Religion au Canada

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Le Canada possède une très grande variété de religions, mais n'a aucune religion officielle, et l'idée du pluralisme religieux est un aspect important de la culture politique canadienne. Toutefois, une majorité de personnes s'auto-identifient comme chrétiens, et ceci se reflète dans plusieurs aspects de la vie quotidienne.

Mélange religieux[modifier | modifier le code]

Résultats du recensement[modifier | modifier le code]

Selon le Recensement 2001 au Canada[1], 72 % de la population canadienne s'identifie comme catholique ou protestante. Le catholicisme est de loin la religion la plus répandue. Ceux qui ne s'identifient à aucune religion totalisent 16 % des répondants. En Colombie-Britannique, toutefois, 35 % des répondants ne se réclament d'aucune religion — plus que toute religion unique et plus que tous les protestants mis ensemble.[2]

Principales confessions religieuses au Canada
2001 1991 % changement
(en nombre)
Nombre  % Nombre  %
Chrétienne 77 80
- Catholique romaine 12 936 905 43,6 12 203 625 45,2 +4,8
- Total protestante 8 654 850 29,2 9 427 675 34,9 -8,2
- Église unie du Canada 2 839 125 9,6 3 093 120 11,5 -8,2
- Église anglicane du Canada 2 035 495 6,9 2 188 110 8,1 -7,0
- Chrétienne, non incluse ailleurs¹ 780 450 2,6 353 040 1,3 +121,1
- Église baptiste 729 475 2,5 663 360 2,5 +10,0
- Luthérienne 606 590 2,0 636 205 2,4 -4,7
- Protestante, non incluse ailleurs² 549 205 1,9
- Presbytérienne 409 830 1,4 636 295 2,4 -35,6
- Chrétienne orthodoxe 479 620 1,6 387 395 1,4 +23,8
Aucune religion 4 796 325 16,2 3 333 245 12,3 +43,9
Autres religions
- Musulmane 579 640 2,0 253 265 0,9 +128,9
- Juive 329 995 1,1 318 185 1,2 +3,7
- Bouddhiste 300 345 1,0 163 415 0,6 +83,8
- Hindoue 297 200 1,0 157 015 0,6 +89,3
- Sikh 278 415 0,9 147 440 0,5 +88,8
¹ Comprend les personnes ayant déclaré « chrétienne » de même que celles ayant indiqué « apostolique », « chrétienne régénérée » et « évangélique »
² Comprend les personnes n'ayant déclaré que « protestante ».
* Pour des besoins de comparabilité, les données de 1991 sont présentées selon les limites géographiques de 2001.



Christianisme au Canada[modifier | modifier le code]

La majorité des Canadiens s'affirmant chrétiens ne fréquentent l'église que rarement. En général, les chrétiens canadiens sont moins fervents que ceux aux États-Unis mais toujours plus ouvertement religieux que ceux d'Europe. D'importantes variations régionales existent toutefois, ainsi qu'une division urbaine-rurale très marquée. Les chiffres font l'objet de débats en termes de pourcentage de la population qui se rend à l'église de façon régulière, certaines estimations le plaçant aussi bas que 20 % et d'autres aussi haut que 35 %.

En plus des grandes églises chrétiennes, le Canada a également beaucoup de groupes chrétiens mineurs, dont le christianisme orthodoxe et le mormonisme. La concentration de ces petits groupes varie de façon importante selon la région du pays. Les provinces maritimes ont un très grand nombre de luthériens qui ont été délibérément importés par les Britanniques. Le sud-ouest de l'Ontario a beaucoup d'immigrants allemands, incluant plusieurs mennonites et hutterites. La grande population ukrainienne du Manitoba et de la Saskatchewan comprend plusieurs adeptes des Églises uniates et des Églises orthodoxes ukrainiennes. L'Alberta reçoit une immigration considérable en provenance des plaines américaines, créant une large communauté mormone dans cette province.

Canadiens sans appartenance religieuse[modifier | modifier le code]

Les Canadiens sans religion comprennent les athées, les agnostiques, les humanistes ainsi que toute personne n'adhérant pas aux dogmes d'une certaine religion. Actuellement, ils totalisent près du quart de la population du Canada (23,9 %) selon le recensement de 2011. L'absence de religion est plus courante sur la côte ouest, surtout dans la région du Grand Vancouver.

