Der Ring des Nibelungen

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L'Anneau du Nibelung

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Der Ring des Nibelungen
L’Anneau du Nibelung
Image décrite ci-après
Siegmund brandit l'épée Notung face à Sieglinde dans la hutte de Hunding (illustration de Josef Hoffmann).

Genre « Festival scénique en un prologue et trois journées »
Musique Richard Wagner
Livret Richard Wagner
Langue originale allemand
Durée approximative de 13 h 30 à 16 h 50
Dates de composition 1849-1876
Création Les 13, 14, 16 et 17 août 1876 dans l'ordre des quatre journées[1].
Palais des festivals de Bayreuth,
Drapeau du Royaume de Bavière Royaume de Bavière,
Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Création
française
L'Or du Rhin : 1909, opéra de Paris
La Walkyrie : 1893, opéra de Paris
Siegfried : 1900, théâtre des Arts de Rouen
Le Crépuscule des dieux : 1902, Paris, théâtre du Château-d'Eau

Der Ring des Nibelungen Prononciation du titre dans sa version originale Écouter (en français, l'Anneau du Nibelung) est un cycle de quatre opéras de Richard Wagner, inspiré de la mythologie germanique et nordique, et particulièrement du Nibelungenlied, un poème épique germanique du Moyen Âge.

Fruit de près de trente ans de gestation au cours desquels l'œuvre s'est transformée progressivement en une gigantesque allégorie philosophique sur la société, la politique, l'économie, la psychologie et le pouvoir, le Ring est qualifié par son auteur de « festival scénique en un prologue et trois journées » mais il est parfois appelé en France la Tétralogie ; ce titre tend à être plus communément remplacé par l'appellation Ring ; il s'agit en effet d'un prologue suivi d'une trilogie plutôt que d'une tétralogie.

Passionné par le théâtre grec antique, Richard Wagner emprunte la structure en quatre parties des spectacles antiques. Il en tire aussi ce qu'il appelle le Gesamtkunstwerk, l'« art total » où tout est lié : théâtre, musique, poésie et peinture. Il ira jusqu'à construire un théâtre consacré à son œuvre, le palais des festivals de Bayreuth.

Le poème compte plus de 8 000 vers et met en scène plus de trente personnages. La musique est construite autour de plus de 80 leitmotive – ou « thèmes conducteurs » – musicaux différents, sans compter les dérivés ; il dure environ 14 heures[2],[3] pour une interprétation fidèle aux volontés du compositeur. Cette complexité associée au génie musical de Wagner en fait une œuvre maîtresse. Ainsi l'on ne compte plus les représentations ni les visions artistiquement variantes qui sont proposées aussi bien musicalement que scéniquement.

Sommaire

Structure[modifier | modifier le code]

Wagner, passionné de théâtre grec, a construit L'Anneau sur une structure proche de la tragédie antique. Le Ring est ainsi composé d'un prologue et de trois pièces réparties sur trois journées :

  • Prologue : l'Or du Rhin en quatre scènes séparées par des interludes orchestraux.
  • 1re journée : La Walkyrie en trois actes :
    • Acte I en 3 scènes
    • Acte II en 5 scènes
    • Acte III en 3 scènes
  • 2e journée : Siegfried en trois actes :
    • Acte I en 3 scènes
    • Acte II en 3 scènes
    • Acte III en 3 scènes
  • 3e journée : Le Crépuscule des dieux en un prologue et trois actes :

Il est remarquable que chacune de ces parties a une vie propre. On peut les écouter indépendamment les unes des autres. L'Or du Rhin et La Walkyrie furent d'ailleurs créées dès 1869 au Bayerische Staatsoper de Munich, sept ans avant l'intégrale, contre la volonté de Wagner.

L'œuvre est aussi structurée musicalement par les thèmes conducteurs ou leitmotive, qui atteignent ici un très haut degré de sophistication : ils évoluent et se transforment au cours de l'œuvre mais, lors de la représentation, ont un impact très important même pour des oreilles non averties.

Orchestration[modifier | modifier le code]

Wagner a conçu le Ring pour un orchestre qui, dans son temps, était exceptionnellement grand. Les orchestres exécutent par habitude l'œuvre avec moins d'instruments que Wagner l'a souhaité, soit par insuffisance d'espace dans la fosse d'orchestre, soit pour des raisons financières, ou encore par choix artistique du directeur musical[N 1]. Cependant, Wagner n'a jamais écrit d'orchestration pour un nombre inférieur d'instruments.

Chacun des quatre opéras a une instrumentation très semblable, exigeant l'ensemble d'instruments suivant :

Instrumentation générale du Ring
Cordes
6 harpes, 16 premiers violons, 16 seconds violons, 12 altos,

12 violoncelles, 8 contrebasses

Bois
1 piccolo, 3 flûtes, la troisième jouant le deuxième piccolo

3 hautbois, 1 cor anglais jouant le quatrième hautbois,

3 clarinettes si♭ et en la, 1 clarinette basse si♭,

3 bassons

Cuivres
8 cors, le cinquième, le sixième, le septième et le huitième jouant les tubas wagnériens en si♭ et fa,

4 trompettes en ut, 1 trompette basse en mi♭

4 trombones 2 ténors, basse et contrebasse, tuba contrebasse

Percussions
timbales, jouées par deux musiciens,

cymbales, grosse caisse, tam-tam, triangle, glockenspiel

La seule différence mineure qu'on puisse noter se trouve dans l'omission de la grosse caisse dans Siegfried.

Historique[modifier | modifier le code]

Inspiration[modifier | modifier le code]

L'anneau du Nibelung tire son inspiration de la mythologie germanique et nordique, à travers la Chanson des Nibelungen et à travers la saga islandaise des Eddas et la Völsunga saga. Cependant, il y a une influence de la mythologie grecque qu'on retrouve dans la structure du Ring[4].

Sources germaniques[modifier | modifier le code]

La Chanson des Nibelungen élaborée en Autriche vers 1200, cette œuvre anonyme composée en deux parties : « La Mort de Sigfrid » raconte l'histoire de Sigfrid lorsqu'il arrive à la cour de Gunther puis se mari avec Gutrune avant de faire assassiner. La seconde partie : « Le Détresse des Nibelungen » relate les faits qui ont suivi l'assassinat de Sigfrid par Hagen : le mariage de Kriemhild et Etzel et leur départ pour la Hongrie[5]. Wagner reprend seulement la première partie de l'épopée. Sa première ébauche : La Mort de Siegfried confère donc à Kriemhild, le personnage central de l'épopée un rôle mineur[6].

Une autre source d'inspiration est la Þiðrekssaga (Niflunga Saga), rédigé en vieux norvégien, c'est la deuxième source germanique du Ring. Cette sage héroïque composé en prose est écrite vers 1260 en Norvège. Elle reprend de nombreux éléments de la légende de Siegfried[6], mais repose en fait sur des faits historiques. Même si la saga n'apporte pas à Wagner plus d'éléments sur la vie de Siegfried, elle lui permet de trouver le décor de la forge dans la forêt et une partie des traits de son héros, la dureté et son caractère primitif[7].

Das Heldenbuch, imprimé au XVe siècle, mais probablement rédigé au XIIIe siècle, Heldenbuch renseigne sur le royaume des Nibelungen. Siegfried n'y apparaît pas. C'est la seule source dans laquelle Elberich apparait comme étant un nain très puissant qui possède un anneau magique qui le rend invisible. C'est à partir de cet ouvrage que Wagner décide de faire d'Alberich le roi des nains dans L'Or du Rhin[7].

Das Lied vom hürnen Seyfrid (La Chanson de Siegfried), composée à partir de cinq poèmes germaniques issus de sources pus ancienne que La Chanson des Nibelungen. On retrouve dans La Chanson de Siegfried sur les géants et les nains et sur leurs rivalités. Comme dans la Niflunga Saga on retrouve le dragon au début de la vie de Siegfried. Dans cette source un autre dragon apparaît et enlève une jeune fille que Siegfried va épouser après avoir sauver. Il est probable que l'assimilation de la Walkyrie au dragon dans la scène 3 de l'Acte III de Siegfried soit inspiré de ce récit[N 2],[7].

Sources scandinaves[modifier | modifier le code]

L'Edda poétique et l'Edda en prose, issues de la mythologie nordique. l'Edda poétique écrite au VIIe siècle est composé 15 poèmes mythiques mettant en scènes les dieux et de 23 poèmes héroïques concernant les humains. Dans l'Edda, le sujet et le même que dans la Niflunga Saga et que dans Das Nibelungen. On retrouve dans l'Edda l'histoire di Sigurd (Siegfried) et de son père adoptif le nain Regin (Mime)[8]. C'est dans l'Edda en prose du poète Snorri Sturluson qu'on retrouve le personnage d'Odin (Wotan) comme un dieu des victoires et des batailles. Il y a également la présence des walkyries et d'un anneau magique[8],[9].

La Völsunga saga et un roman en prose du XIIIe. Elle explique le lien entre la lignée des Völsungen (les Wälsungen) et Odin (Wotan). La saga a permit à Wagner de compléter sa première esquisse sur La Mort de Siegfried jusqu'alors uniquement inspiré par La Chanson des Nibelungen. La Völsunga saga est un développement de l'Edda où est raconté l'histoire de la dynastie des Völsingen et des parents de Sigurd[9]. Selon Deryck Cooke, « la Völsunga saga a influencé en plus grande partie le Ring ». La saga ayant servi de base pour la rédaction des deux premiers actes de La Walkyrie[9].

Composition et rédaction[modifier | modifier le code]

La composition du Ring est le fruit d'un longue gestation puisque 28 années séparent ses prémices de la première représentation intégrale de l'œuvre. Une pause dans son élaboration durant douze ans a lieu de 1857 à 1869 ; non que Wagner se désintéresse du Ring, mais la richesse et la complexité du propos l'amènent à une impasse dans la composition musicale. Il se lance alors dans Tristan et Isolde et Les Maîtres chanteurs de Nuremberg, affine sa technique et revient au Ring avec une expérience plus riche. Il suffit de comparer la musique du prologue qui accompagne simplement le texte par des leitmotives aisément repérables et celle de la dernière journée, extrêmement riche et complexe, qui paraît dépasser le texte pour mieux l'illustrer et enrichir son propos.

Comme à son habitude, Wagner écrit le texte avant de composer la musique. Le texte est rédigé en commençant par la dernière journée, tandis que la musique suit l'ordre chronologique de l'œuvre finale.

Ébauches et rédactions des livrets[modifier | modifier le code]

Le 4 octobre 1848 Wagner rédige un plan pour un projet s'inspirant de la légende des Nibelungen. Il fut publié sous le titre Le Mythe des Nibelungen comme esquisse d'un drame[10]. Il s'ensuit une ébauche d'opéra Siegfrieds Tod (La Mort de Siegfried) le 20 octobre 1848. L'action commence lors de l'arrivée de Siegfried à la cour des Gibichungen. Cependant Wagner se rend vite compte que la lourdeur des récits l'éloigne de ses théories exposées ultérieurement dans son essai théorique Opéra et Drame (en). Il conçoit une seconde version le 12 novembre dans laquelle sont ajoutés la scène des Nornes ainsi que celle des adieux entre Siegfried et Brünnhilde, qui formeront plus tard le prologue du Crépuscule des dieux. Le 28 novembre, une nouvelle ébauche en vers est achevée, qu'il baptise « grand opéra héroïque en trois actes ».

Toutefois il s'agit encore d'un projet parmi d'autres. Wagner s'intéresse simultanément à un drame historique sur Frédéric Barberousse, sur Jesus de Nazareth (fin 1849), à Wieland le forgeron qui sera d'ailleurs la source d'inspiration pour Siegfried, ainsi qu'à une œuvre sur Achille[11].

