Massacre de la Ghouta

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Massacre de la Ghouta
Image illustrative de l'article Massacre de la Ghouta
Carte des incidents chimiques de Ghouta

Localisation Ghouta (Damas, Syrie)
Cible Civils
Coordonnées 33° 30′ 44″ N 36° 17′ 54″ E / 33.512199, 36.298378 ()33° 30′ 44″ Nord 36° 17′ 54″ Est / 33.512199, 36.298378 ()  
Date 21 août 2013 (à 3 heures du matin)
Mort(s) 322 (selon l'OSDH)[1]

355 (selon MSF)[2]
494 (selon DMO)[3]
588 (selon le CDVS)[4]
635 (selon la CGRS)[5]
1 300 (selon la CNFOR)[6]
1 729 (selon l'ASL)[7]

Blessé(s) 3 600[8]
Auteur(s) présumé(s) Ou bien l'armée syrienne (d'après l'opposition et les gouvernements occidentaux),
ou bien les rebelles armés (d'après le gouvernement syrien, l'Iran et la Russie)

Géolocalisation sur la carte : Syrie

(Voir situation sur carte : Syrie)
Massacre de la Ghouta

Le massacre de la Ghouta est un bombardement à l'arme chimique au gaz sarin[9] qui s'est produit le 21 août 2013 pendant la guerre civile syrienne et a frappé les banlieues orientale et occidentale de Damas en Syrie dans l'ancien oasis de la Ghouta tenue par l'Armée syrienne libre. L'attaque a fait entre 322 et 1 729 morts selon l'opposition et Médecins sans frontières, une grande partie des victimes étant des civils. Le gouvernement syrien et l'opposition armée se rejettent mutuellement la responsabilité des bombardements. Les gouvernements américain, français, israélien, suédois, britannique, turc, canadien et la Ligue des États arabes condamnent le régime syrien. La Russie et l'Iran condamnent l'opposition. Le conseil de sécurité de l'ONU a déclaré vouloir faire la lumière sur ces accusations[10]. Si le nombre de morts est confirmé, ce serait l'attaque chimique la plus meurtrière depuis le massacre de Halabja et la deuxième bataille d'al-Faw en 1988. La Syrie n'est pas signataire de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques signée en 1993 et entrée en vigueur en 1997.

Contexte[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Guerre civile syrienne et Offensive de Damas.

La Ghouta orientale couvre une plaine agricole à l'est de Damas, sur laquelle vivent plus d'un million de personnes, tandis que la Ghouta occidentale se situe au sud-ouest de la capitale syrienne. Les villes de ces zones, passées sous le contrôle de l'opposition, sont « assiégées et bombardées depuis plus de huit mois » et « ont essuyé des bombardements "classiques" intensifs »[11].

Le 19 juin, le Hezbollah et l'armée livrent bataille aux rebelles près de l'hôpital de Khomeini. Le lendemain, les forces gouvernementales parviennent à reprendre du terrain en capturant plusieurs villages près de Damas. Les rebelles indiquent être toujours encerclés dans le district de Ghouta sans pouvoir s'échapper[12]. Des experts de l'ONU sont arrivés dimanche 18 août 2013 à Damas pour examiner l'utilisation présumée d'armes chimiques dans le conflit en Syrie, en violation du droit international humanitaire et notamment à la suite des événements du 23 décembre 2012 à Homs puis en mars 2013 à Khan al-Assal et à Ataybah ainsi qu'en juin 2013 à Jobar où des premières utilisations de gaz sarin ont été répertoriées[13],[14],[15],[16].

Les faits[modifier | modifier le code]

Les attaques se seraient produites à h du matin le 21 août dans la Ghouta à l'est de Damas. La région est le théâtre d'affrontements depuis des mois entre rebelles et armée syrienne soutenue par le Hezbollah. Une attaque aurait également eu lieu dans le district de Jobar[17]. L'opposition syrienne fait état de 1 300 morts tandis que 355 civils auraient été tués selon l'ONG Médecins sans frontières. Le jour suivant les attaques, le régime syrien a poursuivi ses bombardements sur les quartiers de Ghouta tenus par l'opposition[18].

