Théâtre grec antique

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Relief votif célébrant une victoire dans un concours dionysiaque, peut-être suivant une représentation des Bacchantes : à gauche trois acteurs tiennent des masques ; à droite Paidéia assise devant Dionysos allongé sur une couche. Vers 401 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes

Le théâtre grec antique est à l'origine du théâtre occidental. Il prend naissance dans les spectacles de la civilisation minoenne pour atteindre son apogée à Athènes au Ve siècle av. J.-C.

Origine[modifier | modifier le code]

Figure décorative d'un masque de théâtre représentant Dionysos, terre cuite de Myrina, Musée du Louvre

Tout d'abord la naissance du théâtre grec antique a eu lieu en Grèce. Le théâtre est sorti, semble-t-il,des fêtes en l'honneur de Dionysos dieu du vin, des arts et de la fête. Il tire son nom du latin theatrum qui le tire lui-même du nom grec θέατρον, issu d'un verbe signifiant « regarder ». Le théâtre est donc à la fois le lieu d'où l'on regarde (les gradins) et ce qui est regardé (la scène où se déroule le spectacle). Au départ, il y a un acteur qui mime, grimace de façon exagérée et un public qui participe bruyamment au spectacle. Tout le reste : décors, mise en scène, texte... n'apparait que plus tard. Des dithyrambes, des processions, des danses, des chants et des paroles chantées à la gloire des héros grecs, avaient lieu autour de son temple ou sur l'agora dans la région de Corinthe. Ce type de théâtre est né et s'est développé au cours du VIe et Ve siècle avant Jésus-Christ.

Lentement, un lieu spécifique s'intègre au temple pour les représentations théâtrales. La tradition rapporte que Thespis, auteur du VIe siècle av. J.-C. qui se produisit près d'Icaria, révolutionna les dithyrambes : il introduit le premier acteur, le protagoniste. Pendant que le chœur chante ceux-ci, l'acteur, Thespis en l'occurrence, intercale des vers parlés. Le protagoniste joue tous les rôles. C'est la forme primitive du théâtre.

Eschyle introduit le deutéragoniste (deuxième acteur) et Sophocle le tritagoniste (troisième acteur). Cette forme-ci connut un développement très rapide. En effet, dès 538 av. J.-C., Pisistrate organisa le premier concours athénien de tragédie.

Au temps du développement de la philosophie et de la démocratie, le théâtre devint sujet à des interrogations politiques.

Mais on célébrait toujours Dionysos au temple. Le culte restait aussi toujours présent au théâtre. Non seulement le théâtre contait toujours des mythes et des fables et se déroulait toujours pendant les Dionysies et les Lénéennes, mais en plus, le théâtre était organisé de manière à instaurer un support pour la communication avec les dieux...

Jane Ellen Harrison[1] signale que Dionysos dieu du vin (boisson des couches aisées) s'est substitué tardivement à Dionysos dieu de la bière (boisson des couches populaires) ou Sabazios, dont l'animal emblématique chez les Crétois était le cheval (ou le centaure). Il se trouve que la bière athénienne était une bière d'épeautre, trágos en grec. Ainsi, les « odes à l'épeautre » (tragédies) ont-elles pu être considérées tardivement, par homonymie, comme des « odes aux boucs » (l'animal qui accompagnait le dieu et associé au vin rouge chez les Crétois ou les Athéniens).

Le théâtre athénien au Ve siècle av.J-C[modifier | modifier le code]

Les trois principaux festivals de théâtre sont les Dionysies champêtres, de décembre à janvier, les Lénéennes, de janvier à février et les grandes Dionysies, de mars à avril. Ces festivals donnent lieu à un concours de tétralogies : trois tragédies et un drame satyrique. L'ouverture des festivités est faite de processions et de cérémonies en l'honneur de Dionysos. On sacrifiait notamment un bouc en l'honneur du Dieu (bouc: en grec, se dit tragos, ce qui est l'origine du mot tragédie).

Les grandes Dionysies ont lieu à Athènes et durent de cinq à dix jours durant le mois de Élaphébolion (la restitution courante donne sept jours) ; les quatre derniers jours donnent lieu à des agons tragiques et comiques, du lever au coucher du soleil à raison d'un auteur par jour. Ceux qui assistent à celles-ci entièrement peuvent entendre près de vingt mille vers sans compter les dithyrambes (chants religieux). La première journée (le 11 du mois) est consacrée aux concours de dithyrambes. La deuxième (le 20) est celle des comédies : trois poètes et plus tard cinq en présentent chacun une. Les trois jours suivants (22, 13 et 15) sont réservés à la tragédie, et chacun d'eux est consacré tout entier à l'œuvre de l'un des trois poètes choisis par l'archonte. Chaque œuvre tragique consiste en une tétralogie, à savoir une trilogie (composée de trois tragédies sur le même sujet), suivie d'un drame satyrique.