Certains Canadiens non religieux ont formé des associations, comme l'Association humaniste du Canada. En 1991, certains Canadiens non religieux ont signé une pétition, présentée au Parlement par Svend Robinson, pour enlever « Dieu » du préambule de la Constitution du Canada. Selon www.religioustolerance.org, parmi les personnes ayant déclaré être sans religion, 17 815 ont spécifié être "agnostiques", 18 605 ont spécifié être "athées", et 1 245 ont spécifié être "humanistes".

Autres religions au Canada[modifier | modifier le code]

Les autres religions au Canada (islam, judaïsme, sikhisme, bouddhisme et l'hindouisme) sont beaucoup plus concentrées dans les villes métropolitaines telles que Montréal, Toronto et Vancouver, et à un degré nettement moindre dans les villes moyennes comme Ottawa, Québec, Calgary, Edmonton, Winnipeg et Halifax. Une exception : le judaïsme, qui constitue depuis longtemps une minorité notable même dans les centres plus petits. La plus grande partie de l'augmentation desdites religions est attribuable aux tendances changeantes de l'immigration dans les 50 dernières années. Une immigration accrue en provenance d'Asie, du Moyen-Orient et d'Afrique a enrichi le Canada de communautés musulmanes, bouddhistes, sikhs et hindoues toujours grandissantes.

Gouvernement et religion[modifier | modifier le code]

De nos jours, le Canada n'a pas de religion officielle, et le gouvernement est officiellement attaché au pluralisme religieux. Les influences du christianisme demeurent dans certains secteurs.

Les fêtes de Noël et de Pâques sont des congés à l'échelle nationale, et bien que les musulmans, les juifs et d'autres groupes ont le droit de prendre congé lors de leurs fêtes religieuses, il ne jouissent pas de la même reconnaissance officielle. L'hymne national canadien, Ô Canada, contient un vers qui parle de « porter la croix », une référence ouvertement chrétienne, de même que les autres couplets de cet hymne parlent ouvertement d'une/de la suprématie divine (voir l'article). Dans certaines régions du pays, l'ouverture des magasins le dimanche demeure interdit, quoique ce phénomène se fasse de plus en plus rare. Une bataille continuelle à la fin du XXe siècle portait sur l'effort de faire accepter les habits religieux par la société canadienne, surtout en ce qui concerne les turbans sikhs. La Gendarmerie royale du Canada, la Légion royale canadienne, et d'autres groupes ont accepté que leurs membres portent des turbans.

Le Canada est un Royaume du Commonwealth dont le Chef d'État est partagé par 15 autres pays, incluant le Royaume-Uni. La loi de la succession interdit aux Catholiques et à leurs époux d'occuper le trône, et le monarque est également ex officio Gouverneur suprême de l'Église d'Angleterre. Au Canada, le titre de la reine inclut les phrases « par la Grâce de Dieu » et « Défenseur de la Foi ».

Bien que les liens officiels du gouvernement canadien au christianisme se fassent rares, il reconnaît ouvertement l'existence de Dieu. En effet, le préambule de la Constitution du Canada et l'hymne national dans les deux langues font référence à Dieu.

Aussi, le premier ministre du Canada Stephen Harper, fait régulièrement allusion à dieu, que ce soit en disant: Que Dieu protège le Canada, ou par toute autres marques.

Historique[modifier | modifier le code]

Nouvelle-France[modifier | modifier le code]

Avant l'arrivée des Européens, les Premières Nations adhéraient à une très grande variété de religions principalement animistes. Les premiers Européens à s'établir en grand nombre furent les catholiques français, incluant un grand nombre de jésuites dont le but était de convertir les autochtones — un effort qui ne connut qu'un succès mitigé.

Les premières communautés protestantes d'importance furent formées dans les provinces maritimes après la conquête par les Britanniques. Ne réussissant pas à convaincre suffisamment d'immigrants britanniques à se rendre dans la région, le gouvernement décida d'importer des protestants en provenance d'Allemagne et de Suisse pour peupler la région et contrebalancer les Acadiens catholiques. Ce groupe fut connu sous le nom de "Protestants étrangers". Cet effort connut un franc succès, et de nos jours la région de la côte sud de la Nouvelle-Écosse est toujours majoritairement luthérienne.

