Prisons de la Roquette

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Prisons de la Roquette

Les prisons de la Roquette (le pluriel est plus exact) étaient des établissements pénitentiaires situés à Paris, dans le XIe arrondissement, de part et d’autre de la rue de la Roquette. Ouvertes en 1830, elles sont définitivement fermées en 1974. Aujourd'hui, à l'emplacement de la petite Roquette se situe le square de la Roquette, le plus grand du 11e arrondissement. Cette prison a connu à sa direction Marie-Marguerite Vigorie, connue notamment pour être la première femme directrice de prison de France. Elle a été directrice de l'ENAP (École Nationale d'Administration Pénitentiaire) en 1945 dès son ouverture.

Histoire[modifier | modifier le code]

La naissance des prisons[modifier | modifier le code]

En 1826, sous Charles X, décision est prise de faire bâtir une prison destinée aux jeunes détenus. L’emplacement est trouvé non loin du cimetière du Père-Lachaise, au 143, rue de la Roquette, sur une partie des terrains de l’ancien couvent des Hospitalières de la Roquette, fermé à la Révolution française. L’architecte Lebas, également créateur de l’église Notre-Dame-de-Lorette, s’inspira des plans du panoptique de Jeremy Bentham. De forme hexagonale, la prison est inaugurée le 11 septembre 1830 et les Parisiens la baptisent vite « la Roquette ».

La même année, Louis-Philippe Ier s’alarme de l’accroissement du nombre de prisonniers à Paris, et décide à son tour de faire construire une prison à Paris (qui n’en compte déjà pas moins d’une douzaine). L’architecte Gau est désigné pour établir les plans de la nouvelle prison, et soumet son projet. Il est simple : un mur d’enceinte cernant un bâtiment carré, lui-même percé d’une cour centrale. Il marque là son désir de se différencier de la prison pour jeunes délinquants. Le contraste sera d’autant plus flagrant que la nouvelle maison d’arrêt sera construite sur un terrain faisant face du précédent centre pénitencier. Elle sera inaugurée le .

Alors que la construction de la deuxième prison était en cours depuis 1830, de vives protestations s’élèvent quant à l’enfermement des condamnés à mort en ces lieux. En effet, depuis 1832, la guillotine a été transférée de la place de Grève à la barrière d’Arcueil (ou barrière Saint-Jacques, sur l’emplacement actuel de la station de métro Saint-Jacques), au sud de Paris, et la distance entre la Roquette et la barrière Saint-Jacques est d’environ 5 kilomètres. Peut-on décemment infliger un tel trajet aux condamnés lors de leur dernier matin ?

La deuxième prison est inaugurée le , elle est conçue par l’architecte Louis-Hippolyte Lebas suivant le modèle panoptique. Elle occupe l’emplacement des 164-168, rue de la Roquette. Le même jour, quarante « paniers à salade » y transportent 187 prisonniers, transférés de la prison de Bicêtre.

Le nom exact du nouveau pénitencier est « Dépôt de condamnés ». C'est en effet là qu’attendront les futurs bagnards avant leur départ pour l’île de Ré, puis pour Cayenne ou Nouméa... Mais aussi, et surtout, c'est là que séjourneront les condamnés à mort. Et pour marquer la différence entre les deux prisons jumelles, les Parisiens leur attribuent des surnoms par rapport à la gravité des actes commis par leurs occupants respectifs : les vauriens sont logés à « la Petite Roquette », les assassins à « la Grande Roquette ».

La Grande Roquette devient le nouveau centre de la guillotine jusqu'à sa fermeture[modifier | modifier le code]

Les dalles qui accueillent les pieds de l'échafaud

Ce n’est que le qu’un nouveau décret modifie l’emplacement des exécutions parisiennes. On guillotine désormais à l'entrée de la Grande Roquette, dans la rue, que l'on appellera place de Roquette. Quelques jours plus tard, des maçons cassent le pavage de la rue et installent cinq dalles rigoureusement plates dans le sol. Ces dalles sont destinées à accueillir les pieds de la guillotine, d'où le nom d’« abbaye de cinq-pierres », trouvé par un facétieux pour désigner ce lieu. Trois semaines après le décret, le 16 décembre 1851, les portes de la prison s'ouvrent devant un assassin, Joseph Humblot, lequel n’a que vingt pas à faire pour se retrouver sur la bascule de la guillotine. Son bourreau se nomme Heidenreich. Le 17 juin 1872, Roch, successeur d'Heidenreich, exécute devant la prison, Moreux, assassin d'une prostituée, mais sans avoir recours à l'échaufaud, provoquant ainsi la colère de la foule qui ne voit guère que le sommet de « la Veuve ».

