Armée syrienne libre

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Armée syrienne libre
arabe : الجيش السوري الحر
Image illustrative de l'article Armée syrienne libre

Idéologie Nationalisme arabe[1]
Objectifs Renversement de Bachar el-Assad et du régime baasiste
Établissement d'une démocratie[1]
Statut Actif
Fondation
Date de formation
Actions
Mode opératoire Lutte armée, guérilla
Zone d'opération Syrie
Organisation
Chefs principaux Abdel Al-Ilah Al-Bachir
Membres 15 000 à 50 000 hommes[2],[3]
Financement Financé et équipé par :
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de la France France
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas
Drapeau de la Croatie Croatie
Drapeau de la Turquie Turquie
Drapeau de l'Arabie saoudite Arabie saoudite
Drapeau du Qatar Qatar
Drapeau de la Libye Libye
Jordanie Jordanie
Koweït Koweït
Émirats arabes unis Émirats arabes unis
Drapeau d’Israël Israël
Guerre civile syrienne

L'Armée syrienne libre (arabe : الجيش السوري الحر, al-jayš as-suri al-ħurr) était la principale force armée opposée au régime de Bachar el-Assad et à l’armée régulière au début de la guerre civile syrienne[4], avant d'être surpassée par les factions djihadistes et salafistes[5],[6]. Constituée d'anciens officiers de l'armée syrienne, elle se caractérise, pour l'essentiel, par son nationalisme arabe et son objectif démocratique, au contraire des brigades salafistes et djihadistes[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

La formation du groupe d'opposition armé est annoncée le dans une vidéo publiée sur le web par un groupe de militaires syriens en uniforme qui ont fait défection. Ceux-ci appellent les membres de l'armée à faire défection et à les rejoindre[7]. Le chef de ces hommes, qui s'identifie lui-même comme le colonel Riyad al Asaad, affirme que l'Armée syrienne libre travaillerait avec les manifestants à la chute du régime, et précise que toutes les forces de sécurité attaquant des civils sont des cibles justifiées[8],[9].

Le , l'Armée syrienne libre (ASL) fusionne avec le Mouvement des officiers libres (MOL, arabe : حركة الضباط الأحرار, ħarakat al-ḍubbaṭ al-aħrar) et devient ainsi le principal groupe armé d'opposition[4]. Cette fusion intervient peu après l'enlèvement par les services de renseignement syriens du lieutenant-colonel Huseïn Harmouch, chef et fondateur du MOL qui avait refusé de collaborer avec les Frères musulmans[10],[11] et qui devait être le porte-parole officiel de l'ASL avant son kidnapping[12].

Le , l'ASL reconnaît l’autorité du Conseil national syrien (CNS)[13], dont le président Burhan Ghalioun s'oppose à la militarisation de la révolte syrienne : « [La] tâche [de l'ASL] doit se limiter à la protection des manifestants, ils ne doivent pas mener des opérations. Nous ne voulons pas de guerre civile »[14].

À la mi-décembre 2011, un camp de l'ASL est installé en Turquie. Son accès est strictement contrôlé par les Forces armées turques[15].

En février 2012, le général Mustafa Al Cheikh quitte l'ASL et fonde le Haut Conseil militaire et révolutionnaire[12]. Le président du Conseil national syrien Burhan Ghalioun révèle également que son organisation a formé un corps militaire pour rassembler les rebelles du pays sous un contrôle unifié, ce qui est très mal reçu au sein de l'ASL qui n'a pas été tenue au courant[12].

Le 1er avril 2012, Burhan Ghalioun annonce que son organisation « va prendre en charge le paiement des salaires fixes de tous les officiers, soldats et résistants membres de l'ASL »[16]. Le mois suivant, il se déclare finalement favorable à l'armement de l'ASL par l'extérieur[17].

Au printemps 2012, l'ASL se dote d'un commandement conjoint regroupant les chefs des brigades établies dans 10 des 14 gouvernorats syriens ; dans le même temps, l’ASL de l’intérieur prend l’ascendant sur les généraux déserteurs réfugiés en Turquie[18].

En juillet 2012, l'ASL de l'intérieur annonce son propre plan de transition post-Bachar el-Assad « avec constitution d’un « conseil supérieur de défense » devant à terme choisir un « conseil présidentiel » politico-militaire pour diriger le pays durant la période transitoire » ; mais la proposition est rejetée par le colonel Riyad al Asaad[19].

Au début du mois de septembre 2012, le général Mohamed Al-Haj Ali, un officier déserteur, annonce la création d'une Armée nationale syrienne censée s'attaquer à l'influence des réseaux islamistes[20] ou, selon d'autres sources, remplacer l'Armée syrienne libre[21],[22]. Le même mois, le centre de commandement de l'ASL, initialement situé à Hatay en Turquie, est déplacé en Syrie dans le but de mieux contrôler les groupuscules extrémistes agissant en son nom[23]. C'est également en septembre 2012 que les brigades islamistes ralliées aux objectifs démocratiques et pluralistes, créent leur propre coalition, le Front Islamique pour la Libération de la Syrie (FILS), qui n'a plus qu'un lien symbolique avec l'ASL[1].

En octobre 2012, l'ASL affirme avoir capturé Houssam el-Assad, cousin du président Bachar el-Assad, par le biais de la brigade djihadiste "Al-Farouk" d'après le cheikh Adnan Al-Arour[24]. Avec d'autres groupes armés, elle se place également sous l'autorité d'une nouvelle direction de 30 hommes chargée de superviser la lutte contre l'armée syrienne et notamment composée de plusieurs dirigeants de l'ASL comme le commandant Riyad al Asaad, le général Moustafa Cheikh et le général Mohammed Hadj Ali[25]. Ce nouveau conseil militaire est lancé sous l'influence de la Turquie, de l'Arabie saoudite et du Qatar dans la perspective d'une meilleure transmission d'armes[26].

