Judith Gautier

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Judith Gautier

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Judith Gautier par Nadar, vers 1880

Nom de naissance Louise Charlotte Ernestine Gautier
Autres noms Judith Walter
Naissance 25 août 1845
Paris
Décès 26 décembre 1917
Saint-Énogat
Langue d'écriture français

Compléments

fille de Théophile Gautier

Louise Charlotte Ernestine Gautier, dite Judith Gautier, par son mariage Madame Catulle Mendès, est une femme de lettres française, née à Paris le 25 août 1845 et morte à Saint-Énogat (aujourd’hui Dinard) le 26 décembre 1917. Elle est inhumée à Dinard dans le quartier de Saint-Énogat, où elle possédait une maison, « Le pré aux oiseaux »[1].

Judith Gautier fut l'une des femmes les plus fascinantes de son époque, ayant reçu en partage le talent littéraire, une beauté inouïe, une excentricité totale et une inépuisable générosité[non neutre]. Avec son profil grec, ses yeux noirs légèrement bridés, sa masse de cheveux surmontant un visage très blanc et des formes sculpturales, elle eut de nombreux admirateurs : « C'est le plus parfait de mes poèmes », disait d'elle son père, le célèbre Théophile Gautier.

Biographie[modifier | modifier le code]

Judith Gautier, portrait de John Singer Sargent, 1885

Fille de l'écrivain Théophile Gautier et d'Ernesta Grisi (la sœur de la danseuse Carlotta Grisi), elle passa sa petite enfance dans une liberté quasi-absolue et sous la surveillance d'une nourrice à sa dévotion, qui ne lui rendirent que plus pesant son internement au pensionnat Notre-Dame-de-la-Miséricorde.

Enfin, son père la fit venir auprès de lui et de sa plus jeune sœur, Estelle. C'est là qu'elle fit montre de talents originaux, et qu'elle fit la connaissance de nombreux amis de son père, parmi lesquels Baudelaire ou les frères Goncourt. Elle parle elle-même de son enfance dans Le Collier des jours (1904).

La première contribution de Judith Gautier à la littérature fut la publication d'un article sur la traduction française d'Euréka, d'Edgar Poe, par Baudelaire[2]. Ce dernier fut absolument bouleversé par l'article de Judith.

Théophile Gautier recueillit un jour un lettré chinois du nom de Ding Dunling, réfugié politique en France, qui apprit à Judith la langue chinoise et l'initia à la civilisation, notamment la littérature, de l'Empire du Milieu. À vingt-deux ans, elle publia Le Livre de Jade, une collection d'anciens poèmes chinois, choisis et traduits avec l'assistance de son précepteur, et ce premier livre lui assura d'emblée un grand succès auprès des lettrés de l'époque. Judith Gautier atteint peu après un succès encore plus éclatant avec la publication de ses deux premiers romans, Le Dragon impérial (1869) et L'Usurpateur (1875).

Son père était entouré d'un cercle cosmopolite – recevant constamment Théodore de Banville, Gustave Flaubert, Edmond de Goncourt, Charles Baudelaire, Champfleury, Arsène Houssaye, Gustave Doré... – où elle faisait des ravages. Un prince persan la poursuivit longtemps de ses assiduités. Mais Judith finit par tomber amoureuse de Catulle Mendès, un écrivain jeune, très séduisant et, alors, talentueux. Cependant, cette histoire d'amour et leur projet de mariage déplut souverainement à Théophile Gautier et entraîna la séparation des parents de Judith, car Ernesta soutenait sa fille. Le mariage eut lieu, sans la présence de Théophile, en 1866. Ce dernier savait, par son enquête personnelle, que Catulle Mendès était un personnage de très mauvaise vie, et il avait prévu que le mariage n'apporterait que le malheur à sa fille. C'est ce qui arriva en effet, et celle-ci fut très malheureuse, pendant plusieurs années. Les jeunes époux finirent par se séparer, et Catulle put se livrer à sa passion pour sa maîtresse Augusta Holmès, qui avait eu de lui plusieurs enfants avant et pendant son mariage avec Judith. Les deux époux divorcèrent officiellement lorsque la loi le permit, c'est-à-dire de nombreuses années plus tard.

Cette expérience eut une influence sur tout le reste de la vie de Judith, qui ne prit jamais d'autre époux et garda toujours une certaine méfiance à l'égard des hommes. Son compagnon ordinaire fut le musicien d'origine hollandaise Benedictus, personnage tout à sa dévotion, d'un naturel très discret et toujours prêt à satisfaire les moindres caprices de son égérie.