Origine des livraisons chimiques à Damas[modifier | modifier le code]

En réponse au député allemand Jan Van Akten du parti Die Linke, le Ministère de l'économie allemande a précisé que des composés chimiques entrant dans la composition du gaz chimique sarin tels que le fluorure de sodium, l'acide fluorhydrique et l'hydrogène fluoré ont été exportés en 2002-2003 à hauteur de 40 tonnes puis 97 tonnes en 2005-2006 pour un montant de 174 000 euros. Le feu vert à la livraison a été donné sous le gouvernement de Gerhard Schroder puis sous celui de Angela Merkel après avis des services secrets indiquant que « l'usage civil était possible »[19].

Inventaire syrien des armes chimiques[modifier | modifier le code]

Après son adhésion à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques, la Syrie a remis son inventaire de ses armes chimiques à la date limite fixée au 20 septembre 2013 par l'accord russo-américain du 14 septembre 2013[20].

Vecteur de dispersion[modifier | modifier le code]

Le vecteur de dispersion du gaz chimique serait des roquettes sol-sol de 330 mm pourvant contenir 60 litres de gaz liquide et ainsi que des roquettes de 140 mm de 2.5 litres de contenance, ces roquettes portent des inscriptions en cyrillique[21] de fabrication soviétique[22].

Témoignages[modifier | modifier le code]

Victimes de l'attaque chimique de Goutha

Des témoignages expliquent dans The Guardian les symptômes auxquels ils ont assisté après les attaques : « des gens qui dormaient et [qui sont] morts dans leurs lits », des maux de tête et nausées, « du liquide qui sortait de la bouche et du nez des victimes », « l'odeur de quelque chose comme du vinaigre et des œufs pourris », une suffocation, « les corps qui changeaient de couleur (en bleu) », et « des yeux rouges et qui grattent[23] ». Les symptômes, rapportés par les habitants de Ghouta et des médecins témoignant auprès de l'ONGI Human Rights Watch, impliquaient « de la suffocation, des spasmes musculaires, de l'écume dans la bouche »[24].

Abu Omar de l'armée syrienne libre explique dans The Guardian que les roquettes impliquées dans les attaques étaient inhabituelles : « on pouvait entendre le son des roquettes propulsées dans les airs, mais aucun bruit d'explosion » et aucun dégât évident dans les bâtiments[23]. Les témoignages de Human Rights Watch rapportent des « symptômes impliqués par l'utilisation de gaz innervants »[24]. Selon Médecins sans frontières, les trois hôpitaux de la région ont accueilli pas moins de 3 600 patients présentant des symptômes neurotoxiques[25].

Les interprétations[modifier | modifier le code]

Un rapport d'experts de l'ONU indique que les munitions chimiques tirées le 21 août l'ont été « depuis des positions tenues par le gouvernement et en direction de zones tenues par l'opposition »[26].

