Léopoldine Hugo

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Léopoldine Hugo, peinte par Auguste de Châtillon en 1836, le jour de sa première communion.

Léopoldine Cécile Marie-Pierre Catherine Hugo, née le 28 août 1824 à Paris et morte le 4 septembre 1843 à Villequier, est la fille du romancier, poète et dramaturge Victor Hugo et d’Adèle Foucher.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née au 91, rue de Vaugirard, Léopoldine rencontre Charles Vacquerie, fils d’un armateur du Havre, lors d’une visite de courtoisie que les Hugo font aux Vacquerie dans leur maison de Villequier en 1838. Léopoldine et Charles s’éprennent l’un de l’autre mais l’écrivain, très attaché à sa fille (qu'il surnomme Didine ou Didi), trouve celle-ci trop jeune (bien qu'elle soit l'aînée) pour pouvoir penser au mariage.

Après avoir patienté cinq ans, Léopoldine épouse Charles Vacquerie le 15 février 1843 en l'église Saint-Paul à Paris, dans la plus stricte intimité. Le lundi matin 4 septembre de la même année, vers dix heures, Charles Vacquerie, qui séjourne à Villequier avec sa jeune épouse depuis deux jours, embarque, en compagnie de son oncle, Pierre Vacquerie (1781-1843), ancien marin, et du fils de celui-ci, Arthur (1832-1843), âgé de douze ans, lauréat de la veille, pour se rendre chez Me Bazire, le notaire de Caudebec, à une demi-lieue de Villequier, où il avait affaire, dans un canot de course que son oncle venait de faire construire. Au moment de partir, il demanda à sa jeune femme si elle voulait les accompagner. Celle-ci refusa parce qu’elle n’était pas habillée. Les trois voyageurs se mirent en route après avoir promis d’être de retour pour le déjeuner. Quelques instants plus tard, Charles revint prendre deux lourdes pierres au bas de la maison parce que le canot n’avait pas assez de lest. Alors qu’il les met dans le bateau pour lui donner plus de solidité, sa jeune femme s’écrie : « Puisque vous voilà revenus, je vais aller avec vous ; attendez-moi cinq minutes ». On l’attend, elle monte dans le canot. Madame Vacquerie mère recommande de rentrer pour le déjeuner, regarde le canot s’en aller, et pense : « Il fait trop calme, ils ne pourront pas aller à la voile, nous déjeunerons trop tard ». En effet la voile du canot retombait sur le mât. Pas une feuille ne tremblait aux arbres. Cependant un léger souffle venant de temps en temps gonfler la voile, le bateau avança lentement et arriva à Caudebec, où ils se rendirent chez le notaire auquel Charles allait parler pour des affaires relatives à la succession de son père, mort dernièrement.

À Caudebec, le notaire voulut les persuader de ne pas s’en retourner par la rivière parce qu’il ne faisait pas de vent et qu’ils feraient la route trop lentement. Il leur offrit donc sa voiture pour les reconduire à Villequier. Les voyageurs refusèrent et se mirent en route pour le retour, l’oncle Vacquerie tenant la barre du gouvernail, lorsque tout à coup entre deux collines, s’éleva un tourbillon de vent[1] qui, sans que rien ait pu le faire pressentir, s’abattit sur la voile, et fit brusquement chavirer le canot. Des paysans, sur la rive opposée, virent Charles reparaître sur l’eau et crier, puis plonger et disparaître puis monter et crier encore, et replonger et disparaître six fois. Ils crurent qu’il s’amusait alors qu’il plongeait et tâchait d’arracher sa femme, qui, sous l’eau, se cramponnait désespérément au canot renversé. Charles était excellent nageur[réf. souhaitée], mais Léopoldine s’accrochait comme le font les noyés, avec l’énergie du désespoir. Les efforts désespérés de Charles furent sans succès alors, voyant qu’il ne la ramènerait pas avec lui dans la vie, ne voulant pas être sauvé, il plongea une dernière fois et resta avec elle dans la mort.

Pendant ce temps, Madame Vacquerie, attendait dans le jardin. Elle avait pris une longue-vue et regardait dans la direction de Caudebec. Ses yeux se troublèrent, elle appela un pilote et lui dit : « Regardez vite, je ne vois plus clair, il semble que le bateau est de côté. » Le pilote regarda et mentit : « Non, madame, ce n’est pas leur bateau », mais ayant vu le canot chaviré, il courut en toute hâte avec ses camarades. Il était trop tard. Lorsqu’on apporta quatre cadavres à Madame Vacquerie, sur ce même escalier d’où ils étaient partis, trois heures auparavant, elle ne voulut pas les croire morts, mais tous les soins furent inutiles. Léopoldine n’avait que dix-neuf ans et son mari n’en avait pas vingt-sept.

Léopoldine Hugo repose au cimetière de Villequier, dans le même cercueil que Charles Vacquerie.

Léopoldine dans l’œuvre de son père[modifier | modifier le code]

Les morts prématurées et tragiques de sa fille et de son gendre auront une très grande influence sur l’œuvre et la personnalité de Victor Hugo. L’écrivain n'apprendra la mort de sa fille que quatre jours plus tard dans la presse. Il ne pourra venir sur sa tombe qu'en septembre 1846 et consacrera à la mémoire de sa fille de nombreux poèmes, notamment « Demain, dès l'aube… » et À Villequier dans Pauca Meae, le quatrième livre Les Contemplations, ainsi que : " Elle avait pris ce pli..."

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C'est à tort que l'on prétend qu'un mascaret a fait chavirer l'embarcation.

Source A 👈[modifier | modifier le code]

  • L’Art moderne, t. 5,‎ 1885, p. 174-6.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Constans, Léopoldine Hugo, Rodriguez, Béziers, 1931.
  • Pierre Georgel, Léopoldine Hugo, une jeune fille romantique, MVH, Paris, 1967.
  • Pierre Georgel, L’Album de Léopoldine Hugo, musée VH de Villequier, 1967.
  • Pierre Georgel, Léopoldine Hugo, correspondance, Klincksieck-Bibliothèque du XIXe siècle, Paris, 1976.
  • Henri Gourdin, Léopoldine, l’enfant-muse de Victor Hugo, Presses de la Renaissance, 2007.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Musée Victor Hugo à Villequier (lieu également de sa tombe dans le cimetière), non loin de la demeure de la famille Vacquerie.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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