Auparavant, à l'été 1869, Judith et Catulle, accompagnés de Villiers de l'Isle-Adam, rendirent visite à Richard Wagner à Tribschen, près de Lucerne (voir son récit dans Le troisième rang du collier)[3]. On dit qu'elle lui inspira les « filles-fleurs » de Parsifal et qu'il écrivit près d'elle le troisième acte de Siegfried. Elle fut une habituée de Bayreuth, enseignant au maître les subtilités des mystiques orientaux. Peut-être ne fut-elle pas sa maîtresse, mais elle fut assurément son dernier amour. Elle-même écrivit plusieurs livres sur Wagner, sur son dernier opéra, Parsifal, et sur leurs relations.

Elle fascina également Victor Hugo, qui écrivit en son honneur l'un de ses très rares sonnets, et après le retour de celui-ci en France (septembre 1870) et la mort de Théophile Gautier (1872), elle devint sa maîtresse[4]. Elle subjugua également Jean Lorrain, rencontré en 1873 lors de vacances à Fécamp.

Elle se sépara de Catulle Mendès, qui entretenait depuis plusieurs années une liaison avec la compositrice Augusta Holmès, en 1878 — le divorce fut prononcé en décembre 1896 — et s'installa 31 rue Washington (VIIIe arrondissement), dans un charmant appartement rempli de bouddhas où elle tenait salon tous les dimanches. Mais elle passait aussi beaucoup de temps dans sa villa en Bretagne, à Saint-Énogat, où elle étudiait l'occultisme aux échos des légendes celtes.

À la fin des années 1870, Judith Gautier publia son troisième roman, Lucienne, qui retint moins l'attention que ses précédents livres, peut-être parce que ce roman se passait en France et non plus dans un cadre oriental.

Durant les années 1880 et 1890, elle publia plusieurs recueils d'articles et de contes, ainsi qu'une nouvelle, Isoline, et que plusieurs romans, dont La conquête du Paradis, Le Roman d'un éléphant blanc et Iskender. Son recueil de poèmes traduits du japonais Les poèmes de la libellule, tiré dans une édition de luxe, fit également sensation. On peut encore ajouter qu'elle écrivit un certain nombre de pièces de théâtre. À partir de 1904, elle publia trois volumes de souvenirs, Le Collier des jours, Le Second rang du collier et Le Troisième rang du collier, exemples d'autobiographie. À la même époque, elle continue de fournir un recueil de nouvelles, Le Paravent de Soie et d'or. Son ami Pierre Louÿs écrivit, dans une annexe du Pré aux oiseaux, sa plus célèbre œuvre, Aphrodite. Judith fréquentait Péladan ou encore Pierre Loti, avec lequel elle écrit une pièce de théâtre destinée à Sarah Bernhardt, La fille du ciel (1911) — la comédienne décida malheureusement de ne point jouer cette pièce. Le dernier roman de Judith, Le roman d'un grand chanteur (1912) est en réalité la biographie de l'un de ses cousins italiens, Mario de Candia.

En 1904, le comité du Prix Fémina sollicita son adhésion. Mais la consécration survint en octobre 1910, lorsqu’elle devint la première femme à entrer à l’Académie Goncourt[5],[6]. Élue au second couvert à la mort de Jules Renard, elle prit ironiquement la place de celui qui la désignait comme « une vieille outre noire, mauvaise et fielleuse, couronnée de roses comme une vache de concours ». Malgré l'ampleur de l'honneur, Judith siégea fort peu dans cette assemblée.

Dans la dernière époque de sa vie, Judith Gautier est accompagnée d'une jeune fille toute à sa dévotion, Suzanne Meyer-Zundell. Cette relation fait que certains auteurs envisagent aujourd'hui une éventuelle homosexualité de Judith Gautier. Mais elle était âgée alors de plus de 60 ans.

Judith Gautier meurt, de fatigue, à l'âge de 72 ans dans sa propriété de Saint-Énogat, avant la fin de la Première Guerre mondiale.

