salue en particulier le talent avec lequel Hugo fait revivre le Paris du XVe siècle, et la façon dont il fait de la cathédrale « la grande figure du roman, sa véritable héroïne peut-être »[13]. Paul Lacroix, dans le numéro de mars-avril 1831 du Mercure du XIXe siècle, considère lui aussi la cathédrale comme « en quelque sorte le personnage principal du livre », et apprécie surtout la façon dont le roman, qu'il qualifie d'« immense ouvrage », coordonne ses différents éléments, ainsi que « la variété des tons et des couleurs […] l'alliance merveilleuse de la science à l'imagination »[13]. Le Journal des débats, en juin-juillet 1831, salue la puissance imaginative du roman, qui rend notamment possible la reconstitution du Paris médiéval, mais aussi la variété et l'éclat de son style[13].

Plusieurs critiques et écrivains, tout en formulant des avis favorables à propos du roman, lui reprochent un manque de spiritualité dans son évocation de la cathédrale et de la religion. Charles de Montalembert, dans le journal L'Avenir des 11 et 28 avril 1831, indique qu'il est de son devoir de signaler comme une erreur un « penchant vers la matière » qui prédomine selon lui dans le roman, et affirme plus loin : « on n'y voit nulle trace d'une main divine, nulle pensée de l'avenir, nulle étincelle immortelle ». Sainte-Beuve, dans un article paru en juillet 1832 dans le Journal des débats, reproche au roman son « ironie qui joue, qui circule, qui déconcerte, qui raille et qui fouille, ou même qui hoche la tête en regardant tout d'un air d'indifférence », tandis que le traitement des personnages n'abandonne cette ironie que pour obéir à une logique de fatalité que Sainte-Beuve juge dépourvue de toute pitié, et il en conclut : « Il manque un jour céleste à cette cathédrale ; elle est comme éclairée d'en bas par des soupiraux d'enfer ». Le poète Lamartine émet un avis proche dans une lettre qu'il adresse à Hugo le 1er juillet 1831[14] après avoir lu le roman : tout en qualifiant le livre de « Shakespeare du roman » et d'« épopée du Moyen Âge », il le juge « immoral par le manque de Providence assez sensible ».

L'avis le plus sévère est celui du romancier Honoré de Balzac, qui écrit à Berthoud le 19 mars 1831[15] : « Je viens de lire Notre-Dame — ce n'est pas de M. Victor Hugo auteur de quelques bonnes odes, c'est de M. Hugo auteur d’Hernani — deux belles scènes, trois mots, le tout invraisemblable, deux descriptions, la belle et la bête, et un déluge de mauvais goût — une fable sans possibilité et par-dessus tout un ouvrage ennuyeux, vide, plein de prétention architecturale — voilà où nous mène l'amour-propre excessif. »

Thèmes principaux[modifier | modifier le code]

Un roman historique[modifier | modifier le code]

Notre-Dame de Paris relève du genre du roman historique, qui est à la mode au début du XIXe siècle[16], de même que la période du Moyen Âge qui suscite un intérêt nouveau de la part des écrivains et des poètes à partir des années 1820, sous l'impulsion d'auteurs comme Chateaubriand ou Madame de Staël[17]. Le chapitre « Paris à vol d'oiseau », en particulier, présente une tentative de reconstitution historique du Paris de 1482.

Mais Victor Hugo ne se considère pas comme tenu de respecter la vérité historique à tout prix et n'hésite pas à modifier le détail des faits et à resserrer l'intrigue pour faire mieux ressortir le caractère de personnages historiques comme Louis XI ou pour mettre en avant sa vision de l'Histoire[18]. En cela, il applique à son roman les principes exposés dans un article « À propos de Walter Scott » qu'il a publié en 1823, et où il affirme : « j'aime mieux croire au roman qu'à l'histoire, parce que je préfère la vérité morale à la vérité historique[19] ».

La réflexion philosophique : entre progrès de l'histoire et drame de la fatalité[modifier | modifier le code]

Le roman historique tel que le conçoit Hugo comporte également une part de réflexion philosophique et morale[20]. Sa mise en scène du XVe siècle et d'événements tels que le soulèvement populaire pour libérer Esmeralda vise moins à une reconstitution exacte de l'époque qu'à nourrir une réflexion politique adressée aux lecteurs français du XIXe siècle vivant sous la monarchie de Charles X. Le roman propose une philosophie de l'histoire et une théorie du progrès exposés en détail dans le chapitre « Ceci tuera cela ». Quant au sort tragique des personnages principaux, il nourrit une réflexion sur le destin traversée par la notion d’Anankè (Fatalité).