1774-1880[modifier | modifier le code]

Cette tendance demeura la même après la conquête britannique de toute la Nouvelle-France en 1759. Bien qu'originairement des plans fussent en place pour tenter de convertir la majorité catholique, ceux-ci furent abandonnés dans la foulée de la Révolution américaine. L'Acte de Québec de 1774 reconnut les droits de l'Église catholique à travers la Province de Québec dans le but de garder la loyauté des Canadiens-français envers la couronne britannique.

La Révolution américaine déclencha une forte ruée de protestants vers le Canada. Les loyalistes, fuyant les États-Unis rebelles, se déplacent en grand nombre vers le Haut-Canada et les provinces maritimes. Ils comprenaient un mélange de groupes chrétiens avec un grand nombre d'anglicans, mais également beaucoup de presbytériens et de méthodistes.

Au début du XIXe siècle dans les provinces maritimes et le Haut-Canada, l'Église anglicane avait la même position officielle qu'elle avait en Grande-Bretagne. Ceci causait des tensions au pour les colons anglophones, puisqu'une grande partie de la population n'était pas de confession anglicane. Une immigration accrue en provenance d'Écosse créa une très grande communauté presbytérienne qui exigea l'égalité des droits, ainsi que d'autres groupes. Ceci fut une cause importante de la rébellion du Haut-Canada en 1837. Avec l'arrivée du gouvernement responsable, le monopole anglican fut terminé.

Au Bas-Canada, l'Église catholique était officiellement prééminente et occupait un rôle central dans la culture et la politique de la colonie. Contrairement au colonies anglophones, le nationalisme Canadien-français devint intimement lié avec le catholicisme. Durant cette période, l'Église catholique dans la région devint l'une des plus réactionnaires au monde. Sous ce mouvement connu d'ultramontanisme, l'Église adopta des positions condamnant toutes formes de libéralisme, poussant mêmes les papes très conservateurs de l'époque à lui reprocher son extrémisme.

En politique, ceux alignés avec le clergé catholique au Québec étaient appelés les bleus. Ils formèrent une alliance curieuse avec les anglicans pro-britanniques et fortement monarchistes (souvent membres de l'ordre d'Orange) pour former la base du Parti conservateur du Canada. Le Parti réformiste, qui est plus tard devenue le Parti libéral, était surtout composé de Canadiens-français anti-cléricaux, appelés les rouges, et les groupes protestants non-anglicans. À cette époque, avant les élections, les curés de paroisse livraient des sermons à leurs ouailles pour leur avertir que le ciel est bleu, l'enfer est rouge.

1880-1960[modifier | modifier le code]

Vers la fin du XIXe siècle, le pluralisme protestant s'était enraciné au Canada anglais. Même si une grande partie de l'élite demeurait anglicane, d'autres groupes étaient devenus également importants. Toronto comprenait la plus grande communauté méthodiste au monde, ce qui lui valut le surnom de "Rome méthodiste". Les écoles et universités créées à cette époque reflétaient ce pluralisme avec chaque confession établissant sa propre école majeure. King's College, qui est plus tard devenue l'université de Toronto, fut fondée comme une école non-confessionnelle.

À la fin du XIXe siècle également, un grand changement commença à s'opérer dans les tendances d'immigration au Canada. De grands nombres d'Irlandais et d'immigrants du sud de l'Europe créaient de nouvelles communautés catholiques au Canada anglais. Le peuplement de l'Ouest amena un grand nombre d'immigrants orthodoxes en provenance d'Europe de l'est, et des immigrants mormons et pentecôtistes des États-Unis.

La domination de la société canadienne par les éléments protestants et catholiques perdura durant le XXe siècle. Jusque dans les années 1960, la plupart des régions du Canada avaient des lois du "jour du Seigneur" qui limitait ce qu'on avait le droit de faire le dimanche. L'élite canadienne-anglaise était encore dominée par les protestants, les juifs et les catholiques étaient souvent exclus. Un processus de libéralisation débuta après la Seconde Guerre mondiale au Canada anglais. Les lois ouvertement chrétiennes furent éliminées, incluant celles contre l'homosexualité. Les politiques favorisant l'immigration chrétienne furent également abolies.

