Fédération révolutionnaire arménienne

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Fédération révolutionnaire arménienne (FRA - ARF)
Հայ Յեղափոխական Դաշնակցություն (ՀՅԴ)
Présentation
Président Hrant Markarian
Fondation 1890
Siège Erevan
Idéologie Socialisme, nationalisme
Affiliation internationale Internationale socialiste
Site web www.arfd.am/
Politique en Arménie
Image illustrative de l'article Fédération révolutionnaire arménienne

Pouvoir exécutif

Pouvoir législatif

Subdivisions


La Fédération révolutionnaire arménienne (en arménien oriental Հայ Յեղափոխական Դաշնակցություն, Hay Heghapokhakan Dachnaktsoutioun ; en arménien occidental Հայ Յեղափոխական Դաշնակցութիւն, Hay Heghapokhagan Tachnagtsoutioun), en abrégé Dashnak/Dachnak ou Tashnag/Tachnag, Դաշնակ) est un parti politique arménien de gauche. Ses tendances idéologiques principales sont le socialisme, le nationalisme (haïtadisme — défense de la cause arménienne).

Histoire[modifier | modifier le code]

La FRA-Dachnak dans l'Empire ottoman (1890-1919)[modifier | modifier le code]

Le Dachnak fut fondé en 1890 à Tiflis (actuelle Tbilissi en Géorgie), en tant qu'organisation nationaliste et socialiste[1]. Ses fondateurs étaient le marxiste Christapor Mikaelian, le populiste Stepan Zorian (dit Rostom) et le bakouniniste Simon Zavarian. Leur objectif est l'émancipation de l'Arménie ottomane. Le Dachnak n'appelait pas à l'indépendance, mais à des réformes. C'était néanmoins une organisation révolutionnaire, qui organisa des actions armées. La plus connue est la prise d'otages à la Banque impériale ottomane à Constantinople en 1896. D'autres actions ont lieu contre la politique ottomane, comme celles menées par le commandant Vardan. Cette même année, le Dachnak participe comme observateur au quatrième Congrès de la Deuxième Internationale socialiste et y présente son programme.

Les trois fondateurs (de gauche à droite : Mikaelian, Zorian et Zavarian.

Mikael Varandian, ancien dirigeant de la FRA-Dachnak, écrit : « Il n'y a peut-être jamais eu de parti révolutionnaire qui ait une aussi riche expérience des méthodes terroristes que la FRA. […] Le Dachnak a produit les caractères les plus forcenés du terrorisme, et formé plusieurs centaines de maîtres du pistolet, de la bombe et du poignard[2]. » Toutefois, « La stratégie insurrectionnelle ou subversive utilisée par les deux partis révolutionnaires arméniens [Dachnak et Hintchak] au cours des années 1890-1896 débouche sur la répression, non sur l'intervention souhaitée des Puissances comme ce fut le cas naguère pour la Bulgarie (1878). Les partis révolutionnaires arméniens mesurent mal les paramètres de la politique d'équilibre entre les Puissances (rivalité anglo-russe) et la situation géopolitique des communautés arméniennes[3]. » La FRA subit de nouveaux échecs en 1905 : son principal fondateur, Christapor Mikaelian, se tue en manipulant une bombe destinée à tuer le sultan[4], une deuxième tentative d'assassinat échoue à son tour (non sans tuer une quarantaine de passants) et les « dépôts de dynamite destinés à faire sauter les édifices gouvernementaux » sont découverts à Izmir ; puis, en 1908, une trahison conduit à la saisie d'« un millier de nos fusils, un million de cartouches et une quantité considérable de matières explosibles[5]. »

Face à la politique de russification de l'empereur Nicolas II, le Dachnak, qui tient son troisième congrès à Sofia en 1906, décide d'étendre ses activités à l'Empire russe. Lors de son quatrième congrès à Vienne en 1907, le Dachnak décide d'adhérer à la Deuxième Internationale. Cette adhésion a lieu malgré l'opposition des Bolcheviks, qui estiment que la lutte des classes est incompatible avec le nationalisme. En 1908, lorsque le sultan Abdülhamid II est renversé, le Dachnak soutient les Jeunes-Turcs du Comité Union et Progrès. Le Dachnak, qui a affirmé son soutien aux Jeunes-Turcs lors de son cinquième congrès en 1909, s'affirme rapidement déçu. Lors de son sixième congrès à Constantinople en 1911, le Dachnak dénonce la politique du Comité Union et Progrès. En décembre 1912, la FRA assassine Bedros Kapamadjian (Kapamacyian), maire arménien de Van, élu en 1909 avec le soutien du Comité Union et progrès (CUP, les Jeunes-Turcs), dont il était proche[6].