Sur la responsabilité des attaques, les pays occidentaux affirment sans réserves la responsabilité du régime de Damas dans cette attaque présumée à l'arme chimique, de même que Human Rights Watch[27]. D'après l'universitaire Thomas Pierret : « L'argumentaire des pro-Assad fut mis à mal dès le 27 août à la suite de la mise en ligne d'images qui, en dépit de leur importance capitale, n'ont guère retenu l'attention des médias occidentaux. Ces images, diffusées sur la blogosphère anglophone par Brown Moses, montrent des bérets rouges de la Garde Républicaine d'Assad procédant au tir de l'une desdites roquettes « artisanales » au moyen d’un lanceur iranien de type Falaq-2. [...] Combinée au rapport de l'ONU, les images évoquées ici ne laissent donc aucune espèce de doute quant à la culpabilité du régime de Bachar al-Assad dans l'attaque chimique la plus meurtrière depuis la tragédie de Halabja en 1988 »[28]. Pour Olivier Lepick, spécialiste des armes chimiques à la Fondation pour la recherche stratégique, « la simultanéité de l'attaque, dans des endroits différents, réclame un savoir-faire tactique indéniable que seul le régime syrien possède ». François Géré abonde dans ce sens, estimant qu'il y a « 98 % de chances pour que le régime syrien soit l'auteur de l'attaque, bien qu'il ne faille pas négliger les 2 % restants »[29]. De son côté, la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution avance qu'elle s'apprêtait à lancer, deux jours après le massacre, une grande offensive contre le régime à partir de plusieurs fronts, appuyée par les brigades les plus puissantes de la rébellion : le pouvoir syrien, alerté à la dernière minute par ses espions et n’ayant plus le temps de mobiliser ses troupes, aurait alors décidé de recourir à une frappe chimique de grande envergure, seule à même d’éviter que ses lignes de défense ne soient enfoncées[30].

Cependant, le 18 septembre 2013, la Russie annonce avoir reçu des éléments de la part du régime syrien prouvant que ce sont les rebelles qui ont fait usage d'armes chimiques : d'après le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, « on ne peut considérer les conclusions auxquelles sont parvenues les inspecteurs de l'ONU que comme des conclusions politisées, de parti pris et unilatérales »[31]. Quant à Vladimir Poutine, il attribue la responsabilité de l'attaque aux rebelles dans une tribune publiée dans le New York Times[32]. Pierre Piccinin da Prata, enlevé en Syrie et libéré le 8 septembre, a de son côté affirmé que le gaz sarin n'avait pas été utilisé par le régime de Bachar Al-Assad, une déclaration accueillie avec prudence par le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, et nuancée par son compagnon d'infortune, le reporter italien Domenico Quirico[27] qui écrit : « C'est une folie de dire que je sais qu'Assad n'a pas utilisé de gaz »[33].

Bachar el-Assad nie être responsable de l'attaque et affirme : « il n'y a pas de preuve que j'ai utilisé des armes chimiques contre mon peuple ». Il juge par ailleurs l'accusation incohérente : « Supposons que notre armée souhaite utiliser des armes de destruction massive : est-il possible qu'elle le fasse dans une zone où elle se trouve elle-même et où des soldats ont été blessés par ces armes, comme l'ont constaté les inspecteurs des Nations unies en leur rendant visite à l'hôpital où ils sont soignés ? Où est la logique ? ». D'après le quotidien allemand Bild citant une source du Service fédéral de renseignement allemand, le président syrien n'aurait jamais approuvé personnellement l'attaque. De hauts gradés de l'armée syrienne « réclament régulièrement depuis environ quatre mois des attaques chimiques au palais présidentiel à Damas (mais) ces demandes ont été toujours refusées, et l'attaque du 21 août n'a vraisemblablement pas été approuvée personnellement par Bachar al-Assad »[34]. Ces révélations viennent conforter les révélations de Foreign Policy selon lesquelles, de source américaine, « dans les heures qui ont suivi l’horrible attaque à l’est de Damas, un responsable du ministère de la Défense syrien a échangé un coup de téléphone paniqué avec un dirigeant d’une unité qui s’occupe des armes chimiques, lui demandant des réponses autour d’une attaque au gaz neurotoxique qui a fait plus de 1.000 victimes »[35].

Revenant sur un document des services de renseignement français présenté le 2 septembre 2013 par Jean-Marc Ayrault comme apportant la preuve d'une attaque « massive et coordonnée » de la part du pouvoir syrien, Bernard Squarcini, ancien directeur central du renseignement intérieur, souligne ses points faibles et « combien cette note de notes n’est pas conclusive et certainement pas suffisante pour fonder, de manière imparable, la nécessité de déclencher des bombardements de représailles »[36].

