Gavroche

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Gavroche à 11 ans
Dessin de Victor Hugo (encre et lavis, 1850)
Gavroche
Illustration d'Émile Bayard
Éléphant de la Bastille servant d'abri à Gavroche
Illustration par Gustave Brion
Gavroche et ses frères
(Les Garçons de la rue)
Œuvre d'Antonio Sciortino
Jardin public Il-Barrakka ta' Fuq
La Valette (Malte)
Gavroche récupère les cartouches
Illustration de Pierre Georges Jeanniot (1887)
« Navet, l'ami à Gavroche »[1]
Dessin de Victor Hugo (encre et lavis)

Gavroche est un personnage du roman Les Misérables de Victor Hugo, qui prend les traits d'un enfant parisien .

Naissance du « gamin » de Paris[modifier | modifier le code]

« La gaminerie parisienne est presque une caste. On pourrait dire : n'en est pas qui veut.
Ce mot, gamin, fut imprimé pour la première fois et arriva de la langue populaire dans la langue littéraire en 1834. C'est dans un opuscule intitulé Claude Gueux que ce mot fit son apparition. Le scandale fut vif. Le mot a passé. »

— Victor Hugo, Les Misérables (Tome III. Marius – Livre Premier : Paris étudié dans son atome – Chapitre 7. Le gamin aurait sa place dans les classifications de l'Inde)

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Gavroche, archétype du gamin de Paris[modifier | modifier le code]

« Paris a un enfant et la forêt a un oiseau ; l'oiseau s'appelle le moineau ; l'enfant s'appelle le gamin. »

« Accouplez ces deux idées qui contiennent, l'une toute la fournaise, l'autre toute l'aurore, choquez ces étincelles, Paris, l'enfance ; il en jaillit un petit être. Homuncio, dirait Plaute.
Ce petit être est joyeux. Il ne mange pas tous les jours et il va au spectacle, si bon lui semble, tous les soirs. Il n'a pas de chemise sur le corps, pas de souliers aux pieds, pas de toit sur la tête ; il est comme les mouches du ciel qui n'ont rien de tout cela. Il a de sept à treize ans, vit par bandes, bat le pavé, loge en plein air, porte un vieux pantalon de son père qui lui descend plus bas que les talons, un vieux chapeau de quelque autre père qui lui descend plus bas que les oreilles, une seule bretelle en lisière jaune, court, guette, quête, perd le temps, culotte des pipes, jure comme un damné, hante les cabarets, connaît des voleurs, tutoie des filles, parle argot, chante des chansons obscènes, et n'a rien de mauvais dans le cœur. C'est qu'il a dans l'âme une perle, l'innocence, et les perles ne se dissolvent pas dans la boue. Tant que l'homme est enfant, Dieu veut qu'il soit innocent.
Si l'on demandait à la grande et énorme ville : Qu'est-ce que c'est que cela ? elle répondrait : C'est mon petit. »

— Victor Hugo, Les Misérables (Tome III. Marius – Livre Premier : Paris étudié dans son atome – Chapitre 1. Parvulus)

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Biographie du personnage[modifier | modifier le code]

Né en 1820, il est le fils des Thénardier qui ne l'aiment pas, ne veulent pas de lui et c'est pour cela qu'il vit dans la rue (il a l'habitude de dire « Je rentre dans la rue » quand il sort d'une maison). Il ne les voit que de temps à autre, mais il aidera tout de même son père à s'évader de prison. Gavroche connaît ses sœurs aînées, Éponine et Azelma, mais pas ses deux frères cadets qui ont été adoptés en très bas âge suite à une sordide tractation de leurs parents. Après l'arrestation de leur mère adoptive, alors que les deux enfants se retrouvent à la rue, Gavroche les recueille sans savoir que ce sont ses frères. Mais ils s'égarent dans Paris le lendemain et on ne les revoit qu'une seule fois, cherchant à manger. Le lecteur ne sait pas ce qu'ils sont devenus.

