Catherine Kintzler

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Catherine Kintzler

Naissance 1947
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Philosophe, professeur

Catherine Kintzler, née en 1947, est une philosophe française, spécialiste de l'esthétique et de la laïcité. Agrégée de philosophie, docteur d'État en philosophie, elle est professeur émérite[1] à l'université Lille III.

Biographie[modifier | modifier le code]

Catherine Kintzler a enseigné la philosophie en lycée de 1970 à 1992. De 1992 à 2007, elle a enseigné la philosophie générale et l'esthétique à l’université de Lille III.

En novembre 1989, à l’époque des débats sur le voile islamique à l'école, elle a publié une tribune dans Le Nouvel Observateur, aux côtés de philosophes de renom[2].

De 1989 à 1995, elle a été directrice de programme au Collège international de philosophie.

Elle est vice-présidente de la Société française de philosophie.

Elle prend régulièrement position en faveur de la laïcité d'un point de vue républicain — c'est-à-dire à la fois attaché au principe de liberté de conscience et à la neutralité de l’État en matière de convictions spirituelles ou philosophiques. Si, à titre personnel, elle se dit opposée au voile islamique[3], elle se défend d’en prôner l'interdiction, tant que ce signe n’est pas considéré légalement comme une marque de discrimination[4].

Elle a bâti une critique du syntagme de « laïcité positive », employé par le président Nicolas Sarkozy dans plusieurs de ses discours : « Cette expression vide le concept de laïcité de son sens, puisque la définition de la laïcité est forcément négative et minimaliste. La laïcité, c’est dire qu’il n’est pas nécessaire de croire en quoi que ce soit pour fonder le lien politique[5]. » Cette négativité, entendue comme minimalisme du point de vue du contenu doctrinal, a pour conséquence une maximisation des libertés, ce qu'elle formule en ces termes: « c'est précisément par son minimalisme que le principe de laïcité est producteur, positivement c'est-à-dire du point de vue du droit positif, de libertés concrètes. […] Il n’y a […] rien de plus positif que la laïcité. Elle pose bien plus de libertés politiques et juridiques que ne l’a jamais fait aucune religion. […] Quelle religion a institutionnalisé la liberté de croyance et d’incroyance[6] ? » En février 2008, Libération a fait paraître un texte intitulé « Sauver la laïcité », signé par un groupe d’intellectuels dont elle fait partie[7] ; on y lit que le président de la République fait « une remise en cause violente et globale » de la laïcité, menant « l’offensive avec la plus grande brutalité[8] ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Philippe Rameau, splendeur et naufrage de l’esthétique du plaisir à l'âge classique, Paris, Minerve, coll. « Histoire / Voies de l'histoire »,‎ 1983 (réimpr. 1990 et 2011), 253 p. (ISBN 978-2-86931-030-8, résumé)
    À travers les positions contradictoires de Rameau et de Rousseau sur la musique, une étude claire et originale des fondements de l’esthétique classique. Prix Charles Cros 1983.
  • Condorcet, l’instruction publique et la naissance du citoyen, Paris, Gallimard, coll. « Folio — Essais / Philosophie »,‎ 1987 (ISBN 2-07-032409-5)
  • Poétique de l’opéra français — de Corneille à Rousseau, Paris, Minerve, coll. « Voies de l'histoire »,‎ 1991 (réimpr. 2006), 486 p. (ISBN 978-2-86931-111-4, résumé)
    À partir des opéras des XVIIe et XVIIIe siècles, une analyse éclairante de l’esthétique classique, de ses fondements philosophiques et des théories qui lui ont donné naissance, en même temps qu’une réflexion générale sur les productions artistiques. Prix Georges Jamati 1991.
  • La République en questions, Paris, Minerve, coll. « Société »,‎ 1996, 240 p. (ISBN 978-2-86931-081-0, résumé)
    À partir de L’école est faite pour la société ; l’enfant est un être à part devant lequel on ne s’incline jamais assez ; la femme peut réclamer des droits spéciaux ; les opprimés ont forcément raison ; toute communauté est respectable et forme un peuple ; la cohésion sociale est une valeur suprême… Autant d’évidences qui tiennent lieu aujourd’hui de pensée en matière politique et morale dans bien des démocraties. Autant de sujets de colère qui ont conduit l’auteur à s'interroger sur l’idée moderne de république.
  • Tolérance et laïcité, Nantes, Pleins feux,‎ 1998, 88 p. (ISBN 2-912567-44-0)
    La question de la croyance religieuse est au centre de la distinction entre la tolérance et la laïcité. Face à la croyance comme à l’incroyance, comment éviter l’intolérance ?
  • La République et la Terreur, Kimé, coll. « Philosophie / épistémologie »,‎ 1998, 159 p. (ISBN 978-2-84174-023-9)
    Sous la direction de Catherine Kintzler — textes de Alain Badiou, Dick Howard, Catherine Kintzler, Sylvain Lazarus, Françoise Proust, Myriam Revault d'Allonnes, Hadi Rizk, Gérald Sfez
  • Théâtre et opéra à l’âge classique, une familière étrangeté, Paris, Fayard, coll. « Les chemins de la musique »,‎ 2004, 334 p. (ISBN 978-2-213-62125-8, résumé)
    C’est à l’époque où le théâtre trouve en France son apogée, le XVIIe siècle, qu'apparaît l'opéra. Si beaucoup de traits, et des plus évidents, les rapprochent, leur coexistence pose question et c’est sur leur rapport : une familière étrangeté, que s'interroge Catherine Kintzler au travers de cet essai.
  • Qu’est-ce que la laïcité ?, Vrin, coll. « Chemins philosophiques »,‎ 2007, 128 p. (ISBN 978-2-7116-1876-7, résumé)
    À la différence de la tolérance, la laïcité n’a pas pour objet de faire coexister certaines libertés telles qu’elles sont dans une société donnée, mais de construire a priori la condition de possibilité de cette coexistence.
  • Penser la laïcité, Paris, Minerve,‎ 2014, 220 p. (ISBN 978-2-86931-135-0, résumé)
    Théorisation générale du concept de laïcité, appliquée à des questions "de terrain" qui ont jalonné des deux dernières décennies, entre autres : qu'est-ce que l'extrémisme laïque ? comment la laïcité a-t-elle été offerte en cadeau à l'extrême droite ? L'interdiction du masque intégral est-elle d'inspiration laïque ? La liberté des cultes requiert-elle un soutien public ? Une entreprise peut-elle revendiquer la laïcité ? Y a-t-il une spiritualité laïque ? La réflexion est élargie par des échappées philosophiques - sur la nature du lien politique, les formes de la liberté, la notion de communauté, l'identité, la notion de position critique, le statut de la morale, de la culture et de la perfectibilité.