Carte des attaques chimiques dans le secteur de Damas le 21 août 2013. (source : Maison-Blanche, département d'État).

En décembre 2013, le journaliste d'investigation Seymour Hersh révèle que l'administration américaine, afin de mieux soutenir les accusations contre le régime de Bachar el-Assad, aurait volontairement dissimulé lors de ces événements que le groupe djihadiste Front al-Nosra disposait de gaz sarin[37]. D'après le journaliste, Barack Obama aurait également accusé le régime en s'appuyant non sur des communications interceptées au moment de l'attaque, mais sur des interceptions réalisées en décembre 2012 et analysées a posteriori. La direction du renseignement national dément ces affirmations[38].

En janvier 2014, Richard Lloyd, ancien inspecteur de l'ONU spécialiste des missiles, et Theodore Postol, professeur au MIT, publient un rapport de 23 pages[39] selon lequel le régime syrien ne peut être tenu responsable du massacre. Ils ont pour cela étudié des « centaines » de photos et des vidéos d'ogive, de restes de roquettes, d'impacts sur le sol, et de barils contenant le gaz sarin, publiées sur Internet, et se sont livrés à une analyse physique interne qui a permis, selon le Docteur George Stejic, directeur des laboratoires Tesla qui emploient Richard Lloyd, d'établir le volume de gaz sarin utilisé, la portée des missiles, leur direction ainsi que l'endroit d'où ils ont été tirés. Le rapport contredit le rapport américain, notamment en affirmant que les roquettes tirées étaient de courte portée, une conclusion que François Géré, directeur de l'Institut français d'analyse stratégique (Ifas), juge « crédible », d'autant plus qu'elle est évoquée par le rapport final de l'ONU. Or, le rapport américain affirme que les roquettes ont été tirées depuis le « coeur » du territoire contrôlé par le régime à Damas : au contraire, tout point situé à deux kilomètres des impacts se situe en territoire rebelle. Mais d'après François Géré et Olivier Lepick, il est probable que le régime ait avancé ses vecteurs de lancement au plus près des positions adverses, pour réduire le temps de passage au-dessus de ses propres troupes et ainsi diminuer les risques de bavure. Olivier Lepick affirme par ailleurs : « Ce rapport repose sur beaucoup d'hypothèses très difficiles à vérifier d'un point de vue technique, telles que la portée des missiles, la distance qu'ils ont parcourue et le calcul des charges de propulsion ». De son côté, l'ONU ne souhaite pas commenter le rapport[29].

En juin 2014, dans un éditorial du journal Le Point, Franz-Olivier Giesbert, affirme en citant Richard Lloyd, que seuls les rebelles djihadistes ont pu perpétrer l'attaque chimique de Ghouta. Il accuse notamment le quotidien Le Monde et le gouvernement français, d’avoir désigné sans preuves, afin de justifier d'éventuelles frappes à venir, le régime de Bachar al-Assad[40],[41].

Réactions[modifier | modifier le code]

Réactions internationales[modifier | modifier le code]