L'archonte éponyme, l'un des magistrats qui dirigent la cité et qui donne son prénom à l'année, nomme les différentes composantes de la représentation. Il nomme les chorèges, les poètes et les protagonistes. Le chorège est un riche citoyen qui recrute et équipe les chœurs. Les chœurs tragiques sont composés de douze puis quinze choreutes et les chœurs comiques de vingt-quatre. Les chorèges fournissent quelquefois de la nourriture et du vin aux spectateurs.

Le protagoniste est l'un des trois acteurs, il recrute le deuxième, le deutéragoniste, et le troisième, le tritagoniste. Toutes ces personnes sont des hommes, les rôles des femmes étant aussi joués par des citoyens. Néanmoins, les femmes, les métèques et peut-être les esclaves peuvent être spectateurs en compagnie des citoyens[réf. nécessaire].

Les poètes, les chœurs et les acteurs sont payés pour leur prestation.

Dix juges tirés au sort parmi les citoyens décident des personnes gagnantes. Le public essaie d'ailleurs souvent de les influencer. Ces juges attribuent six récompenses symboliques, mais prestigieuses : deux aux meilleurs protagonistes comique et tragique, deux aux meilleurs chorèges comique et tragique et deux aux meilleurs poètes comique et tragique. Les poètes reçoivent des couronnes de lierre. Les chorèges reçoivent des trépieds qu'ils posent souvent sur des colonnes dans des lieux particulièrement fréquentés. Le public juge aussi l'archonte organisateur en le blâmant ou en faisant son éloge.

L'édifice[modifier | modifier le code]

Théâtre de Taormina
par Giuseppe Bruno, fin XIXe

Le terrain avant la construction de l'édifice était choisi en fonction de la qualité acoustique que prodiguait le lieu. Le koilon désigne les gradins, adossés au relief naturel. Le premier rang est réservé aux spectateurs de marque ; les places sont en effet attribuées en fonction des catégories sociales.

L’orchestra est un cercle de terre battue où se placent le chœur, les danseurs, chanteurs et musiciens. Il comporte aussi un autel de sacrifice [réf. nécessaire].

Le proskenion est le lieu où jouent les acteurs, c'est une estrade étroite et longue en bois. La skéné est une bâtisse qui sert de coulisses aux acteurs.

Le théâtre est organisé de manière à instaurer un support pour la communication avec les dieux. Tout d'abord, les couronnes de lierre offertes en récompense sont le symbole de Dionysos. De plus, le grand prêtre de Dionysos est présent au premier rang, dans l'axe de symétrie du koilon. Les acteurs et celui-ci revêtent le même costume que la statue de Dionysos présente dans l’orchestra [réf. nécessaire]. Le temple, situé juste derrière la skéné et la statue du dieu de l’orchestra affirment sa présence [réf. nécessaire].

Les costumes prouvent cet aspect. Les acteurs portent des cothurnes et de grands masques qui peuvent les faire dépasser deux mètres vingt. Ces masques modifient d'ailleurs les voix en les rendant profondes et presque inhumaines.

À cela s'ajoutent la longueur du spectacle déjà évoquée et le vin et la nourriture autorisés. Le public rit, hurle, siffle et applaudit durant les comédies et crie d'horreur pendant les tragédies. D'ailleurs, il existait une police spéciale, les rhabdouques.

Aux transes initiales, succède le théâtre, dont la traduction étymologique est souvent « lieu pour voir », mais qui est plutôt un lieu pour avoir des visions [réf. nécessaire].

Accessoires[modifier | modifier le code]

Costumes[modifier | modifier le code]

Papposilène de drame satyrique, terre cuite béotienne, Musée du Louvre

La Grèce antique connaît déjà la notion de costume de théâtre : les acteurs revêtent des vêtements,des souliers qui ne sont pas ceux de la vie quotidienne. Ceux-ci varient suivant l'époque et le genre (tragédie, comédie, drame satyrique), mais leur rôle reste identique : il s'agit de faciliter l'identification des personnages. En effet, un même acteur peut jouer plusieurs rôles au sein d'une même pièce, parfois très différents. Les textes des pièces ne comprennent aucune indication de costume, mais il est possible de relever des allusions pertinentes dans le texte lui-même. Il existe également des représentations figurées, très nombreuses pour la comédie : peintures sur vases ou encore figurine.

La tradition attribue à Eschyle l'introduction des costumes dans la tragédie[2]. Ceux-ci peuvent être très variés. Ainsi, dans les Choéphores, Électre porte un vêtement de deuil. Le même personnage porte des haillons dans l’Électre d'Euripide. Dans Andromaque, Hermione déclare elle-même être couronnée d'or et porte un péplos spartiate bariolé. Dans la comédie les Acharniens, Aristophane montre Dicéopolis fouillant dans le magasin d'accessoires d'Euripide : on y trouve les haillons d'Œnée, la « crasseuse défroque » de Bellérophon, les guenilles de Télèphe ou encore les loques d'Ino. Les acteurs vont pieds nus ou chaussés de κόθορνοι / kothornoi, sorte de bottines, parfois lacées, parfois dotées de bouts pointus. Elles ne possèdent pas de semelles compensées. Le costume comique masculin consiste souvent en un chiton (tunique) et un manteau court, laissant apercevoir un énorme phallus postiche, pendant et doté d'un gland vermillon. Il arrive que l'acteur utilise également des rembourrages au niveau des fesses et du ventre.

