Bataille de La Roullière

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Bataille de La Roullière
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Charette au combat, illustration de Louis Bombled, 1895.
Informations générales
Date
Lieu Les Sorinières
Issue Victoire vendéenne
Belligérants
Drapeau de la France République françaiseDrapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Commandants
Maximilien JacobFrançois Athanase Charette de La Contrie
Forces en présence
600 à 800 hommes[1],[2]800 à 2 000 hommes[1],[2]
Pertes
300 morts[3]Inconnues

Guerre de Vendée

Batailles

Coordonnées 47° 08′ 24,3″ nord, 1° 30′ 56,6″ ouest
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La bataille de La Roullière a lieu le lors de la guerre de Vendée. Elle s'achève par la victoire des Vendéens qui prennent d'assaut le camp républicain de La Roullière, dans la commune des Sorinières.

Prélude[modifier | modifier le code]

Le 8 ou le 9 mai 1794, le camp de La Roullière est établi non loin du château du même nom, près des Sorinières, au sud de Nantes, par le général Joseph Crouzat, sur ordre du général en chef Turreau[4]. Son objectif est alors de protéger le ravitaillement en blé et les convois en provenance de Port-Saint-Père, Machecoul, Challans et Montaigu à destination de Nantes[1],[4]. Rapidement, Crouzat organise plusieurs expéditions depuis ce camp[5]. Le 10 mai, il saisit pains, chevaux et bestiaux à Vertou et au Planty[5]. Les 17 et 18, il fait brûler les moulins et les fours de Château-Thébaud et du Bignon[5]. Quelques jours plus tard, il incendie Geneston[5]. Le 12 juin, il mène une expédition avec trois colonnes sur les deux rives de la Sèvre et du Maine, où il brûle dix moulins, coule sept bateaux, détruit des villages et revendique la mort d'une « centaine de brigands »[5]. Le 22 juin, il détruit les fours et les moulins du bourg de Monnières[6]. Début juillet, il fouille la forêt de la Freudière et la région entre le Lac de Grand-Lieu et le bourg de Basse-Goulaine[6]. Lors de ces expéditions, des habitants, hommes, femmes et enfants, sont faits prisonniers et envoyés par dizaines sur Nantes[5].

Crouzat est relevé de son commandement le 29 juillet puis il destitué le 4 août en raison de son implication dans les colonnes infernales[7]. Il est remplacé par le général de brigade Maximilien Henri Nicolas Jacob[7], arrivé au camp de La Roullière le 27 juillet[8].

Pendant l'été, le général en chef de l'Armée de l'Ouest Thomas Alexandre Dumas fait une tournée d'inspection des camps et note l'état déplorable dans lequel les troupes sont maintenues : « Les troupes sont en général mal armées, mal habillées, le service se fait mal, les postes ne se surveillent point. Je suis entré au camp de Chiché à Onze heures du soir sans être reconnu »[1]. Auparavant, Jacob avait écrit le 7 août à Vimeux, le prédécesseur de Dumas, n'avoir que « peu d'armes en bon état »[1].

De son côté, après avoir établi son quartier-général à Belleville-sur-Vie, le général vendéen Charette décide d'attaquer le camp de La Roullière[1], probablement dans le but de mettre fin aux pillages et aux destructions qui risquent de laisser une partie de ses troupes sans subsistances[9]. Une première tentative, effectuée par un de ses officiers, Pierre Rezeau[10], échoue le 2 septembre lors du combat des Bauches[1]. Charette quitte quant à lui Belleville le 7 septembre et installe son bivouac au village de La Sauvagère, dans les landes de Bouaine, près de Vieillevigne[11],[10], afin d'attendre les renforts de ses divisions[1]. Cependant, peu de forces viennent le rejoindre[1].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

