Henri Guillemin

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Henri Guillemin

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Portrait de Guillemin par Erling Mandelmann (1980).

Nom de naissance Henri Philippe Joseph Guillemin
Activités Historien
Critique littéraire
Conférencier
Polémiste
Naissance
Mâcon, Drapeau de la France France
Décès (à 89 ans)
Neuchâtel, Drapeau de la Suisse Suisse.
Langue d'écriture Français

Henri Philippe Joseph Guillemin[1], né le à Mâcon en Saône-et-Loire (Bourgogne) et mort le à Neuchâtel en Suisse, est un historien, critique littéraire, conférencier et polémiste français reconnu pour ses talents de conteur historique et pour ses travaux sur les grands personnages de l'histoire de France.

Il est aujourd'hui encore critiqué comme casseur de légendes (il se qualifie lui-même d'« iconoclaste »[2]) ou admiré pour son honnêteté vis-à-vis de l'histoire et pour ses révélations sur certaines grandes personnalités (notamment Robespierre, Napoléon Bonaparte, Philippe Pétain, Jeanne d'Arc, Jean-Jacques Rousseau, André Gide, etc.) et certains grands événements de l'histoire française (la Révolution française ou l'Affaire Dreyfus par exemple).

Il se reconnaît une passion sans faille pour la vérité, aussi bien littéraire qu'historique, et résume cette passion par : « Lorsque j'apprends une vérité méconnue, je ne peux pas me taire ! »[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Philibert Joseph Guillemin[3], agent voyer né en 1865, sous le Second Empire[4], et d'une mère au foyer, le petit Henri est né au 7 (aujourd’hui 57), rue de Lacretelle, à Mâcon.

Il est d’abord élève au lycée Lamartine de Mâcon avant d’entrer au lycée du Parc de Lyon, puis à l’École normale supérieure en 1924 (27e sur 30). En 1923, il devient le secrétaire de Marc Sangnier et s’engage résolument en faveur du catholicisme social. Rue d’Ulm, il se lie d’amitié avec Jean-Paul Sartre.

Agrégé de Lettres en 1927, il enseigne pendant huit ans au lycée tout en consacrant sa thèse (sous la direction de Daniel Mornet) au Jocelyn de Lamartine. À trente-trois ans, il est nommé professeur à l’université du Caire (d’octobre 1936 à juin 1938), puis à l’université de Bordeaux (1938-1941). La guerre et l’Occupation mettent fin à ce parcours jusque-là académique : dénoncé comme gaulliste par un article d'Henri Poulain[5] dans le journal de Robert Brasillach Je suis partout, au moment de la publication de son livre sur Rousseau, Cette affaire infernale, Guillemin fuit la France le 14 juillet 1942 et se réfugie en Suisse à Neuchâtel[6]. À la Libération, après avoir tenté, en vain, d’obtenir un poste à la Sorbonne, il devient attaché culturel à l’ambassade de France de Berne (jusqu’à sa retraite, en 1962). Il partage ensuite sa vie entre la France et la Suisse.

Narrateur hors pair et passionné, il excellait dans l’art de la conférence et a enregistré plusieurs conférences historiques pour la Télévision suisse romande notamment Jean Jaurès en 1962 ; Napoléon Bonaparte (en 18 clips dont 3 ont été perdus) en 1968 ; Léon Tolstoï en 1969 ; Jeanne d’Arc en 1970 ; la Commune de Paris en 13 clips en 1971). En 1982, il enregistre une série de huit conférences (d’à peu près 30 min chacune) sur Pétain et Vichy également pour la Télévision suisse romande dans le cadre de l’émission Les dossiers de l’histoire. Radio-Canada a aussi diffusé en 1968 Napoléon vu par Guillemin, une série de 3 conférences sur Napoléon Bonaparte, sa vie, son œuvre ; l’énigme Jeanne-d’Arc, série composée de plusieurs épisodes, a été diffusée en 1971 tandis que Portraits de révolutionnaires (Lénine, Staline) a été diffusée en 1983.

Henri Guillemin est décédé le lundi 4 mai 1992 à Neuchâtel, en Suisse, où il possédait une maison avec son épouse depuis les années 1960. Il est enterré à Bray, dans le canton de Cluny (Saône-et-Loire).