Le 12 août 1850, Wagner s'essaye à la composition musicale des scènes « des Nornes » et « des adieux de Siegfried à Brünnhilde ». Les premiers motifs musicaux apparaissent, notamment une première version du célèbre thème des Walkyries. Cependant il cesse rapidement ce travail prétextant son inquiétude de pouvoir trouver une chanteuse digne du rôle de Brünnhilde. Mais il est plus vraisemblable que ce soit l'étendue alors confuse et bancale de l'œuvre qui perturbe son inspiration. Il remodèle le plan de son œuvre en l'augmentant d'un nouvel opéra initiant le second. Entre mai et juin 1851, il ébauche donc Der junge Siegfried (Le Jeune Siegfried) alors conçu comme une comédie héroïque, dont il estime qu'elle présente moins de difficultés que sa tragédie héroïque[12].

En novembre 1851, Wagner entreprend finalement de présenter le mythe dans son intégralité[13]. S'ensuivent les premières ébauches de Das Rheingold (L'Or du Rhin) et de Die Walküre (La Walkyrie). Ces deux premiers volets sont concentrés sur la tragédie de Wotan. Ils reprennent des éléments d'autres projets de Wagner comme la promotion de l'adultère du sermon du mariage de l'ébauche de Jésus de Nazareth.

En décembre 1852 Der junge Siegfried et Siegfrieds Tod sont profondément réformés, mais ils ne prennent cependant leurs titres définitifs qu'en 1856. Le poème de la tétralogie est alors proche de sa forme définitive. les éléments se rapportant au récit sont gommés et intégrés à l'action. Seuls certains passages comme la scène des Nornes ou du défi du Voyageur en conservent quelques traces. Le livret subit tout de même de légers changements, qui se révèlent parfois capitaux, et ceci jusqu'à la première représentation. Le titre est fixé : Der Ring des Nibelungen. Wagner en fait une présentation privée les 18 et 19 décembre 1852, puis une lecture publique et une publication tirée à 50 exemplaires à compte d'auteur en février 1853.

L'idée d'un festival consacré à l'interprétation de l'œuvre se développe. Si dès 1850 les fondements de ce concept apparaissent[14], le projet prend soudain plus d'importance puisqu'il s'agit pour Wagner de révolutionner le théâtre allemand qu'il considère comme grotesque. L'idée est chez Wagner liée à ses convictions révolutionnaires. Il estime par ailleurs qu'elle ne pourra voir le jour qu'après la révolution[15].

Construction musicale[modifier | modifier le code]

Richard Wagner en 1853.

Wagner commence la composition musicale en septembre 1853, non pas qu'aucune réflexion ni recherche musicale n'ait été menée précédemment, mais c'est à cette période que débute concrètement l'écriture. Contrairement à l'écriture des livrets, Wagner commence la composition par le début. Il achève Das Rheingold (L'Or du Rhin) dès septembre 1854, puis Die Walküre (La Walkyrie) en mars 1856.

On observe donc que contrairement aux difficultés de sa tentative initiale avec La mort de Siegfried, la composition s'effectue ici relativement rapidement et sans difficulté majeure. La plupart des motifs musicaux principaux sont créés et leur technique d'enchevêtrement mise au point, bien qu'elle n'atteindra son apogée que lors de la composition du Crépuscule des dieux.

En septembre 1856, Wagner entame le premier acte de Siegfried où il rencontre quelques difficultés. C'est d'ailleurs à cause de l'installation bruyante d'un chaudronnier en face de sa demeure qu'il trouva le motif musical de la fureur de Siegfried contre le forgeron[16], élément pour le moins autobiographique. Il se lance par la suite dans le deuxième acte de Siegfried, mais il note sur ses partitions le 18 juin 1857 « Tristan déjà décidé » ; la composition de l'acte n'est alors pas achevée.

Suspension du projet[modifier | modifier le code]

La composition effective est interrompue le 9 août 1857. Cette décision peut s'expliquer par plusieurs facteurs. À la lassitude d'un projet d'une telle envergure qu'il travaille depuis près de dix ans, s'ajoutent des problèmes financiers et artistiques. Il est perturbé sur le plan artistique, par la prévision de son incapacité à réussir le duo d'amour de Siegfried et Brünnhilde. Il lui faudra pour cela attendre l'apaisement de son pessimisme. De plus, il panique face au défi que représente le Crépuscule des dieux.

Wagner décide donc de s'occuper d'un autre projet lui tenant à cœur, Tristan und Isolde qui sera représenté en 1865, et par la suite Die Meistersinger von Nürnberg, créé en 1868. Ces deux succès immédiatement retentissants permettent à Wagner d'accéder définitivement au statut de compositeur-phare, ainsi qu'il l'avait prédit par ailleurs[17]. Ce statut lui permet de réunir plus aisément les circonstances nécessaire à sa « révolution » du théâtre allemand. Il se lie notamment d'amitié en 1864 avec le jeune roi Louis II de Bavière, fervent admirateur du compositeur. Ce dernier, en plus de régler ses dettes, s'engage à soutenir le Ring et entreprend des démarches pour la construction du théâtre consacré au cycle à Munich.

Il est cependant faux de croire qu'aucune avancée n'eut lieu durant ces 12 années. Si, concrètement, les partitions n'évoluèrent pas, cette période fut l'occasion de réflexions et d'ébauches diverses. L'année 1864 marque un retour progressif à ce travail ; dans une lettre du 26 septembre, il déclare au roi :

« J'ai décidé de tenir à l'écart tout autre travail, si avantageux qu'il puisse être pour moi parce que plus facilement réalisable, afin de m'attaquer en revanche uniquement et immédiatement à la composition de mon grand ouvrage des Nibelungen. »

Reprise et fin de la composition musicale[modifier | modifier le code]

Ce n'est qu'après la création des Maîtres Chanteurs de Nuremberg, en juin 1868 que Wagner peut se consacrer exclusivement à son « grand ouvrage ». Dès 1868, il remanie l'orchestration du premier acte de Siegfried en l'allégeant. Le 23 février, les actes I et II sont terminés ; le troisième acte est commencé le 1er mars et achevé dans l'année. Le 2 octobre, il s'essaye pour la deuxième fois à la composition de la scène des Nornes[18] avec succès. En janvier 1870, les premiers essais sur le prélude du Crépuscule des dieux sont écrits.

Louis II, alors principal protecteur de Wagner, est pris d'impatience en 1864 lorsqu'il ordonne la création de L'Or du Rhin et de La Walkyrie. Il le fait malgré l'opposition de Wagner, qui ne peut cependant s'opposer au caprice de son mécène, ce dernier étant devenu propriétaire des partitions. Par la suite, Wagner dissimulera l'avancement des partitions des deux journées suivantes de peur d'un renouvellement d'une telle décision. Les deux premières journées sont donc créées à l'Opéra de MunichL'Or du Rhin : le 22 septembre 1869[19] mise en scène par Reinhard Hallwachs. Wagner se montra mécontent et sarcastique. Il détesta notamment la direction musicale de Franz Wüllner, imposé par Louis II en remplacement de Hans Richter soutenu par l'auteur ; La Walkyrie le 26 juin 1870[19] dans une mise en scène de Pixis, sous la direction de Reinhard Hallwachs qui provoqua également la colère de Wagner.

Dans le même temps Wagner recherche un lieu adapté à la création de la tétralogie. Sur conseil de Hans Richter, il visite en 1871 l’Opéra des Margraves à Bayreuth[20] mais propose de construire un palais des festivals (Festspielhaus) sur une colline de cette même ville. La municipalité enthousiaste de l'attrait que susciterait cette réalisation donne rapidement son accord. Les mécénat de Louis II et de Marie von Schleinitz permirent à Wagner de poser lui-même la première pierre le 22 mai 1872[20] de ce qui deviendra le palais des festivals de Bayreuth. Toutefois les matériaux sont choisis modestes suivant le projet de Gottfried Semper pour des raisons financières. Wagner envisage la possibilité de reconstruire le bâtiment en matériaux nobles après le succès, ce qui ne se réalisera jamais.

La composition de la dernière journée va occuper Wagner jusqu'au 21 novembre 1874, date à laquelle il note sur la partition « Terminé à Wahnfried. Je n'ajoute aucun commentaire. »

Création[modifier | modifier le code]

Les répétitions musicales commencent dès 1874 et permettent à Wagner de procéder, comme à son habitude, à divers ajustements portant sur la composition et l'orchestration. La création du festival prévue pour 1875 sera empêchée par les difficultés financières. Wagner est contraint à l'organisation de tournées de concerts, à Vienne et Budapest, afin de récolter des fonds. Louis II sauve le projet par une avance bancaire, mais condamne ainsi la possibilité originale d'un festival gratuit ouvert à tous.

Les travaux du Festpielhaus sont achevés en août 1875. Les répétitions y commencent immédiatement. Wagner fait jouer le prélude de L'Or du Rhin et se montre tout à fait satisfait de l'acoustique de la salle. La conception scénique débute par la suite et Wagner s'y montre intraitable.

Les 13, 14, 16 et 17 août 1876 sous la direction de Hans Richter[21], le premier cycle est enfin représenté dans une salle rassemblant des personnalités du monde culturel, financier et politique. On remarque notamment la présence de l'empereur Guillaume Ier, de Franz Liszt, Anton Bruckner, Gustav Mahler, Piotr Ilitch Tchaïkovski, Nikolaï Rubinstein, Eduard Hanslick. Le cycle fut représenté à trois reprises durant cette édition 1876. Pourtant, Wagner se montra désespéré par le résultat final au point de tomber en profonde dépression, notamment à cause d'un résultat scénique sans comparaison avec son objectif. La volonté de réalisme sans concession porta finalement préjudice à l'œuvre qui se révéla inexécutable ainsi. Il éprouva par la suite des volontés de réformes du Ring qu'il ne put mener à bien. La mise en scène de 1896 par sa veuve Cosima Wagner y répond probablement, du moins en partie[22].

Réception[modifier | modifier le code]

Synopsis[modifier | modifier le code]

Dans cette section, seront développés les « actes fantômes initiatiques » s'intercalant entre chaque journée. Ils permettent de mieux appréhender le scénario dans sa complexité, un certain nombre d'éléments n'étant que suggérés. Pour le détail de chaque journée composant le Ring, on se référera à la section correspondante.

L'Or du Rhin[modifier | modifier le code]

Freia, symbole de l'amour, cultive ses pommes d'or conférant la jeunesse éternelle aux dieux, sorte d'antidote au dépérissement du temps provoqué par Wotan (illustration par Arthur Rackham, 1910).
Acte fantôme initiatique : les origines[modifier | modifier le code]

Le Ring démarre en réalité avec le commencement de l'univers tel que le suggère le prélude de L'Or du Rhin dans son développement[23]. L'univers est représenté par un arbre, le Frêne Monde prenant ses racines dans la terre et s'élevant vers le ciel. Wotan représente la pensée abstraite, il s'incarne dans l'air ; Erda symbole de la sagesse originelle et de l'intuition représente la terre ; Loge séducteur insaisissable est le feu ; le Rhin est eau, force de nature et d'évolution. L'univers est intemporel, en équilibre permanent.

Wotan, en quête de pouvoir se rend à la source du frêne monde et boit à sa source sacrée. Pour des raisons inconnues il doit en échange y laisser son œil gauche, symbole de l'intuition et du sentiment ; guidé seulement par sa raison, il prend Fricka pour épouse au détriment de sa sœur Freia qui symbolise l'amour ; Fricka au contraire est calculatrice, manipulatrice, conventionnelle[24] et coquette[25]. En quête de toujours plus de contrôle, il arrache une branche au frêne monde qu'il transforme en lance. Par des runes il y grave ses tables de lois, mais si la loi accroît son pouvoir elle l'entrave également comme toute politique.

Ces deux déséquilibres originels ne tardent pas à ébranler l'univers. La source sacrée se tarit et l'arbre monde dépérit. Le temps n'est plus cyclique, la nature est perturbée. Wotan devenu tout puissant chez les éléments (les dieux) introduit Loge (le feu) parmi eux après l'avoir asservi, cependant il est mal vu par les autres dieux et Freia le prive de ses pommes d'or conférant la jeunesse éternelle. Loge n'est donc qu'un dieu à moitié « Je ne suis pas aussi divin que vous » et n'aspire qu'à retrouver sa forme originelle[N 3]. Il pousse tout d'abord Wotan à édifier une forteresse divine afin d'accroître toujours plus sa puissance en promettant de trouver un prix plus tard pour la financer, ce travail est donné aux deux géants Fasolt et Fafner ; Wotan leur promet Freia en gage ; Fricka, soucieuse d'une belle demeure où enfermer un mari trop volage, acquiesce. Loge quant à lui part explorer le monde loin des sommets des dieux.