D'après Crouzat, le camp de La Roullière dispose de 1 500 hommes à la date du 5 juin, puis de 5 794 le 23[12]. Le 7 août, Jacob déclare n'avoir que 500 hommes[1]. Dans son rapport rédigé le 10 septembre au Comité de salut public, le représentant en mission Pierre-Joseph Lion écrit que, d'après les indications de Jacob, au moment de l'attaque le camp de la Roullière disposait de 620 hommes armés et d'environ 200 de la réquisition sans armes[1],[8],[13],[14]. Le maréchal des logis Chapuis écrit pour sa part dans une lettre à sa mère le 11 septembre[10], que la garnison était encore de 1 700 hommes au matin de l'attaque, mais que 1 100 avaient ensuite été détachés pour être envoyés à Montaigu et qu'il ne restait plus que 600 hommes à La Roullière, dont 300 sans armes « tous des nouvelles levées du Berry, une partie malade », tandis que « presque tous les officiers étoient à la comédie à Nantes »[1]. Le général Jacob n'arrive au camp que peu de temps avant le début des combats « en joyeuse compagnie de dames nantaises »[1],[15]. D'après le rapport de Lion, lorsque le camp a été surpris, la plupart de ses officiers étaient à Nantes et Jacob ne venait lui-même « que d'en arriver avec deux concubines qu'il avait dans sa tente lorsque le camp a été attaqué »[13].

Les troupes républicaines sont constituées de volontaires du Berry[10],[11], de gardes nationaux nantais[11], de quelques hussards[13], de 112 hommes d'un bataillon de volontaires de la réserve[1] et de 280 hommes du 7e bataillon de volontaires de Paris[1], partis de Montaigu[16],[15] et arrivés à La Roullière seulement une demi-heure ou une heure avant le combat[16],[3],[15].

Les forces vendéennes sont quant à elles de 800 hommes, dont 120 à 130 cavaliers, selon le représentant Lion[1] et de 3 000 hommes d'après Barbier[1], officier du 7e bataillon de volontaires de Paris[17],[16]. Les sources royalistes ne donnent pas d'estimations mais s'accordent sur le « petit nombre » des hommes de l'armée de Charette[1]. L'historien Lionel Dumarcet donne une estimation de 1 500 à 2 000 hommes[2]. La troupe est constituée de la division du Pays de Retz, commandée par Delaunay en l'absence de Guérin, de la division de Vieillevigne, commandée par Du Lac ou Duluc, de deux compagnies de chasseurs commandés par Le Moëlle et d'une cavalerie commandée par Prudent de La Robrie[11].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le 8 septembre[A 1], à onze heures du matin, les Vendéens se mettent en route et arrivent cinq heures plus tard au village du Taillis, au sud de la Roullière[11]. Malgré la faiblesse de ses forces, Charette décide de lancer l'assaut[1]. Il fait une courte harangue, affirmant que le camp n'est défendu que par des « Nantais et des pantalons de soie aux portefeuilles bien garnis »[A 2], et promet que « tout le butin » ira à ses hommes[1]. De l'eau-de-vie est distribuée pour donner du courage aux combattants[1].

Dissimulés derrières les haies, les Vendéens s'approchent silencieusement du camp de La Roullière, sans donner l'alerte[1],[11]. Des soldats isolés trouvés dans les vignes[11] et les sentinelles des trois premiers avant-postes sont tués à l'arme blanche[1],[11]. À quatre heures et demie, les Vendéens font irruption dans le camp sans avoir tiré un coup de feu[1],[11]. Les républicains sont complètement pris par surprise et beaucoup sont tués ou prennent la fuite avant de pouvoir se saisir de leurs armes, en faisceaux[1],[17]. Les 112 hommes du bataillon de réserve, tenant la droite du camp, s'enfuient sans opposer la moindre résistance[1],[10].

Les républicains se replient en déroute en direction de Nantes[3]. Seules quelques troupes, dont le 7e bataillon de Paris, opposent une certaine résistance pour couvrir la retraite[A 3],[1]. Les cavaliers vendéens mènent alors une charge, peut-être déguisés en hussards, ce qui aurait surpris les fantassins républicains[A 4][1],[17]. La déroute devient alors totale et les fuyards sont sabrés jusqu'aux abords de Nantes[1].