Il était marié à Jacqueline Rödel, fille de Jacques Rödel, ancien secrétaire du Sillon et père de quatre enfants. Son témoin de mariage était François Mauriac. Jacqueline Guillemin est décédée en 2001.

Une œuvre éclectique[modifier | modifier le code]

Henri Guillemin en 1980

Henri Guillemin est avant tout un spécialiste du XIXe siècle, qu’il aborde au départ par la littérature (sa thèse sur Lamartine en 1936, puis ses travaux sur Flaubert, Victor Hugo, Zola ou Jules Vallès). Il poursuit ensuite ses recherches sur l’histoire du XIXe siècle, notamment sur la question sociale sous la IIe République et les relations entre l’Église et l’État (Histoire des catholiques français au XIXe siècle, 1947). Pour Guillemin, l’histoire doit être au service du peuple, non des puissants.

Dans la plupart de ses livres (sa trilogie sur la Guerre de 1870 ou encore son analyse de l’affaire Pétain), il affirme la responsabilité des élites politiques (gauche et droite) et financières (« les gens de bien »), qui à deux reprises, en 1870 et en 1940, selon lui auraient fait le « choix de la défaite » (en préférant l’ennemi extérieur) pour mieux écraser l’ennemi intérieur : le peuple. Prenant le contre-pied de ce qu’il appelle « l’histoire bien-pensante », il n’hésite pas à écorner les mythes (comme Napoléon).

Radicalement homme de Gauche, patriote (mais pas nationaliste) et gaulliste entre 1940 et 1947, il racontera dans ses interviews que ce besoin de « démystification » vient de sa colère à l'égard de l'histoire enseignée à l'école qu'il considère comme « bien pensante » et trop éloignée de la vérité.

Très éclectique, son œuvre s’intéresse autant à des grandes figures révolutionnaires qu’à des grands noms de la littérature qu’il n’hésite pas à malmener (Benjamin Constant, Alfred de Vigny, André Gide). De ses coups de cœur, ressort le portrait d’un Guillemin anticlérical, chrétien de gauche, exigeant dans ses admirations, mais, comme tout polémiste, parfois âprement contesté pour ses approximations et ses erreurs. Ainsi la médiéviste Régine Pernoud, dans Jeanne devant les Cauchons, parle-t-elle, à propos de son ouvrage sur Jeanne d’Arc, d’« anti-Histoire »[7].

Style[modifier | modifier le code]

Dans ses conférences, Guillemin maintient l'éveil de son auditoire par une série de questions/réponses, parfois en cascade[réf. souhaitée], mais aussi par une scansion qui lui est propre, donnant à ses phrases une respiration qui tranche sur le ton didactique classique en se rapprochant davantage de l'art du conteur.

Soixante ans de travail[modifier | modifier le code]

