Religion en Albanie

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Les principales religions en Albanie sont l'islam et le christianisme. Cependant, les Albanais sont avant tout un peuple nationaliste[1]. Le recensement de 2011 relevait 58.8% de la population se déclarant d'appartenance religieuse musulmane, 10% catholique et 6.8% chrétiens orthodoxe.

Toutefois, bon nombre d'Albanais se disent musulmans ou chrétiens seulement en raison de leurs origines s'ils portent un nom de famille musulman ou chrétien ou s'ils viennent d'une région à majorité musulmane ou chrétienne, même s'il y compte très peu de pratiquants[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Le christianisme a été introduit au Ier siècle aux populations du territoire correspondant à l’Albanie par saint Paul (Shën Pali) qui passa en Dalmatie et à Illyricum (Albanie actuelle du nord et centrale) et par l’apôtre André qui prêcha en Épire (Albanie actuelle du sud). Dans son écrit Épître aux Romains, saint Paul dit « J'ai donc propagé la parole du Christ par tous les chemins de Jérusalem » à Illyricum[3]. Saint Jérôme (ou Jérôme de Stridon), illyrien de Dalmatie, confirmera explicitement que saint Paul a prêché la parole du Christ en Illyricum.

Il existe une petite communauté juive en Albanie depuis l’Antiquité, à en juger d’après les restes de synagogues découvertes à Sarandë et Vlorë. Il en subsiste aujourd’hui à peu près 150 représentants. Le premier évêché, avec siège à Durrës, date de 58 apr. J.-C ; d’autres s’établirent à Apollonie, Buthrotum (aujourd’hui Butrint) et Shkodër. Pour le IVe siècle, onze évêchés sont relevés dans les limites de l’Albanie actuelle qui étaient essentiellement répartis sur le littoral urbain gréco-romain et en particulier le long des voies romaines, l’intérieur semi-autonome continuant à pratiquer un culte polythéiste (dont les dieux : En, Perëndi, Prende, Shurdhi, Verbti/Rrmoria, Medaure)[4]. Le long de la via Egnatia se sont bâties des basiliques notamment à Elbasan, Pogradec et Ohrid[4].

Divisions médiévales[modifier | modifier le code]

Après la scission définitive de l’Empire romain en Occident et Orient en 395, l’Albanie fut dès lors administrée par Byzance mais restait sous la dépendance de la papauté de Rome. Toutefois, en 732, l’empereur Léon III l’Isaurien, fâché contre les archevêques illyriens pour avoir soutenu la condamnation papale lors du premier iconoclasme, répondit en détachant de Rome les évêchés grécophones d’Illyrie et de l’ouest de la Grèce actuelle pour les rattacher au patriarcat de Constantinople. Aux IXe et Xe siècles, après la pause slave, la fondation d’évêchés reprend, dynamisée par une lutte d’influences entre, d’une part, Constantinople et son Église byzantine et, d’autre part, l’Empire bulgare et son Église cyrillique[4]. Cette concurrence conduit à une christianisation sur des zones non touchées jusqu’alors, mais la destruction de l’Empire bulgare par l’empereur byzantin Basile II, en 1019, met fin cependant à l’influence du cyrillisme[4]. À partir de cette date, les diocèses orthodoxes albanais devinrent suffragants de l’archévêché autonome d’Ohrid avant le rétablissement des métropolitanats de Dyrrhachion et de Nicopolis, après lequel seuls les diocèses centraux (Elbasan, Krujë) restèrent sous la dépendance d’Ohrid. Dès 1000 l’Empire byzantin entreprit des missions dans cette région.

À la suite du schisme de 1054 entre Église catholique et Église byzantine, toute la partie nord de l’Albanie, y compris les zones de Durrës (ayant le rite catholique romain) jusqu’au nord du Kosovo actuel, au sud de la Serbie, et jusqu’au Bar et Kotor, repassa sous l’influence de l’Église catholique. Après la formation de la principauté de Dioclée, le métropolitanat de Bar fut créé en 1089 et les diocèses d’Albanie septentrionale (Shkodër, Ulcinj) devinrent ses suffragants. Néanmoins, on pouvait y trouver parfois quelques églises de rite byzantin. Cette division se décèle encore aujourd’hui dans la différence de styles de certains édifices construits à partir de cette date jusqu’à la période ottomane : roman au nord, byzantin au sud[4].

Jusqu’au XIIIeXIVe siècle et dans le courant du XVIe, l’influence vénitienne, la fondation de l’archidiocèse latin de Durrës et l’arivée des Franciscains (xiiie s.) vinrent renforcer le rattachement du Nord albanais à l’Église catholique, tandis que le Centre et le Sud de l’Albanie actuelle avaient gardé le rite byzantin. La séparation en Albanie de l’Église catholique de l’Église orthodoxe interviendra définitivement à l’occupation ottomane (fin XVe, début XVIe siècle) pour la zone de l’Albanie actuelle, alors que cette séparation était déjà amorcée dans la région de l’actuel Kosovo au contact de l’Église bulgare.

