Philippe de Commynes

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Philippe de Commines
Philippe de ComminesPortrait à la sanguine dans le Recueil d'Arras(Bibliothèque municipale d'Arras)
Philippe de Commines
Portrait à la sanguine dans le Recueil d'Arras
(Bibliothèque municipale d'Arras)
Fonctions
Conseiller et chambellan de Charles Le Téméraire
1464 – 1468
Conseiller et chambellan de Louis XI
1472 – 1483
Sénéchal du Poitou
1472 – 1487
Biographie
Titre complet seigneur de Renescure,
d'Argenton,
des Sables d'Olonne et de Berrie en Loudunais,
prince de Talmont en Poitou,
seigneur des Mothes-Coupoux
Nom de naissance Philippe de La Clyte de Commines
Date de naissance 1447
Lieu de naissance Château de Renescure, Drapeau de Flandre Comté de Flandre
Date de décès 18 octobre 1511
Lieu de décès Château d'Argenton, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Père Colard van den Clyte, seigneur de Commines
Mère Marguerite d'Armuyden
Conjoint Hélène de Chambes, dame d'Argenton
Enfant(s) Jeanne de La Clyte de Commines

Philippe de Commynes

Philippe de Commynes ou Philippe de Commines, né en 1447 et mort en 1511, est un homme politique, chroniqueur, historien et mémorialiste flamand de langue française.

La naissance[modifier | modifier le code]

Fils de Colard II de la Clyte, seigneur de Renescure, bailli de Flandres, chevalier de la Toison d'Or, Philippe de Commines (ou de Commynes) est né au château de Jean II de Commynes, cousin de son père, à Renescure. Les van den Clyte, d'origine yproise, sont une lignée dont l'anoblissement date de la fin du XIVe siècle. Plusieurs générations de la lignée des Commynes ont servi à divers niveaux de l'administration ducale.

Philippe le Bon, auprès duquel son père a combattu, donne solennellement son prénom à l'enfant.

La jeunesse[modifier | modifier le code]

En 1447, Philippe de Commynes perd sa mère, Marguerite d'Armuyden[1]. Six ans plus tard, la mort de son père en 1453 le laisse orphelin et sans ressources à cause de la gestion maladroite des biens de famille. L'éducation du jeune Commynes est confiée à son cousin Jean de Commynes, qui le recueille dans son château de Comines. Son tuteur est souvent absent ; c’est donc sa cousine, Jeanne d’Estouteville, qui avait épousé Jean II de Commynes en 1444, qui l’élève.

Bien qu'il n'ait pas reçu une éducation très approfondie, Philippe de Commynes révèle très vite un esprit vif et curieux. Il aime à s'entourer de gens érudits et sages. Il ne parle pas le latin mais manie le français à la perfection.

Philippe de Commynes entame sa carrière diplomatique en 1464. À l'automne de cette année-là, il est amené à LillePhilippe le Bon l'attache, en qualité d'écuyer, à la personne de son fils, le comte de Charolais, futur Charles le Téméraire, d'une dizaine d'années son aîné ; d'écuyer, il passe ensuite chambellan de celui-ci.

Durant les sept années passées dans l'intimité du comte, devenu duc de Bourgogne à la mort de son père, il apprend à connaître et à supporter le tempérament entier et colérique de son maître. Mais ils entretiennent des rapports de confiance, car ce dernier lui confie plusieurs missions diplomatiques, en Angleterre en particulier, où le jeune Commynes commence à tisser des réseaux et à parfaire sa culture en se procurant des livres et des tableaux. Son goût pour le mécénat est un des aspects les plus intéressants de sa carrière.

Au service de Louis XI[modifier | modifier le code]

Louis XI (portrait du XVe siècle)

En 1468, la rencontre de Péronne entre le Duc de Bourgogne et Louis XI marque un tournant décisif dans le cours de son existence. Flatté par l'attention que le roi lui accorde, Commynes lui donne de secrets et précieux conseils qui aident Louis à se tirer de la situation fort délicate dans laquelle il s'était mis. Moins de quatre ans plus tard, Commynes passera clairement dans le camp du roi de France, devenant même son conseiller et secrétaire intime. Louis XI le nommera finalement sénéchal du Poitou.