  • Le Jocelyn de Lamartine. Étude historique et critique avec des documents inédits, Paris, Boivin, 1936, 858 p.
  • Les visions. Poème inachevé de Lamartine (thèse complémentaire pour le doctorat ès-Lettres), Paris, Les Belles Lettres, 1936, 255 p.
  • Flaubert devant la vie et devant Dieu, Paris, Plon, 1939, 235 p. Préface de François Mauriac. Réédition Utovie.
  • Lamartine, l’homme et l’œuvre, Paris, Boivin, 1940, 166 p. Réédition Utovie.
  • Une histoire de l’autre monde, Neuchâtel, Ides et Calendes, 1942. Réédition Utovie.
  • Connaissance de Lamartine, Fribourg, Bibliothèque de l’université, 1942, 312 p. Réédition Utovie.
  • « Cette affaire infernale ». Les philosophes contre Jean-Jacques. L’affaire Rousseau-David Hume, 1766, Paris, Plon, 1942. Réédition Utovie.
  • Un homme, deux ombres (Jean-Jacques, Julie, Sophie), Genève, Au milieu du monde, 1943, 323 p. Réédition Utovie.
  • Les affaires de l’Ermitage, 1756-1757, Genève, Annales Jean-Jacques Rousseau, 1943.
  • La bataille de Dieu. Lamennais, Lamartine, Ozanam, Hugo, Genève, Au milieu du monde, 1944, 246 p. Réédition Utovie.
  • Les écrivains français et la Pologne, Genève, Au milieu du monde, 1945.
  • Sous le pseudonyme de Cassius : La vérité sur l’affaire Pétain, Genève, Au milieu du monde, 1945, 218 p. Réédition Utovie.
  • Rappelle toi, petit, Porrentruy, Portes de France, 1945. Réédition Utovie.
  • La vérité sur l'affaire Pétain, Genève, 1945, 226p. Réédition Utovie
  • Lamartine et la question sociale, Paris, Laffont, 1946. Réédition Utovie.
  • Histoire des catholiques français au XIXe siècle (1815-1905), Genève, Au milieu du monde, 1947, 393 p. Réédition Utovie.
  • Lamartine en 1848, Paris, P.U., 1948. Réédition Utovie.
  • La tragédie de Quarante Huit, Genève, Au Milieu du Monde, 1948.
  • Cette nuit-là, Neuchâtel, Le Griffon, 1949. Réédition Utovie.
  • L’humour de Victor Hugo, Boudry, La Baconnière, 1951.
  • Victor Hugo par lui-même, Paris, Le Seuil, Collections Microcosme "Écrivains de toujours", 1951, 190 p.
  • Victor Hugo. Pierres (vers et prose), Genève, Éditions du Milieu du monde, 1951.
  • Le coup du 2 décembre, Paris, Gallimard, 1951. Réédition Utovie.
  • Victor Hugo et la sexualité, Paris, Gallimard, 1954.
  • M. de Vigny homme d’ordre et poète. N.R.F. Gallimard 1955, in- 12 de 202 pp. + 3 ff. non chiffrés. Fac-similé, en frontispice, d’une page du manuscrit de Vigny.
    H. Guillemin donne les preuves que Vigny fut indicateur de police (voir le dossier dédicaces). C’est un portrait bien curieux et bien inattendu d’Alfred de Vigny que celui qui émerge de ce livre. Henri Guillemin, grâce à de nombreux documents inédits, enfin mis au jour, nous restitue la figure complexe et assez inquiétante du poète des Destinées. La révélation capitale de cette étude est celle du rôle (qu’on n’imaginait guère) que Vigny joua spontanément, dans une espèce de passion civique, auprès de la police impériale, qu’il renseigna, pendant plusieurs années, sur les « mauvais esprits » et gens dangereux de la région charentaise où il avait ses terres. On trouvera ici en outre un important supplément au Journal d’un Poète, des indications précieuses sur la genèse des Destinées, des projets de poèmes, des notes pour Daphné et pour les Mémoires, et une vingtaine de lettres inédites.
  • Claudel et son art d’écrire, Paris, Gallimard, 1955.
  • Les origines de la Commune. t. I : Cette curieuse guerre de 70. Thiers - Trochu - Bazaine, Paris, Gallimard, 1956, 266 p. Réédition Utovie.
  • À vrai dire, Paris, Gallimard, 1956, 214 p.
    Guillemin y reprend contre André Gide les accusations portées deux ans plus tôt dans son article « À propos du Journal de Gide », Journal de Genève, 9 janvier 1954, page 3. André Gide aurait, en 1946, dissimulé des passages collaborationnistes de son Journal publiés en 1940. Comme le remarqua très vite Henri Massis, l’accusation ne tient pas, Guillemin ayant mélangé les textes des deux périodes.
  • Benjamin Constant muscadin, Paris, Gallimard, 1958. Réédition Utovie.
  • Madame de Staël, Benjamin Constant et Napoléon, Paris, Plon, 1959, 210 p.
  • Les Origines de la Commune. t. II : L’héroïque défense de Paris, Paris, Gallimard, 1959. Réédition Utovie.
  • Zola, légende et vérité, Paris, Julliard, 1960, 193 p. Réédition Utovie.
  • Les Origines de la Commune. t. III : La capitulation, Paris, Gallimard, 1960. Réédition Utovie.
  • Éclaircissements, Paris, Gallimard, 1961.
  • L’Énigme Esterhazy, Paris, Gallimard, 1962, 263 p. Réédition Utovie.
  • Présentation des Rougon-Macquart, Paris, Gallimard, 1964. Réédition Utovie.
  • L’Homme des Mémoires d’Outre-Tombe, Paris, Gallimard, 1965. Réédition Utovie.
  • L'Affaire Dreyfus documentaire, 1965
  • L’Arrière-pensée de Jaurès, Paris, Gallimard, 1966, 235 p. Réédition Utovie.
  • La Première résurrection de la République, 24 février 1848, Paris, Gallimard, 1967. Réédition Utovie.
  • Le « converti ». Paul Claudel, Paris, Gallimard, 1968, 242 p. Réédition Utovie.
  • Pas à pas, Paris, Gallimard, 1969.
  • Napoléon tel quel, Paris, Trévise, 1969, 153 p. Réédition Utovie.
  • Jeanne, dite Jeanne d’Arc, Paris, Gallimard, 1970. Réédition Utovie.
  • L’Avènement de Monsieur Thiers, suivi de Réflexions sur la Commune, Paris, Gallimard, 1971. Réédition Utovie.
  • La liaison Musset-Sand, Paris, Gallimard, 1972. Réédition Utovie.
  • Précisions, Paris, Gallimard, 1973.
  • Nationalistes et nationaux (1870-1940), Paris, Gallimard, « Idées », 1974, 476 p.
  • Regards sur Bernanos, Paris, Gallimard, 1976. Réédition Utovie.
  • Sullivan ou la parole libératrice, Paris, Gallimard, 1977.
  • Victor Hugo, Paris, Le Seuil, 1978.
  • Charles Péguy, Paris, Le Seuil, 1981. Réédition Utovie.
  • L’Affaire Jésus, Paris, Le Seuil, 1982, 152 p.
  • Le Général clair-obscur, Paris, Le Seuil, 1984.
  • L’Engloutie. Adèle, fille de Victor Hugo, Paris, Le Seuil, 1985, 158 p.
  • Napoléon légende et vérité, Paris, Utovie/h.g., 1986, 159p.
  • Robespierre, politique et mystique, Paris, Le Seuil, 1987, 422 p.
  • Silence aux pauvres !, Paris, Arléa, 1989, 120 p.
  • Vérités complémentaires, Paris, Le Seuil, 1990, 386 p.
  • Du courtisan à l’insurgé. Vallès et l’argent, Paris, Arléa, 1990, 164 p.
  • La Cause de Dieu. Essai, Paris, Arléa, 1990, 215 p.
  • Regards sur Nietzsche, Paris, Le Seuil, 1991, 310 p.
  • Une certaine espérance. Conversations avec Jean Lacouture, Paris, Arléa, 1992, 186 p. Réédition Utovie.
  • Malheureuse Église, Paris, Le Seuil, 1992, 250 p.
  • Les Passions d’Henri Guillemin, Boudry, La Baconnière, 1994, 448 p.