Au moment où la Première Guerre mondiale est sur le point d'éclater, les Arméniens sont conscients qu'ils courent le danger d'être pris entre l'Empire russe et l'Empire ottoman. Lors de son huitième congrès à Erzurum en juillet 1914, le Dachnak réaffirme la politique qu'il a choisie : les Arméniens doivent combattre loyalement pour l'État dont ils font partie. Toutefois, comme l'indique le discours prononcé en 1923 par Hovannès Katchaznouni, dirigeant de la FRA dans le Caucase puis Premier ministre de la République d'Arménie (1918-1919), le parti a violé, dès le début de l'automne 1914, les conclusions de son propre congrès, organisant des groupes de volontaires pour l'armée russe, y compris des Arméniens de nationalité ottomane. Katchaznouni considère rétrospectivement ce recrutement comme « une erreur[7] ». Le principal responsable de ce recrutement est Garéguine Pasdermadjian, qui avait été député dachnak d'Erzurum de 1908 à 1912[8]. Également en octobre 1914, la FRA organise un comité pour armer la population arménienne de Van[9]. Cet armement se fait en collaboration avec la Russie tsariste, et, d'une façon plus générale, « en 1914, le Dachnak et le Hunchak » sont devenus « des organisations paramilitaires de type ORMI, qui consacrent le plus clair de leur énergie au trafic d'armes, ainsi que la rapporté au tsar un agent de l'Okhrana qui avait assisté à une conférence dachnak à Berlin[10]. » En mars 1915, Mikael Varandian, dirigeant de la FRA, demande au Royaume-Uni et à la France de débarquer des troupes sur la côte de Cilicie, promettant une vingtaine de milliers de volontaires « originaires » de la région[11]. Un mois plus tard, le docteur Zariev, soutenu par l'ambassadeur de Russie à Paris, demande aux gouvernements français et britanniques l'établissement d'une Arménie s'étendant du Caucase à la Méditerranée[12].

À la suite de la chute de l'Empire russe, les Géorgiens, les Arméniens et les Azéris formèrent un Comité spécial de Transcaucasie (1917). Après le retrait des Géorgiens et des Azéris, le Conseil national arménien proclama la République d'Arménie le 28 mai 1918.

La République d'Arménie et l'annexion soviétique (1919-1991)[modifier | modifier le code]

Le dachnak Hovhannès Khatchznouni forma le premier gouvernement. Les autres partis refusèrent d'y participer. Aux élections de 1919, le Dachnak obtint 90 % des voix. Battu militairement par Mustafa Kemal Atatürk (1920), le gouvernement dachnak céda aux pressions des Bolcheviks et accepta la constitution d'un gouvernement de coalition, dans lequel siégeaient deux Dachnaks. Les Arméniens se soulevèrent rapidement et formèrent un nouveau gouvernement sous direction dachnak (18 février 1921). Lâchée par les puissances occidentales, l'Arménie fut réoccupée par les Soviétiques (avril 1921). Le parti Dachnak fut interdit.

Durant l'entre-deux-guerres, la FRA d'une part, les autres organisations de la diaspora arménienne (Hintchak, Ramkavar, communistes, dissidents dachnaks) d'autre part, s'affrontèrent violemment. Par exemple, le 24 décembre 1933, des dachnaks assassinèrent Léon Tourian, archevêque de l'Église arménienne à New York, dans une église[13], ce qui provoqua de violentes représailles contre la FRA, par des partisans de Tourian[14].

En 1927, la FRA signa un accord avec le Hoybun, parti nationaliste kurde, avec le projet de créer, contre la Turquie et l'URSS, une « confédération aryenne » avec l'Iran ; un des membres du comité central du Dachnak, Vahan Papazian siégea même, simultanément, au comité central du Hoyboun[15].