La scène[modifier | modifier le code]
Article détaillé : L'Or du Rhin.
Alberich vole l'or du Rhin devant les Filles du Rhin.

Le prologue raconte, en quatre scènes qui se jouent sans interruption, les origines du drame. L'or pur repose au fond du Rhin, gardé par trois ondines, les filles du Rhin. Le Nibelung Alberich, amoureux de l'une d'elles, attise par son comportement et son empressement, les moqueries de ces dernières. Par déception, et parce qu'il sait qu'il ne fera rien de cet or sans cela, Alberich vole l'or du Rhin puis maudit l'amour afin de forger de cet or un anneau qui donne une puissance sans limite et apporte la richesse à celui qui le possède. Cet anneau ainsi que les richesses accumulées par Alberich lui sont dérobés par Wotan, sur le conseil de Loge, afin de payer le salaire de Fasolt et Fafner, géants bâtisseurs du Walhalla qui doit devenir la demeure des dieux. Fou de colère et de douleur, Alberich maudit l'anneau, qui causera désormais la perte de quiconque le possédera. Wotan garderait bien l'anneau pour lui mais Erda lui conseille de fuir la malédiction qui y est attachée, car le crépuscule des dieux est proche. La malédiction fait son effet : Wotan cède l'anneau aux géants, mais au moment du partage du butin, Fafner tue son frère Fasolt afin de posséder l'anneau. Effrayé mais encore persuadé qu'il pourra agir sur les événements à venir, Wotan invite les dieux à entrer au Walhalla tandis que les filles du Rhin pleurent la perte de l'or pur et lumineux.

La Walkyrie[modifier | modifier le code]

La Walkyrie Brünnhilde
Acte fantôme initiatique : La Stratégie de Wotan[modifier | modifier le code]

La malédiction de l'anneau pose un défi à Wotan, s'il laisse faire la malédiction s'acharnera, mais s'il récupère l'anneau de force à Fafner il viole ses propres pactes et donc la source de son pouvoir « tout par les pactes, rien par la violence. »[26] Pour rendre l'anneau aux Filles du Rhin il doit donc user de subterfuges.

Alberich n'est pas lié à la malédiction car il a payé l'anneau de son prix : le renoncement à l'amour. La puissance procurée par l'anneau est plus forte que les lois de Wotan, ce dernier ne peut compter sur les convictions des humains aliénés par ses règlements. Pour parer à cette menace, il décide de lever une armée au Walhalla dont les héros la composant répondront à des critères particuliers qu'ils doivent prouver par leur mort au combat. Wotan fanatise donc les hommes et provoque des guerres afin de stimuler l'apparition de véritables héros. Pour leur sélection il crée les Walkyries au nombre de neuf, des vierges guerrières arpentant les champs de bataille et dont le rôle est d'exciter la fureur au combat. Il s'accouple à Erda pour donner naissance à Brünnhilde, sa favorite.

Cependant ces actions ne rassurent pas le dieu qui doute d'une efficacité à long terme, ce courage provoqué par artifices risquerait de faillir si Alberich remettait la main sur l'anneau. Il s'accouple donc avec une mortelle en se dissimulant sous le nom de Wälse (Loup) qui lui donne un couple de jumeaux Siegmund et Sieglinde (qui n'était pas prévu). Très tôt il entraîne son fils à rejeter toutes les conventions, à critiquer toutes les lois et donc fatalement à vivre en reclus ; il l'abandonne à son destin après cette formation. Il lui promet cependant qu'en cas de difficultés extrêmes il trouvera une épée Notung pour le secourir. L'idée de Wotan est de créer un homme affranchi de toutes les lois et donc de son pouvoir, ce fils pourrait récupérer l'anneau sans lier Wotan à ce rapt. En opposition à sa nature Loup, Sieglinde se voit contrainte d'épouser Hunding (Chien) après son enlèvement par des Brigands et le meurtre de sa mère ; Fricka bénit ce mariage sans amour.

La scène[modifier | modifier le code]
Article détaillé : La Walkyrie.

La première journée narre les amours tragiques de Siegmund et Sieglinde, les jumeaux incestueux et adultères que Wotan a eus d'une mortelle, ainsi que les tentatives vouées à l'échec de Wotan afin de se protéger de la malédiction de l'anneau. Fricka, déesse du mariage, est insultée par la relation incestueuse des enfants de son mari, si bien qu'elle contraint Wotan à abandonner Siegmund dans le combat qui l'oppose à Hunding, époux légitime de Sieglinde. Il confie cette tâche à sa fille Brünnhilde. Mais, touchée par l'amour passionné des jumeaux et persuadée que profondément Wotan ne peut pas vouloir la mort de son fils, Brünnhilde désobéit et protège Siegmund. Wotan, contraint d'intervenir lui-même dans le combat, décide de punir sa fille. Brünnhilde est condamnée au sommeil sur un rocher entouré des flammes du dieu Loge : seul celui qui ne connaît pas la peur pourra les franchir et aller réveiller la vierge, recevant ainsi sa main.

Siegfried[modifier | modifier le code]

Mime recueille Sieglinde dans la forêt.
Acte fantôme initiatique : La naissance de Siegfried[modifier | modifier le code]

Dans la forêt où Fafner couve son or et l'anneau sous la forme d'un dragon (grâce au Tarnhelm), le nain Mime a installé sa forge. Il a recueilli dans la forêt Sieglinde qui meurt en mettant au monde Siegfried. Le forgeron profite de l'aubaine pour préparer un plan afin de dérober l'anneau à son profit et ainsi se venger des vexations de son frère Alberich en exerçant un pouvoir tout aussi despotique. Mais il n'a pas la carrure de son frère ; en voulant devenir le père de Siegfried, il devient aussi martyre du jeune homme qui ne se reconnaît pas en lui. Mime prépare tant bien que mal Siegfried à tuer Fafner, mais le jeune garçon a pris l'habitude de briser toutes les épées forgées par le nain ; seule Notung pourrait lui convenir mais le forgeron, pourtant habile, ne parvient pas à la forger à nouveau et garde les fragments cachés de Siegfried.

Mime s'occupe de l'éducation de Siegfried.

Ayant compris ses erreurs avec Siegmund, Wotan fonde désormais ses espoirs sur Siegfried et se garde bien cette fois de toute intervention. Le dieu n'aspire désormais plus à son pouvoir mais songe à le léguer au futur couple formé par Siegfried et Brünnhilde. S'étant démarqué de cette dernière, il ne peut plus être compromis. Wotan abandonne peu à peu ses charges de maître des dieux pour voyager sous le costume de Wanderer (voyageur errant et lucide) ; il n'intervient plus dans le monde, sentant que ses anciennes lois sont dépassées. Son attitude ressemble à un début de folie. Bien que distant, il surveille attentivement l'évolution de Siegfried ; réduit à un rôle de spectateur qu'il ne supportera qu'en apparence, sa nature le poussera à tenter des interventions se voulant neutres, risquant ainsi de réitérer l'erreur faite vis-à-vis de Siegmund. Il continue à garder farouchement Brünnhilde endormie sur son rocher, réservant celle-ci à Siegfried. Loge sous sa forme de flammes prête son concours à Wotan qu'il s'empressera par ailleurs de trahir pour laisser passer Siegfried au début de l'acte III.

Siegfried découvre la femme et la peur avec la vision de Brünnhilde endormie.
La scène[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Siegfried (opéra).

La deuxième journée est centrée sur le personnage de Siegfried, fils de Siegmund et de Sieglinde, mais aussi sur la lutte entre Wotan, devenu le voyageur, et Alberich au sujet de l'anneau. Le nain Mime, frère d'Alberich, a élevé Siegfried afin qu'il tue le géant Fafner transformé en dragon et lui conquière ainsi l'anneau ; en effet, l'adolescent ne sait pas ce qu'est la peur, il l'envoie donc auprès du dragon afin que celui-ci « l'instruise ». Grâce à l'épée de son père reforgée, Notung, Siegfried tue Fafner et s'approprie le trésor et l'anneau sans en comprendre la signification. Après s'être débarrassé de Mime qui cherchait à l'empoisonner, et instruit par l'oiseau de la forêt, Siegfried, qui ne connaît toujours pas la peur, part à la recherche de la « vierge qui dort », qui n'est autre que Brünnhilde. En chemin, il se heurte violemment à « Wotan-voyageur ». Celui-ci prétend lui barrer la route ; il ne supporte pas d'être dépassé par son insolent petit-fils. D'un coup d'épée, Siegfried fait voler en éclats la lance du dieu, symbole de son pouvoir. Wotan est brisé, ses lois détruites par l'homme véritablement libre. Siegfried éveille Brünnhilde et devient son époux.

Le Crépuscule des dieux[modifier | modifier le code]

Alberich achète avec l'or le ventre de la reine des Gibichungen pour donner naissance à son fils Hagen.
Acte fantôme initiatique : La vengeance d'Alberich[modifier | modifier le code]

L'action scénique reprend la continuité de celle de Siegfried, on ne sait combien de temps sépare les deux journées, une seule nuit peut-être. Siegfried s'est uni à Brünnhilde et aspire désormais à de nouvelles aventures. Brünnhilde acquiesce, mais auparavant elle prend soin d'enduire le corps de Siegfried d'une protection magique à l'exception de son dos, car elle sait qu'il ne tournera jamais le dos à l'ennemi.

Parallèlement à ces événements, les Gibichungen règnent sur le Rhin. Alberich a corrompu la reine par de l'or dans des circonstances non précisées afin de lui faire porter son fils : Hagen. Ce dernier, demi-frère du roi du Rhin Gunther, est son premier conseiller ; il exerce sur lui une véritable emprise. Gunther ne rêve que de restaurer la gloire de sa dynastie salie par sa mère. Alberich compte sur Hagen pour accomplir sa vengeance en récupérant l'anneau de Siegfried.

Wotan, quant à lui, s'est réfugié dans un mutisme révélant une névrose poussée à son comble. Il siège impassible et sans mouvements ni regards sur le trône des dieux et semble attendre la fin annoncée. Son esprit malade ne semble s'inquiéter que de ce qui la retarde et aimerait pouvoir influencer Brünnhilde en ce sens[27] ; il est informé des événements du monde par ses corbeaux. Les Walkyries ne vont plus au combat et sont terrifiées par l'attitude du maître des combats tout comme les dieux désemparés par la vacance manifeste du pouvoir. On peut supposer, à l'analyse de la construction musicale de cette dernière journée, que Loge a déserté l'assemblée des dieux pour occuper les événements de cette révolution dans le monde.

La scène[modifier | modifier le code]
Les filles du Rhin tentent de récupérer l'anneau en charmant Siegfried.
Article détaillé : Le Crépuscule des dieux.

La troisième et dernière journée dénoue les fils du drame au travers de péripéties vécues par Siegfried et Brünnhilde au royaume de Gibich. Siegfried a perdu la mémoire à la suite des manœuvres de Hagen, fils d'Alberich, qui est résolu à reconquérir l'anneau. Il tombe amoureux de Gutrune, sœur du roi Gunther. Brünnhilde, folle de douleur, accuse publiquement Siegfried de trahison. Il se défend s'engageant à être déchiré par la lance de Hagen s'il a menti. À l'occasion d'une partie de chasse, Hagen rend la mémoire à Siegfried. Ce dernier révèle qu'il a connu Brünnhilde. Il a donc été parjure et Hagen le tue. Mais Brünnhilde, qui entre-temps a pris conseil auprès des filles du Rhin, est désormais instruite de l'ensemble des événements. Elle comprend à la fois son erreur, le sens véritable de l'anneau, ainsi que le désir profond de son père Wotan : il aspire au crépuscule des dieux. Brunhilde fait porter le corps de Siegfried sur un bûcher sur lequel elle-même se précipite, rejoignant son époux dans la mort et lavant ainsi l'anneau de toute malédiction. Le Rhin déborde afin de noyer l'incendie. Hagen, qui tentait de s'emparer de l'anneau, est entraîné dans les profondeurs par Les filles du Rhin. L'incendie a gagné le ciel. Tandis que les filles du Rhin jouent en riant avec l'anneau reconquis, le Walhalla brûle. Les dieux périssent. Un monde nouveau peut naître sur la terre.

