Religion en Géorgie

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La principale religion en Géorgie était en 2002 l'orthodoxie (83,94 % de la population), et minoritairement l'islam (9,9 %)[1].

Anciennes croyances et mythologie[modifier | modifier le code]

Les croyances païennes occupaient la vie spirituelle des Géorgiens durant la majeure partie de l'Antiquité. D'après la source controversée qu'est l'Histoire de la Kartlie (rédigée au XIIe siècle par l'évêque Léon de Rouissi), elles datent de la période des guerres civiles qui régnaient en Géorgie orientale pour la succession de Mtskhetos : les Géorgiens auraient oublié leur dévotion envers un Dieu unique et auraient commencé à « invoquer le soleil et les étoiles ». Il est probable qu'ils aient toujours été païens et que leur religion soit issue de leurs relations avec les puissants peuples voisins : la similitude entre les Panthéons géorgiens, persans et hittites est frappante, les noms de certains dieux sont même similaires chez les Géorgiens et les Hittites.

La première entité religieuse géorgienne (Ibérie) date du IIIe siècle av. J.-C., quand le roi Pharnabaze Ier -dans la vague de réformes engagées durant un règne de 60 ans- imposa un unique Panthéon à son peuple. Celui-ci consistait d'une trinité, dirigée par Armazi, dieu de la Lune et dieu des Dieux, variante probable de l'Arma hittite. Il était suivi de ses deux fidèles, Gatsi et Gaïm, réputés pour correspondre aux Attis et Cybèle des croyances anatoliennes. Puis venaient les divinités inférieures : Dali, déesse de la Chasse et de la Fertilité, Otchopintre, dieu des Forêts et du Vin… Et finalement les héros, tel qu'Amirani, l'équivalent géorgien du Prométhée grec.

De grands bouleversements se produisirent au IVe siècle de notre ère. À l'époque, le roi Mirvan III d'Ibérie se convertit au christianisme et abandonna les divinités païennes. Le peuple fut plus réservé : des éléments polythéistes de coutume furent introduits dans la religion chrétienne pour encourager à la conversion. Ainsi, Armazi disparut mais laissa place à Saint Georges de Lydda, saint protecteur de la Géorgie depuis le Moyen Âge (célébration encore accompagnée de sacrifices animaux dans certaines régions montagneuses du pays).

Religions actuelles[modifier | modifier le code]

Christianisme[modifier | modifier le code]

Le christianisme est la principale religion de la Géorgie depuis des siècles : aujourd'hui, 88,6 % de la population géorgienne est chrétienne. La nation géorgienne est considérée comme la troisième à avoir adopté cette religion comme religion d'État, les deux premières étant l'Arménie et l'Éthiopie. Les chrétiens furent souvent persécutés par les différentes autorités dominatrices du Caucase. Durant les premiers siècles les Sassanides imposaient déjà les règles du zoroastrisme en Ibérie, persécutant ceux qui refusaient de se soumettre. Durant le Haut Moyen Âge, les Arabes firent de nombreux martyrs parmi la population et la noblesse du pays. Du XVIe au XVIIIe siècle, les Turcs et les Perses firent de même. Plus récemment, les Soviétiques ordonnèrent la fermeture de 1 500 églises pour les seules années 1920.

Orthodoxie[modifier | modifier le code]

Cathédrale Samebà de Tbilissi, siège du patriarcat depuis 2006

83,9 % de la population relèvent de l'Église apostolique de Géorgie, autocéphale depuis 486 et dirigée depuis le par le Catholicos-Patriarche Ilia II, Archevêque de Mtskheta et de Tbilissi.

La Constitution de Géorgie, adoptée en août 1995, définit le rôle particulier de l'Église orthodoxe dans la vie nationale, mais garantit l'indépendance de l'État vis-à-vis de l'Église : un accord fut signé en 2002 entre le président Edouard Chevardnadze et le Patriarche Ilia II, officialisant les relations entre les deux entités.

Depuis la révolution des roses, le poids de l'Église orthodoxe de Géorgie sur les gouvernements successifs s'est accru : aucune des réformes sociétales envisagées n'a en définitive été mise en œuvre. Au-delà du pouvoir spirituel, elle constitue un pouvoir temporel dont le financement est généralement considéré comme peu transparent[2].

Il existe par ailleurs des fidèles de l'Église orthodoxe russe sur le territoire géorgien.

Orthodoxie sur les territoires séparatistes[modifier | modifier le code]

Dans les provinces séparatistes de Géorgie, les populations sont également à majorité chrétienne. Toutefois, des entités religieuses « dissidentes » occupent les sièges spirituels des républiques autoproclamées. Ainsi, existent une Éparchie d'Abkhazie, non-reconnue par Constantinople, de même qu'une Éparchie d'Alanie, dépendante de l'Église orthodoxe de Grèce - Saint-Synode en résistance, en Ossétie du Sud.