Gavroche connaît bien la bande « Patron-Minette », des malfaiteurs que Thénardier sollicite pour ses mauvais coups.

Gavroche meurt le 6 juin 1832, peu après Éponine, près de la même barricade de la rue de la Chanvrerie, pendant l'Insurrection républicaine à Paris en juin 1832, en tentant de récupérer des cartouches non brûlées pour ses camarades insurgés et en chantant une célèbre chanson qu'il n'a pas le temps d'achever (Tome V. Jean Valjean – Livre Premier : La Guerre entre quatre murs – Chapitre 15. Gavroche dehors) :

On est laid à Nanterre,
C'est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C'est la faute à Rousseau.

Je ne suis pas notaire,
C'est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C'est la faute à Rousseau.

Joie est mon caractère,
C'est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C'est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,
C'est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C'est la faute à... [Rousseau]

Le Genevois Jean-François Chaponière (1769-1850) est le père du refrain de cette chanson : il se moque du mandement écrit par le clergé le 5 février 1785, qui devait dissuader les fidèles d'écouter les philosophes des Lumières comme Voltaire et Rousseau. C'est en 1832 qu'apparaît la deuxième version de cette chanson écrite par le chansonnier Béranger s'intitulant Mandement des vicaires généraux de Paris. C'est un signe de ralliement entre révolutionnaires les gens du peuple, et libéraux. Dans Les Misérables Hugo reprend le refrain « C'est la faute à Voltaire, c'est la faute à Rousseau » lors de la manifestation révolutionnaire du 5 juin 1832 ; Gavroche, tout en ramassant les cartouches des morts, se moque des gardes nationaux en la chantant jusqu'à sa mort.

Autres chansons de Gavroche[modifier | modifier le code]

Tome III. Marius – Livre VIII. Le Mauvais Pauvre – Chapitre 22. Le petit qui criait au tome III.

Le roi Coupdesabot
S'en allait à la chasse,
À la chasse aux corbeaux...

Le roi Coupdesabot
S'en allait à la chasse,
À la chasse aux corbeaux,
Monté sur des échasses.
Quand on passait dessous
On lui payait deux sous.

Tome IV. L’Idylle rue Plumet et l’Épopée rue Saint-Denis – Livre XI. L’atome fraternise avec l’ouragan – Chapitre 1. Quelques éclaircissements sur les origines de la poésie de Gavroche. Influence d’un académicien sur cette poésie.

La nuit on ne voit rien,
Le jour on voit très bien,
D’un écrit apocryphe
Le bourgeois s’ébouriffe,
Pratiquez la vertu,
Turlututu chapeau pointu !

Tome IV. L’Idylle rue Plumet et l’Épopée rue Saint-Denis – Livre XI. L’atome fraternise avec l’ouragan – Chapitre 5. Le Vieillard.

Voici la lune qui paraît,
Quand irons-nous dans la forêt ?
Demandait Charlot à Charlotte.

Tou tou tou
Pour Chatou.
Je n'ai qu'un Dieu, qu'un roi, qu'un liard et qu'une botte.

Pour avoir bu de grand matin
La rosée à même le thym,
Deux moineaux étaient en ribote.

Zi zi zi
Pour Passy.
Je n'ai qu'un Dieu, qu'un roi, qu'un liard et qu'une botte.

Et ces deux pauvres petits loups
Comme deux grives étaient soûls ;
Un tigre en riait dans sa grotte.

Don don don
Pour Meudon.
Je n'ai qu'un Dieu, qu'un roi, qu'un liard et qu'une botte.

L'un jurait et l'autre sacrait..
Quand irons-nous dans la forêt ?
Demandait Charlot à Charlotte.

Tin tin tin
Pour Pantin.
Je n'ai qu'un Dieu, qu'un roi, qu'un liard et qu'une botte.

Tome IV. L’Idylle rue Plumet et l’Épopée rue Saint-Denis – Livre XIV. Les Grandeurs du désespoir – Chapitre I. Le Drapeau – Premier acte.