En novembre 2012, le conseil militaire de l'ASL annonce son soutien à la nouvelle Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution (CNFOR) et sa collaboration avec elle[27]. La CNFOR crée un conseil militaire suprême chapeautant l'ASL[28].

En décembre 2012, des manifestations se déroulant à Alep s'en prennent à l'Armée syrienne libre alors que celle-ci avait conquis la moitié de la ville en juillet[29].

En mars 2013, l'ASL refuse de reconnaître Ghassan Hitto, élu Premier ministre de la CNFOR en charge de l'administration des territoires rebelles en Syrie, en mettant en cause le défaut de consensus lors de son élection[30].

Au printemps 2013, l'ASL gagne du terrain au sud de la Syrie, dans la province de Deraa située à la frontière avec la Jordanie, en s'emparant de deux bases militaires et de la ville de Daël[31], mais en perd par ailleurs avec la bataille de Qousseir. L'ASL réclame alors des missiles antiaériens à courte portée, des missiles antichars, des mortiers, des munitions, des gilets pare-balles, des masques à gaz et une zone d’exclusion aérienne, prévenant du risque d'« une véritable catastrophe humanitaire »[32]. Elle affirme peu après avoir obtenu satisfaction en ayant reçu de l'étranger des quantités d'armes « modernes » susceptibles de « changer le cours de la bataille » : il s'agit d'armes antiaériennes et antichars ainsi que de munitions[33].

En août 2013, Le Figaro révèle que « les premiers contingents syriens formés à la guérilla par les Américains en Jordanie seraient entrés en action depuis la mi-août dans le sud de la Syrie, dans la région de Deraa. Un premier groupe de 300 hommes, sans doute épaulés par des commandos israéliens et jordaniens, ainsi que par des hommes de la CIA, aurait franchi la frontière le 17 août. Un second les aurait rejoints le 19 »[34].

En septembre 2013, des groupes appartenant à l'ASL affirment, de concert avec treize des groupes rebelles islamistes les plus puissants en Syrie et dont l'ASL était proche, qu'aucune organisation basée à l'étranger, y compris la Coalition nationale, ne saurait les représenter : ils forment alors une alliance avec les djihadistes du Front al-Nosra[35],[36]. De nouveaux groupes de l'ASL font défection en octobre[37].

En décembre 2013, l'ASL perd le contrôle de ses bureaux, à Bab Al-Hawa, près de la frontière turque, ainsi que de plusieurs entrepôts, situés dans cette région, celle de Homs et celle d'Idlib. Ces sites, qui abritent du matériel fourni par des pays alliés (notamment par les Etats-Unis[38]), passent sous le contrôle du Front islamique. D'après la Coalition des forces de l'opposition et de la révolution, les rebelles du Front islamique sont arrivés sur les sites à sa demande, pour éviter qu'ils ne tombent dans les mains de l'Etat islamique en Irak et au Levant. Mais, selon un proche de Selim Idriss, « cette opération de secours est du bidon, les salafistes se sont servis dans les entrepôts » et rien n'indique selon lui qu'ils sont disposés à rétrocéder leur prise de guerre[39].

Le 16 février 2014, Selim Idriss est limogé de son poste de chef d'état-major de l'Armée syrienne libre par le Conseil militaire supérieur (CMS), qui invoque « la paralysie au sein de l'état major au cours des derniers mois », la nécessité de le « restructurer » et « les difficultés que rencontre la révolution syrienne » face au régime du président Bachar el-Assad. Il est remplacé par le brigadier général Abdel Al-Ilah Al-Bachir[40].

Conflit avec le Liban[modifier | modifier le code]

En mai 2012, face aux accusations de l'agence libanaise (ANI), l'ASL dément toute implication dans le rapt de pèlerins chiites libanais dans le nord de la Syrie, accusant le régime syrien d'en être à l'origine[41].

En août 2012, Hassan al-Mouqdad, issu d'une puissante famille chiite proche du Hezbollah, « sniper à la solde de Damas » selon ses ravisseurs, est kidnappé par des hommes se réclamant de l'ASL. En réponse, le clan al-Mouqdad organise l'enlèvement d'une vingtaine de Syriens et d'un Turc, et des rixes anti-syriennes ont lieu dans les quartiers chiites de Beyrouth, tandis que l'aéroport devient inaccessible. Un message diffusé sur une chaîne pro-Hezbollah menace également les citoyens du Qatar et de l'Arabie saoudite, ce qui incite ces deux pays ainsi que les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Koweït à intimer à leurs ressortissants de quitter le Liban. Mais le Conseil militaire de l'ASL dément être lié à l'enlèvement de Hassan al-Mouqdad[42].

En septembre 2012, des soldats de l'ASL font incursion dans une poche sunnite à l'est du Liban, près du village d'Ersal, afin de mieux attaquer les troupes de l'armée loyaliste. Celle-ci n'hésite pas à répliquer de son côté, ce qui contraint le Liban à protester auprès de Damas. De plus, « les alliés libanais du régime syrien, comme le Hezbollah, accusent certaines forces politiques implantées dans le village d’Ersal de faciliter la contrebande d'armes destinées aux insurgés syriens »[43].

