Nornes

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Les Nornes tissant les fils du destin au pied d'Yggdrasil.

Les Nornes (terme du vieux norrois, pluriel nornir) de la mythologie nordique sont comparables aux dises qui règlent le destin de l'ensemble des habitants des neuf mondes de la cosmogonie nordique[1].

Bien que les Nornes soient assez nombreuses, d'après l'interprétation de Snorri Sturluson de la Völuspá, les trois plus importantes sont appelées Urd, Verdandi et Skuld et résident près du Puits d'Urd, le puits du Destin. Elles en tirent l'eau et en arrosent l'arbre Yggdrasil afin que ses branches ne pourrissent jamais[2]. Les Nornes sont décrites comme trois puissantes Jötuns dont l'arrivée a mis fin à l'âge d'or des dieux[2].

En plus de ces trois Nornes, il existe de nombreuses autres Nornes, qui arrivent lorsqu'une personne naît afin de fixer son avenir[2]. Ces Nornes peuvent être bienveillantes ou malveillantes ; elles étaient considérées responsables respectivement des événements heureux ou malheureux de la vie[2].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Les noms de Verdandi (Verðandi en vieux norrois) et d'Urd (Urðr en vieux norrois) sont issus du verbe vieux norrois verða, dont le sens est « devenir »[3]. Alors que « Urðr » est dérivé de la forme passée (« ce qui est advenu »), « Verðandi » vient de la forme présent (« ce qui est en train de se dérouler »). Le nom de Skuld est, lui, issu du verbe vieux norrois skole/skulle, dont le sens est « devrait arriver »[2],[4]. « Skuld » prend donc la signification de « ce qui devrait arriver », au sens d'obligation et non de probabilité[3].

Toutefois, certains auteurs considèrent qu'il n'existe pas de fondation dans la mythologie nordique pour la théorie de l'association exclusive de chaque Norne avec le passé, le présent ou le futur, mais que les trois, considérées dans leur ensemble, représentent la destinée, intriquée dans le cours du temps. L'origine du nom « norn », incertaine, pourrait en effet être dérivée d'un mot signifiant « tresser », et se référer ainsi au fait qu'elles tissent les fils du destin[2].

Fonctions et attributs[modifier | modifier le code]

Les Nornes sur un timbre des îles Féroé.

Les Nornes vivent sous la protection du grand Yggdrasil, l'arbre monde au centre du cosmos, où elles gravent le destin de chaque enfant. Ainsi qu'il est dit dans la Völuspá (citée plus bas), elles le gravent sur du bois (sur des bâtonnets d'après certaines traductions). Il est généralement supposé qu'elles utilisent pour cela l'alphabet des Runes.

Ainsi, tout est prédéfini au sens des Nornes : même les dieux possèdent leur propre destin, bien que les Nornes ne les laissent pas l'apercevoir. L'opinion tranchée des dieux, sur le fait même qu'un pouvoir existe en dehors de leur contrôle et les implications qui en découlent — ils sont mortels eux aussi — sont les thèmes majeurs de la littérature sur la mythologie nordique.

Völuspá (2e partie)
Codex Regius[5] Traduction française

20. Þaðan koma meyiar,
margs vitandi,
þriár, ór þeim sal (sæ)
er und þolli stendr;
Urð héto eina,
aðra Verðandi,
— scáro á scíði —
Sculd ena þriðio;
þær lög lögðo,
þær líf kuro
alda börnom,
ørlög seggia.

D'ici vinrent les filles
Savantes en toutes choses,
Trois, venant de la mer,
qui s'étend sous l'arbre ;
L'une est appelée Urd,
Verdandi l'autre
— elles gravaient sur le bois —
La troisième est Skuld :
Elles ont fait les lois
Elles ont fixé les vies
aux fils des temps
elles énoncent le destin.

Équivalents dans les autres mythologies[modifier | modifier le code]

Elles se rapprochent par certains aspects des Moires, ou Parques de la mythologie gréco-romaine. Elles sont en effet souvent décrites sous les traits de « fileuses de destins », mais il s'agit d'une confusion avec les Moires et les Parques. Les Nornes sont plutôt représentées comme des géantes.

On retrouve également, dans La République de Platon, un mythe où la déesse Nécessité a trois filles (Lachésis, Clotho et Atropos) qui tissent des « modèles de vie » à partir d'un fuseau qu'elle-même tient entre ses mains.

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nornes dans la culture populaire.

Outre leur représentation dans le premier tableau du prologue du Crépuscule des dieux de Richard Wagner, les Nornes se retrouvent dans des romans, chansons, mangas, anime et jeux vidéo. Leconte de Lisle en a fait aussi un poème.

Dans l'art[modifier | modifier le code]

Les Nornes font partie des 1 038 femmes représentées dans l'œuvre contemporaine The Dinner Party de Judy Chicago, aujourd'hui exposée au Brooklyn Museum. Cette œuvre se présente sous la forme d'une table triangulaire de 39 convives (13 par côté). Chaque convive étant une femme, figure historique ou mythique. Les noms des 999 autres femmes figurent sur le socle de l'œuvre. Les Nornes figurent sur le socle, elles y sont associées à la déesse Kali, quatrième convive de l'aile I de la table[6].

Les œuvres de Jérôme Pierre Yggdrasil, Wyrd et Urd sont des représentions du fil de la vie et de la corde en tant qu'arbre.

Annexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Article Dis du Nordisk familjebok (1907), consulté le 11 août 2009
  2. a, b, c, d, e et f Article Nornor du Nordisk familjebok (1913), consulté le 11 août 2009
  3. a et b Dictionnaire étymologique suédois Consulté le 11 août 2009
  4. Dictionnaire étymologique Consulté le 11 août 2009
  5. Texte intégral, avec traduction et commentaires des spécialistes français et islandais.
  6. Musée de Brooklyn - les Nornesl

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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