Dans la nuit du 7 au 8 août 1472, Philippe de Commynes quitte furtivement le camp du duc de Charles le Téméraire, pour rejoindre Louis XI, roi de France. Au-delà des évidents mobiles économiques, des facteurs psychologiques, idéologiques et moraux ont joué dans ce départ. C'est le choix d'un homme, Louis XI, que fait le mémorialiste, et également d'un système de gouvernement. On connaît par Commynes lui-même les frustrations qu'il a éprouvées au service du Téméraire.

La célèbre rencontre de Péronne entre Louis XI et Charles le Téméraire (1468) que Commynes nous raconte longuement dans les Mémoires a été déterminante. On connaît les circonstances de l'événement du roi : son départ soudain pour Péronne, l'« erreur » (le mot est de Commynes) commise par Louis XI qui, au moment même de sa rencontre avec le duc, envoie à Liège des agents chargés d'attiser la révolte des habitants, cependant qu'il néglige d'informer ces mêmes agents de l'initiative qu'il va prendre à Péronne. La perspective d'une fin tragique de Louis XI n'avait rien d'inconcevable. On sait par les lettres de Louis XI que Commynes l'a aidé à se sortir de ce mauvais pas.

En 1472, aussitôt installé en Vendée, il s'aperçut que le petit port d'Olonne était géographiquement idéal pour le commerce, notamment afin d'attirer les marchands étrangers, à condition que la sécurité de la ville soit effectivement assurée. Aussi Louis XI ordonna-t-il la fortification de la ville, le 10 novembre, par ses lettres patentes[2]. Par conséquence, le port eut le vent en poupe jusqu'aux guerres de religion.

Le roi le fit chevalier de l’Ordre de Saint-Michel en 1478[3].

Commynes restera au service de Louis XI jusqu'à la mort du roi en 1483. Il y joue un rôle important. Au compte des réussites figurent les gains financiers et fonciers. Commynes a été un de ceux qui ont le plus profité de l'arbitraire royal, lorsque Louis XI a redistribué les terres confisquées à son avènement ou pendant son règne. Commynes récupère une partie des dépouilles des Nemours, mais ce seront surtout les considérables domaines pris aux La Trémoïlle qui feront la fortune du mémorialiste, en particulier la principauté de Talmont et de vastes domaines sur la côte du Bas-Poitou[4]. Le roi règle également les conditions du mariage de Commynes avec Hélène de Chambes, et c'est le roi qui fournit la somme de 30 000 écus pour transférer aux nouveaux époux, le 27 janvier 1473[5], l'entière possession du domaine d'Argenton en Poitou.

Le diplomate[modifier | modifier le code]

Si les considérations financières et économiques ont joué un rôle capital, peut-être trop, dans les choix de Commynes pendant et après la mort de Louis XI, il y a un domaine où ses compétences et son intelligence se sont pleinement manifestées : c'est la diplomatie.

Commynes a passé une quarantaine d'années au service de trois rois, Louis XI, Charles VIII et Louis XII, plus si l'on tient compte de l'expérience bourguignonne. Une quarantaine d'années au cours desquelles le transfuge, le diplomate a vu s'élargir continûment son aire d'activité.

Hormis les grandes missions officielles de Commynes à Florence en 1478 et à Venise en 1494-1495, c'est dans le large champ de la diplomatie souterraine que Commynes agit efficacement. L'Italie est son domaine de prédilection.

Dans un ensemble d'une centaine de lettres aujourd'hui répertoriées (soit un ensemble épistolaire dont on connaît peu d'équivalents en langue française pour une période aussi reculée que le XVe siècle), une bonne vingtaine de destinataires de lettres sont les correspondants habituels de Commynes, parmi lesquels on compte en priorité les membres de l'état-major de la banque Médicis, Laurent de Médicis, le clan Sassetti, Francesco Gaddi...