Un cadre de réflexion politique[modifier | modifier le code]

La dimension politique du roman fournit à Hugo l'occasion d'affirmer, de manière plus ou moins directe, ses convictions politiques sur plusieurs sujets. Le combat le plus explicite mené par l'auteur à l'occasion du roman est un plaidoyer pour la préservation du patrimoine architectural dont la cathédrale Notre-Dame de Paris n'est que l'un des représentants les plus connus, et qui est mis en péril à l'époque du roman par des destructions pures et simples ou par des restaurations qui défigurent l'architecture d'origine des monuments : Hugo poursuit en cela le combat entamé plusieurs années plus tôt, par exemple dans un article qu'il publie en 1825, « Guerre aux démolisseurs ! », dont des rééditions paraissent en 1829 et 1932 (la seconde remaniée et augmentée)[21]. Hugo mène également une réflexion sur la justice : la justice médiévale est présentée dans le chapitre « Coup d'œil impartial sur l'ancienne magistrature » comme une mascarade injuste où l'accusé pauvre est condamné d'avance et est tournée en dérision jusqu'à l'absurde dans une scène de satire féroce (le procès de Quasimodo, accusé sourd condamné par un juge sourd sans que ni l'un ni l'autre n'aient rien compris à l'affaire) ; mais elle est aussi montrée comme soumise à l'irrationnel et à la superstition (le procès d'Esmeralda condamnée pour sorcellerie)[22]. De plus, lorsqu'il décrit le gibet de la place de Grève, Hugo donne une évocation effrayante de la peine de mort, qu'il dénonce comme barbare et qu'il affirme destinée à être abolie par le progrès de l'Histoire : il poursuit en cela le combat entamé avec Le Dernier Jour d'un condamné, dont la première édition paraît anonymement en 1829 (avant Notre-Dame de Paris) et qu'il complète d'une préface signée de son nom lors de la réédition de 1832. Enfin, le roman contient une réflexion politique sur le pouvoir royal à travers le personnage de Louis XI.

La part du fantastique[modifier | modifier le code]

Couverture de la première édition du Moine de Lewis en 1796.

Les dimensions philosophique et politique du roman n'empêchent pas par ailleurs celui-ci d'emprunter en partie ses procédés au roman gothique anglais du XVIIIe siècle, avec la part de fantastique qu'il contient : le principal personnage de Notre-Dame de Paris rattachant le roman à ce genre est l'archidiacre Claude Frollo, qui s'inscrit dans la lignée de la figure de l'homme d'Église maudit et possédé par le démon tel qu'il apparaît dans les textes fondateurs du genre comme Le Moine de Lewis (paru en 1796) ou Melmoth ou l'homme errant de Charles Robert Maturin (paru en 1820). Plusieurs scènes de l'intrigue reprennent des procédés narratifs courants du genre, comme les enlèvements, les enfermements ou la persécution d'un personnage par un autre (en l'occurrence celle d'Esmeralda par Frollo). Si aucun événement du roman ne relève réellement du surnaturel, les personnages baignent dans un univers de croyances qui provoque leur effroi ou, dans le cas de Frollo, une dérive vers le mal et la folie ; le fantastique réside davantage dans la perception qu'ont les personnages du monde qui les entoure, et que Hugo rend sensible grâce aux procédés de la narration romanesque qu'il emprunte au roman gothique[23].