  • Drapeau des Nations unies ONU – Les Nations unies tentent de trouver une solution nécessaire de toute urgence, voire possiblement une intervention ; cependant, à la suite des objections de la Russie et de la Chine, une simple demande de clarification concernant cet incident a été demandée[42]. Le secrétaire général Ban Ki-moon demande des investigations sans plus tarder[43].
  • Flag of the Arab League.svg Ligue arabe – La ligue arabe publie une déclaration le 27 août accusant le gouvernement syrien d'être derrière les attaques mais indique en revanche qu'elle ne soutiendra pas une intervention militaire quelle que soit sa forme[44].
  • Drapeau de l'Albanie Albanie – Le premier ministre albanais Sali Berisha et le ministre des affaires étrangères Aldo Bumçi accusent le gouvernement syrien pour ces attaques et demandent le soutien du gouvernement albanais pour toute action engagée par l'OTAN contre la Syrie[45],[46].
  • Drapeau de l'Allemagne Allemagne – Le gouvernement allemand condamne les attaques. Le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle déclare que « l'attaque chimique en Syrie ne peut rester sans conséquences[47]. »
  • Drapeau des États-Unis États-Unis – Les États-Unis déclarent être « profondément préoccupés par les informations selon lesquelles des armes chimiques ont été utilisées. Les États-Unis condamnent fermement toute utilisation d'armes chimiques. Ceux qui sont responsables de l'utilisation d'armes chimiques doivent être tenus coupables. Aujourd'hui, nous demandons formellement aux Nations unies examiner d'urgence cette nouvelle allégation. » Le président Barack Obama se dit « gravement préoccupé ». L'administration Obama accuse Assad d'être derrière ces attaques[48] et en avoir les preuves sans pour autant rendre publique ces informations[49].
  • Drapeau de la France France – À la XXIe conférence des ambassadeurs qui s'est tenue à Paris le 27 août, le président de la République française François Hollande a déclaré que « La France est prête à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents » et que « tout porte à croire que c'est le régime qui a commis cet acte abject qui le condamne définitivement aux yeux du monde[50]. »
  • Drapeau de l'Italie Italie – Le gouvernement italien appelle à la « prudence », même si la ministre des Affaires étrangères Emma Bonino a qualifié l'attaque de « crime de guerre ». Bonino a déclaré que l'« Italie ne participera pas à une action militaire sans l'autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies[51]. »
  • Drapeau de l'Iran Iran – L'Iran condamne l'usage d'armes chimiques en Syrie et accuse les rebelles d'être derrière les attaques[52].
  • Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni – Le Royaume-Uni appelle à une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations unies le 21 août[53]. Le Premier ministre David Cameron déclare le 29 août qu'il n' "a pas 100% de certitude" que le régime Syrien a usé d'armes chimiques[54].
  • Drapeau de la Russie Russie – Lors d'un entretien téléphonique avec le Premier ministre Britannique le 26 août, le Président russe Vladimir Poutine souligne qu'il n'y a aucune preuve pouvant accuser formellement la Syrie comme étant l'auteur de l'utilisation de ces roquettes[55]. Les autorités russes déclarent que l'attaque à l'arme chimique était une « provocation planifiée à l'avance » et accusent les rebelles d'être derrière ces attaques[56]. La presse russe soutient ces affirmations[57].

Suites diplomatiques[modifier | modifier le code]

Le 25 août 2013, le secrétaire d’État américain John Kerry téléphone à ses homologues britannique, français, russe et canadien en affirmant qu'il y a « très peu de doutes sur l'usage d'armes chimiques[60]. ». La « ligne rouge », avertissement lancé par Barack Obama le 20 août 2012, est ainsi franchie — une nouvelle fois — un an plus tard[61].

Le 28 août 2013, François Hollande réunit le Conseil de défense et de sécurité nationale, David Cameron convoque le Parlement pour un vote « sur la réponse du Royaume-Uni aux attaques à l'arme chimique en Syrie[62] ». La ligne diplomatique américaine est mise en doute après le précédent des armes de destruction massive en Irak.

L'ONU demande, par l'intermédiaire de son secrétaire général Ban Ki-moon, d'attendre les résultats d'enquête sur l'utilisation des gaz mais les États-Unis lui ont demandé de ne pas poursuivre sa mission[63].

Le 28 août 2013, le Royaume-Uni annonce qu'il ne lancera pas d'action militaire contre la Syrie avant les résultats du rapport de l'ONU.

Le 29 août 2013, la Chambre des Communes britannique rejette, par 285 voix contre 272, une motion présentée par le Premier ministre David Cameron qui défendait le principe d’une intervention militaire en Syrie.