La disgrâce[modifier | modifier le code]

Buste de Philippe de Commines. Calcaire polychrome du début du XVIe s. Musée du Louvre, Paris.

Dans son opposition au jeune Charles VIII, à la mort de Louis XI en 1483, les idées libérales de Philippe de Commynes et l'intérêt qu'il porte au parlementarisme anglais le conduisent à rejoindre le duc Louis d'Orléans, futur roi Louis XII.

Pour avoir participé à la « guerre folle » contre le roi, Commynes tombe en disgrâce. Il est dépouillé de ses charges et terres octroyées par Louis XI. En 1488, il est emprisonné plusieurs mois à Loches. Amnistié, il rallie le service de Charles VIII et effectue diverses missions en Italie.

Par son mariage en 1473, Philippe de Commynes acquiert la seigneurie d'Argenton. Le seigneur d'Argenton mène grand train, même dans les dix dernières années de sa vie, à un moment où on le dit éloigné des centres de pouvoir. Et ce avec d'autant plus de passion que la situation du transfuge reste précaire. C'est le sens des lettres royaux de Charles VIII qui retirent à Commynes l'ensemble des biens que son ancien maître lui avait généreusement donnés.

Dans l'impossibilité d'assurer ses arrières, Commynes s'est en effet engagé dans des voies imprévues et incertaines. Pendant la régence d'Anne de Beaujeu, il joue un rôle actif dans la coalition formée autour du duc d'Orléans, le futur Louis XII, pour enlever le jeune Charles VIII à l'automne 1484. Après un court séjour à Montsoreau, il se réfugie auprès du duc Jean de Bourbon, à Moulins, d'où il tente de coaliser les princes, envoyant des missives à des destinataires dont les noms sont codés.

Philippe de Commynes est arrêté au mois de février 1487, enfermé au château de Loches, dans une cage de fer, où il demeure cinq mois, avant d'être transféré à Paris, d'où il voyait de sa fenêtre les bateaux remontant la Seine. Son procès se termine en mars 1489, par une confiscation du quart de ses biens et par une sentence de relégation pour dix ans.

Il se retire dans sa seigneurie d'Argenton, où il décède en 1511. Les tracasseries judiciaires ne cesseront pas jusqu'à sa mort.

L'homme de plume[modifier | modifier le code]

Philippe de Commynes a rédigé les mémoires des règnes de Louis XI et de Charles VIII. Il observa et écrivit avec impartialité des récits fidèles, ce qui lui fit gagner la confiance des puissants. Diplomate, il déploya ses talents dans l’arène italienne et joua le coordonnateur entre le roi et la Péninsule italienne.

Le lit de mort de Philippe de Commynes.

Ses mémoires constituent de précieuses sources de l'Histoire de France et de l'Europe. Ils font encore aujourd'hui l'objet de recherches. Grand visionnaire, il constata et regretta l'antagonisme permanent entre les nations européennes et aspira à une Europe soudée et unie par la chrétienté.

Il prôna le libre commerce, la réforme de la monnaie et du système de poids et mesures ainsi que la consultation d'États Généraux afin d'éviter tout despotisme.

Philippe de Commynes est le seul auteur médiéval dont la réception a été continue du Moyen Âge au XXe siècle. Même François Villon n'a pas connu pareille fortune. On ne compte ainsi pas moins de 120 éditions entre 1540 et 1643. [réf. nécessaire] Les Mémoires de Philippe de Commynes ont été rédigés en deux temps :

  • les livres I à VI entre 1489 et 1491,
  • les livres VII et VIII (consacrés à l'expédition italienne) entre 1497 et 1498,

Les Mémoires n'ont pas été écrits d'une seule tenue : on relève des traces de retouches, dans la dernière partie surtout.

