Adèle Hugo

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Adèle Hugo (née à Paris, 28 juillet 1830[1] - décédée à Suresnes le 21 avril 1915), est le cinquième enfant et la seconde fille de Victor Hugo et d'Adèle Foucher (appelée aussi Adèle Hugo), la seule qui survécut à son illustre père mais dont l'état mental, très tôt défaillant, lui valut, à partir de 1872, de longues années en maison de santé.

Biographie[modifier | modifier le code]

Adèle Hugo naît pendant les journées dites des Trois Glorieuses qui voit la chute du roi Charles X et l’avènement de Louis-Philippe. Elle est très vite surnommée « Dédé ».

Belle et remarquablement douée pour le piano, elle subit, comme tous les membres de sa famille, le traumatisme causé par la mort accidentelle et prématurée de sa sœur Léopoldine en 1843.

En 1852, elle suit son père en exil à Jersey puis Guernesey et tient le journal de bord familial. Supportant mal la vie d'exil et hantée par la mort de sa sœur, Adèle est victime d'une dépression. Manifestant les premiers signes d'un grave trouble psychique (psycho-somatisation, crises de nerfs, délires, fortes fièvres, gastro-entérites répétées), elle est contrainte de rentrer en France en 1858 afin d'y subir des soins.

Dès 1854 à Jersey, elle rencontre le lieutenant britannique Albert Pinson qui fréquente sa famille en participant à des tables tournantes. Elle entretient une idylle avec ce dernier et en tombe éperdument amoureuse. Cet amour n'est pas payé de retour. Se considérant comme sa fiancée, elle rejette les demandes en mariage de ses autres prétendants. Faisant croire à sa famille qu'elle se rend à Malte, elle traverse l'Atlantique. Elle espère alors retrouver l'officier à Halifax au Canada où il est affecté depuis 1861, après avoir précédemment stationné dans le Bedfordshire. Son amour vire à l'obsession et elle harcèle le lieutenant qui continue de l'éconduire. Coureur de jupons et joueur impénitent, Pinson vient régulièrement soutirer de l'argent à Adèle. Cette dernière le poursuit et se rend souvent à sa caserne. Elle use, en vain, de plusieurs stratagèmes pour le convaincre de l'épouser et va jusqu'à consulter un hypnotiseur pour mettre le lieutenant dans un état second et le contraindre au mariage. Très longtemps, elle déclare à ses parents l’imminence de la noce par courrier. Sa famille la supplie de rentrer mais elle décide de rester à Halifax, nonobstant l'état de santé précaire de sa mère. En septembre 1863, elle écrit à ses parents avoir enfin épousé le lieutenant Pinson et son père annonce la nouvelle dans La Gazette de Guernesey. Quelques semaines plus tard, elle est contrainte de révéler la supercherie. Elle reste au Canada et sombre définitivement dans la folie, son père subvenant toujours à ses besoins. Sa mère, Adèle Foucher, meurt d'une congestion cérébrale en 1868.

Lors d'un séjour à la Barbade où elle suit le lieutenant en se faisant appeler par son nom (elle est connue comme « Madame Pinson » par la population locale), elle est prise en charge par Céline Alvarez Baa, une bienfaitrice. Pinson, qui continue de ne lui prêter plus aucune attention, quitte les Caraïbes en 1869 et l'abandonne à son triste sort. Madame Baa la raccompagne en France en 1872. Victor Hugo la place chez le docteur Allix, ami de la famille avant de la faire interner dans la maison de santé de Mme Rivet (fille d'Alexandre Brierre de Boismont) à Saint-Mandé. Elle est notamment soignée par le docteur Auguste Axenfeld. Elle reprend l'écriture de son journal en langage codé et la pratique du piano. Après la mort de son père, elle est internée à l'hôpital de Suresnes où elle termine sa vie pendant la Première Guerre mondiale. L'annonce de sa disparition est éclipsée par le conflit qui ravage l'Europe.

Adèle Hugo a, de son vivant, été sujette à l'érotomanie. Les symptômes de la maladie mentale dont elle souffrait (hallucinations, mythomanie, tendance bipolaire, trouble de la personnalité accompagnée d'une perte du rapport au réel) ont également été apparentés à la schizophrénie. Elle n'est pas le seul membre de la famille Hugo à avoir souffert de démence. Son oncle, Eugène Hugo (1800-1837), malgré des débuts littéraires très prometteurs, a lui aussi sombré dans la folie.

En 2003, Henri Gourdin a écrit la biographie, Adèle, l'autre fille de Victor Hugo, à partir d'une relecture du journal d'Adèle (six mille pages connues).

Adèle Hugo repose au cimetière de Villequier, aux côtés de sa mère et de sa sœur Léopoldine.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Adèle Foucher Hugo, Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, Lacroix, Bruxelles, 1863.
  • Jean Hugo, Le regard de la mémoire, Actes Sud, Arles, 1983.
  • Jean Hugo, Carnets 1946-1984, Actes Sud, Arles, 1984.
  • Henri Guillemin, L’engloutie : Adèle, fille de Victor Hugo, 1830-1915, Seuil, Paris, 1985.
  • Leslie Smith-Dow, Adèle Hugo, La Misérable, Trad Hélène Filion. Éditions d’Acadie. 1996.
  • Frances Vernor Guille, Le journal d’Adèle Hugo, Volumes 1 à 4, Paris, Minard, 1968 à 2002.
  • Henri Gourdin, Adèle, l’autre fille de Victor Hugo, Ramsay, Paris, 2003.

Filmographie[modifier | modifier le code]

En 1975, François Truffaut a tiré de sa vie un film, L'Histoire d'Adèle H., avec Isabelle Adjani dans le rôle-titre.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Certains biographes comme Annette Rosa (Victor Hugo ou l'éclat d'un siècle) ou André Maurois (Olympio ou la Vie de Victor Hugo, Hachette, 1954, p. 189) donnent la date du 28 juillet tandis que d'autres, comme Henri Gourdin (Adèle, l'autre fille de Victor Hugo p 35) ou Auguste Rey (Villégiature de la famille Hugo à Saint Prix in La revue de l'histoire de versailles et de Seine et Oise (1906), p 129) tiennent pour la date du 24 août.

Articles connexes[modifier | modifier le code]