Libertalia

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Libertalia est le nom d'une colonie libertaire fondée par des pirates sur l'île de Madagascar, qui aurait existé pendant environ vingt-cinq ans à la fin du XVIIe siècle, sans que l'on sache vraiment s'il s'agit d'une légende. L'histoire de cette colonie apparaît pour la première fois dans Histoire générale des plus fameux pirates, du capitaine Charles Johnson (probablement un pseudonyme de Daniel Defoe). La devise de ces hommes, organisés en république, était « Générosité, Reconnaissance, Justice, Fidélité »[1].

Libertalia, mythe ou réalité ?[modifier | modifier le code]

Fait historique ou création littéraire, la république est toujours située quelque part au nord de Madagascar entre l'île de Nosy Be et la baie des pirates, qui allait devenir Diégo-Suarez (ou Antsiranana). À ce jour, aucune preuve historique n'atteste qu'un tel endroit ait jamais existé ou même que ses deux fondateurs, le capitaine Misson et le moine Carracioli, aient jamais vécu. En revanche, le troisième protagoniste cité, le capitaine Thomas Tew, est lui, bel et bien mentionné en tant que tel dans les livres de la Marine britannique.

En effet, excepté Tew dont le décès est signalé en 1696, les seules mentions se rapportant à la colonie se trouvent dans le deuxième tome de Histoire générale des plus fameux pirates d'un certain capitaine Charles Johnson, paru en 1724[2]. Johnson étant autrement inconnu, plusieurs historiens ont supposé qu'il s'agit d'un pseudonyme. L'attribution de cette œuvre à l'auteur de Robinson Crusoé est basée sur une suite de déductions logiques et non des preuves. Si les historiens s'accordent à dire que des colonies de pirates ont peut-être existé à l'époque dans l'océan indien, il est en revanche peu probable que ces colonies se soient organisées en une sorte d'Etat régi par des lois comme le serait Libertalia. D'après Johnson, ou Defoe, Libertalia fut fondée sous Louis XIV par deux hommes en rupture de ban :

  • un Français, capitaine de La Victoire, redoutable navire de guerre de 30 canons, ex-officier de la marine française, mais pirate de son état, Olivier Misson, pétri d'utopies ;
  • un prêtre défroqué italien, Carracioli, imprégné de mysticisme.

À eux deux, après avoir jeté l'ancre, ils convainquirent l’équipage de fonder la société idéale. Selon certains auteurs, cette colonie aurait été bien plus qu'un simple asile pour pirates et flibustiers : c'était une véritable utopie politique, sociale et philosophique, l'équivalent moderne de l'Atlantide ou de l'Eldorado, et le précurseur des phalanstères du XIXe siècle.

Citations[modifier | modifier le code]

Dans ces quelques extraits de l'Histoire générale des plus fameux pirates du capitaine Charles Johnson publiée à Londres en 1724 sont exposées les idées politiques attribuées à Misson. Ces textes sont remarquables pour l'époque en tant que plaidoyer pour la démocratie représentative et une forme de socialisme primitif qui doit sans doute quelque chose aux idées radicales de la révolution anglaise du milieu de XVIIe siècle. Misson aurait voulu faire de sa colonie une société idéale sans esclavage, où tous les hommes sont égaux et où l'opinion de chacun est respectée.

  • Misson prit la parole devant tous. « Notre cause est une cause noble, courageuse, juste et limpide : c'est la cause de la liberté. Je vous conseille comme emblème un drapeau blanc portant le mot « Liberté », ou si vous la préférez, cette devise : « Pour Dieu et la liberté ». Ce drapeau sera l'emblème de notre infaillible résolution. Les hommes qui sauront prêter une oreille attentive aux cris de : « Liberté, liberté, liberté » en seront les citoyens d'honneur. »
  • Ces hommes libres se sont organisés en groupes de dix pirates chacun et dans chaque groupe, ils ont choisi un représentant pour décréter des lois devant régir Libertalia. Les pirates ont partagé femmes, trésors et bétail très également entre eux.
  • (…) Si quelqu'un s'adonnait à travailler une parcelle de terre, alors il possédait cette terre tant qu'il la travaillait. Des structures nombreuses et de bonne tenue furent établies dans l'enclave et après avoir érigé la maison du Parlement chacun aida chacun à ériger sa demeure. Les pirates décidèrent que les successeurs de Misson seraient élus tous les trois ans. Et une délégation de pirates se réunit au moins une fois l'an pour décider de toutes les décisions importantes concernant les pirates et leur communauté, et rien ne pourrait être fait sans leur consentement.
  • Plus tard, Thomas Tew, capitaine célèbre en piraterie, fut nommé amiral de la flotte libertalienne. Sa mission principale était d'attirer plus d'hommes libres (les pirates) pour peupler l'enclave. Il était également responsable de protéger le port, le marché, et les riches maisons qui s'y étaient construites. Mais Tew échoua dans cette recherche de nouvelles recrues. De plus, il partit avec la flotte, et les hommes restés avec Misson, en petit nombre, ne purent empêcher les indigènes malgaches d'attaquer l'enclave et de tuer hommes, femmes, et enfants en grandes quantités.
  • Cependant, Misson réussit avec 45 autres pirates à s'échapper; certains avec de l'or et des diamants. Pourtant lorsque Misson réussit à retrouver Tew, les deux hommes décidèrent de cingler vers l'Amérique et les Bahamas, plutôt que vers Libertalia.
  • Misson ne l'a jamais fait, cependant. Son bateau fit naufrage durant une grosse tempête et tous ses hommes furent perdus. Voilà toute l'histoire de Libertalia…