Révolution tranquille[modifier | modifier le code]

Le changement le plus important s'opéra au Québec. En 1950, la province était toujours une des régions les plus catholiques du monde. Le taux de fréquentation de la messe demeurait extrêmement élevé[réf. nécessaire], les livres mis à l'index étaient difficiles à trouver, et le système d'éducation était contrôlé en grande partie par l'Église.

Après la Révolution tranquille, dans les années 1960, cette situation ce transforma [précision nécessaire]. Bien que la majorité des Québécois se disent toujours catholiques, le taux de fréquentation de l'église est aujourd'hui le plus bas en Amérique du Nord[réf. nécessaire]. Les relations de droit commun, l'avortement, et l'appui au mariage homosexuel sont tous beaucoup plus répandus au Québec que dans le reste du Canada ainsi que dans presque toute autre région au monde.

Le reste du Canada a connu une transition similaire, quoique beaucoup moins extrême. L'Église unie du Canada, la plus importante église protestante du pays, est une des églises protestantes majeures les plus libérales du monde[réf. nécessaire]. Elle pratique et défend farouchement le mariage et l'ordination des homosexuels, ainsi que l'ordination des femmes.

Bill Phipps, un ancien modérateur de l'Église aurait même affirmé que[réf. nécessaire] la résurrection de Jésus ne serait pas un fait scientifique. Toutefois, cette tendance semble avoir été freinée, l'Église unie ayant connu une baisse significative de fréquentation depuis les années 1990 ; d'autres églises majeures ont connu un déclin semblable, même si la fréquentation totale des églises a augmenté dans les années 2000.

De plus, un fort courant de protestantisme évangélique existe hors du Québec. Les groupes les plus importants se retrouvent dans l'Ouest canadien, particulièrement dans les régions rurales de l'Alberta, le sud du Manitoba et l'intérieur sud et la région de la Vallée Fraser de la Colombie-Britannique[Lesquels ?]. Il y a également une forte population évangélique dans les régions rurales du sud et de l'est ontariens à l'extérieur de la grande région de Toronto et des parties rurales des provinces maritimes.

Dans ces régions, la culture est plus conservatrice, comparable à ce qu'on retrouve dans certaines régions des États-Unis, et les sujets comme le mariage homosexuel, l'avortement et les unions libres sont beaucoup moins populaires. Ce mouvement s'est considérablement amplifié au cours des dernières années, bien que le nombre total de chrétiens évangéliques demeure de loin inférieur à ce qu'on retrouve aux États-Unis[réf. nécessaire]. Il se trouve très peu d'évangéliques au Québec et dans les grandes régions urbaines, qui sont extrêmement séculières.

Citation[modifier | modifier le code]

  • « Nous nous trouvons en présence d'une incroyance sociologique, ce qualificatif étant entendu en un sens bien particulier. On disait, depuis longtemps, que la foi religieuse au Québec était sociologique. On voulait dire que chacun avait la foi parce que tout le monde avait la foi et que chacun allait à l'église parce que tout le monde y allait et qu'il n'y avait pas moyen de faire autrement. Je dirais que l'inverse prévaut aujourd'hui : en certains milieux, c'est l'incroyance qui est devenue sociologique, à tel point qu'il est difficile de s'y affirmer croyant sans paraître marginal et que, le respect humain aidant, il est beaucoup plus facile de s'y dire incroyant. C'est là une situation nouvelle qui résulte, d'un renversement de situation survenu en quelques années. Cette observation est exacte, en particulier, pour le monde des jeunes. Il faut beaucoup de courage à des étudiants de CEGEP pour dire qu'ils sont croyants, qu'ils participent à un mouvement chrétien, qu'ils fréquentent l'église le dimanche, qu'ils sont lecteurs à la messe, etc. » (D'après le sociologue Guy Rocher dans L'incroyance au Québec : Approches phénoménologiques, théologiques et pastorales, 1973)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]