Le Livre de Jade[modifier | modifier le code]

Le Livre de Jade a paru en 1867 sous le pseudonyme de Judith Walter. Une deuxième édition, « corrigée et augmentée », sous-titrée « Poèmes traduits du chinois par Judith Gautier » a paru en 1902. Dans cette édition, aux soixante et onze poèmes provenant de l’édition de 1867 sont ajoutés trente-neuf autres poèmes. Les poèmes parus en 1867, « variations » sur les poèmes chinois, n'ont que peu de rapport avec les textes originaux. Certains sont des adaptations des traductions faites par le sinologue Hervey-Saint-Denis dans Poésies de l'époque des Thang, et une bonne partie sont des créations de Judith Gautier elle-même. Dans l'édition de 1902, d'après F. Stocès, vingt-deux poèmes sur les cent dix sont de véritables traductions, et vingt-cinq adaptés ou inspirés de Hervey-Saint-Denis. Le succès de l'ouvrage, republié plusieurs fois et traduit en plusieurs langues, a donné au public une image de la poésie chinoise parfois très éloignée de la réalité[7].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Melle Judith Gautier à la Fourberie, John Singer Sargent, vers 1883-1885.
  • Le Livre de Jade, recueil de poèmes chinois anciens (1867), sous le pseudonyme de Judith Walter, remanié et republié en 1902 [édition de 1867] sur gallica ; [édition de 1902]
  • Le Dragon impérial, roman (1869), sous le nom de Judith Mendès. Texte sur wikisource
  • L'Usurpateur, roman (1875), sous le nom de Judith Mendès, couronné par l'Académie française et publié de nouveau en 1887 sous le titre La Sœur du soleil. Texte sur wikisource
  • Lucienne, roman (1877). Texte sur wikisource
  • Les Cruautés de l'amour, recueil de quatre nouvelles (1879)
  • Les Peuples étranges, recueil d'articles sur la Chine (1879)
  • Le Ramier blanc, pièce de théâtre (1890)
  • Isoline, nouvelle (1882)
  • Isoline et La fleur-serpent, et autres nouvelles (1882). Comprend : Isoline, La Fleur-serpent, Trop tard, L'Auberge des roseaux-en-fleur, La Tunique merveilleuse, Le Fruit défendu. Texte sur Gallica
  • Richard Wagner et son œuvre poétique depuis "Rienzi" jusqu'à "Parsifal", essai (1882). Texte sur wikisource
  • La Femme de Putiphar (1885)
  • Iseult, conte (1885)
  • Poèmes de la libellule, recueil de poèmes traduits du japonais (1885)
  • La Marchande de sourires, drame en 5 actes, Théâtre de l'Odéon, 21 avril 1888
  • Fleurs d'Orient, contes (1893). Texte sur wikisource
  • Le Vieux de la montagne, roman (1893). Texte sur wikisource
  • Parsifal (1893)
  • La Barynia, pièce de théâtre (1894)
  • Iskender, histoire persane, roman (1886)
  • Souvenir d’une folle soirée — Une charade chez Richard Wagner, in « Cosmopolis », no 9, septembre 1896, p. 765-774 ; texte sur Gallica
  • Le lion de la victoire et La reine de Bengale (1887), les deux parties du roman La conquête du Paradis, plusieurs fois remanié et publié
  • Les noces de Fingal, poème (1888)
  • Les musiques bizarres à l'Exposition, avec Bénédictus (1889)
  • Tokyo, chapitre du livre collectif Les capitales du monde (1892)
  • Le roman d'un éléphant blanc (1893), qui fut illustré par Mucha l'année suivante. Texte sur wikisource
  • La Camargo, pièce de théâtre (1893)
  • La sonate au clair de lune, pièce de théâtre (1894)
  • Parsifal (1898)
  • Khou-en-atonou, contes (1898)
  • Une fausse conversion, pièce de théâtre d'après l'œuvre de Gautier père (inédit) (1899)
  • Les Princesses d'amour, roman (1900). Texte sur wikisource
  • Les Musiques bizarres à l'Exposition de 1900, recueil de morceaux musicaux asiatiques, en collaboration avec Bénédictus (1900)
  • Le paravent de soie et d'or (1904)
  • Le livre de la foi nouvelle (1900)
  • Le Collier des jours, souvenirs (1904). Texte sur Gallica
  • Princesses d'amour, pièce de théâtre inédite (1908)
  • Tristiane, pièce de théâtre parue en revue seulement (1910)
  • Embûche fleurie, pièce de théâtre inédite (1911)
  • L'Apsara, pièce de théâtre
  • Mlle de Maupin, pièce de théâtre d'après le roman de Gautier père (inédit)
  • En Chine, ouvrage de vulgarisation (1911)
  • Dupleix, ouvrage de vulgarisation (1912)
  • L'Inde éblouie, refonte du roman "La conquête du paradis" (1913)
  • Le Second Rang du collier, souvenirs. Texte sur Gallica
  • Le Troisième Rang du collier, souvenirs (1909). Publié dans La Revue de Paris, 1909. Texte sur wikisource
  • Poésies (1911)
  • Le roman d'un grand chanteur, roman (1912)
  • La vierge de prompt-secours, ouvrage théâtral (1912)
  • Lettres inédites de la marquise de Sévigné (1913)
  • Parsifal (1914)
  • Les grandes et petites querelles de Richard Wagner, article publié dans « Le Temps » le 12 février 1914, p. 3-4. Texte sur Gallica
  • Le Japon, ouvrage de vulgarisation (1912)
  • Les parfums de la pagode (1919), recueil de contes
  • Un général de cinq ans, conte contemporain sur la guerre, illustré par sa sœur Estelle Gautier
  • Auprès de Richard Wagner, souvenirs (1861-1882), avant-propos par Gustave Samazeuilh, Paris, Mercure de France, (1943)