En février 2013, Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, déclare que « tout ce qui aboutirait à transférer la lutte en Syrie vers le Liban serait une erreur » mais les combats continuent entre la milice et les insurgés syriens du côté syrien de la frontière syro-libanaise[44]. Le même mois, le général Selim Idriss, chef d'état-major de l'ASL, menace de bombarder le Hezbollah au Liban, accusé de tirer sur des localités rebelles en Syrie[45].

La bataille de Qousseir (mai-juin 2013) est un tournant dans l'implication des troupes du Hezbollah en Syrie et l'opposition du mouvement libanais à l'ASL.

Drapeau[modifier | modifier le code]

Le drapeau adopté par l'ASL est celui qui a marqué l'indépendance du pays vis-à-vis de la France. Il a été remplacé par le drapeau syrien actuel lorsque la junte militaire a effectué un coup d'État en 1963 pour porter le parti Baas au pouvoir. L'opposition, dont l'ASL fait partie, a donc fait son symbole du drapeau antérieur à ce coup d'État.

Effectifs[modifier | modifier le code]

Fin 2011, les civils constituent la majorité des troupes de l'ASL (dont le total oscille alors entre 8 000 et 15 000 hommes), en particulier des jeunes appelés qui ne sont pas retournés à leurs casernes à l’issue d’une permission et des retraités de l'armée[10],[11], rejoints par des déserteurs de l'armée[2]. Vers la mi-janvier 2012, l'ASL déclare avoir 40 000 hommes dans ses rangs[46]. À l'été 2012, le commandant Riyad al Asaad ainsi que le porte-parole en France de l'ASL Fahd el-Masri revendiquent des effectifs ayant dépassé les 100 000 hommes[47],[18], alors que les spécialistes indiquent qu'un tiers de l’armée régulière aurait fait défection, soit 100 000 hommes également, mais sans pouvoir déterminer combien ont rejoint l'ASL[18]. En janvier 2013, Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme, indique : « Les défections n’ont pas pesé sur l’armée syrienne : la majorité des combattants rebelles n’est pas formé de militaires défectionnaires mais de civils ayant pris les armes »[48]. En avril 2013, des experts estiment le nombre de combattants de l'ASL à 140 000[49]. A l'été 2013, Selim Idriss revendique seulement 80 000 hommes équipés d'armes légères, « dont 50 000 à 60 000 sont actifs sur le terrain »[50],[51].

A l'automne 2013, seules deux brigades de l'ASL ont une ampleur nationale et constituent son ossature : Ahfad Al-Rassoul (« les Petits-Fils du Prophète ») et Jabhat Ahrar Souria (« le Front des Hommes libres de la Syrie »)[1].

En janvier 2014, l'ASL apparaît marginalisée avec seulement 15 000 à 20 000 hommes dispersés, surtout actifs dans la région de Deraa, au sud de la Syrie[2].

Armement, financement et soutiens[modifier | modifier le code]

Sources de l'intérieur[modifier | modifier le code]

La plupart des armes utilisées par l'Armée syrienne libre seraient achetées directement à des soldats ou aux "chabbihas", les milices pro-régime[52],[12], récupérées lors des attaques menées contre les postes et convois des forces loyales au régime[10] ou fabriquées par les soldats de l'ASL eux-mêmes[53]. D'après Rifaat el-Assad, l'armée régulière aurait même « alimenté en armes sophistiquées et en munitions l'armée libre »[54]. En juillet 2012, Fahd el-Masri, porte-parole de l'ASL à Paris, affirme que l'ASL dispose seulement d'armes légères et moyennes[18]. Selon l'universitaire Thomas Pierret, les brigades de l'ASL « ne possèdent pour l'essentiel que ce qui constitue l'équipement de base des unités de l'armée syrienne (kalachnikov, fusil de précision Dragunov, mitrailleuse PKT et lance-roquettes RPG-7) et n'ont généralement acquis d'équipements plus sophistiqués (en particulier des missiles antichars Metis et Kornet) qu'en les capturant aux forces régulières ou en les achetant à des officiers corrompus »[55]. En février 2013, l'ASL prend le contrôle d'une base aérienne, al-Jarrah, située près d'Alep : c'est la première fois depuis le début de la guerre civile que des avions militaires susceptibles de fonctionner tombent entre les mains des rebelles[56].

Le 1er avril 2012, le Conseil national syrien (CNS), lui-même financé par des pays étrangers, annonce qu'il va payer les salaires des membres de l'ASL[16]. Le 31 octobre 2012, le CNS publie le montant et l'origine des sommes qu'il a reçues de l'extérieur, soit 40,4 millions de dollars, dont 7 % (soit 2,8 millions) sont allés à l'ASL[57].

Cette dernière bénéficie également d'importants soutiens extérieurs dont l'initiative est critiquée par la Russie[58]. Malik al-Kurdi, le second du général Riad el Asaad, remet néanmoins en cause cet apport en août 2013 :

« Pour une partie, ce sont des mensonges. Pour le reste, l’aide financière et militaire parvient directement aux katibas [unités de combattants], sans passer par l’état-major de l’ASL. En fait, la plupart du matériel qu’ils ont envoyé, essentiellement des armes légères, fusils mitrailleurs, lance-roquettes, roquettes antichars de type RPG et munitions, se retrouve aux mains des groupes extrémistes. Je ne crois pas qu’il puisse s’agir d’un hasard. [...] Nous, l’état-major de l’ASL, sommes exclus de ce processus. Les armes traversent la frontière avec la bénédiction des Turcs à Bab al-Hawa, puis sont stockées à l’entrée du territoire syrien, proche de la localité d’Atmeh. Mais à trois reprises, elles ont ensuite disparu, confisquées ou prétendument volées par des groupes liés à Al-Qaïda. Il faut être très clair : comment se fait-il que tout le monde prétend aider les rebelles modérés de l’ASL, alors que, sur le terrain, les armes sont presque toutes aux mains des extrémistes djihadistes ? »[28].