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une fraction de la FRA collabora avec les nazis, « pour la révision des traités de paix et le combat contre l'URSS de Staline »[16]. En 1942, se mit ainsi en place à Berlin, sous le parrainage d'Alfred Rosenberg, un Conseil national arménien, dirigé par Ardaches Apeghian (correspondant du Drochak, un journal de la FRA, et dirigeant d'une association germano-arménienne) et où siégeait Vahan Papazian. Drastamat Kanayan, plus connu sous son pseudonyme (Dro), qui était alors la plus importante figure de la direction collégiale du parti dachnak, commanda le 812e bataillon arménien de la Wehrmacht, fort de vingt mille hommes[17]. De même, « à l'automne 1935, Ichkhanian, le représentant des dachnaks en Italie, proposa à Rome la formation d'une Légion arméno-géorgienne pour participer à la guerre en Éthiopie. Les auteurs de cette initiative escomptaient que l'intervention de Rome dans les affaires de l'Afrique du Nord aboutirait à un affrontement militaire avec la Turquie en Méditerranée orientale comme en 1911[18]. »

Bien que se définissant toujours comme social-démocrate, à l'instar de nombreux partis de ce type dans des pays sous domination soviétique, il devint essentiellement nationaliste et anticommuniste. De 1945 aux années 1970, prédomine la tendance de droite, nationaliste avant tout, hostile à l'URSS, et pro-américaine. Au début des années 1980, la tendance de gauche, plus modérée vis-à-vis de l'URSS et plus réservée vis-à-vis des États-Unis, l'emporte.

Pendant soixante-dix ans, le Dachnak poursuivit son existence en tant que parti en exil, mais aussi en tant que parti intraethnique, tant au niveau parlementaire (e.a. Liban, Syrie) que municipal, par exemple à Marseille, où Gaston Defferre demandait au Dachnak local de lui désigner les candidats arméniens à insérer sur sa liste.

Le Dachnak s'est doté entre 1972 et 1986, d'une branche armée, les Commandos des justiciers du génocide arménien (CJGA), rebaptisée, au début des années 1980, Armée révolutionnaire arménienne[19]. Le CJGA-ARA est l'auteur, notamment, de plusieurs assassinats de diplomates turcs, des années 1970 au milieu des années 1980[20], et de l'attentat-suicide du 27 juillet 1983, contre l'ambassade turque à Lisbonne qui, s'il a provoqué l'effroi de la diaspora arménienne en général en raison de son caractère aveugle[réf. nécessaire], est pourtant commémoré tous les ans par la FRA car c'est après Lisbonne que la FRA obtient l'autorisation secrète des hauts-gradés soviétiques de devenir acteur du conflit dans le Haut-Karabagh[21]. En 1985, les délégués au congrès de la FRA décident de faire évoluer la « politique turque » du parti et de ne pas se contenter de lutter en cavalier seul contre Ankara : les délégués acceptent en effet l'idée de nouer des relations opérationnelles avec les rebelles kurdes du PKK et de mettre à disposition de ces derniers des instructeurs et des experts en explosifs[22]. La FRA a également organisé, en 1994, un double attentat contre le général Safonov, et A. Polianitchko qui avaient mené de 1988 à 1991 la répression azérie dans le Haut-Karabakh[23].

La FRA-Dachnak dans l'Arménie indépendante[modifier | modifier le code]

L'indépendance de l'Arménie en 1991 a permis la reconstruction du parti Dachnak sur place. En décembre 1994, il fut pourtant suspendu par le président Levon Ter-Petrossian, pour atteinte à la sûreté de l'État et collaboration avec le KGB[16]. Il ne sera réhabilité qu'après la démission de Levon Ter-Petrossian et l'arrivée à la tête de l'État arménien de Robert Kotcharian[24].

