Charles Robert Maturin

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Charles Robert Maturin

Charles Robert Maturin (25 septembre 1782 à Dublin - 30 octobre 1824 à Dublin) est un auteur de romans gothiques. Il publia Fatale Vengeance en 1807 et fut le créateur d'une œuvre reconnue comme une des plus représentatives du style gothique : Melmoth, the Wanderer (Melmoth, l'homme errant), en 1820.

Vie et œuvre[modifier | modifier le code]

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille protestante aisée, descendant d'émigrés huguenots, il poursuivit ses études au Trinity College, à Dublin. Ordonné pasteur, il fut chargé en 1803 de la cure de Loughrea et épousa Henrietta Kingsbury, chanteuse reconnue, dont la sœur, Sarah Kingsbury, eut une fille, Jane, la mère d'Oscar Wilde. La famille s'installa à Dublin lorsque Maturin fut nommé vicaire de l'église St Peter.

Ses premières œuvres, signées Dennis Jasper Murphy furent un échec critique et commercial. Elles attirèrent néanmoins l'attention de Walter Scott qui recommanda l'auteur à Lord Byron. Grâce à leur soutien, il réussit en 1816 à faire jouer Bertram, pièce de théâtre très sombre. Vingt-deux représentations au théâtre de Drury Lane portée par le célèbre acteur Edmund Kean assurèrent à l'auteur une certaine notoriété, mais la réussite financière se faisait toujours attendre. En effet la sortie de la pièce coïncida avec la mise en disponibilité de son père et la banqueroute d'un autre membre de la famille que l'auteur débutant dut secourir financièrement. Pire, Samuel Taylor Coleridge éreinta la pièce qu'il jugeait ennuyeuse et sordide, la preuve affligeante de la dépravation de la mentalité du spectateur[1]. Il n'hésita pas à la traiter d'œuvre athée. L'église d'Irlande prit bonne note de ces critiques et ayant découvert l'identité de l'auteur (Maturin avait dû renoncer à son pseudonyme pour toucher les droits d'auteur), elle fit en sorte de lui barrer tout espoir de promotion dans la hiérarchie ecclésiastique. Obligé de continuer à écrire pour subvenir aux besoin de sa femme et de ses quatre enfants (son salaire de pasteur était de 80 à 90 livres par an, alors qu'il avait gagné 1000 livres avec sa pièce de théâtre), il se tourna vers le roman après l'échec de plusieurs œuvres dramatiques.

Il demeura vicaire de l'église St. Peter à Dublin jusqu'à sa mort. Il ne connut pas la popularité en Irlande à cause de ses convictions protestantes et sa vie fut assombrie par les difficultés financières. Il se consacra aussi à l'écriture de textes moins sombres, comme Le Jeune Irlandais.

Maturin mourut à Dublin le 30 octobre 1824, et des rumeurs circulèrent (que rien ne vint confirmer par la suite) qu'il s'était suicidé.

Melmoth, l'homme errant[modifier | modifier le code]

Le protagoniste de ce roman gothique est la famille Melmoth. Le jeune Melmoth va apprendre à connaître un de ces aïeuls au passé bien trouble lors de la mort de son oncle. La seule requête de ce dernier est de faire jurer à Melmoth de détruire le portrait de son ancêtre. Le passé est révélé par une série d'analepses mises en abyme dans la narration repère, selon le principe du récit dans le récit, l'auteur ayant recours à des lieux communs tels que le paquet de lettres retrouvé dans un grenier.

Karl Edward Wagner classait ce roman parmi l'un des treize meilleurs récits d'horreur et de fantastique[2], et H. P. Lovecraft le cite comme « un bond en avant dans l'évolution du récit macabre »[3].

Le roman de Maturin, considéré généralement comme l'apogée du roman gothique, n'est pas qu'un simple récit fantastique. C'est une critique sociale de l'Angleterre du XIXe siècle, une mise en accusation de l'église catholique (à travers notamment une critique de l'Inquisition), comparée au protestantisme dont l'auteur loue les vertus de réserve et de simplicité.

Postérité[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

On trouve dans Le Portrait de Dorian Gray, d'Oscar Wilde, des éléments inspirés par le roman de son grand-oncle, notamment celui du tableau caché dans le grenier. À sa sortie de prison, Oscar Wilde adopta d'ailleurs le pseudonyme de Sébastien Melmoth, s'identifiant au héros maudit créé par son grand-oncle par alliance.