Soutiens régionaux[modifier | modifier le code]

Le financement et l'armement extérieurs de l'ASL semblent venir principalement de pays du Golfe arabique comme l'Arabie saoudite, le Qatar, d'autres pays comme la Turquie et quelques pays occidentaux. Il est aussi possible qu'une partie du financement soit due au fait d'expatriés syriens[15],[59].

L'aide du Qatar et des rebelles libyens[modifier | modifier le code]

Selon le New York Times, le Qatar finance « un effort multinational actif et complexe [...] pour transporter les armes depuis la Libye jusqu’aux combattants de l’opposition syrienne ». Les armes ainsi transférées sont en majorité légères, telles que des fusils, des mitrailleuses, des lance-roquettes type RPG, et des obus de mortier, mais les rebelles libyens ont également envoyé des missiles anti-chars. On estime qu’environ 28 tonnes d'armes ont ainsi été livrées aux rebelles anti-Assad par les airs entre août 2012 et juin 2013. Les avions spécialement affrétés pour l'occasion décollent vers la Turquie ou la Jordanie, où les armes sont ensuite introduites clandestinement en Syrie. Le gouvernement libyen ne serait cependant pas impliqué dans ces transferts[60].

Néanmoins, le Qatar soutient ouvertement des groupes salafistes rivaux de l'ASL tels que Ahrar al-Sham et Liwa el-Tawhid et se voit ainsi accuser de jouer un double jeu fin 2013[38].

L'aide saoudienne[modifier | modifier le code]

Selon l'universitaire Thomas Pierret, « l'aide militaire saoudienne est surtout livrée à des groupes d'anciens militaires déserteurs, comme le Conseil militaire révolutionnaire, dirigé par le colonel Abdel Jabbar al-Oqaidi, à Alep »[61]. Mais il faut noter une évolution de l'aide saoudienne : celle-ci était d'abord adressée, au printemps 2012, à des salafistes en transitant par la Turquie, alors que le Qatar en faisait de même mais en destinant ses livraisons à des groupes proches des Frères musulmans. À l'automne 2012, le soutien de l'Arabie saoudite se déplace en Jordanie, plus précisément à Amman où les armes financées par le royaume wahhabite parviennent par l'intermède d'avions croates, pour venir en aide à des nationalistes laïcs. Fin mars 2013, une trentaine de rotations de ce genre ont été observées et ont permis de renforcer la capacité des rebelles en leur apportant notamment des canons sans recul, lance-grenades et autres missiles antichars[31]. En mai 2013, une cargaison d'armes à l'instigation de l'Arabie saoudite en soutien de l'ASL s'avère décisive dans la bataille de Qousseir[62].

L'aide du Koweït[modifier | modifier le code]

Si le Parlement du Koweït a officiellement annoncé son soutien à l'ASL en mars 2012[63], Riyad al Asaad dément dans le même temps que des Koweïtiens combattent aux côtés des rebelles[64]. En juin 2012, un journal koweïtien affirme que des dizaines de Koweïtiens luttent aux côtés de l'ASL, mais également d'importants groupes de combattants originaires d'Arabie saoudite, d'Algérie et du Pakistan[65].

Les soutiens djihadistes[modifier | modifier le code]

L'ASL a par ailleurs reconnu que des combattants djihadistes se sont rangés à ses côtés, mais sans avoir un rôle « significatif »[66]. Une opération importante comme le double attentat mené sur le siège de l'état-major syrien le 26 septembre 2012 à Damas est pourtant revendiquée par un groupe de djihadistes, alors que l'ASL précise avoir également participé à l'opération, sans que ses liens avec le groupe soient clairs[67]. De même, la capture de Houssam el-Assad serait due à "Al-Farouk", une brigade djihadiste de l'ASL[24]. D'après un rapport publié en septembre 2012 par la fondation anglaise Quilliam, l'ASL serait composée à 10 % par des islamistes radicaux[68]. Pour le politologue Hasni Abidi, « l’ASL est un peu une auberge espagnole. Il s’agit d’éléments armés, opposés au régime au pouvoir, qui décident de le défier mais on ne sait pas qui ils sont exactement. Il y a de nombreux mouvements isolés. Et, avec les frontières avec l’Irak et la Turquie qui sont devenues de véritables passoires, les conditions sont propices à l’entrée en Syrie de ce que l’on appelle les nouveaux djihadistes »[69]. Mais dès la fin 2012, les djihadistes, dont le Front al-Nosra, semblent gagner de l'influence au détriment de l'ASL, notamment en bénéficiant de fonds bien plus importants que celle-ci[29],[26]. Mais cette alliance entre ASL et djihadistes s'effrite peu à peu, notamment lorsqu'un commandant de l'ASL est abattu en juillet 2013 par des combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), émanation d’Al-Qaïda en Syrie avec le Front Al-Nosra[70].