Les choreutes tragiques portent des vêtements qui identifient leur métier ou leur condition sociale. Dans les Suppliantes, le chœur représente les Danaïdes, qui portent de somptueuses robes barbares. Dans Ajax, il s'agit de marins de Salamine. Dans les drames satyriques, le chœur est toujours composé de satyres : ils sont nus, dotés d'un énorme phallus postiche en érection. Dans la comédie, le costume de base est agrémenté d'accessoires : de petites ailes, par exemple, pour le chœur des Guêpes.

Masques[modifier | modifier le code]

Figure décorative d'un masque de paysan, terre cuite de Tanagra, Musée du Louvre

Toute la troupe porte un masque[3] dont Aristote avoue ignorer l'origine[4]. Selon la Souda, ils dérivent de l'innovation de Phrynichos, se passant le visage au blanc, puis à la teinture de pourpier. Les masques anciens ne couvrent que le visage. Par la suite, ils s'agrandissent vers le sommet du crâne, de sorte à pouvoir y fixer des perruques ou au contraire, à figurer un crâne chauve. Le masque est percé aux yeux et à la bouche, pour permettre au comédien de se déplacer et de s'exprimer librement. Malgré les indications des Anciens à ce sujet[5], des expériences modernes ont montré que la bouche du masque n'a pas pu servir de porte-voix.[réf. nécessaire]

Le masque tragique est plutôt réaliste. Le masque du drame satyrique porte une barbe, des oreilles pointues et un crâne chauve. Il y a deux trous pour les yeux et un pour la bouche. Le masque comique peut être très varié. Parfois, il caricature un personnage contemporain, bien connu des spectateurs. Dans Les Cavaliers, Aristophane plaisante sur le masque de l'acteur représentant Cléon : selon lui, l'homme est si beau que tous les fabricants de masques on voulu le représenter mais la femme si laide que personne ne voulut la représenter. Très vite, des types de masques sont apparus suivant le personnage. Au IIe siècle après J.-C., l’Onomastikon de Julius Pollux dresse une liste de 76 masques : 44 modèles comiques, 28 modèles tragiques et 4 modèles de drame satyrique. Les masques avaient différentes couleurs qui permettaient aux spectateurs de reconnaître les personnages (rouge pour les satyres, blanc pour les femmes, etc.).

En raison de la fragilité de leur matériau (bois, cuir, cire, etc.), les masques originaux ont presque tous disparu. En revanche, nous conservons une bonne idée de leur apparence grâce à leur reproduction en terre cuite. De plus faibles dimensions, ces reproductions pouvaient être dédiées comme ex-voto dans des temples, déposées dans des tombes ou plus simplement utilisées comme objets de décoration. Les masques étaient aussi utiles pour les changements de rôle et l'identification rapide des personnages sur scène, au théâtre !

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) J. E. Harrison, Prolegomena to the Study of Greek Religion, VIII.
  2. Horace, Art poétique, v.278 ; Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne], I, 21d-e ; Philostrate, Vie d'Eschyle, 13.
  3. en grec : προσωπεῖον ou πρόσωπον, mot désignant aussi le visage.
  4. Aristote, Poétique, 1449b.
  5. Aulu-Gelle, Nuits attiques [détail des éditions] [lire en ligne], V, 7, 2, où l'auteur, citant le traité de Gabius Bassus sur l'Origine des mots, signale l'astucieuse hypothèse étymologique qui voudrait faire dériver le mot latin persona, désignant le masque de théâtre, du verbe personare, retentir, parce qu'il fait porter la voix des acteurs.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Demont et Anne Lebeau, Introduction au théâtre grec antique, Paris, Le Livre de Poche, coll. « Références »,‎ 1996 (ISBN 2-253-90525-9).
  • Pierre Grimal, Le Théâtre antique, Presses universitaires de France, coll. « Que Sais-je ? » no 1732, 1991 (4e édition) (ISBN 2130433693).
  • Jean-Charles Moretti, Théâtre et société dans la Grèce antique, Paris, Le Livre de Poche, coll. « Références »,‎ 2001 (ISBN 2-253-9058-52).
  • Cahiers du Gita, Université Paul Valéry, Montpellier (ISSN 0295-9900) [lire en ligne].
  • Pierre Sauzeau (dir., avec la collaboration de Jean-Claude Turpin), La Tradition créatrice du théâtre antique, t. I et II, Université Paul Valéry, Montpellier, 1999 (ISBN 2-84269-299-3 et 2-84269-328-0).
  • Philippe Fraisse et Jean-Charles Moretti, Le théâtre, Exploration archéologique de Délos', 2 vol., École française d'Athènes, 2007, (ISBN 2-86958-235-8).
  • Corinne Coulet, Le théâtre grec, Nathan, 1996, (ISBN 2-091-90992-0)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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