Le 31 août 2013, Barack Obama annonce la décision d'intervenir militairement mais en consultant au préalable le Congrès des États-Unis, consultation qui doit se tenir le 9 septembre. Jusqu'au dernier moment le gouvernement français reste persuadé de frappes américaines le 1er septembre au matin[64].

Le 6 septembre 2013, François Hollande annonce attendre le rapport de l'ONU avant toute opération militaire[65].

Le 19 novembre 2013, l'ONU adopte une résolution qui « condamne fermement l'utilisation d'armes chimiques en Syrie et en particulier le massacre dans la Ghouta ». Le texte « encourage » le Conseil de sécurité à faire appel à la justice internationale pour sanctionner les auteurs de crimes contre l'humanité commis en Syrie, dont le massacre de la Ghouta[26].

Risques de conflit international[modifier | modifier le code]

En réponse à ce massacre, les États-Unis menacent de lancer une centaine de missiles Tomahawk contre la Syrie[66]. L'Iran avertit qu'un tel agissement mènerait à des actions de représailles contre Israël[67]. Ces frappes américaines seraient lancées sans l'accord du Conseil de sécurité des Nations unies ; selon la Russie, cette action serait une « très grave violation du droit international[68]. » La Russie et la Chine mettent en garde toute intervention militaire en Syrie, expliquant qu'il y aurait de « lourdes conséquences » pour la région entière[69]. Le gouvernement syrien prévient quant à lui que « la Syrie sera le cimetière des envahisseurs » et annonce en retour pointer ses missiles sur Israël[70] et l'Arabie saoudite[71].

Dans ce contexte de crise, Israël déploie sa défense antimissile[72] et rappelle certains de ses réservistes[73]. La France annonce par ailleurs envoyer sa frégate Chevalier Paul au large de la Syrie tandis que la Russie a indiqué son intention de renforcer son dispositif en Méditerranée en envoyant sur place deux navires de guerre supplémentaires[74] tandis que la Chine a elle aussi envoyé un navire de guerre[réf. nécessaire].

L'Allemagne annonce le 27 août 2013 qu'elle n'interviendra pas militairement en Syrie[75].

Le 3 septembre 2013, la Russie déclare avoir détecté le lancement de deux missiles balistiques en Méditerranée[76], qui s'avérera être un essai balistique mené par Israël et les États-Unis[77],[78],[79].

Les populations occidentales se montrent de plus en plus hostiles à des interventions précipitées au Moyen-Orient (64 % des Français seraient contre selon un sondage réalisé par l’institut BVA pour i>Télé[80] et 60 % des Américains également[81]).