Selon l'universitaire Frédéric Pichon :

« l’ASL a été une franchise commode. Elle était composée des mêmes combattants qui aujourd’hui sont dans le front islamique, financé par les Saoudiens, ou des combattants du Front al-Nosra ou des groupes affiliés à Al-Qaida. Il y a toujours eu une grande porosité entre ces groupes de combattants. On a essayé de nous vendre une fiction de « modérés » au sein de l’ASL, à laquelle de nombreux experts n’ont jamais cru. Je comprends que pour un certain discours, il fallait dire que l’on soutenait des nationalistes, mais on ne les a jamais trouvés. Il y avait des Syriens, des hommes libres qui se revendiquaient de l’ASL. Ils allaient du salafiste bon teint au djihadiste, en passant par des gens qui défendaient leur quartier ou leur village »[5].

Soutien américain[modifier | modifier le code]

À partir du printemps 2012, des agents de renseignement américains de la CIA aident à acheminer des armes à l'opposition syrienne depuis la Turquie. La CIA et le Département d'État américain travaillent également avec les alliés du Golfe pour aider l'Armée syrienne libre à développer des routes logistiques et faire passer du matériel en Syrie. Les Frères musulmans syriens figurent parmi les intermédiaires[59]. La CIA veille en particulier à ce que les armes parviennent aux rebelles et non aux djihadistes infiltrés en Syrie[71], mais un rapport publié par le New York Times en octobre 2012 révèle qu'elle y échoue, ces derniers bénéficiant de la majorité de l'approvisionnement[72]. Elle fournirait également aux opposants des renseignements sur l'emplacement des troupes syriennes et leurs mouvements[73]. En août 2012, des médias américains rapportent que le président Barack Obama a signé un document secret autorisant l'aide américaine à l'ASL : alors qu'officiellement les États-Unis n'offrent qu'une aide médicale et logistique à la rébellion syrienne, la CIA aurait avec cette directive l'autorisation d'agir clandestinement contre le régime syrien[74]. Par ailleurs, le "Syrian Support Group", une association américaine en soutien des rebelles, a reçu une dérogation du Département du Trésor des États-Unis pour apporter une aide financière et logistique à l'Armée syrienne libre[75].

En février 2013, les États-Unis promettent une aide de 60 millions de dollars au Conseil suprême militaire syrien qui chapeaute les rebelles de l'Armée syrienne libre sous forme d'aide non létale et d'aide médicale ainsi qu'en nourriture[61]. Mais d'après le journaliste Georges Malbrunot, « les Forces spéciales n'ont pas attendu les annonces officielles pour passer à l'action » et plus précisément entraîner des rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) passés en Jordanie, au « King Abdallah special operation training center » (Kasotec) situé au nord d’Amman. Ils seraient assistés dans cette tâche par « des Forces spéciales britanniques et une poignée de Français »[76], ainsi que le général Ahmed Al-Na'ameh, un ancien officier de l'armée régulière[31]. La CIA et des forces spéciales américaines forment également des rebelles syriens en Turquie. L'entraînement consiste en sessions de deux semaines pour 20 à 45 combattants. Les insurgés de l'ASL s'entraînent au maniement de fusils et missiles antichars et d'armes lourdes pour résister aux avions des forces loyalistes[77].

En parallèle, le secrétaire d'État John Kerry donne un aval implicite aux pays du Golfe pour la livraison d'armes[78] et les États-Unis autorisent leurs citoyens à livrer individuellement des fonds et services aux rebelles[79]. En avril 2013, 4 000 combattants auraient été équipés et formés à Deraa sous la houlette des États-Unis et de leur allié saoudien, et auraient participé ainsi à la progression de l'ASL au sud de la Syrie[31].

En avril 2013 également, le président Barack Obama débloque 10 millions de dollars « pour fournir de l'aide médicale et alimentaire » au Conseil militaire suprême qui chapeaute l'ASL et à la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution (CNFOR)[80]. Le secrétaire d'État John Kerry annonce de son côté le doublement de l'assistance directe aux rebelles syriens et la livraison d'équipements militaires défensifs, le montant total de l'aide américaine atteignant ainsi 250 millions de dollars : il s'agirait notamment de gilets pare-balles, de véhicules ou encore de lunettes de vision nocturne[81].

En juillet 2013, Ahmad Assi Jarba, président de la CNFOR, déclare : « En vérité, nous n'avons pas reçu la moindre arme des États-Unis. Nous recevons une aide humanitaire d'urgence, mais à l'heure où je vous parle, aucune arme n'est arrivée »[51]. Le général américain Martin Dempsey indique pour sa part que, si les Etats-Unis sont disposés à « renforcer les rebelles », le Pentagone n'envisage pas d'entraîner les rebelles syriens, cet entraînement devant être dispensé « par d'autres moyens, voire, peut-être, par d'autres pays »[82].

L'assistance américaine débouche en août 2013 sur une offensive des premiers contingents formés en Jordanie au sud de la Syrie, avec l'encadrement de commandos jordaniens et israéliens, ainsi que de la CIA[34].

Elle se renforce en septembre 2013 avec, pour la première fois, des livraisons d'armes létales, à savoir des armes légères et des munitions, dans le contexte de tensions internationales suite au massacre de la Ghouta[83] : celles-ci s'avèrent cependant d'une ampleur limitée[39].

En décembre 2013, les États-Unis suspendent leurs livraisons à l'ASL suite à la perte de contrôle de ses bureaux et de plusieurs entrepôts[39]. Peu après, le Congrès approuve en secret le financement de la livraison, via la Jordanie, d'armes légères en direction, pour l'essentiel, des factions modérées, non islamistes de la rébellion syrienne, situées dans le sud du pays. Les soutiens de cette action reconnaissent néanmoins qu'elle n'augmente pas grandement les chances de victoire de la rébellion[84]. Au printemps 2014, le gouvernement américain élabore un plan visant à former plus de rebelles syriens (présents essentiellement en Jordanie, le long de la frontière syrienne) et à leur livrer davantage d'armes légères. Si elle admet que ses projets ne changeront pas fondamentalement le rapport de force, l'administration Obama estime qu'ils augmentent ses chances d'avoir des alliés au pouvoir au cas où le régime de Bachar al Assad viendrait à tomber[85].