Bertram fut adapté en français par Charles Nodier et Isidore Justin Severin Taylor (Bertram, ou le Chateau de S.t Aldobrand, 1821). Cette adaptation donna ensuite lieu à un opéra Il pirata, dont le livret est de Felice Romani, et la musique de Vincenzo Bellini; la première eut lieu à La Scala de Milan en 1827. Les écrivains de la génération romantique se rapportent souvent aux oeuvres de Maturin en particulier à cette adaptation de Bertram. Dans Han d'Islande de Victor Hugo, parmi les épigraphes placées en tête de chaque chapitre, un grand nombre sont des citations de Bertram. Gérard de Nerval est lui aussi sensible aux atmosphères gothiques de l'irlandais, notamment dans sa chronique Voyage en Orient.

Charles Baudelaire et Honoré de Balzac ne cachèrent pas leur estime pour l'œuvre de Maturin, notamment pour son roman le plus célèbre, Melmoth the Wanderer. Balzac écrivit une suite au fameux Melmoth, intitulée Melmoth réconcilié.

Au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le héros du roman de Vladimir Nabokov, Lolita, possède une voiture baptisée Melmoth sans doute parce qu'elle connote le topos américanisé de l'errance à laquelle le condamne sa funeste liaison avec Lolita dont il n'arrive pas à se séparer.

Le héros de Maturin fut également une des nombreuses sources du roman d'Anne Rice, Memnoch the Devil.

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

Roman[modifier | modifier le code]

  • The Fatal Revenge; or, the Family of Montorio (Fatale Vengeance) (1807)
  • The Wild Irish Boy (1808) (Le Jeune Irlandais)
  • The Milesian Chief (1812) (Connal ou les Milésiens)
  • Women; or, Pour Et Contre; a Tale (1818) (Eva, ou amour et religion ou Les femmes, ou rien de bon )
  • Melmoth the Wanderer (1820)
  • The Albigenses (1824) (les Albigeois)
  • Leixlip Castle (1825) (Le château de Leixlip. Légende d’une famille irlandaise )

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Bertram; or The Castle of St. Aldobrand (1816)
  • Manuel (1817)
  • Fredolfo (1819)
  • Osmyn the Renegade (publié à titre posthume en 1830, mais inscrit pour répétitions à Covent Garden en 1822)

Poèmes[modifier | modifier le code]

  • The Universe (1821)

Sermons[modifier | modifier le code]

  • Sermons (1819)
  • Five Sermons on the Errors of the Roman Catholic Church (1824)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Larizza, "Ecrire sur le diable, le tirer par la queue: Charles Robert Maturin", Les Ecrivains et l'Argent, ouvrage collectif sous la direction d'Olivier Larizza, Orizons, Paris, 2012, p. 111-131.
  • Olivier Larizza, "Souffrance et consolation chez l'écrivain irlandais Charles Robert Maturin", Littérature et consolation, ouvrage collectif dirigé par Emmanuelle Poulain-Gautret, Artois Presses Université, Arras, 2012, p. 163-181.
  • Olivier Larizza, "Charles Robert Maturin ou le sacrilège du regard", Voir et être vu, études réunies par Peter Schnyder et Frédérique Toudoire-Surlapierre, L'Improviste, Paris, 2011, p. 197-213.
  • Olivier Larizza, "Le roman comme support du discours nationaliste: le cas de l'écrivain irlandais Charles Robert Maturin", Le Discours du nationalisme en Europe, études réunies par Agnès Celle et Greta Komur-Thilloy, L'Improviste, Paris, 2010, p. 349-362.
  • Olivier Larizza, "Melmoth l'homme errant (1820) ou le point d'incandescence de la tradition gothique", Tradition et modernité en littérature, ouvrage collectif sous la direction de Luc Fraisse, Gilbert Schrenck et Michel Stanesco, Orizons, Paris, 2009, p. 175-189.
  • Maurice Lévy, Le Roman gothique anglais, 1764-1824, Albin Michel, 1995 (ISBN 2-226-07624-7)
  • Claude Fierobe, Charles Robert Maturin (1780-1824), l’homme et l’œuvre. Lille, Université de Lille / Paris, Éditions universitaires, « Encyclopédie universitaire. Études irlandaises » no 2, 1974, 748 p.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. "melancholy proof of the depravation of the public mind,"
  2. N. G. Christakos, « Three By Thirteen: The Karl Edward Wagner Lists dans Black Prometheus: A Critical Study of Karl Edward Wagner (Prométhée noir ; étude critique de Karl-Edouard Wagner), édité par Benjamin Szumskyj, Gothic Press 2007.
  3. « An enormous stride in the evolution of the horror-tale » : Howard Phillips Lovecraft, Supernatural Horror in Literature, Dover Publications 1973.