Association internationale pour la conscience de Krishna

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Des dévots de Krishna chantant dans une rue de Leipzig

L'association internationale pour la conscience de Krishna (International Society for Krishna Consciousness), appelée par son acronyme anglais ISKCON (et dont les membres sont communément appelés « Hare Krishna » à cause du mantra chanté par ses adeptes) est un courant de l'hindouisme qui s'inscrit dans le mouvement de la bhakti[1], dédié au seigneur Krishna – considéré par le fondateur et les adeptes comme Dieu, la Personne Suprême[2]. Les croyances de l'organisation pour la conscience de Krishna sont une expression particulière du Vaishnavisme[3] (Gaudiya Vaishnav (en)), basé sur la Bhagavad Gita et le Śrīmad Bhāgavatam. Le mouvement est accusé de dérive sectaires par les spécialistes de l'UNADFI, et de nombreux articles donnent la parole à des témoignages dénonçant une emprise[4]. Le New York Times révèle aussi dans les années 90 plusieurs scandales sexuels impliquant des mineurs[5]. En 2017, en France, un adepte présenté par l'UNADFI comme un gourou du mouvement a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour viols aggravés sur personnes vulnérables et corruption de mineures[6].

Aujourd'hui, ISKCON est une confédération planétaire de plus de 400 centres, incluant 60 communautés agricoles, aspirant à l'autosuffisance dans une certaine mesure, 50 écoles (dont une « École libre » à Londres financée par l’Éducation nationale anglaise, le « Department of Education » depuis septembre 2011)[7],[8] et 90 restaurants[9]. Dans les récentes décennies l'expansion la plus rapide du mouvement en termes numérique a été en Europe de l'Est (surtout depuis la disparition de l'Union soviétique) et en Inde[10].

Historique[modifier | modifier le code]

Swami Prabhupada, brâhmane, fondateur d'ISKCON.

Ce mouvement fut fondé en 1966 à New York par A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada (1896-1977), maître spirituel hindou originaire du Bengale occidental. Il s'est développé en Occident à partir des États-Unis en même temps qu'émergeait le mouvement de la contreculture dont certains membres ont trouvé dans la pratique des chants, des percussions, de la musique et de la danse un dérivatif au modèle religieux conventionnel[11].

Œuvres humanitaires[modifier | modifier le code]

En 1971, Srila Prabhupada fonda l’association de bienfaisance « Hare Krishna Food For Life » nommée en France « Les repas Hare Krishna ». Il s’agit d’une distribution gratuite de nourriture végétarienne. Dans les pays du tiers-monde et, de plus en plus, dans les pays industrialisés, la distribution à grande échelle de repas gratuits serait l’une des principales activités humanitaires de l’ISKCON. À ce jour, plus de 58 millions de repas auraient été servis à travers le monde.

Apparence[modifier | modifier le code]

Les hommes, vêtus de leurs dhotis (pagnes indiens traditionnels) safrans (pour les célibataires) ou blanches (les femmes portent le sari), chantent dans les rues, offrant livres et disques concernant Krishna[12], le visage de tous orné d'un tilak, le crâne des hommes devant être couronnée du shika, ou choti, la touffe de cheveux brahmanique située en haut du crâne (toujours plus longue que le reste de la chevelure, même si le reste du crâne n'est pas rasé complètement), et que peut porter tout hindou (selon les lois de Manu), sans distinction de courants religieux ou de communautés, et tout particulièrement les dvija, « deux-fois-nés », initiés aux Védas, et surtout leurs maîtres religieux, les brâhmanes : le corps étant considéré comme un temple, le tilak (marque frontale à l'emplacement du troisième œil) représente la divinité adorée sous une forme stylisée à l'extrême, et le shikha ou choti est le « drapeau » du temple de l'âme qu'est le corps, de même que le temple, palais de Dieu, est orné d'un drapeau à son sommet.

Controverses[modifier | modifier le code]

Classification comme secte en France[modifier | modifier le code]

En 1995, le mouvement est classé comme secte par la commission d'enquête française sur les sectes[13], estimant qu'il avait « réalisé de substantiels bénéfices commerciaux par le biais d'associations à but soi-disant désintéressé », que des témoignages avaient été recueillis au sujet d'astreintes à un effort physique important pouvant « réduire l'esprit critique ». Le rapport fait aussi état (au conditionnel) d'« embrigadement des enfants », de « discours antisocial », de « trouble à l'ordre public » (s'appuyant sur les rapports des Renseignements généraux).