Le général Boucret, commandant de la place de Nantes, sort alors de la ville avec un bataillon de la Haute-Sarre et 100 cavaliers[13]. Il rallie Jacob et une partie des fuyards et propose de lancer une contre-attaque, ce que Jacob refuse, car ses troupes n'ont plus de munitions[13]. Les républicains se replient alors sur Nantes[13].

Pertes[modifier | modifier le code]

Le lendemain des combats, le Comité de surveillance de la société populaire de Nantes écrit[A 5] au Comité de salut public et au Comité de sûreté générale que 300 hommes ont été tués lors de l'attaque du camp[20]. Dans son rapport[A 6] adressé au Comité de salut public le 10 septembre, le représentant en mission Lion indique également que les pertes républicaines sont d'environ 300 hommes d'après Jacob[13],[14],[15]. Dans une lettre adressée à sa mère, Chapuis[A 7], maréchal des logis au 7e bataillon de Paris, évoque au moins 200 tués[21],[1]. Dans un autre courrier, Barbier[A 8] affirme que le 7e bataillon de volontaires de Paris déplore 70 tués sur un effectif de 280 hommes et que l'hôpital regorge de blessés[1],[3],[16],[15]. Dans ses mémoires[A 9], l'officier vendéen Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière écrit que : « Ce ne fut qu'une boucherie jusqu'aux portes de Nantes »[3].

D'après le maréchal des logis Chapuis, les républicains perdent également deux barriques de cartouches que le général n'a pas voulu faire distribuer le matin, 600 fusils et 15 paires de bœufs[1],[3].

Le bilan des pertes vendéennes est inconnu, mais il est nettement inférieur[3].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Après leur victoire, les Vendéens mettent le feu aux tentes du camp, renversent l'arbre de la liberté, et s'en retournent dès le lendemain à Belleville-sur-Vie[1],[3],[A 10].

Le général Jacob parvient à s'enfuir, ainsi que ses « dames nantaises », mais il est dénoncé au Comité de salut public par la société de Saint-Vincent-la-Montagne[3]. Le 11 octobre, il est suspendu et mis aux arrêts sur ordres des représentants en mission Dornier, Guyardin et Auger « considérant qu'il résulte des renseignements acquis que la cause première et principale de cet échec est la négligence du général Jacob, qui commande le camp, son absence fréquente et presque habituelle de son poste, pour se livrer à la dissipation et aux plaisirs dans la ville de Nantes »[3],[15]. Il reste 18 mois et 20 jours en prison sans être jugé[3]. Finalement, sur recommandation du général Canclaux, le Ministre de la guerre Aubert du Bayet lève sa suspension le 14 ou le 17 mars 1796 et l'autorise à prendre sa retraite, bien qu'il ne soit alors âgé que de 30 ans[3],[15]. Cependant Jacob se compromet dans l'affaire du camp de Grenelle, lors de la conjuration des Égaux, animée par Gracchus Babeuf[3]. Condamné à mort, il est fusillé le 9 octobre 1796[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Certains auteurs, comme René Bittard des Portes, Charles-Louis Chassin, Émile Gabory et Françoise Kermina placent le combat au 6 ou au 7 septembre sans en préciser la raison[10],[18]. Cependant pour Lionel Dumarcet et Simone Loidreau, les rapports républicains fixent clairement la date du combat au 22 fructidor, soit le 8 septembre[10],[4].
  2. Le Bouvier-Desmortiers et Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière rapportent la même citation, mais le premier parle de Berrichons, que le second remplace par des Nantais[10],[11]. La présence Berrichons est attestée par la lettre du maréchal des logis Chapuis[10].
  3. Selon Le Bouvier-Desmortiers et Lucas de La Championnière, les républicains reçoivent des renforts par la route de Montaigu qui opposent une vive résistance avant d'être détruits par la cavalerie de Charette[1]. Pour René Bittard des Portes, cette troupe est constituée d'un bataillon de la Haute-Saône et de 100 cavaliers[10]. Cependant pour l'historien Lionel Dumarcet, il s'agit plutôt du 7e bataillon de Paris[1].
  4. Cette hypothèse est réfutée par l'auteur royaliste René Bittard des Portes, mais est confirmée par le rapport du représentant Lion et le témoignage de Barbier[1]. Lucas de La Championnière affirme quant à lui que les cavaliers républicains barrèrent la route aux fuyards pour les empêcher de fuir, laissant ainsi le temps aux cavaliers vendéens de les rattraper et de les charger[17],[19].
  5. « Hier, à cinq heures du soir, les brigands, commandés par Charette, Couetus et Rossignol, ont surpris le camp de la Boullière, après avoir égorgé les avant-postes. Trois cents hommes ont été tués. La cavalerie des brigands, forte de cinq à six cents hommes bien montés et la plupart portant l'uniforme de hussards, a fait toute la besogne.

