Rue du Faubourg-Saint-Antoine

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11e, 12e arrt
Rue du Faubourg-Saint-Antoine
Rue du Faubourg-Saint-Antoine en direction de la place de la Bastille
Rue du Faubourg-Saint-Antoine en direction de la place de la Bastille
Situation
Arrondissement 11e, 12e
Quartier Roquette
Sainte-Marguerite
Quinze-Vingts
Picpus
Début 2 rue de la Roquette
1 rue de Charenton
Fin 1 place de la Nation
Morphologie
Longueur 1 810 m
Largeur 17 à 30 m
Historique
Création -
Dénomination -
Ancien(s) nom(s) Chaussée Saint-Antoine
Géocodification
Ville de Paris 3540
DGI 3514

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Rue du Faubourg-Saint-Antoine
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48° 51′ 02″ N 2° 22′ 54″ E / 48.85043, 2.381552 ()

La rue du Faubourg-Saint-Antoine, qui constitue aujourd'hui la limite entre le 11e et 12e arrondissement de Paris est un des plus vieux axes de la capitale française, et relie la place de la Bastille à la place de la Nation. Elle tire son nom de l'ancienne abbaye Saint-Antoine (abbaye Saint-Antoine-des-Champs), détruite à la fin du XVIIIe siècle, et plus précisément du faubourg Saint-Antoine qui se développa à proximité de l'abbaye. Elle s'est appelée chaussée Saint-Antoine, entre la place de la Bastille et la rue de Montreuil, et rue du chemin de Vincennes dans le surplus.

Il ne faut pas confondre la rue du Faubourg-Saint-Antoine avec la rue Saint-Antoine, qui, elle, vient du centre de Paris vers la Bastille et est donc intra-muros sens strict.

(M) Ce site est desservi par les stations de métro BastilleLedru-RollinFaidherbe - Chaligny et Nation.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Longue de 1 810 mètres, la rue du Faubourg-Saint-Antoine a une largeur allant de 17 mètres à 30 mètres. C'est d'ailleurs cette étroitesse associée à l'aspect labyrinthal des rues adjacentes qui en a fait un lieu idéal au dressage de barricades tout au long de son histoire.

Jouxtant la place de la Bastille, elle s'étend de la rue de Charenton et de la rue de la Roquette jusqu'à la place de la Nation. Au croisement avec les rues de Charonne et de Montreuil existent des fontaines. La rue est en outre bordée d'arbres en certaines portions.

Histoire[modifier | modifier le code]

Bien que coupée de Paris par l'imposante Bastille érigée sous Charles V, la rue du Faubourg-Saint-Antoine participe étroitement et de longue date à la vie économique de Paris. C'est que depuis ses origines médiévales elle est l'artère de l'artisanat, et plus spécialement de l'ébénisterie. Elle doit son dynamisme à l'abbaye Saint-Antoine-des-Champs, implantée en l'endroit au XIIIe siècle, et placée sous la protection des rois de France qui lui accordent des faveurs considérables, comme l'exemption de taxes aux artisans qui travaillent en son enclos, devenu, tel celui du Temple, une véritable ville indépendante close de muraille.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

En 1198, Foulques de Neuilly, curé de Saint-Baudile (à Neuilly-sur-Marne), prédicateur des IVe Croisades pour le compte du pape Innocent III, fit construire un petit ermitage pour femmes dépravées au milieu des marais alimentés par les ruisseaux qui descendaient des collines de Ménilmontant ou de Belleville, le long de cette longue route sinueuse, ancienne voie romaine qui reliait le centre de Paris à Meaux.

En 1204, le couvent est transformé en Abbaye d'obédience cistercienne, il est fortifié et l'eau des fossés est amenée de la Seine par des canaux. Des hommes d'armes assurent sa défense sous les ordres directs de l'abbesse, que l'on surnomme « La Dame du Faubourg ». Son église est consacrée à saint Antoine.

En 1229, le roi Louis IX érige le lieu en Abbaye Royale. Les faveurs royales dont bénéficient les religieuses rejaillissent sur tout le faubourg. De nombreux artisans se pressent aux abords de l'abbaye mais demeurent néanmoins sous la coupe de corporations parisiennes. Peu à peu, les marécages sont asséchés puis cultivés. En outre, la proximité de la Seine permet l'approvisionnement en bois et encourage l'installation de professionnels du meuble. Saint Louis fera une entrée remarquée par cette voie en 1239, à son retour des Croisades, portant la Sainte couronne d'épines.