Personnages[modifier | modifier le code]

Le palais des festivals de Bayreuth[modifier | modifier le code]

Vue intérieure du théâtre, gravure d’après celle d’Édouard Schuré dans l’Histoire du drame lyrique (1875), parue dans la Revue wagnérienne, 8 juin 1885. Le dessin comporte quelques inexactitudes : dans la vraie salle, le plafond est décoré, et la galerie dite des princes, à l’arrière, est surmontée d’une deuxième galerie sous l’amphithéâtre, la galerie haute.
Article détaillé : Palais des festivals de Bayreuth.

Aussi nommé le Festspielhaus, il fut construit dans l'unique objectif de remplir les caractéristiques techniques et événementielles propres à la représentation du Ring.

Le choix de la petite ville provinciale de Bayreuth est délibéré afin d'éviter que la fréquentation du festival de Bayreuth ne devienne un divertissement mondain ; le fait que Bayreuth n'offre ni luxe, ni divertissement autre, devait favoriser un public averti et honnêtement présent pour l'amour de l'art. Toutefois, cette volonté fut et est toujours dans sa réalisation un échec cuisant.

Contrairement à d'autres théâtres, la priorité fut donnée à la scène sur la contenance ; il reprend, en opposition au style du théâtre à l'italienne, une architecture d'amphithéâtre grec afin de créer une égalité des spectateurs face à l'œuvre. De plus, contrairement aux pratiques répandues, la lumière est éteinte durant le spectacle, ce qui rend impossible la lecture du livret.
Outre ces originalités, c'est la fosse d'orchestre qui représente l'innovation majeure. Elle s'enfonce sous la scène et est couverte d'une large plaque de bois, dérobant l'orchestre au regard des spectateurs. En créant ainsi « l'orchestre invisible », Wagner a voulu éviter au public d'être distrait par les mouvements du chef et lui permettre de se concentrer sur le drame. D'autre part l'acoustique ainsi créée est unique au monde, le son se réverbérant plusieurs fois avant de parvenir au spectateur, il semble venir de partout et de nulle part. Cette disposition permet en outre un équilibre parfait entre les voix des chanteurs et l'orchestre tel que composé dans le Ring. L'autre particularité de la salle est son double cadre de scène, qui éloigne la scène des spectateurs et forme avec la fosse cachée un « abîme mystique » entre la salle et la scène.

On le voit donc, cette salle est conçue sur mesure pour l'esprit et la musique du Ring puis de Parsifal, créant ainsi un extraordinaire aboutissement dans le concept de Gesamtkunstwerk.

Analyse[modifier | modifier le code]

De nombreuses portes d'entrées permettent d'analyser le Ring dans sa globalité. La complexité et l'enchevêtrement de la narration n'est qu'apparence permettant de cacher ce qui est pourtant visible exposé en pleine lumière. Sur le plan musical, se sont les leitmotiv qui symbolisent cette approche : à la fois si simples et toujours reconnaissables et pourtant structurés dans leurs orchestrations et leurs développements offrant une complexité qui laisse l'auditeur déchiré entre la sensation de toujours entendre la même chose et la certitude que la musique est extrêmement complexe et toujours renouvelée.

Les dualités et triades dans le Ring[modifier | modifier le code]

Le ring est organisé autour de nombreuses dualités antinomiques qui s'articulent les unes avec les autres :

  • L'amour - Le refus de l'amour
  • Le pouvoir - L'absence de pouvoir
  • Les lois - La liberté
  • Les Dieux dans le ciel - Les Nibelungen sous la terre
  • Le Géant - Le Dragon
  • L'eau - Le feu
  • La lance de Wotan - La lance de Hagen
  • Siegmund - Sieglinde

Les dualités permettent le plus souvent de faire avancer l'histoire par un mouvement de balancier mais si ces dualités s'articulent par trois, elles deviennent destructrices :

  • Siegfried le héros - Bruhnilde la walkyrie héroïque
  • Brünnhilde l'épouse - Gutrune la maîtresse
  • Siegfried la victime agissante - Gutrune la femme délaissée agissante

D'autres triades sont retrouvées. Elles sont rares mais symbolisent un équilibre structurel de l'univers ; et quand ces triades sont menacées, tout l'univers est menacé :

  • les trois filles du Rhin
  • les trois Nornes
  • les trois journées du Ring

L'histoire secrète du Ring[modifier | modifier le code]

L'histoire secrète du Ring c'est le Ring lui-même : durant toute l’œuvre, les principaux protagonistes vont sans cesse rappeler les principaux épisodes du Ring dans d'incessant « flashbacks » qui n'ont pas comme but de rappeler à l'auditeur négligeant ce qu'il aurait oublié ou mal entendu. Ces retours en arrière permettent de diviser les protagonistes en deux catégories : ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l'ont pas. Une interprétation plus osée permettrait même d'affirmer que le pouvoir dans le Ring est uniquement lié à la connaissance de son histoire secrète et que le pouvoir de l'anneau est uniquement lié au fait que l'ensemble des protagonistes qui connaissent l'histoire secrète sont persuadés de son pouvoir. À noter que, contrairement au Tarnhelm (heaume magique), l'anneau durant toute la tétralogie ne donnera lieu à aucune fantasmagorie. Seule la vision de l'anneau, par les personnes de pouvoir qui le convoitent, sera l'origine des catastrophes liées à sa malédiction. Un exemple caractéristique de l'importance de l'histoire secrète du Ring pour départager les « sachants » des « non-sachants » est donné par le dialogue entre Mime et Wotan au début de l'opéra Siegfried. Mime est fier de montrer au Wanderer qu'il fait partie des « sachants », mais ce dernier lui prouve qu'il ne sait pas tout et qu'il y a plus « sachant » que lui. Ainsi, Wotan transmettra à Mime son savoir : comment reforger Notung.

Les symboles[modifier | modifier le code]

Le Ring est dominé par de nombreux symboles :

  • L'anneau : forgé dans l'or du Rhin par le Nibelung Alberich qui a maudit l'amour, il représente le pouvoir de l'argent, son but est la croissance de son pouvoir[28], la domination de tout êtres. Quand il retourne dans le Rhin à la fin de l'œuvre, il symbolise le retour à la case départ (« la boucle est bouclée »). Ceci justifie qu'il soit le titre de l'œuvre. Donc, le renoncement d'Alberich à l'Amour le conduit au piège du Pouvoir, lorsque se sentant incapable d'être aimé pour lui-même il veut obliger autrui à l'aimer de force... Derrière ce renoncement, gît la Haine de soi.
  • La lance de Wotan, elle « représente le respect du traité et de l'ordre instauré par les lois humaines et divines », écrit Hans Mayer. Taillée par Wotan dans une branche du Frêne du Monde (Weltesche) qui depuis lors a dépéri, elle est le symbole de la domination, des entraves contractuelles et de la rigidité. Politiquement on peut la voir comme le pouvoir législatif sur lequel s'appuie Wotan représentant lui l'exécutif. Lorsqu'elle est brisée, Wotan perd sa légitimité. Dans une vision psychanalytique, c'est le phallus du Père, le pouvoir que son Fils rebelle va contester.
  • L'épée Notung, elle est le contrepoint de la lance de Wotan. Construite elle aussi par Wotan, elle est brisée par le pouvoir de la lance mais une fois reforgée, elle ne peut plus être brisée à nouveau et est employée pour anéantir celle-ci. Elle est le symbole de la liberté, de l'action et du talent, et ne se prête ainsi qu'à celui qui a les qualités pour l'utiliser. Dans la psychanalyse, c'est le phallus du Fils, l'instrument de sa libération face à l'autorité du Père. L'Épée est une arme plus évoluée que la Lance : la Modernité s'impose à la Tradition. En même temps, le nom de cette épée inspire le malheur (= Not) d'une conscience coupable de ce rejet (ou meurtre symbolique) du Père. Contrairement à la lance de Wotan elle est éphémère, elle change de propriétaire et est parfois brisée, parfois victorieuse.
  • Le Tarnhelm : C'est l'avatar de l'anneau, la puissance de métamorphose permise par l'argent ; il symbolise la faiblesse, la lâcheté, la dissimulation et l'hypocrisie, celui qui le porte peut avancer masqué si ce n'est caché ou sous une autre forme ou un autre visage. Chez C.G. Jung, ce masque s'appelle la Persona ; il a repris le masque de l'acteur dans le théâtre romain : per-suonare, une espèce de porte-voix. Car, socialement, nous sommes tous des hypocrites : nous avançons masqués parce que certaines vérités sont trop blessantes pour être exprimées crûment.
  • Le Frêne du Monde (Weltesche) dans lequel Wotan a taillé sa lance et tari la source. C'est l'Axe du Monde, qui relie la Terre au Ciel : abattu, tout lien entre ces deux mondes est rompu. Le Fils perd sa dimension divine et devient totalement humain. Wagner parle ainsi de la montée inéluctable de l'athéisme au cours du XIXe siècle. Le Crépuscule des dieux, c'est la perte d'une vision sacrée de la Vie et de l'Homme.
  • Le feu, incarné par le dieu Loge, dans lequel Wotan trouve un allié mais qui finira par dévorer presque tous les acteurs de la tétralogie. Ce feu des passions incarné par Loge doit être maîtrisé, sinon nous sommes submergés par l'inflation d'un Moi qui se divinise lui-même, par le désir de Toute-Puissance. Ainsi, Wotan est d'abord victime de lui-même et de son ambition avant d'être celui de Loge, et c'est le destin de tout amoureux du pouvoir. Il est décliné musicalement comme l'aveuglement dans L'Or du Rhin, l'interdit dans la Walkyrie et l'héroïsme dans Siegfried ; dans le Crépuscule des dieux, il coexiste avec son opposé, le thème de l'eau laissant présager le vide du renouveau.
  • L'eau, est symbole de la création et d'une évolution sereine. Elle est symbolisée par le Rhin. L'eau emportera Hagen, enfouit l'or représenté par l'anneau et éteint l'incendie du dernier acte du Crépuscule des dieux.
  • Le soleil / La nuit, dans les mises en scènes fidèles à Wagner ils représentent respectivement la force de vie et les formes de la mort : les ténèbres, l'inconscience. Wotan s'éveille au lever du soleil pour saluer un regain de puissance symbolisé par l'achèvement du Walhall. Siegfried fait son apparition une journée ensoleillée et meurt au coucher du soleil. Les scènes nocturnes mettent en avant le rêve (rêve de Hagen, sommeil de Fafner...) et les actes inconscients comme l'union folle des jumeaux qui est souligné à l'orchestre par le thème du malheur.
  • Le Walhall, il est le symbole de la puissance politique. Son thème musical est rigide, pompeux ; il ne se décline pas.

Personnages[modifier | modifier le code]

Les trois Filles du Rhin jouent autour de l'or. Illustration de Stories of the Wagner Opera par H. A. Guerber, 1905.

Les Filles du Rhin[modifier | modifier le code]

Elles sont issues du Rhin, élément liquide père de la nature et de la vie ; Wotan a par ailleurs pollué cette source de vie sans qu'il s'agisse clairement du Rhin ; cela ouvre l'hypothèse que l'insouciance et la faillite des filles du Rhin résulte de l'aliénation causée par Wotan.

Les trois nixes représentent donc la nature originelle, elles veillent sur l'or enfoui au fond du Rhin qui ne doit jamais remonter à la surface, c'est un élément négatif mais inhérent à la vie.

