Mennonitisme

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Église mennonite aux Pays-Bas intégrée dans le décor urbain. Historiquement, les mennonites et autres anabaptistes n'ont pas pu construire d'églises très visibles et clairement identifiables à cause de la persécution. Cette simplicité est restée, bien que la majorité de leurs églises soient dorénavant clairement identifiables.

Le mennonitisme est un mouvement chrétien évangélique anabaptiste parallèle à la Réforme protestante. Le nom provient de l’appellation populaire que les Néerlandais utilisaient pour désigner les anabaptistes au XVIe siècle, du nom de l'un de leurs dirigeants célèbres, le Néerlandais Menno Simons, prêtre catholique converti à l'anabaptisme[1]. Une grande partie de ses membres sont rassemblés dans la Conférence mennonite mondiale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Exécution des mennonites Jan Woutersz van Cuyck et Adriaanken Jans à Dordrecht en 1572. (Gravure de Jan Luyken pour l'édition de 1685 du Miroir des martyrs.)
Ruines des marcaireries des Hautes-Chaumes du pays de Salm, tenues par des mennonites suisses avant leur émigration aux USA au XIXe siècle.

Le mennonitisme est un mouvement religieux anabaptiste issu de la Réforme protestante du XVIe siècle, dont l'inspirateur est Conrad Grebel, un proche d'Ulrich Zwingli. Comme les autres Églises protestantes, les anabaptistes mettent l'accent sur le salut par grâce, la prière et la lecture de la Bible par les fidèles[2].

L’appellation « mennonite » provient de Menno Simons, un prêtre catholique frison qui quitte l'Église romaine en janvier 1536, à la suite de ses doutes concernant d'une part les sacrements, d'autre part la violence tant de certains anabaptistes que de leurs persécuteurs. En effet, en avril 1535, pour la plus grande consternation de Menno Simons, plusieurs centaines d’anabaptistes inspirés par les anabaptistes qui ont pris le contrôle de la ville de Münster, attaquent le monastère d’Oldeklooster, en Frise. Après un court siège, la plupart des moines sont tués ou faits prisonniers. Simons se met alors au service des anabaptistes, réorganisant leurs communautés ruinées par la persécution et orientant leur théologie vers la non-violence. En 1544, la régente des Pays-Bas expulse les anabaptistes, mais tolère les mennonites. C'est la première fois que le terme « mennonite » est employé. Ce sont surtout les anabaptistes de la vallée du Rhin qui ont pris le nom de mennonites.

En 1693, Jakob Amman, un leader anabaptiste conservateur venu de Berne, se trouve en divergence théologique avec les mennonites de la région de Sainte-Marie-aux-Mines, en Alsace, qui ont trouvé des accommodements avec la société locale. Il déclenche le schisme qui va conduire à créer le mouvement amish.

Article détaillé : Mennonites d'Alsace.

Au XXe siècle, les mennonites sont mis à l'épreuve pour leur pacifisme, cherchant à respecter la doctrine de la non-résistance[3] (refus d'utiliser la force contre tout être humain, par amour du prochain). Face à la généralisation de la conscription et des guerres mondiales, ils demandent de plus en plus à être exempts, au lieu de devoir fuir le pays comme par le passé, en faisant pression sur les autorités politiques pour obtenir le droit de faire des services civils.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Les mennonites sont très mobiles, comme les autres groupes anabaptistes avant eux. Ils doivent en effet échapper aux persécutions politiques et religieuses (généralisées contre tous les anabaptistes). Les jeunes mennonites cherchent en outre à se soustraire au service militaire que veulent leur imposer leurs différentes terres d'accueil, à l'encontre de leur foi.

Les mennonites refusent :

  • le baptême des enfants[4] (ils sont anabaptistes : ils préfèrent un baptême plus tardif, précédé d'une profession de foi personnelle après nouvelle naissance) ;
  • l'usage des armes, et donc le service militaire ;
  • pour une minorité d'entre eux, beaucoup de progrès techniques ;
  • comme les protestants, le pasteur n'est pas un intermédiaire entre les croyants et Dieu, mais seulement un dirigeant élu par l'assemblée.