En 1261, Louis IX confirme une loi d'un de ses prédécesseurs, Louis VI Le Gros, sur le vagabondage des cochons (voir ci-dessous), mais en exempte l'abbaye de Saint-Antoine, qui pourra ainsi laisser aller ses porcs, à condition de les munir d'une clochette marquée d'une croix afin qu'on les reconnaisse.

Renaissance et Siècle des Lumières[modifier | modifier le code]

En 1471, l'abbaye Saint-Antoine-des-Champs bénéficie de la part du roi Louis XI d'un rare privilège : l'affranchissement de la tutelle des corporations. Ainsi exemptés de lourdes taxes, les artisans s'installent autour de l'Abbaye. Pendant plus d'un siècle et demi, le Faubourg met à profit cet avantage pour s'écarter des modèles jusque-là sévèrement réglementés et la profession commence à utiliser d'autres bois que le chêne. Louis XIII mettra temporairement un terme à l'absence de maîtrises jurées et créera les Jurandes de Faubourgs, ce que lèvera Louis XIV quinze ans plus tard, en 1657, par lettre patente. Colbert autorisera même l'adaptation de créations des nouveaux ateliers royaux.

Au milieu du XVIIe siècle, l'abbesse, parfois de sang royal, avait en son fief une cinquantaine de rues. L'abbaye elle-même ne pouvait accueillir plus d'une vingtaine de jeunes filles, à qui l'on offrait, hormis l'éducation, le chauffage et le blanchissage, mais elle s'occupait néanmoins d'approvisionner le quartier.

Augurant d'une longue série d'émeutes presque un siècle et demi plus tard, le faubourg Saint-Antoine fut le théâtre, le 2 juillet 1652, de violents affrontements entre les troupes royales dirigées par Turenne et les frondeurs de la Grande Mademoiselle commandés par Condé. Des hauteurs de Charonne, le jeune roi Louis XIV assista alors aux combats aux côtés du Cardinal Mazarin.

Ébénistes, vernisseurs, doreurs, marquetiers, tapisseurs, sont désormais légion dans le quartier de Saint-Antoine et le concours d'artisans étrangers permet l'utilisation de techniques nouvelles ou de matériaux exotiques. La verrerie fait aussi son entrée dans le quartier, le Roi accordant une subvention exceptionnelle pour l'installation d'une manufacture de verre vénitien, qui deviendra, en 1692, la Compagnie de Saint-Gobain. Au début du XVIIIe siècle, un millier de menuisiers et ébénistes sont vite rejoints par une myriade de façonniers, afin d'inonder de leurs créations tous les hôtels particuliers de Paris. De là lui viendra son surnom de « faubourg du meuble ».

Un demi-siècle plus tard, le quartier Saint-Antoine est le plus peuplé de Paris. Indigents et ouvriers grouillent sur le pavé, formant dans la capitale un foyer d'agitation à nul autre pareil. Le caractère villageois du faubourg Saint-Antoine va cependant persister, si l'humeur de ses habitants les porte aux insurrections. On parlera d'un « cratère d'or » d'où s'échappe le plus souvent la lave révolutionnaire.

Population[modifier | modifier le code]

C'est que le faubourg Saint-Antoine était, de ceux qui partaient de Paris vers les provinces, l'un des plus « ouvriers » et composé d'une population durement affrontée aux problèmes économiques tout en participant au luxe d'une clientèle aristocratique dont elle pouvait mesurer la morgue autant que l'importance des privilèges et du pouvoir d'achat. Elle en vivait mais le jalousait. À une humeur chatouilleuse peu de choses sont nécessaires pour que l'énergie s'enflamme et tel un vent tournant se porte là où des meneurs, qui surgissent toujours dans ce genre de situation, désignent un but. Dans ses actions spontanées, imprécatoires et portées au vandalisme, la population du faubourg Saint-Antoine annonce le rôle que jouera la foule dans ses colères les plus ravageuses en 1792 et 1793.

La Révolution française[modifier | modifier le code]

Dès le 28 avril 1789, une semaine avant la réunion des États généraux, un groupe porté à la colère par les initiatives malheureuses de Réveillon provoqua l'incendie de la manufacture de papiers peints.

L'émeute de Réveillon[modifier | modifier le code]

Au coin de la rue du Faubourg-Saint-Antoine et de la rue de Montreuil, le fabricant avait installé dans la maison de la Folie Titon sa manufacture de papiers peints et veloutés qui employait quatre cents ouvriers. En avril 1789, il propose une diminution du salaire des employés de manufactures[1], mesure qui aurait surtout touché les plus pauvres et s'avéra très impopulaire. Le , la manufacture fut mise à sac et incendiée. On citait, parmi les agitateurs qui auraient encouragé l'attaque, Philippe Égalité en personne. Les gardes français tirèrent sur la foule au soir du 28 avril, il y eut environ 300 morts qui furent enfouis dans les catacombes et un millier de blessés. L'émeute de Réveillon est une des plus sanglantes de la Révolution, une grande rancœur dans la foule, et une fixation au faubourg Saint-Antoine de la colère qui va exploser le 14 juillet 1789.