Citations[modifier | modifier le code]

De Judith Gautier : « Indépendante j'ai vécu, indépendante je vieillis, indépendante je mourrai. »

De Remy de Gourmont :

« Voilà donc une femme dont la vie d’imagination s’est passée tout entière en Asie ; ses études et beaucoup de ses lectures ont porté sur des littératures profondément différentes des nôtres ; ses relations sociales même se sont ressenties de ce goût si prononcé pour l’exotisme. Il est difficile d’aller chez Mme Judith Gautier sans y rencontrer quelque Japonais mal travesti par le costume européen, ou deux ou trois brillants Mandarins en robe nationale, dont la tresse se balance sur leur dos, cependant qu’avec une politesse charmante ils s’inclinent. Son salon est une académie asiatique. »

De Théodore de Banville :

« La ligne du nez continue celle du front […]. Les cheveux noirs sont légèrement frisottant et crespelés, ce qui leur donne l’air ébouriffé ; le teint brun mat, les dents petites et espacées, les lèvres pourprées d’un rouge de corail, les yeux petits et un peu enfoncés, mais très vifs et qui prennent l’air malin quand le rire les éclaire, les narines ouvertes, les sourcils fins et droits, l’oreille exquise, le col un peu fort et très bien attaché, sont d’une sphynge tranquille et divine. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le pré aux oiseaux
  2. Encyclopædia Universalis
  3. En se repérant à l'aide du Journal de Cosima Wagner, la chronologie du déplacement du couple Mendès et de Villiers de l'Isle-Adam est la suivante :
    • première visite à Tribschen : du 16 au 25 juillet 1869 ;
    • séjour à Munich (exposition de peinture, préparatifs de la première de L'Or du Rhin avec visite incognito de Wagner du 31 août au 2 septembre, rencontre de Hans Richter, Franz Liszt, Franz Servais) : du 25 juillet au 13 septembre ;
    • Tribschen de nouveau, avec Franz Servais : du 13 septembre au 18 ou 19 septembre.
  4. Alain Rubens, Victor Hugo et le sexe, article de L'Expess le 13 février 2012 (consulté le 18 juin 2014)
  5. Patricia Izquierdo, Devenir poétesse à la belle époque. Etude littéraire, historique et sociologique, L'Harmattan,‎ 2009, p. 92
  6. Laure Dolique, Judith Gautier, L'Harmattan, 2007, p. 367
  7. Ferdinand Stocès « Sur les sources du Livre de Jade de Judith Gautier (1845-1917) », Revue de littérature comparée, 3/2006, no  319, p. 335-350 [lire en ligne]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Édition des œuvres[modifier | modifier le code]

  • Yvan Daniel (éd.), Œuvres complètes de Judith Gautier, Romans, Contes et Nouvelles, Paris, Classiques Garnier, coll. « Littérature française du XIXe siècle », vol. I, 2011
  • Yvan Daniel (éd.), Le Livre de Jade, Paris, Imprimerie Nationale / Actes Sud, coll. "La Salamandre", 2004

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bettina Knapp, Judith Gautier, une intellectuelle française libertaire, traduit de l'américain par Daniel Cohen, Éditions l'Harmattan, 2007
  • Anne Danclos, La vie de Judith Gautier. Égérie de Victor Hugo et de Richard Wagner, Paris, Barré et Dayez, 1990
  • Joanna Richardson, Judith Gautier, traduit de l'anglais par Sara Oudin, Paris, Seghers, 1989
  • Dita Camacho, Judith Gautier. Sa vie et son œuvre, 1939. C'est la première biographie de Judith Gautier
  • Le Japon et la Chine dans les œuvres de Judith Gautier + Poèmes de la libellule. présentation Brigitte Koyama-Richard (ISBN 978-4-86166-037-5) présentation
  • Denise Brahimi, « Judith Gautier, ses pères, sa mère, son œuvre », Romantisme, 1992, volume 22, numéro 77, p. 55-60 [lire en ligne]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]