Début 2008, le responsable de la Miviludes a mentionné dans une interview sur la politique et l'action de la Miviludes qu'il estimait que des « mouvements, un temps mis en cause, "étaient rentrés dans les clous", citant "le Mandarom ou Hare Krishna" »[14].

Selon Diana Eck (en), professeur d’histoire des religions à l'université de Harvard :

« Certains ont apposé au mouvement Hare Krishna l’étiquette de “secte” et remis en question son authenticité. C’est là un triste et déplorable témoignage de notre isolement culturel. Cette tradition religieuse exige une place respectable dans la vie spirituelle de l’homme. Elle ne doit en aucun cas être discréditée ou dépréciée par l’appellation de “secte”, et la dignité de son héritage et de son histoire unique ne doit pas non plus être rabaissée par la confusion de ceux qui voudraient, sans discrimination aucune et d’un simple geste, l’identifier à l’une des trop nombreuses sectes d’aujourd’hui si populaires[15]. »

Certains s'inquiètent toutefois de l'emprise des maîtres d'ISKCON sur les membres de la secte : vie coupée du monde dans une communauté fermée sauf missions ponctuelles à l'extérieur (notamment pour des quêtes), avec « cinq chaînes matérialistes » à briser : corps, proches, terre natale et biens matériels, coutumes religieuses antérieures. C'est le maître du disciple qui décide des mariages, mais qui peut aussi les dissoudre à sa guise quand sonne pour l'homme l'heure du renoncement (sannyasa), ce qui revient à une répudiation pure et simple de l'épouse. Le programme journalier est en effet lourd et de nature à briser les volontés les plus fortes : six heures de dévotion, onze heures de travail, deux heures pour les ablutions et les repas, et seulement cinq heures de repos. Les dévotions incluent la récitation du Maha-mantra (16 fois le tour d'un chapelet de 108 grains) [16].

La crise Ehrlichmann[modifier | modifier le code]

William (ou Bill) Ehrlichman, en religion Srila Bhagavan Das, est un citoyen américain né à Washington en 1947 qui a renoncé à ses études de médecine pour entrer au service de Krishna. A la mort du fondateur de la secte, il est désigné comme guru pour l'Europe méridionale, dont fait partie la France. Il se montre très entreprenant avec l'argent du groupe : en 1980, il fait en particulier acheter l'hôtel d'Argenson dans le quartier du Marais à Paris et le château d'Oublaisse à Luçay-le-Mâle (Indre). Il fait aussi louer le château d'Ermenonville (Oise) en 1981 pour en faire le siège européen du mouvement et y résider. Son train de vie devient rapidement luxueux, tandis que les adeptes vivent de peu. Frappé par une ordonnance de fermeture administrative du château d'Ermenonville, pour non-conformité des installations électriques aux normes de sécurité, et par un redressement fiscal, il quitte subitement l'Europe en septembre 1986, en y abandonnant sa femme et ses trois enfants, mais sans oublier d'emporter les fonds qui restent au mouvement. Il va ensuite se remarier et refaire sa vie aux États-Unis. Il laisse l’œuvre dans un état catastrophique, en faillite financière et aussi en pleine crise morale ; le nombre des adhérents français s'effondre (il en reste 50 selon certaines sources)[réf. insuffisante][17].

Cette crise a conduit l'ISKCON à présenter des excuses aux membres blessés en 1987 mais surtout à refonder complètement l'organisation en France : seule une petite élite continuera à vivre en communauté, tandis que 95% des adeptes vivront désormais dans des cellules familiales classiques, se retrouvant à intervalles réguliers pour célébrer le culte et s'organisant au travers d'associations 1901. On renonce au château d'Ermenonville, qui était loué ; celui d'Oublaisse sera conservé. Le nouveau dirigeant, le Canadien Lucien Dupuy, en religion Swambhar Das, ancien bras droit du guru en fuite, fait lentement remonter la pente à la secte pendant les 10 ans qui suivent[réf. insuffisante][17].

Question du traitement des enfants[modifier | modifier le code]

La vie des enfants dans les communautés d'ISKCON est étroitement encadrée : lever tôt le matin, participation aux activités cultuelles matinales, coucher soit à 18 heures, soit à 20h30 en fonction de l'âge. Les garçons ont le crâne rasé et portent le dhoti ; les filles sont maquillées comme des femmes ‑ pour plaire au grand séducteur Krishna ‑ et portent le sari. Les enfants sont fréquemment élevés séparés de leurs parents, affectés à d'autres communautés. L'enfant, ainsi isolé et éduqué hors du monde réel, est étroitement dépendant de l'organisation, qu'il ne peut quitter[16].