Les premières éditions des Mémoires datent de 1524 (livres I-VI) et de 1528 (livres VII-VIII).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bréhier, Louis. "Philippe de Commines." The Catholic Encyclopedia. Vol. 4. New York: Robert Appleton Company, 1908. 8 July 2008 http://www.newadvent.org/cathen/04163a.htm
  2. http://books.google.fr/books?id=OJ-b2-CLz7EC&pg=PA556 Lettres patentes de Louis XI, le 10 novembre 1472
  3. Laurent Granier, « Armoiries de personnages historiques », sur www.laurentgranier.com (consulté le 25 avril 2011)
  4. Une lettre du roi expédiée à la Chambre des comptes de Paris le 21 février 1473 (Bibliothèque nationale, Collection Moreau 797, fol.187) précise ceux qui concernaient : "...les principaute, terres et seigneuries de Talmont sur Tart, Aulonne, Chasteau Gontier, Curzon, la Chaulme et Berrye, ensemble Bren et Brandois, ...". Il est exceptionnel que Louis XI lui-même ait ajouté : "Vous pouves cognoistre le grant desir que j'ay que ceste matiere soit bien expediee, et a mon entencion, et les causes qui a ce me meuvent ; et, pour ce, gardes que vous n'y faites point de difficulte, et n'en renvoyes point devers moy. Escrit de ma main". LOYS. TILHART. (Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome V, p.109-111, Librairie Renouard, Paris 1895. En mai 1480, le roi affirma de nouveau ceux qu'il avait octroyés à ce conseiller, afin de lutter contre certaines difficultés. [1] Lettres patentes de Louis XI, Buno, mai 1480
  5. Bibliothèque nationale, Pièces originales, vol.655, dossier de Chambes 15391, n°41 ; publié par Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome IV, p.273-274, note n°1, Librairie Renouard, Paris 1890

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleBibliographie des œuvres de Philippe de Commines
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article[PDF] Les mémoires de messire Philippe de Commines (édition de 1552) sur Gallica
  • Mémoires, éd. Joël Blanchard, Genève, Droz, 2007, 2 vol.
  • Lettres, éd. J. Blanchard, Genève, Droz, 2001.
  • Mémoires, traduction par J. Blanchard, Paris, Pocket Agora, 2004 (2e éd. 2009).
  • Mémoires, texte intégral et bilingue (texte original, traduction et notes par Jean Dufournet), GF Flammarion, Paris 2007, 3 vol. 
  • Les Mémoires de Philippe de Commynes ont été traduits dans de nombreuses langues, dont la dernière est le russe (1981).

Travaux historiques[modifier | modifier le code]

  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleMarie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Philippe de Commynes » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)
  • Joël Blanchard, Philippe de Commynes, Paris, Fayard, 2006.
  • Joël Blanchard (dir.), 1511-2011 Philippe de Commynes. Droit, écriture : deux piliers de la souveraineté, Genève, Droz, 2012, Cahiers d'Humanisme et Renaissance, vol. 100 (Actes du colloque international d'Orléans 17-18 mars 2011, pour le 500e anniversaire de la mort du mémorialiste, dans le cadre des Célébrations nationales 2011).
  • Joël Blanchard, « L'histoire commynienne. Pragmatique et mémoire dans l'ordre politique », dans Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, Volume 46, no 5, 1991, p. 1071-1105, [lire en ligne].
  • Frédérique Chabaud, « Les "Mémoires" de Philippe de Commynes : un "miroir aux princes" ? », dans Francia, n° 19/1, 1992, [lire en ligne].
  • Jean Dufournet, Philippe de Commynes. Un historien à l'aube des temps modernes, De Boeck Université, 1994, 320 p. (ISBN 2-8041-1956-4)
  • Jean Dufournet, « Un interlocuteur privilégié des princes. Commynes, de Fénelon à Vauvenargues », dans Cahiers de recherches médiévales, 2, 1996, p. 109-117, [lire en ligne].
  • Laurent Vissière, « Louis XI et le siège de Rhodes. À propos d’un acte inédit de Philippe de Commynes », dans Patrick Gilli et Jacques Paviot (dir.), Hommes, cultures et sociétés à la fin du Moyen Âge. Liber discipulorum offert à Philippe Contamine à l'occasion de son quatre-vingtième anniversaire, Paris, Presses universitaires de Paris-Sorbonne (PUPS), coll. « Cultures et civilisations médiévales », 2012, p. 341-358.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]