Prise de la Bastille[modifier | modifier le code]

Lors de la prise de la Bastille (14 juillet 1789), une grande partie des émeutiers proviendra du faubourg Saint-Antoine.

La Journée du 10 août 1792[modifier | modifier le code]

C'est du faubourg Antoine, rebaptisé provisoirement sous cette forme plus laïque, que part le gros du cortège à l'assaut des Tuileries, le 10 août 1792, mené par le brasseur Antoine Joseph Santerre, dont le dépôt de bière, à l'enseigne "Hortensia", servira de ralliement insurrectionnel. Les grandes journées révolutionnaires doivent leur succès à l'apport populaire du faubourg Saint-Antoine.

Émeutes des journées de Prairial an III[modifier | modifier le code]

Le 1er Prairial an III (), des émeutiers levés dans les sections jacobines de Saint-Antoine et Saint-Marceau envahissent la salle de la Convention pour réclamer du pain et l'application de la Constitution de 1793. Le député Jean Féraud, qui tente de s'interposer, est abattu et sa tête tranchée et portée au bout d'une pique jusqu'au Président de l'Assemblée, Boissy d'Anglas. L'émeute s'estompe mais rebondit le 4. À l'angle de la rue de Charonne est ce jour-là dressée l'une des barrières bouchant le faubourg Saint-Antoine sur laquelle s'affrontent les Thermidoriens et les émeutiers. Le faubourg tombe, pour la première fois depuis 1789. S'ensuivra une longue série d'arrestations marquant le début de la répression.

La Révolution, qui pourtant tira beaucoup d'énergie du faubourg Saint-Antoine, sonna néanmoins le glas du rayonnement économique du quartier. En effet, la plupart des nobles et des riches bourgeois qui s'approvisionnaient autrefois dans les ateliers du faubourg, étaient ruinés, exilés ou avaient été exécutés. Plusieurs ateliers firent faillite et de nombreux ouvriers étrangers s'enfuirent[réf. nécessaire]. Et si le bois reste ensuite la première activité du quartier, c'est la diversification et l'industrialisation qui la sauveront d'une mort certaine[réf. nécessaire]. Profitant de la révolution industrielle qui permet l'amélioration des techniques de fabrication, l'artisanat du meuble se reconvertit en manufactures. Viennent s'y ajouter de nouveaux métiers tels le textile ou la chaudronnerie.

La Restauration[modifier | modifier le code]

Le 9 juin 1820, lors des obsèques de Nicolas Lallemand, étudiant abattu par un Garde Royal lors des troubles apparus lors d'un projet de loi sur le double vote, la manifestation sur les boulevards se grossit de nombreux ouvriers issus du faubourg Saint-Antoine.

Le vivier révolutionnaire du faubourg Saint-Antoine réapparaît lors des émeutes de 1830. Le 26 juillet, la promulgation des ordonnances de Saint-Cloud provoque la révolte des Parisiens. Dans le faubourg se dressent les premières barricades.

En réaction, la mise en place aux extrémités de la rue des statues des rois Saint Louis et Philippe-Auguste sur les colonnes du Trône (1843) d'une part, et du Génie de la Bastille sur la colonne de Juillet (1840) d'autre part, chacune tournant le dos au faubourg, lui valut le surnom de « faubourg des Trois-Culs ».

La Révolution de 1848 et la Seconde République[modifier | modifier le code]

Le 30 septembre 1846, c'est une fois encore du faubourg que sortent les premières agitations contre l'augmentation du prix du pain. La troupe devra intervenir pour rétablir l'ordre. Le 25 juin 1848, ce ne sont pas moins de 29 barricades qui couvrent le faubourg, dernier bastion à finalement se rendre, après la mort de l'archevêque de Paris, Mgr Affre.

Le Second Empire[modifier | modifier le code]

Après le coup d'État du 2 décembre 1851, Jean-Baptiste Baudin, jeune médecin député de l'Ain et ami de Victor Hugo, rédige un manifeste contre Louis-Napoléon Bonaparte. Il monte le lendemain sur les barricades qui s'élèvent dans le faubourg Saint-Antoine. Mais un coup de feu part. La troupe riposte, blessant mortellement le jeune Baudin. L'annonce de sa mort provoque une nouvelle insurrection qui sera finalement écrasée par l'armée.