En avril 2014, l'ASL reçoit pour la première fois, via le mouvement Hazm (composé principalement d'anciens soldats ayant fait défection de l'armée syrienne), une vingtaine de missiles antichars TOW de fabrication américaine pour lesquels des dizaines de combattants ont subi un entrainement grâce à une aide internationale. Un officier rebelle indique qu'on leur en a promis davantange « s'ils sont utilisés à bon escient ». L'ASL les utilise dans certains points chauds, comme les provinces septentrionales d'Idleb, Alep et Lattaquié[86].

Soutien britannique[modifier | modifier le code]

En février 2012, le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague déclare que le Royaume-Uni s'apprête à envoyer de l'équipement en communication stratégique à l'opposition syrienne, et qu'il n'y aurait pas de limites à ce soutien[87]. En août 2012, le Sunday Times annonce que le service de renseignements britannique a apporté, depuis ses bases chypriotes, une aide logistique à l'ASL pour lancer des attaques sur les forces gouvernementales, et ce avec la pleine approbation des autorités britanniques[88].

En mars 2013, le Royaume-Uni annonce qu'il fournira des véhicules blindés aux rebelles[89], puis soutient la levée de l'embargo européen sur les armes tout en assurant qu'il compte fournir des armes aux rebelles syriens même sans accord des Vingt-Sept[90]. Le gouvernement britannique se contente finalement de livrer de la formation et des consultations aux rebelles[91].

En décembre 2013, le Royaume-Uni suspend ses livraisons à l'ASL suite à la perte de contrôle de ses bureaux et de plusieurs entrepôts[39].

Soutien français[modifier | modifier le code]

En juin 2012, le gouvernement français déclare qu'il envisage à son tour de fournir des moyens de communication aux rebelles syriens[92]. En septembre, il affirme se refuser à aller plus loin en leur confiant des armes[93], mais commence à soutenir financièrement des territoires libérés et réfléchit à leur fournir de l'artillerie lourde en vue d'une protection contre des attaques du régime[94]. En mars 2013, alors que Paris soutient la levée de l'embargo européen sur les armes et compte agir unilatéralement sans un accord des Vingt-Sept[90], Le Monde indique : « La France, qui se targue d'avoir une bonne connaissance de la cartographie des groupes armés sur le terrain, entretient des contacts étroits avec le chef d'état-major de l'Armée syrienne libre, Salim Idriss. Paris voudrait faire de lui la principale, sinon la seule porte d'entrée des armes livrées, notamment par les pays du Golfe, aux rebelles syriens »[95]. En septembre 2013, François Hollande annonce depuis Bamako que la France va finalement fournir des armes à l'ASL « dans un cadre contrôlé » et « élargi avec un ensemble de pays »[96]. En décembre 2013, la France indique que contrairement aux États-Unis et au Royaume-Uni, elle maintient « ses livraisons d'aide militaire non létale » suite à la perte des bureaux et de plusieurs entrepôts de l'ASL[39].

Soutien allemand[modifier | modifier le code]

En août 2012, les médias allemands signalent que le navire de reconnaissance Oker appartenant au Service fédéral de renseignement allemand se livre à des activités d'espionnage au profit de l'ASL par l'intermédiaire des services américain et britannique[97]. Interpellées par l'opposition, les autorités allemandes, si elles reconnaissent la présence d'un bâtiment de la marine équipé d'appareils de surveillance dans les eaux internationales au large de la Syrie, nient qu'il s'agisse d'un navire d'espionnage[98].

Coordination des soutiens étrangers[modifier | modifier le code]

À partir de septembre 2012 est mise en place une structure d'échange de renseignements et de planification en soutien aux rebelles, incluant les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Turquie et la Jordanie, ainsi que des discussions avec les États du golfe, l'Arabie saoudite et le Qatar[93] : selon le quotidien anglais The Independent, cette coalition « dresse des plans pour entraîner les combattants rebelles en Syrie et leur apporter un soutien aérien et naval »[99]. En septembre 2012 également, Philip Giraldi, ancien agent de la CIA à Istanbul, confie au journal turc Hürriyet qu'une cinquantaine d'agents de renseignement de nationalités américaine, française, allemande, britannique et peut-être grecque travaillent à la frontière turco-syrienne depuis la base aérienne d'Incirlik, avec de nombreux espions et informateurs à leur service et une importante coordination des services de renseignement turcs, notamment dans les rencontres avec les représentants de l'ASL[100]. Enfin, selon le New York Times, David Petraeus, directeur de la CIA, se rend dans le même temps en Turquie pour tenter d'encadrer l'approvisionnement du Qatar et de l'Arabie saoudite en armes à destination des rebelles, alors que des responsables américains déplorent « qu'il n'existe pas de système centralisé pour coordonner ces livraisons et contrôler à quels groupes elles sont destinées »[72].

Après la brèche dans l'embargo européen accordée en mars 2013 par l'Union européenne, Français et Britanniques, en coordination avec les États-Unis, accroissent leur soutien aux brigades de l'ASL à la frontière jordano-syrienne, en fournissant notamment de l'entraînement au combat et des formations pratiques en matière de communication cryptée, un préalable à la livraison de matériel radio[101].