    Citoyens représentans, faites que nous n'ayons plus la douleur d'entendre dire que les malheurs qui menacent la République n'arrivent que par la malveillance, l'impéritie, la négligence et tant d'autres vices qui suivent les généraux jusque sous la tente. Nous reprocherons toujours avec justice à la plupart de ceux qui sont venus dans la Vendée, d'avoir trompé la confiance nationale en se chargeant d'une mission qu'ils n'étaient pas dignes de remplir[20]. »

    — Rapport du comité de surveillance de la société populaire de Nantes, au Comité de salut public et au Comité de sûreté générale.

  6. « Citoyens collègues. Un courrier extraordinaire que je vous envoyai l'avant-dernière nuit vous a annoncé la fâcheuse nouvelle de la prise du camp de la Roullière. Je dois vous faire part de ce que j'ai pu recueillir dans la journée d'hier sur ce fâcheux événement.

    Selon l'exposé du général Jacob, il avait pour la défense de son camp 620 hommes armés et environ 200 hommes de la première réquisition non armés ; il assure qu'il a été attaqué par environ 800 hommes, dont 120 à 130 hommes de cavalerie étaient habillés du même uniforme que quelques hussards que le général Jacob avait dans son camp. C'est à la faveur de ce déguisement qu'il dit avoir été surpris. Environ 112 hommes de 25e bataillon de la réserve tenaient la droite de son camp ; ils ont été mis en déroute à l'approche de l'ennemi ; les trois premiers avant-postes ont été égorgés, sans tirer un coup de fusil ; la cavalerie ennemie a passé dans le camp, où la déroute s'est mise; quelques soldats ont voulu passer la Sèvre, et ont péri. Le général évalue sa perte à 300 hommes et s'est retiré en désordre sous les murs de Nantes.

    Dès qu'on eut connaissance de cet événement, le bataillon de la Haute-Sarre et cent hommes de cavalerie partirent de Nantes. Le général Boucret dit avoir proposé au général Jacob sur-le-champ, avec ce renfort, de faire l'attaque du camp qu'il avait abandonné. Il s'y refusa, la troupe qu'il avait ralliée n'avait pas de cartouches. Le général Jacob soutient que, pour se maintenir dans le poste où il a été attaqué, il lui faudrait 4 000 hommes. Le général Boucret, à qui j'ai demandé quel était l'état de la force armée de Nantes, assure que sa totalité n'excède pas 8 500 hommes et que, par les ouvriers et autres particuliers mis en réquisition, elle est réduite pour faire le service à 3 500 hommes qui sont de garde tous les trois jours, fournissant chaque jour 950 hommes dans la place.

    Le but du camp de la Roullière était de protéger la récolte, de favoriser l'escorte des convois de Montaigu, Port-Saint-Père, Challans et Machecoul. Il y a lieu de craindre que les brigands ne se soient portés sur Montaigu, avec lequel toute communication est interceptée ; il est à craindre que ce poste ne manque d'approvisionnements ; il tirait de Nantes au moins trois fois par décade le pain nécessaire à la garnison. Nantes, qui assure n'avoir dans ses murs des subsistances que pour onze jours, espérait au contraire recevoir de Montaigu vingt voitures de blé qui avaient été requises par le citoyen Guilleraud, commissaire de l'agriculture et des arts.

    [...]