Albanie ottomane et contemporaine[modifier | modifier le code]

Religious Majority (Census 2011)
Muslims (Census 2011)
Catholics (Census 2011)
Orthodox (Census 2011)
Bektashi (Census 2011)

À l'occupation ottomane, les catholiques Albanais, assujettis au statut de dhimmi, étaient soumis à des impôts lourds, n'avaient pas droit de cité, et devaient mettre à la disposition du Sultan leurs enfants mâles pour nourrir l'armée turque dans ses batailles à l'Orient. Sous une forte pression économique, sociale et morale, presque la moitié de la population albanaise finit par se convertir extérieurement à la religion de l'Empire pour échapper juridiquement à ces fortes pressions, et à la guerre de l'Église orthodoxe contre l'Église catholique à laquelle les Albanais étaient attachés.

Cette conversion augmente vers le milieu du XVIIIe, mais de manière plus accentuée durant le XIXe siècle. Au début du XXe siècle on compte en Albanie des proportions quasi identiques entre les chrétiens et musulmans (47 % de chrétiens pour 53 % de musulmans[5]). La communauté musulmane albanaise prendra naissance sur le plan institutionnel en 1923 avec l'aide du roi Zog Ier[6]. Lors du Congrès organisé à cet effet (de 36 délégués, dont 7 députés), il fut demandé le remplacement de la langue arabe dans la liturgie par la langue albanaise, l'interdiction du voile et de la polygamie, la séparation du califat, etc.[7]. Le Conseil supérieur de la charia devrait être d'ethnie albanaise.

La communauté bektachi, un courant musulman libéral, fut créée une année avant en 1922. La population musulmane appartenant au bektâchîsme, un ordre derviche soufi proche du chi’isme siégeant à Tirana qui se veut une religion à part, est bien trop petite pour être prise en compte, elle a donc été enregistrée sur une colonne à part par les chercheurs[8]. Il n'existe pas de chiffres officiels récents sur la population de la communautés bektachi. Les anciennes statistiques parlent de 150 000 (Kingsley, 1994, p. 85) à 200 000 ménages[9] (Tomor, 1994) (statistiques de 1912 et 1967). Les bektachi représentent environ 15 % de la population albanaise[9] soit 425 000 individus

Après la rupture avec l'Union soviétique en 1961, les conseillers chinois remplacent les experts soviétiques et toute pratique religieuse est interdite en 1967 par le régime communiste[10]. Enver Hoxha, qui l’a dirigé jusqu’en 1985, avait déclaré l’Albanie pays athée. À la veille de la chute du communisme, en novembre 1990, le retour à la foi et à sa pratique ont été à nouveau autorisés.

Dans les années 1990, l’Albanie est devenue un terrain à conquérir par des groupes religieux nouveaux : Églises évangéliques, Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, Témoins de Jéhovah et musulmanes comme les chiites, salafistes et d'autres confréries musulmanes comme le soufisme.

De nombreux prêtres et missionnaires italiens se rendent en Albanie et de jeunes Albanais ayant la vocation partent étudier dans les séminaires outre-Adriatique. L'Université catholique Mère Teresa, projet piloté par le cardinal italien Pio Laghi, a été inaugurée en 2005 à Tirana.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=413
  2. http://etudesbalkaniques.revues.org/127
  3. « Le Nouveau Testament, Epitre aux Romains, Epilogue, Le ministère de Paul », dans La Bible de Jérusalem (traduite en français sous la direction de l'École biblique de Jérusalem), Editions du Cerf, , p. 1915.
  4. a, b, c, d et e Collectif, Le Petit Futé Albanie 2012-2013, 3e éd., Paris, Nouvelles Éditions de l'Université, 2012, p. 33.
  5. E. Barbarich, Albanie, Rome, Enrico Voghera ed., 1905.
  6. Ali Basha, Islami në Shqipëri gjatë shekujve, Tiranë 2000
  7. Kongresi i Muslimanëve në Shqipëri: çështja e kalifatit dhe reformat islamike në Oriente Moderno 2, 1922-1923.
  8. (fr) « Tomor, plongée au cœur d’un pèlerinage musulman », Hugo Berriat, Ijsberg Magazine, 8 octobre 2014
  9. a et b Center for Documentation and Information on Minorities in Europe - Southeast Europe (CEDIME-SE) MINORITIES IN SOUTHEAST EUROPE, Bektashis of Albania
  10. Albanie: le pape à la rencontre d'un catholicisme de résistance