En juin 2013, Barack Obama ordonne secrètement à la CIA de se coordonner avec les alliés des États-Unis qui fournissent des armes aux rebelles[102].

Au printemps 2014, il est annoncé que les nouvelles formations de l'ASL initiées par les États-Unis verront la participation de l'Arabie saoudite, de la Jordanie, des Émirats arabes unis et de la France[85].

Critiques et controverses[modifier | modifier le code]

Atteintes à la dignité humaine et aux libertés[modifier | modifier le code]

En juin 2012, Human Rights Watch (HRW) accuse l'Armée syrienne libre de recruter des enfants soldats[103]. La commission d'enquête sur la Syrie des Nations unies alerte à son tour sur ce sujet en août en assurant avoir rassemblé des preuves du non-respect de l'engagement pris par Riyad al Asaad, chef de l'ASL, de ne pas utiliser des enfants à des fins militaires[104]. HRW renouvelle sa critique dans un rapport publié en novembre : selon l'ONG, au moins trois brigades de l'ASL auraient recours à des enfants, ce qui constitue un crime de guerre[105].

Le 20 juillet 2012, Adnan al-Assadi, ministre irakien de l'intérieur, accuse des membres de l'Armée syrienne libre d'avoir coupé les jambes et les bras d'un lieutenant-colonel de l'armée syrienne, et exécuté 22 soldats syriens[106].

Le 31 juillet 2012, l'ASL diffuse une vidéo où l'on voit certains de ses membres exécuter sommairement des miliciens au service du régime de Bachar el-Assad, ce qui déclenche de nombreuses critiques. L'acte est condamné par le commandement de l'ASL, qui affirme respecter les lois et les conventions internationales[107], sans être toujours en mesure de contrôler ses troupes[108].

Le 15 août 2012, une commission d'enquête mandatée par l'ONU écrit dans un rapport que « des crimes de guerre, incluant des meurtres, des assassinats extra judiciaires et des tortures ont été commis par les groupes armés anti-gouvernement. Toutefois ces violations et abus n'étaient pas de la même gravité, fréquence et échelle que ceux commis par les forces gouvernementales syriennes et les Chabbiha », accusées pour leur part de crimes contre l'humanité[109].

En août 2012, la BBC censure une vidéo tournée par un journaliste du New York Times où l'on voit des rebelles de l'ASL forcer un prisonnier à commettre un attentat suicide[110],[111].

En septembre 2012, l'Observatoire syrien des droits de l'homme accuse des membres de l'ASL d'avoir exécuté sommairement une vingtaine de soldats de l'armée syrienne, ce dont l'ASL se défend ; Jean-Marie Fardeau, directeur de Human Rights Watch, affirme alors disposer d' « une dizaine de cas d'exécutions documentés de l'ASL »[69].

En octobre 2012, les comités de coordination locaux (la résistance syrienne de l'intérieur) publient un communiqué pour réclamer la remise en liberté immédiate de Fida Itani, journaliste au quotidien libanais Al-Akhbar maintenu en "résidence surveillée" par une unité de l'Armée syrienne libre qui désapprouve certains de ses articles[112].

En mai 2013, une vidéo circulant sur internet montre un chef rebelle se réclamant de l'ASL et mutilant le cadavre d'un soldat syrien pour lui prendre le cœur et le foie. Elle suscite une vague de condamnations internationales. Selon Human Rights Watch, il s'agit d'un commandant de la brigade rebelle Omar Al-Farouq issue de l'ASL. Le commandement de l'état-major de l'ASL réagit dans un communiqué en affirmant : « Tout acte contraire aux valeurs pour lesquelles le peuple syrien verse son sang (...) ne passera pas sous silence et le coupable sera puni sévèrement, même s'il s'agit d'un membre » de la rébellion. Il invite également les citoyens syriens à l'informer de « tout acte contraire à la loi commis par des personnes se présentant comme des membres de l'ASL ou de tout autre groupe combattant »[113].

En septembre 2013, le New York Times met en ligne « une vidéo montrant des rebelles syriens exécutant sept prisonniers, identifiés comme étant des soldats de l'armée régulière. Elle aurait été tournée dans le nord du pays au printemps 2012 ». La brigade dont sont issus ces rebelles aurait reçu au moins une fois des armes de l'ASL[114].

Relations avec les islamistes[modifier | modifier le code]

Les groupes djihadistes front al-Nosra et Ahrar al-Sham prêtent main forte aux rebelles de l'ASL contre les troupes du régime syrien et se sont avérés d'une grande utilité pour ces derniers lors de la bataille d'Alep.

Bien qu'alliés à l'ASL dans le but de faire tomber Al-Assad, les membres de l'ASL ont condamné à de nombreuses reprises les attentats-suicides perpétrés par Al-Nosra et certains indiquent que l'éventualité d'un après-Assad serait marqué par une guerre entre l'ASL et les islamistes djihadistes, prônant une société basée sur les lois de la charia[115].

Tensions avec la Russie[modifier | modifier le code]

Le 8 août 2012, un communiqué de l'ASL affirme que ses combattants ont tué un général russe du nom de Vladimir Kodjiev et ayant officié comme conseiller auprès du gouvernement syrien[116], ce qui est qualifié de « mensonge flagrant » par le ministère russe de la Défense[117].

En octobre 2012, le chef d'état-major de l'armée russe affirme que l'ASL dispose de missiles Stinger de fabrication américaine (ce qui est démenti par l'administration Obama), puis le ministère russe des affaires étrangères accuse les États-Unis de coordonner la livraison d'armes aux rebelles syriens[118],[119].