Postérité[modifier | modifier le code]

Gérard de Nerval, dès 1832[24], mentionne le roman dans un poème, « Notre-Dame de Paris », où il évoque les hommes de l'avenir qui viendront contempler la cathédrale, « Rêveurs, et relisant le livre de Victor »[25]. En 1833, l'historien Jules Michelet évoque le roman dans son Histoire de France au Moyen Âge : « Je voulais du moins parler de Notre-Dame de Paris, mais quelqu'un a marqué ce monument d'une telle griffe de lion, que personne désormais ne se hasardera d'y toucher. C'est sa chose désormais, c'est son fief, c'est le majorat de Quasimodo. Il a bâti, à côté de la vieille cathédrale, une cathédrale de poésie, aussi ferme que les fondements de l'autre, aussi haute que ses tours »[26].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Ce roman a fait l'objet de plusieurs adaptations :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Repères chronologiques dans l'édition Pocket du roman (1989), p. 605-606.
  2. Durand-Le Guern (2004), p. 31 et suivantes.
  3. Scepi (2006), p. 20-21.
  4. Contrat cité par G. Malandain dans la préface à l'édition Pocket (1989), p. 7.
  5. Scepi (2006), p. 21-22.
  6. Scepi (2006), p. 23-24.
  7. Scepi (2006), p. 26.
  8. a, b et c Repères chronologiques dans l'édition Pocket du roman (1989), p. 605.
  9. Scepi (2006), p. 27.
  10. Repères chronologiques dans l'édition Pocket du roman (1989), p. 606.
  11. Scepi (2006), p. 28.
  12. Scepi (2006), p. 214.
  13. a, b et c Scepi (2006), p. 215.
  14. Alphonse de Lamartine, Correspondance (1830-1867), t. I, Paris, Champion, 2000, p. 370-371.
  15. Honoré de Balzac, Correspondance, édition de R. Pierrot, Garnier, 1969, p. 810.
  16. Scepi (2006), p. 41.
  17. Scepi (2006), p. 54-56.
  18. Scepi (2006), p. 41-44.
  19. Victor Hugo, Œuvres complètes, Critique, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2002, p. 150.
  20. Scepi (2006), p. 44-49.
  21. Introduction à l'édition Pocket du roman (1989), p. 9-10.
  22. Scepi (2006), p. 66-70.
  23. Scepi (2006), p. 49-54.
  24. Date donnée pour le poème dans le dossier littéraire de l'édition Pocket du roman (1989), p. 639.
  25. Gérard de Nerval, « Notre-Dame de Paris ». [lire en ligne]
  26. Jules Michelet, Histoire de France au Moyen Âge, 1833, t. III, livre IV, chapitre 8, Mayon et Flammarion, 1879, p. 211.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions du roman utilisées[modifier | modifier le code]

  • Notre-Dame de Paris, 1842, Éd. Samuel Silvestre de Sacy, Paris, Gallimard, 2002 (ISBN 978-2-07-042252-4)
  • Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, préface et commentaire de Gabrielle Malandain, Paris, Pocket, 1989.

Commentaires et études[modifier | modifier le code]

  • Muguras Constantinescu, « Figures de la sorcière chez Hugo », dans Cahiers de recherches médiévales et humanistes, no 11, 2004, p. 111-119.[lire en ligne]
  • Isabelle Durand-Le Guern, « Louis XI entre mythe et histoire », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, no 11, 2004, p. 31-45. [lire en ligne]
  • Isabelle Durand-Le Guern, « Notre-Dame de Paris ou l’intériorisation du gothique », Revue de littérature comparée, no 334, 2010.
  • Edmond Huguet, Quelques sources de Notre-Dame de Paris, Paris, Armand Colin, 1902.
  • Myriam Roman « Notre-Dame De Paris, Les Proscrits, Maître Cornélius. Variations philosophiques sur le roman Moyen Âge », L'Année balzacienne 1/2006 (no 7), p. 119-141. [lire en ligne]
  • Henri Scepi, Henri Scepi commente Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, Paris, Gallimard, « Foliothèque », 2006.
  • Pascal Tonazzi, Florilège de Notre-Dame de Paris, Paris, Arléa, 2007. (ISBN 2869597959)

Sur les adaptations de Notre-Dame de Paris[modifier | modifier le code]

  • Delphine Gleizes « De l'œuvre de Victor Hugo à ses adaptations : une histoire de filiations », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 4/2004 (no 51-4), p. 39-57. [lire en ligne]
  • Christine Detrez « Vues a la télé : Cosette, Nana, Juliette et les autres… », Réseaux, 1/2003 (no 117), p. 133-152. [lire en ligne]
  • (en) Kathryn M. Grossman, « From Classic to Pop Icon: Popularizing Hugo », The French Review, vol. 74, no 3, février 2001, p. 482-495.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]