Annexes[modifier | modifier le code]

  • Pièce de théâtre musicale Du corps sonore au signe passionné, entretien imaginaire entre d'Alembert et Jean-Jacques Rousseau, représentée pendant l'année du tricentenaire de Rousseau (2012) avec la participation de l'Orchestre de l'Oise.

Articles et documents[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le Petit Larousse 2008, éd. Larousse, Paris (ISBN 978-2-03-582503-2), p. 824 ; Le Petit Robert 2013, éd. Le Robert, Paris (ISBN 978-2-32100-042-6), p. 848.
  2. Élisabeth Badinter, Régis Debray, Alain Finkielkraut, Élisabeth de Fontenay
  3. Catherine Kintzler, Jean-Marie Kintzler, Marie Perret, « Synthèse de nos interventions dans l’affaire Truchelut : pour en savoir plus », sur http://www.gaucherepublicaine.org,‎ 10 décembre 2007
  4. Catherine Kintzler, Jean-Marie Kintzler, Marie Perret, « Une virtuosité imprécatrice, confuse et contradictoire, réponse à Anne Zelensky », sur http://www.gaucherepublicaine.org,‎ 30 décembre 2007 : « Si un signe religieux est également, de façon avérée et constituée, une marque de discrimination, alors il faut réclamer son interdiction dans tous les lieux de la société civile accessibles au public, non pas au motif qu’il choque nos convictions, mais au motif qu’il est contraire à l’égalité républicaine. S’il ne l’est pas de façon avérée et constituée et s’il n’est contraire à aucune loi, alors, parce que la liberté d’opinion veut que rien ne soit poursuivi ni censuré sur simple présomption, il doit être soumis aux mêmes contraintes et jouir des mêmes libertés que les autres signes religieux. »
  5. Catherine Kintzler, « Sarkozy menace-t-il la laïcité ? », sur http://www.marianne2.fr,‎ 29 Décembre 2007 : « Je connaissais la réflexion du citoyen Sarkozy sur ces sujets, il l’a déjà fait connaître à travers un livre, et je ne lui conteste pas le droit de penser ce qu’il veut parce que, justement, je suis laïque, mais je suis très choquée que le président des Français Sarkozy s’exprime publiquement de cette façon. »
  6. Catherine Kintzler, « C’est quoi la laïcité négative ? », sur http://www.marianne2.fr,‎ 14 septembre 2008 : « Il convient donc d’inverser l’injonction du président de la République : la laïcité demande aux religions de devenir positives et de renoncer à l’exclusivité tant intellectuelle que politique et juridique. L’histoire des rapports entre la République française et le catholicisme témoigne que c’est possible. »
  7. André Bellon, Caroline Fourest, Catherine Kintzler, Jean-Claude Milner, Henri Peña-Ruiz, Jean Riedinger, Jean-Paul Scot, Bruno Streiff
  8. André Bellon, Caroline Fourest, Catherine Kintzler, Jean-Claude Milner, Henri Peña-Ruiz, Jean Riedinger, Jean-Paul Scot, Bruno Streiff, « Sauver la laïcité », sur http://www.liberation.fr,‎ 26 février 2008