Wagner déclarait son attachement à leur égard en expliquant qu'elles avaient pour but de préserver l'homme de l'or en le distrayant par le secondaire, le sexe ; il s'agit donc d'un plaidoyer pour la femme.

On peut les rattacher aux trois dimensions du drame que Wagner théorisait dans son ouvrage Opéras et Drames. Jean-Jacques Nattiez leurs assigne trois fonctions : la poésie, la musique et la danse, Flosshilde qui brandit l'anneau à la fin du drame est le verbe.

Un élément de leurs personnalités est le jeu, Alberich les traite d'enfants rieuses, ce rire peut être cruel comme l'est la nature mais aussi séduisant et léger. Ce sont avant tout des comédiennes comme le montre la scène avec Siegfried, cependant elles savent aussi se montrer fragiles face au danger, graves et même compatissantes une fois leur jeu calmé.

Musicalement, elles sont extrêmement détaillées et liées au Rhin par le leitmotiv des vagues. Ce sont elles qui bouclent le Ring en permettant le retour à l'ordre naturel.

Fricka[modifier | modifier le code]

Femme légitime de Wotan, elle est la gardienne des conventions et de la morale. Froide et calculatrice, elle parait étrangère à sa sœur, la déesse de l'amour Freïa ; elle bénit les mariages légaux mais sans amour et maudit les actes d'amour réels mais illégaux. Elles se plaint de l'accouplement des Filles du Rhin avec des hommes et des infidélités de son mari, mais ses plaintes sont toujours intéressées par son propre égoïsme comme ne manque pas de le soulever ironiquement Wotan dans L'Or du Rhin ; sa mémoire est sélective, ainsi elle pousse Wotan à la construction du Walhall mais rejette sur lui les conséquences.

Coquette, elle rêve de bijoux. Loge utilise son envie astucieusement pour la faire interjeter en faveur de son projet. Cette coquetterie est un fantasme devant lui permettre de mieux assouvir sa possessivité sur le trop volatil Wotan. Quand celui-ci cède à son caprice, au cours de La Walkyrie, elle exulte et le fait savoir.

Fricka est donc la conscience bourgeoise de Wotan. Elle s'attache aux valeurs sûres et rigides (l'or, la forteresse, les conventions) et tient fermement son rang. Sa réflexion est insensible et rationnelle. Elle est incapable d'intuition ou d'attachement sincère. Quand Freïa est enlevée par les géants, elle se lamente sur la perte des pommes d'or.

Au temps de la création du Ring, le public prenait fait et cause pour la déesse, aujourd'hui elle apparaît plutôt comme une mégère et ce dès ses premières paroles destinées à réveiller brutalement Wotan. Fricka, par les possibilités qu'offrent son jeu d'acteur et son thème musical est incontestablement un personnage séduisant, elle apparaît faussement comme victime de la mégalomanie de Wotan dans L'Or du Rhin. On peut aussi l'interpréter comme idéaliste car elle semble persuadée d'être dans le bon, elle justifie son égoïsme par son statut d'être supérieur en tant que déesse et épouse du maître des dieux, elle se montre hautaine envers tous ses inférieurs, dont Loge et les humains. Sa personnalité peut être fort variable selon son interprète et le metteur en scène.

Wotan et ses avatars[modifier | modifier le code]

C'est sans doute le personnage le plus complexe de la tétralogie, le drame s'articule autour de ses actes et n'a lieu que par sa faute originelle. Pour beaucoup, c'est le personnage le plus fascinant du Ring car il montre des personnalités multiples et apparait lui-même sous plusieurs avatars.

Certaines analyses font de Wotan l’unique personnage du Ring, l’œuvre ne serait qu’une immense métaphore de son psychisme et tous les personnages des instances de sa personnalité. Wagner déclarait son attachement à ce personnage qui a failli nommer l’œuvre ; Wotan serait en réalité Wagner et le metteur en scène Nikolaus Lehnoff va quant à lui jusqu'à placer la scène dans le crâne de Wagner car ce dernier déclarait que le Ring est « tout ce qu'il est et ressent ».

Wagner mettait en garde contre une interprétation au premier degré de ce personnage qui ne rendrait pas compte des différents ressorts de sa personnalité. Malgré une analyse accablante, la musique lui donne une réelle noblesse. Il apparait plus comme victime de sa corruption et de la fatalité que fondamentalement mauvais.

De la nature au pouvoir : Avant de devenir maître des dieux, il était l'air en tant qu'élément ; il vit donc dans les hauteurs du Walhall et est accompagné de tempêtes, de la foudre et envoie ses corbeaux espionner. Par l’arc-en-ciel conféré par son dieu-valet Donner il s’élève et rejoint son château.

Sa personnalité est dominée par l'instabilité et l'insatisfaction permanente, il est nomade dans l'âme. Jamais satisfait, il parcourt le monde inlassablement. Le manque ressenti par Wotan doit être comblé et il troque sa liberté pour le pouvoir, c'est ainsi qu'il commet la transgression originelle. En quête de domination, il abandonne son œil gauche symbole de l'intuition et du sentiment ; pour ce faire, il tarit la source de l'arbre-monde et le mutile. Il asservit ainsi les autres éléments comme Loge représentant le feu et dépendant de l'air. Il prend le statut de dieu et devient le maître des dieux.

Il est alors déjà aliéné, il aspire toujours à explorer de nouveaux horizons et c'est sous l'impulsion de Fricka et des dieux casaniers moqués par Loge qu'il fait bâtir le Walhall pour asseoir sa puissance. Il refuse le droit à son épouse de l'y enfermer au grand dépit de celle-ci lassée d'un mari si volage ; c'est pourtant pour un pouvoir légaliste fait de conventions qu’il l’a choisie pour femme au détriment de sa sœur Freia, déesse de l'amour. Il ne résidera donc que par intermittence au Walhall, préférant mener divers projets sous des avatars.

À la fin du drame, il ne voyage plus et reste fixé sur son trône comme l’aurait voulu Fricka, mais sa folie devient alors totale telle que décrit par Waltraute[29] dans Le Crépuscule des dieux. En abdiquant totalement sa nature il perdra tous pouvoirs et jouissances. En contraste, le dieu encore jeune dans L'Or du Rhin s’avère moins corrompu par un pouvoir encore en devenir ; il y apparaît mieux portant et domine Fricka, cette dernière prendra le dessus sur la volonté de Wotan durant la Walkyrie.

L’œil mutilé : malgré des allusions fréquentes, c’est un des aspects les plus obscurs de l’œuvre, Siegfried s’amuse de l’explication de Wotan : « Hahaha, tu me fais bien rire »[30], symbole que sa perte découle d’un raisonnement du passé.

Wotan vend son âme en échange du pouvoir de la lance. L'ayant acquis il peut s’allier au clan des dieux en prenant Fricka pour épouse, pourtant son pouvoir est fondé sur l’abdication du divin pour des lois bien réelles. Wotan rappelle à son épouse que c’est pour la conquérir qu’il a consenti à cette perte.

La perte de l’œil est une métaphore, pour s’être trop rapproché de son objectif il s’y crève l’œil. L’œil perdu peut être vu comme le prix à payer pour s’approprier une connaissance, cela nécessite de faire abstraction d’autres savoirs en recourant à une vision partielle. Cette perte est signe de force et de virilité comme le sont les cicatrices ; mais elle révèle également une fragilité, les véritables immortels étant eux éternellement beaux, jeunes et invulnérables.

L’œil manquant est celui du sentiment et de l’intuition qui sont abdiqués pour la froide raison de Fricka d’où découle le pouvoir légaliste de la lance. Wotan déclare à Siegfried ceci :

« Je vois, mon fils, qu'où tu ne sais rien, du moins sais-tu promptement t'aider. C'est grâce à l'œil, dont je suis privé, que tu aperçois celui qui m'est resté pour voir[31]. »

Cela signifie que Siegfried jouit de la partie mutilée de Wotan, à son inverse il est guidé par le pur et libre sentiment et se montre incapable de toutes réflexions ; c'est sous cet angle de vue que Siegfried rencontre Wotan ; c’est donc le négatif du vieux dieu et il prendra le dessus sur son autre moitié avant de périr à son tour victime de ses insuffisances. D'un point de vue mythologique, Odin a abandonné son œil pour qu'il serve de soleil, c'est donc grâce à la lumière du jour que Siegfried peut voir son père. Incapable de saisir les allusions de Wotan, Siegfried quant à lui estime simplement que quelqu'un lassé du « phraseur » qu'est son grand-père a dû le lui crever et il menace de faire de même pour son dernier œil[32].

En mettant en gage son œil pour le pouvoir, qui est par nature éphémère, Wotan perd son immortalité naturelle. Pour conjurer ce fait il consomme les pommes d’or de Freia, mais assoiffé de pouvoir il met également celle-ci en gage pour un bien symbolique et matériel : le Walhall. Bien qu’il la récupère via un subterfuge, il est poussé par la pulsion de mort et cessera de consommer les pommes de Freia ; il vieillira tout au long des journées conformément aux instructions scéniques de Wagner. C’est pourtant pour ne pas perdre l’immortalité qu’il récupère la déesse à grandes peines et au détriment du pouvoir de l’anneau ; cela montre qu’il n’a pas abdiqué malgré ses dires sa prétention au pouvoir de l’argent rejoignant ainsi Alberich.

La Lance de Wotan : Arrachée à l'arbre monde, il y a gravé les runes de sa loi. Wotan est un légaliste extrême ; contrairement à Alberich il ne tire pas son pouvoir de la tyrannie mais de ses propres lois auxquelles il est lui-même soumis. Il s'oppose clairement à Donner et Froh en protégeant le contrat sacré ; ces dieux sont pourtant des instances de sa propre volonté auxquelles il renonce avec peine, ces deux dieux réduits à des rôles figuratifs illustrent le conflit interne de Wotan[33].

Fricka est la gardienne de la lance car en prônant le respect des conventions et la froide analyse elle a une pensée juridique. Dans cette logique Fricka recadre souvent Wotan qui n'est pas adapté à ce rigorisme, il le lui dit en voulant faire de Siegmund une exception à ses lois « Tes facultés n'embrassent, des choses, que leurs habituels rapports, tandis que ma raison cherche un ordre inconnu »[34].

Toute sa problématique découle de son devoir de respect envers ses propres lois, sans quoi il perdra sa puissance ; en pleine dépression au deuxième acte de la Walkyrie, il note lui-même qu'il est ainsi le moins libre de tous.

Détestant le pouvoir de la lance qui l'entrave, il tue Hunding fidèle appliquant de son pouvoir[35].

La lance tue un Siegmund formaté par le dieu, mais elle s'avère impuissante contre Siegfried, un être véritablement libre ignorant les lois de Wotan. Quand Siegfried brise la lance il se fait révolutionnaire ; pour Wagner, Wotan est le représentant de l'ordre ancien vaincu par la liberté et la quête d'amour de Siegfried.

Une personnalité déséquilibrée : son appétit de pouvoir est à la mesure de son instabilité, c'est un palliatif boulimique à sa dépression constante. Il a donc l'obsession du contrôle absolu, il n'accorde son amour qu'aux êtres s'incarnant dans sa volonté et néglige les autres.

C'est ainsi qu'il vend Freia déesse de l'amour et symbole d'une liberté perdue comme il s’est lui-même vendu au pouvoir. Il abandonne Siegmund quand celui-ci ne peut plus accomplir ses plans, rejette sa fille chérie lorsqu'elle prend une initiative indépendante de lui et défie un Siegfried pas assez docile à son gout. Il fuit Fricka mais ne peut l'éliminer, celle-ci étant la gardienne de son pouvoir au sens où elle incarne les conventions qu'il a lui-même voulues à sa source.

Wotan fuit la vérité, se réfugiant dans ses multiples personnalités pour l'interpréter à son profit. C'est ainsi qu'il feint vouloir l'avènement d'Alberich[36] ou d'accepter que léguer son pouvoir dans Siegfried, c’est une manière de garder le contrôle. Il est hypocrite et accepte immédiatement le sophisme de Loge comme quoi voler un voleur n'est pas voler ; trouve des justifications douteuses pour conserver l'anneau ; Wotan se veut noble mais agit bassement, il prend un plaisir non dissimulé à martyriser Mime.