Les mennonites croient :

  • (pour la majorité d'entre eux) à la nouvelle naissance comme porte d'entrée au salut et dans l'Église.
  • à la séparation de l'Église et de l'État (ils ne votent pas)
  • à l'amillénarisme :
    • Jésus règne maintenant depuis le ciel, siégeant à la droite de Dieu le Père ;
    • Jésus est et restera avec l'Église jusqu'à la fin du monde, comme il l'a promis lors de l'Ascension ;
    • à la Pentecôte, le millénium a débuté, comme l'a expliqué Pierre en utilisant les prophéties de Joël au sujet de la venue du royaume;[5]
    • en conséquence, l'Église et la diffusion de la Bonne nouvelle correspondent au royaume du Christ.

Communautés à travers le monde[modifier | modifier le code]

Dans les années 2000, il y aurait approximativement 1 300 000 mennonites dans le monde. Ils sont très éparpillés, et présents notamment au Canada, aux États-Unis, mais aussi au Mexique, au Congo-Kinshasa, en Inde, au Belize, en Bolivie, au Paraguay et en Suisse (principalement dans le Jura bernois). Beaucoup de mennonites se sont également installés en Allemagne, à la suite de leur exil forcé.

Pologne et Prusse[modifier | modifier le code]

Les mennonites sont nombreux dans le Bassin de la Vistule (60 % de la Pologne et toute sa partie orientale). Ils contrôlent la culture et le négoce du blé dans le delta de la Vistule, avec de gros volumes qu'ils expédient par le port de Dantzig. Ils subissent des persécutions politiques et religieuses lorsque la région est reprise aux polonais par les Prussiens en 1772[6]: c'est le Premier partage de la Pologne. En s'emparant du nord-ouest de la Pologne, la Prusse l'a coupée de la mer et s'empare de plus de 80 % de la population et du commerce extérieur de "La République des deux Nations", ce qui va lui permettre la perception d'énormes droits de douane, accélérant la chute inévitable de la confédération polono-lituanienne. Pour décourager les mennonites et récupérer leur terres, la Prusse prend des mesures contre leur religion, par exemple en 1774, ils n'ont plus le droit d'acheter des terres, sauf à une autre mennonite, ce qui met en difficulté tous ceux qui n'en ont pas encore[6]. Ils doivent verser 5000 thalers par an pour rester exemptés de service militaire[6] et leurs enfants de mariages mixtes doivent obligatoirement prendre la religion non-mennonite[6]. Dès 1765, certains ont émigré vers d'autres provinces du royaume de Prusse, surtout vers Neumark[7], et dès 1764, Catherine II de Russie leur avait offert son aide, promettant une grande autonomie à condition de ne pas convertir à leur foi les paysans orthodoxes.

Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

La plupart des mennonites de Russie, issus de communautés allemandes de Volga ou d'Ukraine, comme ceux des colonies mennonites du Terek, ont quitté la Russie dans les années 1920 pour le Canada et le Territoire du Dakota, les autres, déportés par Staline en Asie centrale, ont émigré en Allemagne à la chute de l'URSS.

En juin 1874, une centaine de familles mennonites part de Kleine Gemeinde et une semaine plus tard 800 personnes quittent Bergthai, puis une centaine d'autres en septembre[8] partent pour le Manitoba. La plupart traversent la Pologne jusqu'à Brème ou Hambourg, où l'agent d'immigration canadien Jacob Klotz les oriente vers Québec et Montréal, le train les amenant ensuite à Toronto, et des bateaux à vapeur permettant de traverser les lacs Huron et Supérieur puis la Rivière Rouge (Manitoba)[8].

Au Québec, plusieurs groupes mennonites existent ; un seul, de la dénomination Église de Dieu en Christ, installé à Roxton Falls, à Montréal et à Québec y possède une école. Partout ailleurs au Canada, ainsi qu'aux États-Unis, des écoles similaires sont tolérées, bien que les diplômes qu'elles délivrent ne soient pas systématiquement reconnus. Le Québec impose son programme éducatif aux écoles publiques comme aux privées par souci d'égalité de l'accès à la connaissance. Les mennonites n'acceptent pas ce programme, pour des raisons religieuses. L'école a été fermée en 2010[9], mais la communauté est finalement restée vivante au Québec après s'être exilée en Ontario pendant quelque temps.

Amérique latine[modifier | modifier le code]

Des mennonites au Belize.

Les trois principales communautés de mennonites en Amérique du Sud sont situées en Bolivie, au Paraguay et en Argentine.

La première colonie de la région est fondée en 1927 au Paraguay.