    Avant de quitter Nantes, je dois vous faire part des imputations qu'on fait au général Jacob : on assure que lorsque le camp a été surpris, la plupart de ses officiers étaient à Nantes et que lui-même ne venait que d'en arriver avec deux concubines qu'il avait dans sa tente lorsque le camp a été attaqué. Je n'ai point encore approfondi ce fait d'accusation, mais je me suis convaincu qu'il y a chaque jour dans Nantes un grand nombre d'officiers qui devraient être dans leurs corps respectifs. J'ai éveillé la surveillance de la municipalité sur cet objet, et elle occupée en ce moment à faire faire des recherches pour former un état de militaires qui sont à Nantes sans y être en activité de service et pour savoir d'eux le motif de leur séjour[13],[14]. »

    — Rapport du représentant en mission Lion, le 10 septembre 1794, à Nantes, au Comité de salut public.

  7. « Le 22 nous avons été témoins du plus triste spectacle. Voici le fait. A une lieu et demie de Nantes nous avions un camp composé de 1 700 hommes. Le matin, le général fit partir de ce camp 1 100 hommes des meilleures troupes pour aller à Montaigu à environ7 à 8 lieues de là. Il ne nous restait donc plus que 600 hommes, dont plus de trois cents étaient sans armes et tous des nouvelles levées du Berry qui étaient pour travailler aux retranchements du camp. Du reste une partie était malade. Dans la matinée on avait amené au camp deux barriques de cartouches. Les soldats demandèrent au général qu'il les fit distribuer, il s'y refusa en disant : Vous pouvez être tranquilles, en cas de besoin on vous les donnera. Deux heures après, les brigands arrivent au nombre de 400 hommes de cavalierie tombant en même temps sur les postes et sur le camp et mettent en déroute nos gens dont ils ont fait un grand carnage. La troupe n'a pas eu le temps de prendre les armes et ceux du Berry ont mis le désordre partout, avec cela presque tous les officiers étaient à la comédie à Nantes. Pendant cette malheureuse [] nous arrivâmes au moment où la déroute était complète et en approchant de la ville les volontaires étaient si épouvantés qu'ils nous tiraient dessus en se sauvant malgré que nous leurs crions de toutes nos forces « républicains ». Et sans les hussards du 11e régiment qui nous reconnurent, deux pièces de canon chargées à mitraille allaient nous balayer le long de la route. Puis lors le général nous ayant fait avancer distribue les chasseurs et le envoya à la découverte. Moi je partis avec dix hommes. Je fus le long de la route à chaque pas je rencontrai des cadavres étendus dans leur sang. Je trouvais un volontaire qui était couché dans un fossé et qui faisait le mort. Je fis mettre pied à terre à un hussard qui le pris avec son sabre avec pour le retourner. Le volontaire n'avait parlé mais quand il nous entendit dire que nous étions républicains il ouvrit les yeux et nous parla. Il y avait deux heures qu'il n'osait se montrer. Plus loin nous entrevîmes d'autres blessés qui s'en revenaient. Nous avons perdu plus de deux cents hommes et les brigands se sont emparés des effets du campement, de deux barriques de cartouches, de 600 fusils et ont mis le feu à plusieurs amas de blé et ont emmené quinze paires de bœufs. Maintenant ils occupent la route de Machecoul. Ils ont tué ce matin le courrier de Paris. Voilà une grande perte pour la République, je suis fâché de n'avoir pas eu une victoire au lieu d'une déroute à vous annoncer[21]. »

    — Lettre du maréchal des logis Chapuis, rédigée le 11 septembre 1794, à destination de sa mère, rue Charny, près de la porte Saint-Pierre, à Lyon