Malgré son apparat c'est un caractère faible, passant de l'excitation à la dépression profonde. Il agit comme un enfant, incapable d'assumer les conséquences négatives de sa volonté, mais contrairement à Siegfried celle-ci est structurée.

Wotan n'aura de cesse de vouloir conjurer sa malédiction originelle dont il ne prend conscience que tardivement, mais en voulant agir il ne fait que l'aggraver ; dans la mise en scène de Keith Warner (en) la mutilation de son œil s'aggrave au fur et à mesure du drame.

S'il est autoritaire c'est pour masquer sa fragilité, quand sa puissance lui échappe il devient suicidaire et dans la Walkyrie il fond en larmes alors qu'il accepte d’adoucir son autorité. Siegfried brise sa puissance et son image ce qui le plonge dans la folie totale ; il voulait pourtant l’avènement de son petit-fils mais n'en a pas supporté les conséquences.

La prise de conscience : entre L'Or du Rhin et La Walkyrie Wotan affirme à Brünnhilde avoir perdu son insouciance[37]. Pour échapper aux charges du pouvoir il se ressource via un retour à la terre symbolisé par l'élément Erda ; cet acte est un retour à la nature face aux contraintes d’un monde juridique rigide négligeant le droit naturel. Il s'accouple avec elle, peut être la viole-t-il[37], afin de donner naissance à Brünnhilde qui hérite de l'intuition et de la sagesse de sa mère et de l’indépendance et de la grandeur de Wotan. Contrairement à son père, elle n'est pas aliénée dans sa capacité à aimer.

L'analogie Wotan / Alberich : ils ont tous deux en commun le même acte : négliger l'amour pour le pouvoir ; celui d'Alberich est la puissance financière, celui de Wotan la politique. Mais Wotan à la différence d'Alberich n'a jamais voulu en payer le prix, il s’accroche à l’amour et n'aura de cesse de vouloir surmonter sa mutilation.

Wotan rejette son ombre noire Alberich mais agit comme lui, le thème musical du Walhall est issu de celui de l'anneau. Par ailleurs, il ne réussit pas à lui vouer un véritable combat. Dans l'or du Rhin il lui rend la liberté dès ses besoins satisfaits, dans Siegfried il discute paisiblement avec lui. Il ne nomme lui-même « Alberich de lumière » au premier acte de Siegfried[38] et bénit son fils haineux dans La Walkyrie[36].

Un père tyrannique : Wotan, personnage narcissique et dominateur a le profil type d’un père tyrannique. Il rejette son fils Siegmund quand celui-ci échoue dans les plans qu’il lui a assignés. Sieglinde est délibérément donnée à Hunding, un autre patriarche où elle est asservie à l’homme.

Brünnhilde prend la place de Fricka et il l’aime réellement, mais le père ne supporte pas que sa fille grandisse et se démarque de lui ; quand celle-ci s’oppose à sa volonté il l’a rejette et lui inflige une punition sexuelle, être violée et soumise au premier homme venu, la cadenassant ainsi à reproduire le schéma patriarcal. Celle-ci devra user de tous ses charmes pour adoucir sa punition mais leur lien privilégié sera définitivement rompu.

Il voudra léguer son pouvoir à sa descendance en la personne de Siegfried, mais il ne supportera pas que ce dernier soit différent de lui.

Le non-renoncement à l'amour : Il n'aura de cesse de fuir celui qu'il est devenu en se travestissant sous des avatars. En tant que Wälse il a montré un amour bien réel pour ses enfants qu'il condamne en tant que Wotan avant de les pleurer au cours d'une dernière étreinte à Siegmund redevenant ce père.

En tant que Wanderer il recherche la sagesse avec moins de résultats, ne l'aillant jamais possédée, et pour cause, c'est un être de passions symbolisées par son tonnerre et l'arc-en-ciel.

De plus il se montre réellement préoccupé par le cas de Freia, déesse de l'amour qu'il n'a vendue que sous la promesse d'une ruse de Loge, ce fait ramène à son incapacité à assumer les conséquences de ses actes.

Ses avatars de Wälse et du Wanderer : sous ces deux formes il fuit un pouvoir qu'il a lui-même voulu, Fricka ne manque pas de lui faire remarquer ce manque à ses obligations.

En faisant l'éducation de Siegmund il rejette ses propres lois et conventions ; il se lie sous cette forme à une humaine anonyme pour échapper à l'emprise de sa déesse de femme.

En tant que Wanderer il voyage sans cesse et fait à ses dires preuves d'humilité en bénéficiant de la modeste hospitalité de ses sujets. Sous cet avatar il ne commande plus mais observe le fait que ses lois soient dépassées.

Le père des combats Walvater : pour contrer l'armée d'esclaves d'Alberich, Wotan forme une armée de héros aux Walhall, ceux-ci n'en demeurent pas moins pré-formatés par Wotan et ce dernier s'inquiète de les voir tomber face à une armée fascinée par le pouvoir de l'argent ; la croyance des hommes dans les lois de Wotan est donc affaiblie.

Pour exciter et récolter ces guerriers, Wotan engendre des vierges guerrières : les Walkyries. Au nombre de neuf, on ne sait si elles sont sœurs ou demi-sœurs. Elles sont soumises aveuglément à la volonté de Wotan et ne vivent que pour lui, sa favorite Brünnhilde est qualifiée par Wotan d'incarnation de sa volonté[37]

Les Walkyries sont affranchies de l'influence de Fricka[39], ce que cette dernière reproche à son mari, elles sont le pendant de Wälse s'élevant contre l'ordre de Wotan. L’avatar du Walvater est encore un autre moyen d’affranchissement du dieu, il s’y montre capable d'amour pour ses Walkyries et particulièrement Brünnhilde, on peut le qualifier d’amour narcissique. L'irruption de Fricka lors de la Walkyrie réveille son instabilité et sa schizophrénie.

La supplication des Walkyries devant Wotan pour sauver leur sœur nous apprend que celui-ci subit sur ce point un violent conflit interne. Redevenu le maître des dieux, les Walkyries ne reconnaissent plus la volonté du maître des combats et le supplient de revenir sur sa décision, elles représentent l'amour encore constituant de Wotan mais celui-ci sera violemment réprimé, comme les Walkyries. La mise en sommeil de Brünnhilde symbolise le refoulement d’une instance de la personnalité de Wotan, son réveil n’en sera que plus brutal. Suivant cet événement il abandonne totalement cet avatar et les Walkyries errent au Walhall comme expliqué par Waltraute.

La névrose : face à sa corruption il recourait à des avatars pour continuer à perpétuer sa nature profonde. Wälse échoue, Walvater est brisé par Fricka et le Wanderer perd son sens après son échec avec Siegfried.

Brünnhilde était une instance de sa personnalité servile, mais quand celle-ci s’oppose au maître des dieux elle devient active et divergente. Siegfried, l’homme libre souhaité par Wotan s’avère aux antipodes des nécessités d’un pouvoir légaliste. Fricka qui représente la corruption de Wotan et le péché originel de celui-ci prend le dessus sur sa volonté le privant ainsi de toutes libertés et passions.

On le voit donc, toutes les composantes de la personnalité de Wotan se révèlent contradictoires et s’opposent de plus en plus violemment. Quand sa volonté de liberté symbolisée par l’épée brise son envie de pouvoir incarnée par la lance, Wotan qui n’a pas su faire la synthèse de ses désirs perd toutes raisons d’être. Il sombre alors dans une névrose de mort ; il perd l’usage de la parole, n’agit plus en rien et attend patiemment sa fin[29]. Waltraute nous apprend qu’une dernière lueur luit au fond de ses yeux qui l'amènera à tout de même prononcer une dernière phrase[29], c’est l’amour qui subsiste au fin fond du personnage ; l’amour étant la nature même indestructible du dieu[40]

On peut interpréter sa fin différemment ; à la mort physique du personnage, un retour à la nature en tant qu’élément est envisageable, un monde nouveau rééquilibré apparaissant.

Fasolt et Fafner[modifier | modifier le code]

Ils sont de la classe des bâtisseurs, ils habitent la terre contrairement aux nains et aux dieux, on peut les relier au révolutionnaire qu'était Wagner. Fasolt représente le bon révolutionnaire utopique cherchant l'amour et la liberté alors que son frère est rusé, cupide et avide de pouvoir ; tous deux ont pour but de s'emparer de Freïa mais pour des raisons totalement opposées. Quand Fafner s'empare de l'or, il cesse ses activités pour le couver de façon bourgeoise.

Le mode d'action des géants est simple et rigoriste, il est corrompu par le dieu perfide qu'est loge ainsi que par la volonté complexe et volatile de Wotan ; cette perturbation conduit les géants à l'aliénation et au meurtre de Fasolt par son frère.

Sieglinde offre l'eau à un Siegmund éreinté au moment de leur rencontre.

Siegmund et Sieglinde[modifier | modifier le code]

Le thème des Wälsung est dans un premier temps une marche héroïque et funèbre qui peut être joué de façon assagie ou agressive avant de se muer en plainte malheureuse qui dans un troisième temps évoque un désespoir très doux et consolateur soulignant ainsi la vocation au malheur.

Les deux jumeaux sont placés sous le signe du loup par le père Walse, avatar de Wotan qui s'accouple avec une mortelle pour leur donner naissance, mais si Siegmund est désiré, ce n'est pas le cas de sa sœur. Quand il juge son fils prêt à accomplir son plan il abandonne Sieglinde et sa mère aux sort de Brigands, on peut s'interroger sur le fait que cet enlèvement soit prémédité par Wotan en raison de trop nombreuses coïncidences. Wotan abandonne donc sa fille aux mains de son époux forcé Hunding, cependant il ne semble pas dépourvu d'amour pour elle comme le prouve son récit, il semble profondément attristé des sacrifices inhérents de son plan, signe que la toute-puissance de son pouvoir lui échappe. Wotan s'en remet au destin, défiant Hunding en fixant Notung au sein même de son foyer, promesse d'un espoir futur.

Leur mort découlera de la tentation d'un bonheur fou, leur rencontre est placée sous le signe de la lune, la nuit représente la mort dans le Ring, pour avoir négligé la clairvoyance du jour ils périront au lever du soleil.

Siegmund[modifier | modifier le code]

Dès sa plus jeune enfance il est élevé par Walse à défier toutes les conventions, à contester tout ordre établi. Il lui apprend à mener une vie dure et solitaire mais non dépourvu de noblesse, il est fier et combatif, capable de de douceur dans sa détermination. Siegmund aime profondément son père à qui il doit tout, il se réfère à lui et malgré sa mort présumé il compte toujours sur lui, Walse est comme un dieu pour lui ; c'est donc bien la volonté de Wotan qui l'influence malgré son déguisement. Siegmund, comme Siegfried est courageux et n'hésite pas à braver le danger, mais son formatage par Wotan le rend là déjà peu réfléchi, ainsi il est tout étonné qu'après avoir décimé la famille d'une jeune fille afin de l'aider, celle-ci terrifiée le rejette à son tour. Il semble incapable d'une pensée de fond indépendante de son éducation là où Siefried est de la névrose inverse en se montrant insensible à tout effort de Mime, Wotan-Wanderer et Brünnhilde. Comme lui Siegmund ne pense qu'au premier degré et écarte toute remise en question ; s'il s'élève contre un ordre moral qu'il ne comprend pas, c'est en obéissant à celui enseigné par Wotan-Walse. Cette état de fait sera impitoyablement relevé par Fricka dans son argumentaire.