Dans les années 1930, plusieurs convois déportés en Sibérie orientale ont réussi à fuir par la Chine, et via Suez et la France, rejoindre l'Amérique du Sud (Paraguay, Uruguay).

Des mennonites ont été appelés par le Paraguay à la suite de la guerre du Chaco, pour coloniser des terres à la frontière bolivienne, où ils sont plusieurs dizaines de milliers.

Ces communautés ne suivent pas exactement les mêmes coutumes que celles des mennonites mexicains puisqu'elles autorisent le baptême afin de pouvoir devenir pasteur de l'église commune. Ces communautés parlent le Plautdietsch.

On retrouve également des communautés mennonites au Mexique, au Belize et en Uruguay.

Les mennonites estiment comme qualités primordiales la sobriété et la tempérance, la non-violence et l'hospitalité. À mesure de leur croissance économique, une partie de ces communautés s'accommode de quelques progrès, de l'électricité à l'essence, notamment pour les travaux les plus durs.

Empire russe[modifier | modifier le code]

L'Empire russe accueillit à partir de 1789 des communautés mennonites venant de Prusse orientale, et qui furent installées dans les vallées de la Molotchna, du Dniepr et de la Volga nouvellement conquis aux Turcs ou dans le Caucase en cours de conquête.

France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mennonites d'Alsace.

En France, on dénombre environ 2 400 mennonites. L'Alsace étant devenue française en 1648, un édit de Louis XIV en a obligé un grand nombre à repartir pour s'installer en Lorraine, au pays de Montbéliard, et dans le Duché de Deux-Ponts, régions qui ne dépendent pas alors de la couronne de France. Dans les années 2000, les mennonites français se trouvent principalement dans ces régions.

La 11e Conférence mennonite mondiale a réuni 7 000 participants à Strasbourg en 1984.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Who we are », sur churchofgodinchristmennonite.net (consulté le 30 janvier 2016)
  2. Certains mennonites conservateurs d'aujourd'hui se revendiquent d'une forme ancienne du christianisme qui aurait survécu clandestinement pendant plus de mille ans aux persécutions des catholiques et aurait inspiré entre autres les vaudois, albigeois, bogomiles... Voir « De l'anabaptisme et des vrais disciples », sur missionnaireanabaptiste.org (consulté le 16 octobre 2018)
  3. « non-résistance », sur missionnaireanabaptiste.org (consulté le 30 janvier 2016)
  4. « La Bible ou la religion » (consulté le 30 janvier 2016)
  5. « Bible »
  6. a b c et d "A COMPARISON OF THE MENNONITE AND DOUKHOBOR EMIGRATIONS FROM RUSSIA TO CANADA, 1870-1920", par Robert J. Sawatzky, Université de Dalhousie
  7. "Les migrations des Huttérites d'Ahxanderwohl" par Frederick-A. Norwood, dans les Annales de Démographie Historique, en 1971
  8. a et b Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées meno
  9. « Liste des établissements d’enseignement privés fermés], sur le site du ministère de l'Éducation du Québec »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Scott Longfellow, Faire de nécessité vertu, de la colonie Fernheim à l'ethnie mennonite : processus d'acculturation et reconstruction identitaire des mennonites dans le Chaco paraguayen, Mémoire de fin d'études, Science-Po Rennes, 2007
  • (de) Priska Sommerhalder, Begegnungen mit den Old-Order-Mennoniten in Waterloo-County, Ontario, Kanada, août 2013, à compte d'auteur. Ressources : librairie Wortreich-Glarus (www.wortreich-glarus.ch) et P. Sommerhalder (www.ps-english.ch).
  • Dominique Toursel-Harster, Jean-Pierre Beck, Guy Bronner, Dictionnaire des monuments historiques d’Alsace, Strasbourg, La Nuée Bleue, , 663 p. (ISBN 978-2716502504)
    La Broque Cimetière mennonite et ancienne ferme mennonite protégés au titre de la loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques (éléments inscrits à l’inventaire supplémentaire par arrêté du 21 décembre 1984 :pp. 73-74

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Le Pays des hommes modestes, documentaire de Benoît d'Humières et Philippe Coudrin, 2002 Hibou Production
  • Lumière silencieuse, film de fiction de Carlos Reygadas, 2007
  • The Dirty Ones, court-métrage de Harmony Korine, 2009

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]