Charles Delescluze

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Louis Charles Delescluze, en 1871.

Louis Charles Delescluze, né le à Dreux, tué le à Paris, était un journaliste français, membre important de la Commune de Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Delescluzes Prolès.JPG

Après avoir étudié le droit à Paris, il devient clerc d'avoué puis journaliste, mais manifeste très tôt un fort penchant pour les idées démocratiques, et joua un rôle éminent dans la révolution de juillet en 1830. Membre de plusieurs sociétés républicaines, discrètes sinon secrètes, Delescluze est poursuivi pour complot républicain et forcé, en 1836, de se réfugier en Belgique, où il aide ses confrères journalistes républicains.

De retour en France en 1840, il s'établit à Valenciennes où il dirige L'Impartial du Nord, dont les articles très démocratiques lui valent un procès, 2 500 francs d'amende et un mois de prison.

Après la révolution de février 1848, il proclame la République à Valenciennes : en retour, le gouvernement provisoire le nomme commissaire de la République pour le département du Nord. Il est battu aux élections à la Constituante en et s'installe à Paris, où il lance le journal La Révolution démocratique et sociale et l'association Solidarité républicaine, qui regroupe radicaux et socialistes (avec Ledru-Rollin et Mathieu de la Drôme). En , il est condamné à 3 000 francs d'amende et un an de prison pour les articles qui dénoncent le général Cavaignac, responsable des massacres de juin 1848. En , il est condamné à 11 000 francs d'amende et trois ans de prison et s'enfuit en Angleterre, où il continue son travail de journaliste. Rentré clandestinement à Paris en 1853, il est arrêté, condamné à quatre ans de prison et dix ans d'interdiction de séjour. Il sera emprisonné successivement à Sainte-Pélagie, Belle-Île, Corte, puis Cayenne.

Il arrive en Guyane le . Là, il est emmené à l'île du Diable, séjour des détenus politiques. Le , il se lie d'amitié avec Alexandre Franconie et devient le précepteur de son fils Gustave Franconie. Il restera en Guyane jusqu'au mois de novembre 1860, date à laquelle il apprend la nouvelle de « l'amnistie générale et sans conditions des déportés politiques », signée le .

Revenu en France, très affaibli physiquement mais toujours aussi combattif, il s'attelle aussitôt à une nouvelle entreprise : la publication d'un journal radical, Le Réveil, qui affirme les principes de l’Association internationale des travailleurs plus connue sous le nom d’« Internationale ». Le Réveil, un des principaux journaux d'opposition au Second Empire est suspendu en , après de multiples poursuites, mais reparaît le 7 septembre. Ce journal, lui vaudra trois condamnations, et une nouvelle fois, au début de la guerre franco-allemande de 1870 qu'il a dénoncée, il doit se réfugier en Belgique. Revenu en France dès le , après la proclamation de la République, il relance son journal.

Élu le maire du XIXe arrondissement, il démissionnera le , appelant à « la lutte armée contre les capitulards » (c’est-à-dire le gouvernement de la Défense nationale). Son journal est suspendu en janvier après l'échec de l'insurrection contre le gouvernement. Le , il est élu par un vote massif à l'Assemblée nationale, où il demande la mise en accusation des membres du gouvernement de la Défense nationale. Le 26 mars, élu membre du Conseil de la Commune par le XIe et le XIXe arrondissements, il donne sa démission de député. Il est membre de la commission des Relations extérieures, de la Commission exécutive (4 avril), et à celle de la Guerre. Il est membre du Comité de Salut public (9 mai) et délégué civil à la Guerre (11 mai). Lors de l'entrée des Versaillais dans Paris, il en appelle le 24 mai à une guerre des quartiers : « Place au peuple, aux combattants aux bras nus ! ». Le lendemain, 25 mai, désespéré, il ne fera rien pour éviter la mort sur une barricade au Château-d'Eau, ne voulant en aucun cas « servir de victime ou de jouet à la réaction victorieuse ». Considéré comme en fuite bien que mort, il sera condamné à mort par contumace en 1874.

Notes et anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Il a décrit son emprisonnement en Guyane, dans « De Paris à Cayenne, journal d'un transporté » (Paris, 1869).
  • Ses luttes incessantes pour la République, son courage, sa volonté farouche, malgré ses multiples emprisonnements et ses épreuves, lui vaudront le surnom de Barre de fer.
  • Un suprême hommage lui sera rendu par ses ennemis : bien que le grand conseil de guerre ait reconnu que « sa mort est de notoriété publique », il le condamnera à mort par contumace en 1874. À cette occasion, Gambetta s'écriera : « Voilà donc un homme qui même mort fait encore peur ! »
  • Mais Gambetta avait déjà jugé l'homme dès 1870 : « Si Delescluze est l'incarnation de toutes les vertus jacobines : intransigeance, honnêteté, esprit d'autorité, républicanisme social ; il a su s'ouvrir, même, aux idées de Proudhon, cet ancien adversaire. Et cet esprit centralisateur ne s'est pas davantage opposé au développement des libertés communales ».

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Cet article incorpore le texte d’Encyclopædia Britannica de 1911.
  • Charles Delescluze, Journal d'un transporté, Paris 1869 réédition de 1872 disponible sur Gallica.
  • Charles Prolès, Les hommes et le Révolution de 1871, Delescluze, Paris 1898.
  • Marcel Dessal, Un révolutionnaire jacobin, Charles Delescluze, 1809-1871, thèse parue en 1952
  • Bernard Noêl, Dictionnaire de la commune, Flammarion, collection Champs, 1978