Église apostolique arménienne[modifier | modifier le code]

Ses fidèles représentent 3,9 % de la population du territoire géorgien.

Catholicisme romain[modifier | modifier le code]

L'Église catholique romaine du Caucase, regroupant les paroisses d'Arménie et de Géorgie, compte 35 000 fidèles. Depuis 2007, les Sœurs françaises de Sainte-Nino, appartenant à la congrégation de Sainte-Chrétienne, se sont installées à Akhaltsikhé[3]. Les catholiques romains représentent 0,8 % de la population, principalement situés dans le sud du pays.

Communauté grecque-catholique[modifier | modifier le code]

La communauté grecque-catholique géorgienne compte environ 500 fidèles, autour de la ville de Gori.

Protestantisme[modifier | modifier le code]

Il existe également de petites communautés protestantes, ainsi que des Témoins de Jéhovah, interdits en Abkhazie.

Islam[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Islam en Géorgie.
La seule mosquée subsistante à Tbilissi

Les musulmans représentent aujourd'hui 9,9 % de la population géorgienne, composant ainsi la seconde religion après le christianisme orthodoxe.

La répartition de l'islam en Géorgie est inégale, la majorité de ses fidèles se situant dans la République autonome d'Adjarie, où ils représentent 30 % de la population, contre 64 % de chrétiens. Dans cette région, gouvernée de 1991 à 2004 par un dirigeant musulman (Aslan Abachidze), les « musulmans géorgiens » (comme ils sont surnommés) sont principalement sunnites, en raison de l'activité des missionnaires turcs. En effet, l'Adjarie embrassa l'islam dès la mi-XVe siècle, quand elle fut intégrée dans l'Empire ottoman -de concert avec la Géorgie occidentale- ; une mosquée délimite sur la côte de la mer Noire la frontière entre la République autonome d'Adjarie et la Turquie.

Il existe des minorités de musulmans sunnites

Minbar d'une mosquée de Batoumi

Les autres musulmans de Géorgie, chiites pour la plupart, se trouvent en Géorgie orientale, en Kvemo Kartli où les Azéris se sont islamisés depuis les invasions séfévides du XVIIe siècle.

En 1991, lors du retour à l'indépendance, la politique nationaliste du chef d'État géorgien Zviad Gamsakhourdia défavorise les musulmans, malgré leur présence ancienne sur le territoire géorgien et malgré la tradition de tolérance observée tout au long de l'histoire ; la citoyenneté géorgienne n'est pas garantie aux non-fidèles de l'Église orthodoxe de Géorgie (principe de la « Géorgie aux Géorgiens ») et une vague d'émigration se déclenche, notamment vers la Russie, faisant baisser la population musulmane géorgienne de 12 % à moins de 10 %. Sous la présidence d'Edouard Chevardnadze (1992-2003), le Catholicossat-patriarcat de Géorgie engage une politique de conversion encouragée par le gouvernement. À partir de 2004, le président Mikheil Saakachvili rompt avec la culture laïque et change les symboles nationaux comme le nouveau drapeau, « drapeau aux cinq croix » qui tire ses origines des Croisades et du règne du roi Vakhtang Ier Gorgassali (Ve siècle) (considéré comme saint par les orthodoxes géorgiens).

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Judaïsme en Géorgie.

Le judaïsme en Géorgie est aujourd'hui, avec ses quelque 10 000 membres (dont 3 000 pratiquants), la plus faible des trois religions monothéistes présentes. Il a pour origine deux vagues d'émigration du peuple d'Israël vers la région de Mtskheta au VIe siècle av. J.-C. et au Ier siècle, et a compté plus de 100 000 membres.

Si la communauté juive a bénéficié tout au long de l'histoire de la tolérance des monarchies et des clercs, ainsi que de l'opinion publique, « Les chartes des siècles ultérieurs qui définiront le statut juridique des Juifs géorgiens, ne contiendront pas de traces de discrimination religieuse, sociale, politique ou autres à leur égard »[4], elle a subi les aléas des différentes invasions, arabe, mongole, turque, persane et russe, comme les autres populations géorgiennes. Cette tolérance a permis d'éviter tout pogrom, même si les périodes de tension n'ont pas manqué.

Dès les premiers craquements de l'URSS, le 6 août 1969, les Juifs géorgiens ont pris l'initiative d'une lettre aux Nations unies pour alerter la communauté internationale et demander le droit au retour en Israël. L'ouverture des frontières, la guerre civile et les difficultés économiques de la décennie 1990 ont encouragé 90% d'entre eux à l'émigration. Après 2600 ans de présence juive, les synagogues de Koutaïssi, Tbilissi et Oni accueillent aujourd'hui les derniers fidèles.

Pluralisme religieux[modifier | modifier le code]

L'article 19 de la Constitution de la République de Géorgie garantit la liberté de croyance et de religion, mais seule l'Église orthodoxe de Géorgie a eu jusqu'en 2011 une existence légale (Concordat avec l'État de 2002).