Sur l'air de « Au clair de la lune. »

Mon nez est en larme.
Mon ami Bugeaud,
Prêt'-moi tes gendarmes
Pour leur dire un mot.
En capote bleue,
La poule au shako,
Voici la banlieue !
Co-cocorico !

Tome IV. L’Idylle rue Plumet et l’Épopée rue Saint-Denis – Livre XV. La Rue de l'Homme-Armé – Chapitre 4. Les Excès de zèle de Gavroche.

L'oiseau médit dans les charmilles
Et prétend qu'hier Atala
Avec un Russe s'en alla.

Où vont les belles filles,
Lon la.

Mon ami Pierrot, tu babilles,
Parce que l'autre jour Mila
Cogna sa vitre, et m'appela.

Où vont les belles filles,
Lon la.

Les drôlesses sont fort gentilles ;
Leur poison qui m'ensorcela
Griserait monsieur Orfila.

Où vont les belles filles,
Lon la.

J'aime l'amour et ses bisbilles,
J'aime Agnès, j'aime Paméla,
Lise en m'allumant se brûla.

Où vont les belles filles,
Lon la.

Jadis, quand je vis les mantilles
De Suzette et de Zéila,
Mon âme à leurs plis se mêla.

Où vont les belles filles,
Lon la.

Amour, quand dans l'ombre où tu brilles,
Tu coiffes de roses Lola
Je me damnerais pour cela.

Où vont les belles filles,
Lon la.

Jeanne, à ton miroir tu t'habilles !
Mon cœur un beau jour s'envola ;
Je crois que c'est Jeanne qui l'a.

Où vont les belles filles,
Lon la.

Le soir, en sortant des quadrilles,
Je montre aux étoiles Stella
Et je leur dis : regardez-la.

Où vont les belles filles,
Lon la.

Mais il reste encor des bastilles,
Et je vais mettre le holà
Dans l'ordre public que voilà.

Où vont les belles filles,
Lon la.

Quelqu'un veut-il jouer aux quilles ?
Tout l'ancien monde s'écroula,
Quand la grosse boule roula.

Où vont les belles filles,
Lon la.

Vieux bon peuple, à coups de béquilles,
Cassons ce Louvre où s'étala
La monarchie en falbala.

Où vont les belles filles,
Lon la.

Nous en avons forcé les grilles ;
Le roi Charles Dix ce jour-là
Tenait mal et décolla.

Où vont les belles filles,
Lon la.

Tome IV. L'Idylle rue Plumet et l'Épopée rue Saint-Denis – Livre XIV. Les Grandeurs du désespoir – Chapitre 6. L'Agonie de la mort après l'agonie de la vie.

En voyant Lafayette,
Le gendarme répète :
Sauvons-nous ! sauvons-nous ! sauvons-nous !

Sens commun[modifier | modifier le code]

Depuis, par antonomase, « Gavroche » se dit d'une personne ressemblant au personnage de Victor Hugo : un gamin parisien gouailleur, débrouillard, à la vulgarité attachante.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Navet (moins de 10 ans) apparaît dans le Tome IV (L'Idylle rue Plumet et l'Épopée rue Saint-Denis — Livre XII. Corinthe — Chapitre 2. Gaités préalables) où il apporte un « message verbal et codé » (enterrement du général Lamarque) qu'Enjolras l'a chargé de transmettre à « Monsieur Bossuet » (surnom de Laigle, un ami de l'ABC) qui déjeune au cabaret Corinthe. Quand Laigle lui demande comment il s'appelle, il répond : « Navet, l'ami à Gavroche ». Laigle et Grantaire lui proposent de déjeuner avec eux, mais Navet a d'autres obligations : « Je ne peux pas, je suis du cortège, c'est moi qui crie à bas Polignac ». Il exécute une sorte de révérence en guise de salut avant de s'en aller, ce qui fait dire à Grantaire : « Ceci est le gamin pur ».

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