En novembre 2012, le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Alexandre Loukachevitch, affirme que « le porte-parole du commandement général de l'Armée syrienne libre, Fahad Al Masri, a lancé des menaces à l'endroit de la Fédération de Russie, en déclarant notamment que si la Russie ne change pas de position sur la question syrienne, elle sera considérée comme "Etat ennemi" »[120].

Existence réelle[modifier | modifier le code]

En mars 2013, le chercheur suédois Aron Lund publie un article dans lequel il proclame que l'Armée syrienne libre n'existe pas en tant que telle, mais fut à l'origine « a branding operation » (une opération de nom de marque), avançant que la plupart des brigades se sont réclamées de l'ASL sans être réellement sous son commandement et que le nom d'Armée syrienne libre sert davantage à distinguer les brigades non-idéologiques des groupes djihadistes. Il affirme par ailleurs que les premiers commandants étaient sous tutelle turque, sans possibilité de fonctionner en toute autonomie[121],[122]. Le Belge Koert Debeuf, représentant au Proche-Orient du groupe libéral au Parlement européen, réagit vivement contre cette analyse. Aron Lund précise alors que la problématique abordée dans son article était que parmi les porte-parole ou les dirigeants de l'Armée syrienne libre sur lesquels s'appuient les médias, peu d'entre eux représentent un segment important des combattants sur le terrain[123].

Selon l'universitaire Thomas Pierret : « Le problème est que la situation est très variable d’une région à l’autre : dans certaines zones, l’ASL est une coquille vide, dans d’autres, comme à Damas, elle est structurée et serait sûrement en capacité de prendre la main si la situation le permettait »[124].

Malik al-Kurdi, le second du général Riad el Asaad, déclare en août 2013 :

« L’ASL n’est plus qu’un nom. Certaines katibas [unités de combattants] s’en revendiquent, mais cela ne veut pas dire qu’elles suivent l’état-major. [...] les groupes, même sous la bannière de l’ASL, font ce que bon leur chante. En outre, beaucoup d’entre eux quittent publiquement ou non l’ASL pour rallier les groupes dits islamistes »[28].

En février 2014, Le Monde affirme : « Plusieurs brigades, islamistes et non islamistes, continuent [...] de se réclamer de l'ASL, qui désigne désormais plus la rébellion qu'une coalition bien structurée »[40].

Propagande[modifier | modifier le code]

En mars 2012, une brigade de forces spéciales publie une vidéo dans laquelle elle annonce rejoindre les rangs de l'opposition en affichant la bannière de l'Armée syrienne libre. Mais les armes brandies s'avèrent être des jouets[125].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  2. a, b et c Catherine Gouëset, Djihadistes, islamistes, rebelles... La guerre dans la guerre en Syrie, L'Express, 9 janvier 2014
  3. Le Point : Syrie : la débâcle des forces modérées
  4. a et b (en) Ayla Albayrak, « Turkey Plans Military Exercise on Syrian Border », Wall Street Journal,‎ 4 octobre 2011 (lire en ligne)
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  6. Syrie: la poussée djihadiste, Le Figaro, 18 septembre 2013
  7. (en) Joshua Landis, « Free Syrian Army Founded by Seven Officers to Fight the Syrian Army », Syria Comment,‎ 29 juillet 2011 (consulté le 7 août 2011)
  8. (en) « Defecting troops form 'Free Syrian Army', target Assad security forces », World Tribune,‎ 3 août 2011 (lire en ligne)
  9. (en) « Syrian Army Colonel Defects forms Free Syrian Army », Asharq Alawsat,‎ 1er août 2011 (lire en ligne)
  10. a, b et c Que sait-on de l’Armée Syrienne Libre ?, Ignace Leverrier pour Le Monde, 17 octobre 2011
  11. a et b L'armée syrienne libre: Couverture turque? Ou faux-nez islamiste?, Georges Malbrunot pour Le Figaro, 9 décembre 2011
  12. a, b, c et d (en)Divisions, lack of arms underscore weakness of Free Syrian Army, The National, 3 mars 2012
  13. L'Armée syrienne libre reconnait l'autorité du conseil national syrien, Le Monde.fr, 30 novembre 2011
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  15. a et b Sophie Shibab, La frustration des déserteurs syriens en Turquie, Le Monde, jeudi 15 décembre 2011, p. 3.
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  17. (en)Facing dissent, Syrian exile leader changes tack, Reuters, 15 mai 2012
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  20. Le Conseil national syrien tente de reprendre la main sur le terrain, Le Monde, 9 octobre 2012
  21. L'opposition syrienne crée une « armée nationale », La Voix de la Russie, 6 septembre 2012
  22. L’Armée Nationale Syrienne désigne Dr Mohamad Haj Ali comme commandant et Chef de l’armée Syrienne, Al-Ayam, 3 septembre 2012
  23. La rébellion syrienne rapatrie son commandement central, Le Monde, 23 septembre 2012
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  27. (en)« Islamic groups reject Syria opposition bloc » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 20130318, France 24, 19 novembre 2012
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  117. Général russe tué en Syrie: "provocation" (Moscou), RIA Novosti, 8 août 2012
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  119. Washington dément avoir livré des lance-missiles aux rebelles syriens, RIA Novosti, 25 octobre 2012
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  123. (en)“The Free Syrian Army Does Exist” by Koert Debeuf & Response by Aron Lund, Koert Debeuf, Syria Comment, 19 mars 2013
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  125. (en)Syrian Liberators, Bearing Toy Guns, The New York Times, 14 juin 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]