L'amendement voté par le Parlement le 5 juillet 2011[5] permet aux autres religions de formuler une demande d'enregistrement : si 4 minorités religieuses en ont fait immédiatement la demande[6], elles étaient 52 à la fin 2014 dont 4 se réclamant de l'islam, 3 du catholicisme, 2 du judaïsme, 2 du protestantisme (Luthériens et Évangélistes Baptistes) et 1 du yézidisme[7]. Le texte initial de l'amendement, finalement repoussé, mentionnait précisément l'Église catholique romaine, l'Islam en Géorgie, le Judaïsme en Géorgie, l'Église apostolique arménienne et l'Église Évangéliste Baptiste, ce qui aurait constitué une reconnaissance de jure des minorités religieuses liées à l'histoire du pays.

Les réserves apportées par l'Église orthodoxe de Géorgie à l'évolution vers le pluralisme religieux et vers la laïcisation de la société civile en Géorgie rejoignent celles de l'Église orthodoxe de Russie en Russie, à laquelle elle est liée par des liens de proximité datant du XXe siècle[8]: elle considére que son statut privilégié vis-à-vis de l'État ne peut être remis en cause[9], en particulier l'exemption d'impôts sur les ressources financières[10].

Devant les pressions internationales (Cour européenne des droits de l'homme en particulier), une agence gouvernementale des Affaires religieuses a été créée en février 2014, avec pour objectif la coordination de la politique gouvernementale en termes religieux (éducation, propriété, financement, ...). Le rapport annuel de 2014 du Département d'État des États-Unis n'en demeure néanmoins pas très critique[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Grigol Peradze, « L'activité littéraire des moines géorgiens au monastère d'Iviron au Mont Athos », Revue d'histoire ecclésiastique, Paris, 1927.
  • Grigol Peradze, Les monuments liturgiques prébyzantins en langue géorgienne, Le Museon, Louvain, 1932.
  • Collectif dont Élie Mélia, Quatre approches différentes de la Bible, juive, catholique, orthodoxe, protestante, Éditions Beyaert, Bruges, 1966.
  • Collectif dont Élie Mélia, Unité des Églises dans leur union commune au Christ, Académie internationale des sciences religieuses. Éditions ISTINA, Paris, 1967.
  • Georges Charachidzé, Dictionnaire des mythologies et des religions des sociétés traditionnelles et du monde antique : « la Géorgie. La religion et les mythes des Géorgiens de la montagne » . Éditeur Yves Bonnefoy, Flammarion, Paris, 1981.
  • Revue d'éthique et de théologie Numéro 141, Églises et Droits de l'homme, collectif dont Élie Mélia. Éditions du Cerf, Paris, 1982.
  • Collectif dont Élie Mélia, Conseil Œcuménique des Églises, L'Assemblée de Vancouver, Éditions ISTINA, Paris, 1984.
  • B. Dupuy, « L'archimandrite Grigol Péradzé (1899-1942) », Revue du Centre d'études ISTINA, Paris, 1954, ISSN 0021-2423 : INIST-CNRS Cote INIST 1642, 1990.
  • Le Père Élie Mélia (1915-1989), Revue du centre d'études ISTINA, Paris, 1954, ISSN 0021-2423 : A. Kniazeff, INIST-CNRS cote INIST 1642, 1990.
  • Collectif, Histoire du christianisme, tome 3, pages 1169 à 1239 : L'Église dans le monde géorgien de Bernadette Martin-Hisard. Éditions Desclée - Mame, Paris, 1998. ISBN 2- 7189-0633-2.
  • Collectif, Histoire du christianisme, tome 4, pages 549 à 603 : « L'Église dans le monde géorgien (612-1054) » de Bernadette Martin-Hisard. Éditions Desclée - Mame, Paris, 2000. ISBN 2-7189-0614-6.
  • Georges Charachidzé, Le système religieux de la Géorgie païenne, Éditions la Découverte et Syros, Paris, 2001.
  • Marina Guiorgadzé, Bernard Outtier, Marie-Joseph Pierre, Bernard Pouderon, Apologie, d'Aristide : Éditions du Cerf, Collection Sources Chrétiennes, Paris, 2003. ISBN 2-204-06734-2.
  • Archimandrite Gabriel, Fol-en-Christ de Géorgie (1929 -1995), traduit par Kétévan Dushuashvili. Éditions du Monastère orthodoxe serbe Saints Clair et Maurin, Lectourne, 2006.
  • Bayram Balci et Raoul Motika, Religion et politique dans le Caucase post-soviétique. Les traditions réinventées à l'épreuve des influences extérieures, Institut Français d'Études Anatoliennes, Maisonneuve et Larose, Paris, 2007. ISBN 978-2-7068-1967-4.
  • Bidzina Tcholokachvili, Le martyre des enfants de Kola, Éditions Mare et Martin, 2007. ISBN 978-2-84934-039-4.

Références[modifier | modifier le code]