Transpositions de Libertalia dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Outre l'œuvre attribuée à Daniel Defoe, de nombreux auteurs ont pris pour thème Libertalia, tant en livres classiques qu'en bande dessinée[3].

En musique[modifier | modifier le code]

En 2013, les membres du groupe de rock celtique Transpher produisent un CD, concept-album intitulé Libertalia. Ils y revisitent, en musique, la légende transposée au XXIe siècle . Extrait du livret : « L'histoire de Libertalia résonne comme un hymne à l'humanité, oscille entre mythe et réalité, violence et grandeur d'âme... »

Jeu vidéo[modifier | modifier le code]

L'idée de Libertalia est reprise dans le jeu vidéo Sea Dogs.

Jeu de société[modifier | modifier le code]

Libertalia inspire aussi un jeu de société créé par Paolo Mori et publié par Asmodée Éditions[4]. Le joueur incarne un pirate et doit réunir le plus de butin possible dans le but de fonder Libertalia.

Autre[modifier | modifier le code]

Libertalia est l'appellation d'une marque de bière disponible sur le marché malgache, lancée par les Nouvelles Brasseries de Madagascar (NBM)[5].

Postérité du mythe[modifier | modifier le code]

Libertalia donne son nom aux éditions Libertalia, qui "se donnent pour objectif d’armer les esprits et de les préparer à des lendemains solidaires et libertaires"[6].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

  • (en) Robert L. Mount, Libertalia : a Daniel Defoe discovery, Tabula Rasa, Pasadena, Californie, 1978, 42 p.
  • (fr) Daniel Defoe, Libertalia : une utopie pirate (trad. de l'anglais par Guillaume Villeneuve), l'Esprit frappeur, Paris, 1998 (1re éd. 1724-1728), 125 p. (ISBN 2-84405-058-1). Texte réédité par les éditions Libertalia en 2012 (voir leur site).
  • (fr) Jean-Pierre Moreau, Pirates : flibuste et piraterie dans la Caraïbe et les mers du Sud (1522-1725), Tallandier, Paris, 2006, chapitre XX, p. 309-321 (ISBN 2-84734-229-X) (remise en question de Libertalia)
  • (fr) Olivier Poivre d'Arvor et Patrick Poivre d'Arvor, Chasseurs de trésors et autres flibustiers, Place des Victoires, Paris, 2005, 235 p. (ISBN 2-8445-9110-8)
  • (fr) Marcus Rediker, Pirates de tous les pays : l'âge d'or de la piraterie atlantique, 1716-1726, traduit de l'anglais par Fred Alpi, préface de Julius Van Daal, Libertalia, Paris, 2008, 278 p. (ISBN 978-2-9528292-7-4)

Fictions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ce sera Libertalia, communauté libertaire composée d'une multitude de nationalités (on y invente une langue commune), dont le drapeau porte la devise « Générosité, Reconnaissance, Justice, Fidélité », Dominique Auzias, Jean-Paul Labourdette, Petit Futé, Madagascar, 2008.
  2. (en) Charles Johnson, A general history of the pyrates, from their first rise and settlement in the island of Providence, to the present time. With the remarkable actions and adventures of the two female pyrates Mary Read and Anne Bonny, T. Warner, Londres, 1724
  3. Voir Bibliographie : Fictions.
  4. http://asmodee.com/ressources/articles/les-marins-jouent-cartes-sur-table-libertalia.php Site des éditions Asmodée
  5. Voir sur lexpressmada.com.
  6. http://editionslibertalia.com/A-propos.html Site des Editions Libertalia

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]