  8. « Entrés à Montaigu le 22 prairial nous en sortîmes le 22 fructidor après trois mois justes d'emprisonnement dans son maudit château. Nous allions au camp de la Roulière placé à deux lieues de Nantes sur la route de La Rochelle ; l'air retentissait de nos cris d'allégresse, la joie éclatait sur tous nos visages. Nous arrivons fatigués d'une route de six lieues faites par un mauvais temps dont notre gaité ne nous permettait pas de sentir l'incommodité. Déjà chacun se reposait sous sa nouvelle tente et commençait à gouter les douceurs du repos ; nous étions arrivés depuis une demi-heure, il était quatre heure et demie, nous nous réjouissions, insensés, et cependant la mort d'un vol affreux planant sur nos têtes comptait avec une joie féroce les victimes qu'elle allait frapper. Frémissez d'avance et gardez quelques larmes pour les mânes de nos malheureux frères. Déjà nos postes sont égorgés ; et trois mille brigands, quoiqu'on dise qu'ils n'existent plus, surprennent le camp plongé dans la plus grande sécurité. Les balles sifflent de toutes parts, le sang coule, on n'a pas le temps de courir à ses armes, tout fuit, l'arbre sacré de la liberté tombe sous une hache impie, et le fer ennemi moissonne nos meilleurs soldats ; le feu dévore nos tentes et un immense amas de blé destiné à la subsistance du camp. Une cavalerie nombreuse portant l'uniforme républicain s'avance sur nous tandis que nous soutenions la retraite contre l'infanterie des rebelles. Trompés par ce déguisement funeste et prenant pour nos hussards les cavaliers de l'infâme Charrette, nous les conjurons de charger l'ennemi : nous prononcions notre arrêt, ils chargent en effet. Cent sabres s'abaissant tour-à-tour sur nos têtes et guidés par leurs mains cruelles et fatiguées de carnage font couler les flots du sang du sang républicain, la route est jonchée de cadavres. Je me vois moi-même poursuivi par un cavalier ennemi qui en avait déjà haché huit ou dix et qui venant sur moi criait — Ah foutre en voilà un qui a des épaulettes, il doit avoir de l'argent, il est à portée de moi. Il lève son sabre en criant : Vive le roi, sacré patau, fous moi à la guillotine. J'esquive le coup et cherche à sauter un fossé plein d'eau. Je le franchis mais un de mes pistolets tombe dedans ; il m'était bien permis dans une pareille occasion de l'abandonner, mais j'étais révolté de l'idée de laisse des armes à de pareils scélérats. Je me jette dans le fossé assez profond et je cherche de la main mon pistolet dans l'eau. Cependant le cavalier ennemi se penchant sur la droite et se baissant vers moi tachait de me fendre le visage que je tournais de son côté en observant tous ses mouvements et évitant tous ses coups. Enfin je sens mon pistolet, je le saisis et je le mets dans une de mes fontes. Je m'arme de l'autre et le tournant contre le brigand je lui ordonne en jurant de s'en aller. La peur d'une mort incertaine pour lui, vu l'incertitude où j'étais moi-même de l'attraper le rendis stupéfait. Je réitère, en jurant, mon ordre absolu d'un ton impérieux. Il fuit. Je ressaute par dessus le fossé et j'échappe ainsi à trois autres cavaliers qui venaient seconder leur camarade. Cependant mes yeux inquiets cherchaient mon père que je ne retrouvai que sous les murs de Nantes. Jamais les différentes actions où le bataillon s'est trouvé l'an passé ne lui ont couté tant de monde que cette malheureuse affaire. Sur deux cent quatre-vingts hommes, nombre auquel nous avait réduit la campagne dernière et les fatigues de celle-ci, nous avons à regretter soixante-dix morts et l'hôpital regorge de nos blessés. Tous nos effets sont perdus, il n'est pas un seul de [...] qui ait deux chemises. La caisse du bataillon est restée [...] mille francs dans les mains des brigands. Nous allons être recomplettés demain par des recrues et nous partirons pour Cherbourg incessamment[21],[15].` »

    — Lettre envoyée par Barbier, du 7e bataillon de volontaires de Paris, rédigée le 25 fructidor de l'an II (11 septembre 1794) aux Couëts et adressée à la citoyenne Barbier, de la section des Marchés à Paris, au numéro 45 rue aux Fers, à Paris.