Pourtant Siegmund est aussi capable de caractéristiques propres, il aspire à une paix impossible qui le sortirait du cauchemar dans lequel son père l'a plongé, il cherche l'amitié et l'amour d'une femme, ces points sont ses premières demandes à la Walkyrie lorsqu'elle lui annonce son départ vers le Walhall. Comme Wotan, l'insatisfaction le plonge dans une pulsion de mort qui lui sera fatale. Il préférera tuer sa sœur et fiancée que d'être séparé d'elle à nouveau, bien qu'il s'agisse aussi de lui épargner ainsi un sort cruel.

On peut considérer que Siegmund est inspiré par Freïa car il est sensible à la beauté de la nature et des femmes, son comportement est dicté par l'amour de son père, de Sieglinde et plus largement par la passion. Comme Freïa il sera victime d'un marchandage par les puissant, Wotan le vend au caprice de Fricka comme il l'a fait avec la déesse de l'amour pour le Walhall réclamé par sa femme.

Son thème musical (leitmotiv) est issu des premières notes de celui de la lance de Wotan par un mouvement descendant évoquant la gravité, mais il est contredit pas un mouvement ascendant le rompant. Quand Siegmund rompt la volonté de Wotan en se liant à Sieglinde, il perd sa raison d'être et meurt. Quand Wotan évoque Siegmund avec compassion c'est uniquement la partie descendante qui l'accompagne, mimant parfois le thème évoquant la névrose. Lorsque Siegmund évoque la femme, son ton adopte une grande douceur tout comme Fasolt et Siegfried ; ils sont tous trois assassinés lâchement par des êtres incapables d'amour (Fafner, Hagen) ou impuissant en amour (Wotan).

Siegmund fut dans un premier temps mal-aimé du public pour son apitoiement sur lui-même et sa destinée perpétuelle au malheur ; Siegfried apparaissait comme le véritable héros. Aujourd'hui pourtant les metteurs en scène s'acharnent sur ce dernier et soignent son père qui peut tout compte fait être interprété comme un être véritablement libre contrairement aux dires de Fricka, c'est par ailleurs l'avis de Patrice Chéreau. En effet sa liberté n'est pas animale et brute comme Siegfried mais responsable et liée à une morale stable dont il a conscience.

Sieglinde[modifier | modifier le code]

C'est elle qui domine l'action dans le premier acte de la Walkyrie, elle est mue par un désir de changement de situation mais aussi de de vengeance. Elle recueille son frère Siegmund, l'incite à affronter son époux Hunding, lui dévoile l'épée, le pousse à l'inceste puis à la fuite. Sans doute d'une intelligence plus concrète que son frère, elle le reconnaît en premier bien avant de lui révéler leurs liens fraternels. Elle prend de plus l'initiative seule d'endormir Hunding via un somnifère, son plan est donc très tôt planifié. Comme son frère, elle est placée sous le signe du malheur mais contrairement à lui elle montre un vain désir d'y échapper, plus rationnelle que son amant elle est vite rattrapée par la réalité.

Ses sauts de personnalité sont marqués par le refoulement, sa fuite est une libération alors que toute sa vie n'aura été faite que de renonciations à sa véritable nature. Face à cet état de libératoire elle prend peur et se montre schizophrène via un violent retournement d'humeur où elle voit leur tentative vouée à l'échec avant même que les événements pourtant prévus et défiés ne surviennent[41] ; Siegmund se déclare par ailleurs incapable de la suivre dans ses excès de zèle et la supplie de se calmer.

Alors qu'elle s'endort épuisée, elle se réveille brutalement, la libération provoquée par la fuite libère des refoulements profonds lui faisant retrouver violemment la mémoire sur son enlèvement par le clan de Hunding et la mort de sa mère alors qu'elle n'était qu'une enfant[42]. Elle a par ailleurs tenté soudainement de rejeter Siegmund[43], elle éprouve un complexe d'infériorité à son égard et a peur de le contaminer en raison de son viol par Hunding.

Soudain défaitiste, elle se montre alors en accord avec le destin malheureux des jumeaux et prophétise très exactement leurs pertes en annonçant l'épée brisée et la mort de Siegmund. Suicidaire, elle retrouve instantanément toute sa volonté quand Brünnhilde lui apprend qu'elle porte un enfant ; elle meurt en accouchant.

Son premier thème musical est souvent désigné « de la Compassion » et entrelacé au thème de Siegmund il forme le « leitmotiv de l'Amour ». Une fanfare dionysiaque lui est aussi attachée et prend toute sa puissance à la fin de l'acte 1, alors que le rideau se ferme précipitamment sur leurs ébats, l'orchestre continue, en gagnant en puissance il décrit un accouplement fou et libérateur. Enfin, le thème dit « de la Félicité » accompagne la découverte du corps de Siegmund, il évoque un désir obsessionnel dans une forme proche de celle de la « Tentation » accompagnant Hagen.

Waltraute rend visite à Brünnhilde contre l'ordre de Wotan

Waltraute[modifier | modifier le code]

Elle ne semble en premier lieu guère différenciée des autres Walkyries, son évolution survint au premier acte du Crépuscule des dieux. Comme Brünnhilde elle brave la volonté de Wotan par amour, comme sa sœur elle est convaincue d'accomplir ainsi la volonté profonde de son père mais contrairement à elle mais son indépendance s'arrêtera là alors que Brünnhilde se détourne de lui.

Sa description de la déchéance des dieux fait penser à un empire décadent, elle montre un sens du collectif en servant jusqu'à la fin le clan dont elle est issue. Elle reste conditionné par ses croyances initiales alors que Brünnhilde est aveuglée par un individualisme amoureux ; leur dialogue était donc sans espoir.

Hunding[modifier | modifier le code]

Il est le parfait négatif du couple Siegmund / Sieglinde. Il évoque le chien et la meute là où les jumeaux descendent du loup (Walse), Siegmund se décrit comme un louveteau solitaire ; dans la mise en scène de Patrice Chéreau Hunding est accompagné en toute occasion de sa meute composée du clan et de ses domestiques.

C'est un personnage psycho-rigide, il reproduit les coutumes et stéréotypes de son clan ; il encense le pouvoir mais à un niveau primaire, sans vision planétaire, c'est un propriétaire terrien.

Sa vie est sédentaire et répétitive comme le montre le fait qu'il rentre à sa demeure à une heure déterminée pour prendre le repas préparé par sa femme.

Tous ses actes sont déterminés par la coutume, c'est ainsi qu'il offre le gîte à Siegmund tout en le défiant pour le lendemain.

Son mariage est conventionnel, il n'y a pas d'amour ; Sieglinde est asservie aux taches domestiques et représentatives. Il est fortement misogyne alors que Wagner était réputé féministe, cet état est particulièrement mis en avant dans la mise en scène traditionnelle de Otto Schenk (en).

Il est de plus pervers là où les jumeaux se montrent nobles, il prend plaisir à fixer l'heure de la mort de Siegmund et en le désarmant préalablement, il brutalise inutilement Sieglinde et semble se moquer du récit de Siegmund.

Quand Sieglinde s'enfuit, il s'adresse à Fricka en réclamant vengeance. Wotan le traite de « valet de Fricka », sa propre femme déesse des conventions. D'une certaine manière il symbolise la déchéance de Wotan, celui-ci abdique en sa faveur alors qu'ils sont de natures antinomiques, Hunding est un pur fruit du système juridique de Wotan symbolisé par la lance et par sa femme pour lesquelles il a dû se mutiler via la perte de son œil gauche, celui de l'intuition.

Gutrune et Siegfried

Gutrune[modifier | modifier le code]

Elle est séduisante, son thème musical décrit bien son attirance et tout comme celui-ci c'est un personnage flou et indéfinissable, elle présente un visage paradoxal en faisant l'un des personnages les plus complexes du Ring malgré la rareté de ses apparitions et un rôle limité mais essentiel.

Elle est l'antithèse de Brünnhilde, timide et superficielle ; cependant elle a un statut véritable en tant que sœur de Gunther c'est un membre de la famille royale. Elle sait flatter l'orgueil de Siegfried adoptant une soumission au héros sans ambiguïté flattant ainsi son machisme. Là ou Brünnhilde se montre confiante et naïve, Gutrune est méfiante et réaliste tant à Siegfried ; son amour pour lui est sincère mais léger, elle sera l'abandonnée au profit d'une femme plus légitime.

Siegfried, héros terre à terre, incapable d'intellect se trouve donc comblé avec cette femme le poussant à la fête et à la frivolité, ne lui donnant ni leçons ni résistances et flattant son ego. Celle-ci est pourtant tout à fait consciente de la supercherie de leur union et elle la reconnaîtra avec bonne foi pour compassion envers Brünnhilde ; elle s'insurge envers la traîtrise de Hagen et Gunther dans laquelle elle eut le tort de se laisser embrigader sans son expressif consentement, finissant par en être victime. Son thème musical laisse entrevoir une grande sensibilité et une beauté d'âme profonde mais impuissante face à l'envergure des personnages l'entourant. Comme son frère Gunther elle veut sincèrement agir pour le bien de sa dynastie.

Le temps[modifier | modifier le code]

Cette œuvre est immense et gère le temps de manière étonnante et très contrastée. Parfois on est face à l'infini, d'autres fois l'action se déroule comme une journée normale.

Tout commence dès l'introduction. Elle est construite de telle sorte que l'auditeur ne perçoive pas quand la musique commence, nous donnant une profondeur infinie vers les origines du monde. Toute la genèse semble être contenue dans cette introduction, venant du néant, on se retrouve au bord du Rhin.

Entre le Prologue et La Walkyrie, le temps est tout aussi indéfini : il se passe au minimum quinze à vingt années le temps que les Walkyries et les jumeaux soient conçus et grandissent. Entre La Walkyrie et Siegfried, c'est plus concret : Siegfried va naître et grandir. Entre Siegfried et le Crépuscule, il se passe au plus quelques jours. On remarque donc qu'entre chaque pièce du Ring, le temps se réduit et l'action s'accélère.

Durant chaque journée, les actes et les scènes se déroulent sur quelques heures, une journée tout au plus.

Il faut aussi parler du temps psychologique que le spectateur et surtout l'auditeur perçoivent. Comme il est écrit plus haut, l'auteur a su écrire une musique qui parfois sait nous faire changer de temps. Le temps paraît très rallongé lors des monologues qui résument et expliquent les actions et événements passés, comme si l'auteur voulait nous ramener à l'écoute et la compréhension, alors que les moments les plus touchants semblent se dérouler dans un temps très contracté, la musique nous emportant.

Les thèmes conducteurs aident ainsi à nous faire voyager dans le temps en nous ramenant parfois au passé ou bien en nous projetant par intuition dans le futur (par exemple le thème original de l'épée qui apparaît pendant la conclusion de l'Or du Rhin).

Représentations et enregistrements[modifier | modifier le code]

Principales mises en scènes[modifier | modifier le code]

La Tétralogie est autant l'œuvre d'un chef que d'un metteur en scène ou la performance de grands chanteurs, la cosmogonie wagnérienne se prêtant à des multiples interprétations. Musicalement, par la vision de grands interprètes. Scéniquement par des visions traditionalistes, épurés, politique et philosophique extrêmement diverses ; conduisant parfois à contredire radicalement les intentions théâtrales de Wagner.