L'accord russo-américain du 14 septembre 2013, portant sur l'inventaire des armes chimiques syriennes, repousse l'option de l'intervention militaire étrangère, sans qu'elle soit exclue pour autant par François Hollande[82]. Quelques mois plus tard, l'exécutif français affirme que les frappes prévues auraient touché uniquement l'arsenal chimique du régime, tout en reconnaissant qu'elles devaient changer le rapport de force politique sur place[83].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « NGO says 322 died in Syria 'toxic gas' attacks »,‎ 2013 (consulté le 24 août 2013)
  2. (en) « Syria: Thousands suffering neurotoxic symptoms treated in hospitals supported by MSF », Médecins sans frontières,‎ 2013 (consulté le 24 août 2013)
  3. (en) « Activists report 1,300 are killed in Syria gas attack », Buenosairesherald.com,‎ 2013 (consulté le 24 août 2013)
  4. (en) The Violations Documenting Center in Syria, « Violations Documentation Center - Martyrs », Vdc-sy.info (consulté le 28 août 2013)
  5. (en) « Syrian opposition claims chemical attack by Assad forces kills 635 »,‎ 2013 (consulté le 24 août 2013)
  6. (en) « Syrian opposition: 1,300 killed in chemical attack on Ghouta region », English.alarabiya.net,‎ 2013 (consulté le 24 août 2013)
  7. (en) « Bodies still being found after alleged Syria chemical attack: opposition », Dailystar.com.lb (consulté le 24 août 2013)
  8. (en) Nick Renaud-Komiya, « Aid group says it has treated 3,600 'chemical victims' in Syria », Independent.co.uk,‎ 2013 (consulté le 26 août 2013)
  9. Syrie: le rapport de l'ONU confirme un bombardement au gaz sarin, RFI,‎ 16/09/2013 (lire en ligne), p. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a présenté ce lundi 16 septembre au Conseil de sécurité les conclusions du rapport des experts des Nations unies qui ont enquêté sur l'utilisation d'armes chimiques en Syrie, le 21 août dernier, près de Damas. Sans surprise, le rapport fait état de preuves « flagrantes » de l'utilisation de gaz sarin
  10. (fr) « Armes chimiques en Syrie : l'ONU veut «faire la lumière» », sur Le Parisien,‎ 22 août 2013 (consulté le 22 août 2013).
  11. Hélène Sallon, « Retour sur l'attaque chimique du 21 août à Damas », Le Monde, 29 août 2013
  12. (en) Assad forces advance, rebels await weapons, World Bulletin, 19 juin 2013
  13. Le Monde, "Syrie : comment les échantillons de gaz sarin ont été rapportés", 5 juin 2013
  14. Le Figaro, "Des analyses confirment l'utilisation de gaz sarin en Syrie", 28 juin 2013
  15. Le Monde, "Syrie : Paris et Londres affirment avoir des preuves de l'utilisation de gaz sarin", le 4 juin 2013
  16. France24, "Moscou doute de l'utilisation d'armes chimiques par le régime syrien", le 15 juin 2013
  17. (en) Suffering in Syria is clear, but cause and culprits are murky, CNN, 22 août 2013
  18. (en) Syrian army bombarded suburbs of Damascus day after opposition accused regime of gassing hundreds in chemical attack, blog Al Jazeera, 22 août 2013
  19. Frédéric Lemaître, Malaise sur les livraisons chimiques à Damas, Le Monde,‎ 21/09/2013 (lire en ligne)
  20. La Syrie a remis l'inventaire de ses armes chimiques, Le Nouvel Observateur,‎ 21/09/2013 (lire en ligne), p. L'"OIAC a confirmé avoir reçu la liste attendue du gouvernement syrien sur son programme d'armes chimiques" a indiqué dans un e-mail l'organisation basée à La Haye. "Le Secrétariat technique est en train d'examiner l'information reçue" a-t-elle précisé. L'OIAC a reporté une réunion de son Conseil exécutif qui devait se tenir dimanche pour débattre de la question de la destruction des armes chimiques de la Syrie.
  21. Catherine Gouëset, Syrie: "La responsabilité du régime d'Assad dans l'attaque du 21 aout ne fait aucun doute", L'Express,‎ 20/09/2013 (lire en ligne)
  22. (en) peter Bouckaert, Sarin attack joins a long list of crimes in Syria, whose people cry out for justice, theguardian,‎ 16/09/2013 (lire en ligne), The rocket systems identified by the UN as used in the attack – truck-launched 330mm rockets with about 50 to 60 litres of sarin, as well as 140mm Soviet-produced rockets carrying a smaller sarin-filled warhead – are both known to be in the arsenal of the Syrian armed forces.