Soixante-neuf condamnés à mort (dont une femme, Marie-Madeleine Pichon) sont finalement exécutés rue de la Roquette. Le dernier, Alfred Peugnez, est décapité à l’aube du , peu avant la fermeture de la Grande Roquette. C’est également dans ces prisons que les révoltés de la Commune de 1871 fusillent sommairement des otages, des religieux et un magistrat[1].

Au cours des années 1890, les intellectuels dénoncent les conditions inadmissibles dans lesquelles vivent les occupants du dépôt des condamnés. La pression se fait de plus en plus dure. Félix Faure fait fermer, en 1899, la prison, qui est désaffectée, et les condamnés sont transférés à la prison de la Santé. L’année suivante, les bâtiments sont démolis et à leur place, on construit des immeubles d’habitation.

À la même période, l'ancien directeur tenta de vendre les dalles de la guillotine au musée Carnavalet, après les avoir fait desceller. Le Musée refusa et le directeur n'eut d'autre ressource que de faire replacer (plus mal que bien) les dalles. Ce qui fait que, d'une croix classique, la position de ces dalles forme désormais une croix de Saint-André. Celles-ci sont toujours visibles de nos jours, au carrefour des rues de la Croix-Faubin et de la Roquette.

La Petite Roquette reste une prison[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative à l'emplacement de la Roquette.

La Petite Roquette fut une prison pour enfants mineurs de 14 a 20 ans, puis une prison pour femmes à partir de 1935. L'écrivain Jean Genet y fut détenu avant son orientation à la colonie agricole de Mettray. Il y fut incarcéré en 1925 à l'age de 15 ans. Il évoque cette période de sa vie dans son autobiographie romancée : Miracle de la rose.

La Petite Roquette, restée en activité, connaît également sa part de changements. À la fin des années 1920, la prison pour femmes de Saint-Lazare venant de fermer, on transfère les jeunes détenues vers d’autres « foyers », et on enferme désormais les femmes à la Petite Roquette. Cette politique d’incarcération ne change pas jusqu’à la fermeture, effective en 1974, la Petite Roquette est une prison de femmes.

Après loi de 1939, interdisant les exécutions capitales en public, la Petite Roquette a été désignée comme lieu d’accueil pour l’exécution des femmes à Paris. La loi fut appliquée à deux reprises, le , pour la mère infanticide Georgette Monneron, et le 30, pour l’avorteuse clandestine Marie-Louise Giraud. Mme Giraud n’a pas été la dernière femme guillotinée dans l’Hexagone, quatre femmes furent exécutées en France après elle, dont deux en métropole par guillotine (voir article Exécutions en France) :

  • la première, Lucienne Thioux (veuve Fournier), guillotinée en 1947 à Melun, qui assassina par noyade son mari en le jetant d'un pont dans la Marne,
  • la seconde, Madeleine Mouton guillotinée en 1948 à Sidi-bel-Abbès en Algérie française pour empoisonnement d'une dizaine de personnes,
  • la troisième, Geneviève Calame (née Danelle) fusillée à Paris la même année en compagnie de son époux Roger, pour collaboration avec la Gestapo,
  • la quatrième, Germaine Leloy-Godefroy, guillotinée en 1949 à Angers, qui tua son époux durant son sommeil, avec une feuille de boucher.

Le square de la Roquette[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Square de la Roquette.

Annexes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Georges Grison, Souvenirs de la Place de la Roquette, Paris, E. Dentu, 1883, 340 p. En ligne sur Gallica.
  • Abbé Moreau, Souvenirs de la Petite et de la Grande Roquette, Paris, Henri Vivien, 1888, nouvelle édition, Tome premier, 414 p., et Tome second, 510 p. En ligne sur Gallica.
  • Abbé Jean-Baptiste Faure (notice de L. Crouslé), Au pied de l'échafaud. Souvenirs de la Roquette, Paris, M. Dreyfous et M. Dalsace, 1896, 369 p. En ligne sur Gallica.
  • Henri Gaillac, Les Maisons de correction (1830-1945), Paris, Cujas, 1971.
  • Pierre Saddy, « La prison de la Petite Roquette », dans Architecture, mouvement, continuité, no 33, mars 1974, p. 86-87.
  • Michelle Perrot, « Les enfants de la Petite-Roquette », dans L'Histoire, no 100, mai 1987, p. 30-38.
  • Dominique Leborgne et Danièle Chadych, Vie et histoire du XIe arrondissement, éd. Hervas, coll. « Paris », 1990, (réimp. 1999) 155 p. (ISBN 2903118272 et 978-2903118273)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Yvette Sémard (préf. de Gilles Perrault), En souvenir de l'avenir. Au jour le jour dans les camps de Vichy 1942-1944. La Petite Roquette, les camps des Tourelles, d'Aincourt, de Gaillon, de La Lande et de Mérignac., Montreuil, L'Arbre verdoyant, 1991 (ISBN 9782867180224), 197 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mon musée criminel, Gustave Macé, 2005, ISBN 1-4212-4426-8.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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