Amalie Materna, la première Brünnhilde à Bayreuth avec Cocotte, le cheval offert par Louis II de Bavière.
  • 1876, Festival de Bayreuth ; Direction : Hans Richter, mise en scène : Richard Wagner, décors : Josef Hoffmann, costumes : Carl Doepler.
    Cette création adopta un style se voulant réaliste, décors surchargés, costumes complexes (que Wagner détesta) et nombreux effets spéciaux innovants pour l'époque. Contrairement aux coutumes, le jeu d'acteur se voulut très poussé mais Wagner le jugea finalement décevant. La vision globale se voulait abstraite dans le sens ou l'action se déroulait dans une mythologie sans mise en avant visuelle des portés politiques de l'œuvre. Le résultat final plongea Wagner dans une profonde dépression, non à cause de son orientation artistique mais en raison de son aspect négligé et inabouti.
  • 1892, Covent Garden programme sa première Tétralogie confiée à la baguette de Gustav Mahler.
  • 1896, Festival de Bayreuth ; Direction : Hans Richter, mise en scène : Cosima Wagner, décors : Frères Brückner sur la base de ceux de Josef Hoffmann, costumes : Hans Thoma & Arpad Schmidhammer.
    Reprenant les bases laissés par son époux décédé, Cosima Wagner corrige les erreur du premier festival. Elle se veut intraitable sur le réalisme et le jeu d'acteur. Décors, costumes et éclairages sont notamment retravaillés. Elle estima que Wagner aurait été satisfait du résultat.
  • 1898-1899 ; Richard Strauss dirige sa première Tétralogie à Berlin.
  • 1912-1914, Festival de Bayreuth ; Mise en scène : Siegfried Wagner
    Sur la base de la mise en scène de Cosima Wagner, de nombreuses innovations techniques sont introduites, notamment des effets climatiques et de lumières.
  • 1924-1925, Bâle ; Mise en scène : Adolphe Appia
    Tous les décors et costumes sont supprimés au profit d'un simple jeu de lumière et d'acteurs. Faces au réactions, ce Ring est interrompu après la deuxième journée. Toutefois, cette approche aura une grande influence, notamment sur Wieland Wagner qui la reprendra en partie en 1951.
  • 1933-1942, Festival de Bayreuth ; Direction : diverses, présence notable de Furtwängler, mise en scène : Heinz Tietjen, décors : Emil Preetorius. Cette période, alors que le festival est sous la direction de Winifred Wagner, est sujette à controverses concernant les liens avec le régime nazi et notamment de l'influence de Hitler[44]. On peut dire que la mise en scène s'éloigne du naturalisme originaire pour se concentrer sur l'aspect théâtral de l'œuvre.
Gwyneth Jones dans le rôle de Brünnhilde ; production 1976 à Bayreuth conçu par Patrice Chéreau.

Cette vision fut dans un premier temps bien accueillie par le public malgré les critiques de la presse globalement négatives, mais elle tomba vite dans un oubli relatif, aidée en cela par l'absence de version vidéo ; elle ne connut jamais le retentissement de son prédécesseur ; son successeur, mis en scène par Harry Kupfer (en), adopta une approche résolument moderniste.

Discographie[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

Critiques[modifier | modifier le code]

Influence musicale[modifier | modifier le code]

Réutilisations[modifier | modifier le code]

Adaptations[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

De nombreuses adaptations filmées du mythe de Siegfried ont été tournées, notamment celles de Fritz Lang et de Harald Reinl, versions différentes du texte de Wagner par la présence de Kriemhild et des Huns.[réf. souhaitée]

Parmi ces adaptations, Giacomo Gentilomo a réalisé Sigfrido, un curieux film de costumes, en 1958, qui correspond aux épisodes de Siegfried et du Crépuscule des dieux.

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Wagner a été adaptée en jeu vidéo, transposée dans un univers futuriste dans Ring[47] et Ring II[48]. Ces jeux ont disposé d'une distribution de rêve avec le dessinateur de BD Philippe Druillet, au design des décors et des personnages, et Georg Solti pour diriger la partition. Finalement, on retrouve parfois l'atmosphère wagnérienne, mais la qualité ludique n'est pas au rendez-vous.

Dessins animés[modifier | modifier le code]

On peut voir aussi cette œuvre traitée dans l'animé Saint Seiya dont la saison Asgard est basé sur l'histoire de l'anneau des Nibelungen et de la mythologie nordique en général. Dans la série, Hilda de Polaris, prêtresse du royaume d'Asgard, possédée par l'anneau des Nibelungen que lui a traîtreusement remis Poséidon, tente de détruire le monde. De nombreux personnages de la série empruntent leurs noms à ceux de la légende, comme Mime, Alberich, Hagen ou Siegfried.[réf. souhaitée]

Bande dessiné[modifier | modifier le code]

Le mythe du Ring et plus particulièrement le personnage de Siegfried a été repris et adapté en bande dessinée par Alex Alice dans la trilogie Siegfried. Parallèlement aux albums, un film d'animation produit par Pendragon Imageforge[49] est en cours de réalisation.

Le manga Harlock Saga reprend l'histoire en mettant en scène le capitaine Albator. Son adaptation en anime utilise la musique de Wagner en collant assez bien les morceaux aux scènes. Par exemple, la chevauchée des Walkyrie coïncide avec le décollages des chasseurs spatiaux d'Asgard, la durée de passage de l'Arcadia en gros plan prend un nombre exact de mesures,...

À partir de mai 1980, le comic book Thor revisite le mythe du Ring sous la plume de Roy Thomas. Entre les n° 295 et 299, chacune des œuvres de la tétralogie est abordée sous la forme d'un passé récent oublié par Thor et révélé par l’œil arraché d'Odin.

Autres influences[modifier | modifier le code]

  • À 73 ans, Anna Russell (en) se livre à un hilarant commentaire du Ring, en s'accompagnant au piano. Ce Ring cycle analysis a été filmé à l'université du Maryland en 1984.
  • Mario del Monaco a chanté Siegmund dans un concert filmé. Bien que très italianisant, son "Wälse" dure 18 secondes, soit une de plus que celui de Lauritz Melchior.
  • What's Opera, Doc? est un épisode de Bugs Bunny de Chuck Jones qui parodie les opéras de Wagner. On peut notamment voir un détournement de le thème de la Walkyrie. Cet épisode est considéré comme l'un des meilleurs cartoons jamais réalisés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'interprétation studio du Ring par Herbert Von Karajan est particulièrement représentative de ces choix artistiques s'écartant de la volonté du compositeur. Voir Discographie de l'Anneau du Nibelung.
  2. Brünnhilde à Siegfried : « Füchtest du nicht das wild wütende Weib ? » (« Ne crains-tu pas la femme déchainée ? »), le leitmotiv du Dragon est alors grondé à l'orchestre.
  3. « Les voilà rués à leur perte, eux qui se targuent d'être éternels et j'éprouve quelque hontes à me commettre avec eux. Oh métamorphoser mon être, comme jadis, en langues de flammes, quelle tentation ! Consumer leur ramas d'aveugles, qui me domptèrent, au lieu de disparaître avec eux dans l'ignominie du néant ! Fussent-ils les plus divins des Dieux, l'idée n'est pas si bête, en somme. J'y veux penser qui sait ce que je fais ? » Loge, Fin de Rheingold, traduction de Louis Pilate, 1894.

Références[modifier | modifier le code]

  1. L'Or du Rhin et la Walkyrie furent représentés précédemment mais indépendamment de l'unité du cycle ; ces deux premières ayant eu lieu respectivement en septembre 1869 et juin 1870 via des metteurs en scène différents.
  2. Sous-entendu de musique sans aucune interruption (entractes, nuits etc.)
  3. Wagner se plaignant des tempos lents usés par certains directeurs musicaux, la création de l'œuvre à Bayreuth adopta des tempos rapides.
  4. Christian Merlin 2002, p. 107.
  5. « La Chanson des Nibelungen », sur Universalis.fr (consulté le 20 septembre 2014).
  6. a et b Bruno Lusato : Encyclopédie 2005, p. 59.
  7. a, b et c Bruno Lusato : Encyclopédie 2005, p. 60.
  8. a et b Bruno Lusato : Encyclopédie 2005, p. 61.
  9. a, b et c Bruno Lusato : Encyclopédie 2005, p. 62.
  10. Carl Dahlhaus, Les drames musicaux de Richard Wagner, page 90
  11. Les Annales, journal de Richard Wagner
  12. Lettre à Ferdinand Ziegesar, 10 mai 1851
  13. Lettre du 12 novembre 1851 à Theodore Uhlig
  14. Lettre à Ernst Benedikt Kietz, le 14 septembre 1850. Il s'agissait alors de représenter quelquefois Siegfrieds Tod avant de brûler le théâtre en bois construit pour l'occasion et les partitions.
  15. Lettre à Theodore Uhlig, 12 novembre 1851.
  16. Ma Vie, Richard Wagner
  17. Richard Wagner, Ma vie, explication à Eduard Devrient (en).
  18. Son premier essai date de 1850 dans le cadre de son projet initial Siegfrieds Tod.
  19. a et b François-René Tranchefort, L'Opéra, Éditions du Seuil,‎ 1983, 634 p. (ISBN 2-02-006574-6), p. 256
  20. a et b Philippe Godefroid, Richard Wagner, l'opéra de la fin du monde, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard »,‎ 1988, 160 p. (ISBN 978-2-0705-3051-9), p. 81
  21. Dictionnaire de la musique, p. 1185.
  22. Voir la section Les principales représentations et mises en scène).
  23. Cela est très bien montré visuellement dans la production 2004/2005 du Royal Opera House.
  24. Elle est la déesse des conventions et traditions et plus particulièrement du mariage.
  25. Elle se laisse séduire dans le prologue par Loge lui promettant des bijoux.
  26. Wotan, Rheingold, scène 2
  27. Waltraute, Le Crépuscule des dieux, acte I.
  28. Cet aspect est mis en évidence par le fait qu'Alberich lorsqu'il est en possession de l'anneau ne devient pas immédiatement maître du monde mais se sert de son pouvoir pour asservir les Nibelungens afin d'accroître sa fortune via l'or.
  29. a, b et c Paroles de Waltraute décrivant la folie de Wotan
  30. Rencontre au troisième acte de Siegfried entre le Wanderer et Siegfried
  31. Traduction et commentaire de Louis-Pilate de Brinn'Gaubast
  32. « Mais, là-dessous, il te manque un œil Quelqu'un te l'aura crevé sans doute, dont tu barrais la route avec trop d'arrogance ? Allons, place ou tu pourrais bien perdre l'autre, aussi. » Traduction de de Louis-Pilate de Brinn'Gaubast [1]
  33. Wotan : « Holà, Brutal Rien par la force ! Le bois de ma Lance est garant des traités nous n'avons que faire de ton marteau » ; Freia : « Malheur Malheur ! Wotan m'abandonne ! »Traduction de de Louis-Pilate de Brinn'Gaubast
  34. Traduction de de Louis-Pilate de Brinn'Gaubast
  35. À noter que ce meurtre a lieu alors que Wotan reprend son rôle de Walvater en s’apprêtant à pourchasser Brünnhilde.
  36. a et b « Soit, je te bénis, fils du Nibelung Plein, pour elle, d'un profond dégoût, je te lègue cette vaine splendeur de la divinité tu peux en rassasier ton insatiable haine. » Traduction de de Louis-Pilate de Brinn'Gaubast
  37. a, b et c Traduction de de Louis-Pilate de Brinn'Gaubast
  38. "Licht-Alberich"
  39. Traduction de Louis-Pilate de Brinn'Gaubast
  40. Il s’agit d’un thème récurrent dans les opéras de Richard Wagner, le concept de « rédemption par l’amour ».
  41. Acte 2, scène 3.
  42. Acte 2, scène 5
  43. Acte 2, scène 3. Elle conjure Siegmund de fuir l'infidèle.
  44. Voir par exemple
  45. (Voir Discographie "En représentation")
  46. Citation et traduction par Bruno Lussato, Voyage au cœur du Ring, 2005, Fayard, p. 668, chapitre « Les mises en scène ».
  47. Ring : l'Anneau des Nibelungen : test de Ring : l'Anneau des Nibelungen sur PC - Emu Nova
  48. test ring 2 PC : jouer aux jeux PC et consoles
  49. Pendragon Imageforge: studio d'animation

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Monographies[modifier | modifier le code]

Articles et analyses[modifier | modifier le code]

  • André Cœuroy et André Piro, La Walkyrie de R. Wagner : étude historique et critique, analyse musicale, P. Mellottée Editeur, coll. « Les chefs-d'œuvres de la musique »,‎ 1920 (ISBN 978-1173143374, lire en ligne).
  • Boulez, Chéreau et Peduzzi, Histoire d'un Ring, Bayreuth 1976-1980, Pluriel, Laffont,‎ 1980.Témoignages des auteurs du Ring du centenaire, qui commença par un scandale et se conclut par 75 minutes de standing ovation.

Liens externes[modifier | modifier le code]