En 2006, au cours des auditions de la commission d'enquête parlementaire installée en juin et ayant rendu son rapport en décembre, le directeur général de la Police nationale, Michel Gaudin, indique que « D'après les études sur Krishna, l'Église de Scientologie ou les raéliens, les enfants concernés sont, la plupart du temps, ceux dont les parents sont eux-mêmes adeptes de sectes. »[18], et qu'il ne croit pas qu'il « existe de recrutement direct d'enfants, sinon de façon extrêmement limitée »[18].

En 2005, les dirigeants ont entamé l'exécution des termes du compromis de 9,5 millions de dollars qui achève le long scandale des viols d'enfants[19]. [réf. à confirmer] D'après le plan, la Société Internationale pour la Conscience d'Hare Krishna a demandé sa mise en faillite à Los Angeles, pendant qu'elle détermine comment compenser les 535 anciens élèves qui ont dit être violés durant les années 70 et 80 par des adultes sévissant dans des écoles d'ISKCON. Ce compromis met un terme aux abus commis dans les temples et écoles d'ISKCON aux États-Unis et en Inde, viols ayant déclenché une poursuite judiciaire générale en 2001 (class action)[20]. Dès lors, pour combattre au mieux de telles atrocités, ISKCON a créé un bureau de la protection de l'enfance à échelle mondiale, afin de repérer les auteurs de sévices ayant déjà eu affaire à la justice ou potentiels, pour instruire et prévenir les enfants et les parents sur les abus sur enfants, et pour encourager la vigilance de tous[21]. Face au besoin d'établir la transparence et la responsabilité parmi ses membres, ISKCON a encouragé l'établissement d'une organisation de médiation, ISKCON Resolve[22].

Persécutions des membres au Kazakhstan et en Inde[modifier | modifier le code]

En novembre 2006, le gouvernement kazakh décida de démolir avec l'aide de la police[23], au bulldozer, les maisons appartenant à des fidèles du mouvement Hare Krishna, habités seulement par des femmes et des enfants, les hommes travaillant alors à la ville. (voir sur Wikinews (en)).

« Les organismes hindous nationaux du Royaume-Uni, des États-Unis, du Canada, d'Australie, et d'autres pays demandent au gouvernement du Kazakhstan d'arrêter le harcèlement et la discrimination des hindous », a indiqué Ramesh Kallidai, secrétaire général du forum hindou de la Grande-Bretagne. Ces faits furent condamnés par Washington et le gouvernement britannique [réf. souhaitée].

Comme d'autres temples hindous en Inde, un temple d'ISKCON a subi des attaques terroristes, faisant de nombreuses victimes (la plupart étant Indiens), morts et blessés, comme à Imphal, en 2006, à Manipur[24],[25].

Rejet de l'hindouisme[modifier | modifier le code]

Le fondateur d'ISKCON, A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada, estimait que son mouvement pour la conscience de Krishna ne faisait pas partie de l'hindouisme [26]. En effet, ISKCON considère qu'elle est la seule voie de salut, tandis que les autres branches de l'hindouisme sont vues comme inférieures, « impersonnalistes » car promouvant l'union de l'âme individuelle (Atman, jiva) avec l'âme universelle (Brahman), ce qu'ISKCON interprète comme une étape inférieure de réalisation ; pour ISKCON, l'âme individuelle doit rester toujours autre que Dieu et non se fondre en Dieu pour s'unir à l'Infini (Aham Brahmasmi : « Je suis Brahman », Soham : « Je suis Lui », Tat tvam asi : « toi aussi, tu es Cela », Ramo'hamasmi : « Je suis Râma »[27], sont des maximes védiques qui induisent que l'âme de la créature est en réalité l'âme universelle, sans naissance ni fin, une fois libérée du cycle des réincarnations ou en chemin vers cette libération).

Il est à noter qu'il y a en Inde beaucoup d'autres traditions religieuses krishnaïtes qui ne sont pas liées à ISKCON et ne sont pas sectaires : elles se revendiquent pleinement comme des branches de l'hindouisme (pour ces traditions hindoues dédiées au Seigneur Krishna, et contrairement à ce qu'affirme ISKCON, il n'y a pas qu'une seule voie de salut). En effet, les Véda et ses Upanishads, textes fondamentaux de l'hindouisme, enseignent que l'on peut atteindre la Vérité (Satya) et la Libération (Moksha) par plusieurs chemins, par plusieurs techniques de yoga ; par exemple :

« Dès lors que l'on a compris l'équivalence des différents membres du yoga, qui pointent vers le même et unique Brahman, on doit s'absorber en ce Brahman égal, uniforme. Sinon il n'y a pas vraiment atteinte de l'équanimité. Sinon, tel un arbre sec, l'esprit s'installe dans la raideur, une uniformité qui fige tout de part en part. »

— Tejo Bindu Upanishad (Krishna Yajur Véda).