Les Éditions d’Utovie sont devenues l’éditeur exclusif des œuvres de Henri Guillemin. Les conférences audio sont également éditées en livre + CD par le même éditeur.

Autour d’Henri Guillemin[modifier | modifier le code]

  • Patrick Berthier, Le cas Guillemin, Paris, Gallimard, 1979, 243 p.
  • Patrick Berthier, « Retour au « cas » Guillemin », Revue historique neuchâteloise, 2005/4, p. 321-340.
  • Maurice Maringue, Henri Guillemin le passionné, Éditions de l’Armançon, 1994, 152 p. Préface de François Mitterrand.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1]
  2. a et b Henri Guillemin : Confidences
  3. [2]
  4. « Guillemin/Hugo »
  5. Interview Guillemin intime
  6. (fr) Pascale Pellerin, « Rousseau, une dissidence spirituelle sous l’Occupation », sur rousseaustudies.free.fr
  7. « On se trouve en effet, avec l'ouvrage intitulé Jeanne, dite Jeanne d'Arc, devant un donné intéressant en ce qu'il se situe à l'opposé de la méthode historique. Ce n'est plus hypothèse, ou légende, ou fable ; c'est l'anti-Histoire. » - Régine Pernoud , Jeanne devant les Cauchons, éditions du Seuil, 1970, p. 85.

Liens externes[modifier | modifier le code]