  9. « Des troupes républicaines étaient campées près de Nantes, peu loin d'un village appelé la Roullière, et enlevaient de là les grains des environs. M. Charette commanda son rassemblement général et vint coucher près de la Lande de Bouaine pour les attaquer le lendemain. Ce jour, il était déjà fort tard et plusieurs divisions n'arrivaient pas. M. Charette se décida à attaquer avec les troupes qu'il avait, résolu, disait-il, à avoir la victoire ou une déroute complète. Nous étions rendus à quelque dislance du camp ; le Général fit apporter une barrique d'eau-de-vie à l'avant-garde et rappelant aux soldats leur ancienne bravoure, il leur dit pour harangue : « Mes amis, la victoire aujourd'hui ne sera pas difficile, vous n'aurez à faire qu'à des habitants de Nantes : ce sont des culottes de soie dont les portefeuilles sont bien sont biens garnis. » L'espoir du pillage et la vapeur de l'eau-de-vie firent l'effet qu'il en avait attendu. On demandait avec impatience le signal du combat pour empoigner une dizaine de républicains qui mangeaient des raisins dans une vigne dont nous n'étions séparés que par une haie. Après cette première expédition, nous courûmes de toutes nos forces vers le camp. Nous y entrâmes sans résistance, car il était mal gardé; beaucoup de fusils étaient en faisceaux en avant des tentes ; les républicains épouvantés n'avaient pas pris le temps de s'armer. Cependant un détachement venant par la route de Montaigu fit les plus grands efforts pour nous arracher la victoire. Nos soldats occupés à visiter les tentes ne tiraient plus, d'autres restaient cachés derrière la toile comme si elle eût pu les garantir ; je vis le moment où nous avions la déroute ; enfin à force de pousser et de crier, les paresseux et les pillards sortirent du camp et nous marchâmes au grand chemin où les républicains se rangeaient en bataille. Ils nous attendirent sans reculer jusqu'à la distance de 30 pas : je crus que pour la première fois nous allions en venir à la baïonnette, mais dans ce moment M. Charette arrivait avec le corps d'armée ; notre cavalerie fort nombreuse parut en même temps sur notre gauche ; dès lors la déroute fut décidée ; plusieurs cavaliers républicains essayèrent en vain de retenir leurs soldats ; en leur barrant la route, ils empêchaient de courir et ils donnèrent ainsi le temps aux nôtres d'arriver. Ce ne fut qu'une boucherie jusqu'aux portes de Nantes. Launay, qui commandait, ce jour-là, l'avant-garde, fit des prodiges de valeur. On mit le feu au camp et nous retournâmes le lendemain à Belleville[19]. »

    — Mémoires de Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière.

  10. D'après Jacques Crétineau-Joly[22], les Vendéens saisissent des papiers dans le camp de la Roullière et notamment un courrier signé par les représentants en missions Hentz et Garrau engageant les généraux à affamer le pays insurgé en saisissant les récoltes, tout en adoptant une attitude pacifique :

    « Vous chercherez par tous les moyens à désarmer les Brigands. Vous êtes autorisés à parler de pacification ; c'est le vœu du Comité. Les récoltes sont faites. Il faut donc endormir l'ennemi et tâcher de l'éloigner de ses chefs. Lorsque, par une attitude pacifique dans vos camps retranchés, vous aurez calmé la fureur des Brigands, vous pourrez tomber sur les greniers remplis de grains et affamer le pays. C'est aujourd'hui le seul moyen qui reste à la Patrie pour vaincre la Vendée[3],[23]. »

    Cependant pour l'historien Alain Gérard, Jacques Crétineau-Joly est un auteur de faux, « qui non seulement ne cite pas ses sources mais qui, selon la mode du temps, ne s'embarrasse pas d'en inventer, pourvu qu'elles fassent vrai »[24].

Références[modifier | modifier le code]

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  20. a et b Savary, t. IV, 1825, p. 110-111.
  21. a b et c Archives militaires de la guerre de Vendée conservées au Service historique de la Défense (Vincennes). SHD B 5/10-50
  22. Tabeur 2008, p. 200.
  23. Gras 1994, p. 144.
  24. Gérard 2013, p. 563.

Bibliographie[modifier | modifier le code]