Enfin, la qualification d'« impersonnalisme » (souvent utilisée par ISKCON) n'existe nulle part dans les écrits sacrés brahmaniques, hindous : c'est une invention du fondateur d'ISKCON, A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada, pour nommer toutes les branches de l'hindouisme qui ne correspondent pas à sa doctrine.

Par sa philosophie refusant d'assimiler l'âme de la créature à Dieu (l'Âme universelle), même délivrée des transmigrations, la doctrine d'A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada peut se situer dans la lignée de la philosophie Dvaita de Madhva ; néanmoins, derrière le dualisme de Madhva considérant le monde empirique et Dieu comme réels mais foncièrement différents, « refait surface le monisme, puisque Vishnou est considéré comme la Cause première unique »[28].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Raxhon, Marcel Rainkin, Bernard Godeaux, Une introduction à la neutralité active, éd. CEFAL, 2006, p. 83, extrait en ligne
  2. http://krishna.org/who-is-krishna/
  3. (de) Andreas Grünschloss, Der eigene und der fremde Glaube: Studien zur interreligiösen Fremdwahrnehmung in Islam, Hinduismus, Buddhismus und Christentum (Hermeneutische Untersuchungen zur Theologie), Mohr, (présentation en ligne), p. 185.
  4. « Hare Krishna prêche le dénuement sans cracher sur la vie de château », Le Temps,‎ (lire en ligne).
  5. « Naissance d'un groupe | UNADFI », sur UNADFI (consulté le 25 novembre 2018).
  6. « Le gourou une nouvelle fois condamné aux assises | UNADFI », sur UNADFI (consulté le 25 novembre 2018).
  7. (en)« Site officiel du Ministère de l'éducation : "Free Schools that opened in 2011: Krishna-Avanti Primary School" »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté en 20130318).
  8. (en) Youtube At 2 min "Iskon operates as an advisory body to the governing body of the school"
  9. (en) « Directory of ISKCON », Directory.krishna.com (consulté le 1er octobre 2009).
  10. (en) Graham Dwyer et Richard J. Cole, The Hare Krishna Movement: Forty Years of Chant And Change, I.B.Tauris, , 296 p. (ISBN 9781845114077), p. 38.
  11. (en) J. Stillson Judah, Hare Krishna and the counterculture, Wiley, (présentation en ligne).
  12. d'après l' Encyclopédie des religions de Gerhard J. Bellinger (ISBN 2-253-13111-3).
  13. (fr) http://www.assemblee-nationale.fr/rap-enq/r2468.asp
  14. « Critiquée, la Miviludes défend le principe d'une "liste" des sectes », Stéphanie Le Bars, Le Monde du 5 avril 2008.
  15. Diana L. Eck Devotion Divine: Bhakti Traditions from the Regions of India, (mélanges offerts à la chercheuse française en indologie Charlotte Vaudeville)
  16. a et b Extrait du "Dictionnaire des groupes religieux aujourd'hui (religions - églises - sectes - nouveaux mouvements religieux - mouvements spiritualistes)" du P. Jean VERNETTE et Claire MONCELON - Puf - 1995, cité sur le site SOS dérive sectaire, consulté le 5 mai 2018.
  17. a et b Sœur Chantal-Marie Sorlin, « Les dévôts de Krishna », sur le site du service diocésain "PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES" de Dijon, (consulté le 5 mai 2018).
  18. a et b Rapport fait au nom de la commission d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs, Assemblée nationale, 12 décembre 2006, 789 p. Le procès-verbal de l'audition de Michel Gaudin, survenue le 11 octobre 2006, est en pages 615-618, et les propos reproduits ici en page 616.
  19. Le Secticide
  20. Los Angeles Times
  21. (en) « Child Protection Office », Child Protection Office, (consulté le 1er octobre 2009).
  22. (en) « Iskconresolve.com », Iskconresolve.com (consulté le 1er octobre 2009).
  23. destruction de maisons au Kazakhstan
  24. http://www.hafsite.org/media/pr/isckon-temple-attack
  25. http://news.iskcon.com/node/3069
  26. http://www.hinduismtoday.com/modules/smartsection/item.php?itemid=4499
  27. Rama Rahasya Upanishad, V, 18.
  28. Encyclopédie des religions, Gerhard J. Bellinger, La Pochothèque, page 362

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Musiques[modifier | modifier le code]

Exemples de culte[modifier | modifier le code]