Le Dachnak est membre de l'Internationale socialiste[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gérard Libaridian, L'Arménie moderne, Karthala.
  2. (hy) Mikael Varandian, Histoire de la FRA (1932), Publications de l'université d'Erevan, 1992, p. 212-213.
  3. Gérard Chaliand et Yves Ternon, 1915, le génocide des Arméniens, Bruxelles, Complexe, 2006, p. 189 (partie écrite par Gérard Chaliand).
  4. Fédération révolutionnaire arménienne, Houshamatyan of the Armenian Revolutionary Federation. Album-Atlas, volume I, Epic Battles. 1890-1914, Los Angeles-Glendale, Next Day Color Printing, 2006, p. 7 ; Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, Paris, Presses universitaires de France, 2002, p. 2, n. 1.
  5. Mikael Varandian, Rapport présenté au congrès socialiste international de Copenhague par le parti arménien « Daschnaktzoutioun ». Turquie — Caucase — Perse, Genève, 1910, pp. 16-17.
  6. Kapriel Serope Papazian, Patriotism Perverted, Boston, Baikar Press, 1934, p. 69.
  7. Hovannès Katchaznouni, The Armenian Revolutionary Federation Has Nothing to Do Anymore, New York, Armenian Information Service, 1955, p. 5 (1re édition, en arménien, 1923).
  8. L'intéressé revendique son action dans Why Armenia Should Be Free, Boston, Hairenik Press, 1918 ; et Armenia: a Leading Factor in the Winning of War, New York, American Committee for the Independence of Armenia, 1919.
  9. Haig Gossoian, The Epic Story of the Self Defense of Armenians in the Historic City of Van, Detroit, 1967, p. 13.
  10. Sean McMeekin, The Russian Origins of the First World War, Cambridge (Massachusetts)-Londres, Harvard University Press, 2011, p. 149 et 168.
  11. Arthur Beylerian (éd.),Les Grandes Puissances, l’Empire ottoman et les Arméniens dans les archives françaises (1914-1918), Paris, Publications de la Sorbonne, 1983, pp. 12-13.
  12. Firuz Kazemzadeh, The Struggle for Transcaucasia, New York-Oxford, Philosophical Library/George Ronald Publisher, 1952, p. 27.
  13. Ben Alexander, « Contested Memories, Divided Diaspora: Armenian Americans, the Thousand-day Republic, and the Polarized Response to an Archbishop's Murder », Journal of American Ethnic History, volume 27, n° 1, automne 2007.
  14. Sarkis Atamian, The Armenian Community, New York, Philosophical Library, 1955, pp. 367-368
  15. Jordi Tejel Gorgas, Le Mouvement kurde de Turquie en exil : continuités et discontinuités du nationalisme kurde sous le mandat français en Syrie et au Liban (1925-1946), Berne, Peter Lang, 2007, pp. 121, 138 et 220-228.
  16. a et b Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, Presses universitaires de France, 2002, p. 10.
  17. Yves Ternon, La Cause arménienne, Paris, Le Seuil, 1983, pp. 131-132 ; Christopher Walker, Armenia. The Survival of a Nation, Londres-New York, Routledge, 1990, p. 357.
  18. Georges Mamoulia, Les Combats indépendantistes des Caucasiens entre URSS et puissances occidentales : le cas de la Géorgie (1921-1945), Paris, L'Harmattan, 2009, p. 159
  19. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 87.
  20. « Arméniens: quand soufflait la tentation terroriste », sur terrorisme.net,‎ 14 février 2003 (consulté le 1er juillet 2009).
  21. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 91-93.
  22. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 109.
  23. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 262.
  24. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 11.
  25. (en) « Member Parties of the Socialist International », sur Socialist international (consulté le 1er juillet 2009).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hratch Dasnabédian, Histoire de la Fédération révolutionnaire arménienne, Milan, Oemme, 1988.
  • Edward J. Erickson, Ottomans and Armenians. A Study in Counter-Insurgency, New York-Londres, Palgrave MacMillan, 2013.
  • Hovannès Katchaznouni, The Armenian Revolutionary Federation Has Nothing to Do Anymore, New York, Armenian Information Service, 1955.
  • Ara Krikorian, Dictionnaire de la Cause arménienne, Edipol, 2002.
  • Louise Nalbandian, The Armenian Revolutionary Movement, Berkeley-Los Angeles-Londres, 1963.
    Ouvrage issu d'une thèse de doctorat en histoire.
  • Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arménien, Presses universitaires de France, 2002.
    Ouvrage issu d'une thèse de doctorat en sciences politiques.
  • Kapriel Serope Papazian, Patriotism Perverted, Boston, Baikar Press, 1934.
  • Anahide Ter Minassian, « Le mouvement révolutionnaire arménien, 1890-1903 », Cahiers du monde russe et soviétique, volume 14, n° 4, 1973
  • Anahide Ter Minassian, La République d'Arménie : 1918-1920, Bruxelles, Complexe, 2006.
  • Yves Ternon, Les Arméniens - Histoire d'un génocide, Seuil, Points Histoire, Paris, 1996.