Lieu historique de la mort du député Baudin
À gauche, localisation (au carrefour des rues Trousseau et du Faubourg-Saint-Antoine) de la barricade  sur laquelle le député Jean-Baptiste Baudin fut tué ; au milieu, le n° 151 de la rue avec une plaque commémorative posée au niveau du 2e étage ; à droite, le détail de la la plaque. À gauche, localisation (au carrefour des rues Trousseau et du Faubourg-Saint-Antoine) de la barricade  sur laquelle le député Jean-Baptiste Baudin fut tué ; au milieu, le n° 151 de la rue avec une plaque commémorative posée au niveau du 2e étage ; à droite, le détail de la la plaque. À gauche, localisation (au carrefour des rues Trousseau et du Faubourg-Saint-Antoine) de la barricade  sur laquelle le député Jean-Baptiste Baudin fut tué ; au milieu, le n° 151 de la rue avec une plaque commémorative posée au niveau du 2e étage ; à droite, le détail de la la plaque.
À gauche, localisation (au carrefour des rues Trousseau et du Faubourg-Saint-Antoine) de la barricade sur laquelle le député Jean-Baptiste Baudin fut tué ; au milieu, le n° 151 de la rue avec une plaque commémorative posée au niveau du 2e étage ; à droite, le détail de la la plaque.


Sous l'impulsion de Napoléon III, la préservation des Beaux-Arts redonne un souffle nouveau à la création ébéniste du Faubourg dont l'influence redevient internationale. Cette réputation lui valut d'être connu comme « le faubourg du meuble ».


La Troisième République et la Commune de Paris[modifier | modifier le code]

Construction d'une barricade au faubourg Saint-Antoine en 1870

En 1860, avec les remodelages du Baron Haussmann, la rue du Faubourg-Saint-Antoine sépare deux arrondissements nouvellement créés : le XIe et le XIIe. Lors de la Commune de 1871 se joignent alors aux ébénistes du faubourg Saint-Antoine les ouvriers des chantiers d'Haussmann ainsi que ceux de Belleville ou de Montmartre. Le quartier est l'un des derniers à tomber sous l'avancée des Versaillais de Thiers qui s'achève au cimetière du Père-Lachaise.


En 1899, l'ouvrier orfèvre et anarchiste Georges Deherme fonde au no 157, au débouché de la rue d'Aligre, la première université populaire de France, la Coopération des Idées, qui comptera, en 1904, 11 861 membres, dont 80 % d'ouvriers[2].

Le passage de l'Innovation

Régime de Vichy et Cinquième République[modifier | modifier le code]

Sites particuliers[modifier | modifier le code]

Numéros impairs[modifier | modifier le code]

Les numéros impairs correspondent au côté nord de la rue et appartiennent au 11e arrondissement. D'ouest en est, dans le sens des numéros croissants :


Numéros pairs[modifier | modifier le code]

Les numéros pairs correspondent au côté sud de la rue et appartiennent au 12e arrondissement. D'ouest en est, dans le sens des numéros croissants :

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Réveillon », dans Jean Tulard, Jean-François Fayard et Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de la Révolution française. 1789-1799, éd. Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris, 1987, 1998 [détail de l’édition], p. 1066-1067
  2. Le goût de l'émeute, Manifestation et violence de rue dans Paris et sa banlieue à la « belle époque », Anne Steiner, L'Échappée, 2012, (ISBN 978-29158303-9-2), p. 120
  3. « Immeubles, 31, 33, 35, 37, 39 rue du Faubourg-Saint-Antoine », base Mérimée, ministère français de la Culture

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Diwo, Les Dames du Faubourg
  • Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris, éditions de Minuit
  • Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs
  • Théophile Lavallée, Histoire de Paris depuis le temps des Gaulois jusqu'à nos jours
  • Lefeuve, Les Anciennes Maisons de Paris. Histoire de Paris, rue par rue, maison par maison
  • Pierre Pinon & Bertrand Le Boudec, Les Plans de Paris, histoire d'une capitale, Éditions Le Passage
  • Bruno Dell, Histoire de Paris, Édition Hatier
  • Philippe Lorentz & Dany Sandron, Atlas de Paris au Moyen Âge, Éditions Parigramme
  • Jacques Hillairet, Connaissance du Vieux Paris, Éditions Rivages
  • Alexis Martin, Paris - Histoire du XIe arrondissement, Collection Le Livre d'histoire
  • Victor Fournel, Les Rues du vieux Paris, Collection Le Livre d'histoire