  23. a et b (en) Mona Mahmood, « Syrian eyewitness accounts of alleged chemical weapons attack in Damascus », The Guardian,‎ 2013 (consulté le 23 août 2013)
  24. a et b (en) Fred Abrahams, « Dispatches: The Longest Short Walk in Syria? », Human Rights Watch,‎ 2013 (consulté le 23 août 2013)
  25. (en) Syria: Thousands suffering neurotoxic symptoms treated in hospitals supported by MSF, Médecins sans frontières, 24 août 2013
  26. a et b Syrie : l'ONU dénonce des exactions "systématiques", Le Point, 20 novembre 2013
  27. a et b Selon Human Rights Watch, le régime d'Al-Assad est responsable de l'attaque chimique, Le Monde, 10 septembre 2013
  28. Armes chimiques : les images qui accablent Assad, blog Mediapart de Thomas Pierret, 19 septembre 2013
  29. a et b Armin Arefi, Attaque chimique en Syrie : le rapport qui dérange, Le Point, 19 février 2014
  30. Benjamin Barthe, Nathalie Guibert, Yves-Michel Riols et Christophe Ayad, « Chroniques syriennes (1/3) : A l'été 2013, le choc de l'attaque chimique en banlieue de Damas », Le Monde, 13 février 2014
  31. Attaque chimique en Syrie : la Russie dit avoir "des preuves" de l'implication des rebelles, Le Monde, 18 septembre 2013
  32. "J'ignorais complètement que Poutine était un partisan de l'égalité", Le Monde, 12 septembre 2013
  33. Journaliste italien libéré en Syrie : "Il est possible que cette révolution m'ait trahi", Le Monde,‎ 08/09/2013 (lire en ligne), Nous n'avons rien vu de ce qui se passait en Syrie pendant notre détention, a précisé à La Stampa Domenico Quirico, « Dans cette conversation, ils disaient que l'attaque de gaz sur deux quartiers de Damas avait été lancée par les rebelles comme une provocation, pour conduire l'Occident à intervenir militairement. Pour eux, le nombre de morts était exagéré. Je ne sais pas si c'était vrai : je n'ai aucun élément pour confirmer cette thèse et je n'ai aucune idée de la fiabilité de ces personnes. Je ne peux absolument pas dire si cette conversation était fondée sur des faits réels. »
  34. Assad assure qu'il n'est pas responsable de l'attaque chimique du 21 août, Le Parisien, 8 septembre 2013
  35. Syrie: un appel intercepté par les Etats-Unis prouve l'utilisation de gaz neurotoxique, Noah Shachtman, Slate d'après Foreign Policy, 28 août 2013
  36. Exclusif. Bernard Squarcini : "On s’est beaucoup trompé en Syrie", valeursactuelles.com, 15 novembre 2013
  37. Syrie : Du gaz sarin dans l'arsenal djihadiste mais Obama s'est tu!, martine Gozlan, marianne.net, 9 décembre 2013
  38. Syrie : l'enquête à charge contre les Etats-Unis après l'attaque chimique, Le Monde, 9 décembre 2013
  39. (en) Richard Lloyd, Theodore Postol, Possible Implications of Faulty US Technical Intelligence in the Damascus Nerve Agent Attack of August 21, 2013, MIT, le 14 janvier 2014, [PDF] [lire en ligne], 46 p.
  40. L’Occident s’est complètement trompé en Syrie, on le dit enfin !, Entretien avec Frédéric Pichon, bvoltaire.fr, 27 juin 2014
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  80. Exclusif. SONDAGE. Syrie : 64% des Français sont contre une intervention française, Le Parisien, 30 août 2013
  81. Une majorité d'Américains s'oppose à une intervention en Syrie, Marianne, 4 septembre 2013
  82. Hollande sur la Syrie: "l'option militaire doit demeurer", BFM TV, 15 septembre 2013
  83. Benjamin Barthe, Nathalie Guibert, Yves-Michel Riols et Christophe Ayad, « L'été où la France a presque fait la guerre en Syrie (3/3) », Le Monde, 15 février 2014

Liens externes[modifier | modifier le code]

Rapport des inspecteurs de l'ONU[modifier | modifier le code]

  • Rapport français : Synthèse nationale de renseignement déclassifié - Programme chimique Syrien (Rapport officiel en français du 2/09/2013) - lire en ligne :[1]
  • Rapport des inspecteurs de l'ONU su 13 septembre 2013 (Rapport officiel en anglais) - lire en ligne : [2]

Articles connexes[modifier | modifier le code]