Jean-Bertrand Aristide

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Jean-Bertrand Aristide
Jean-Bertrand Aristide et Bill Clinton dans le Bureau ovale le 14 octobre 1994.
Jean-Bertrand Aristide et Bill Clinton dans le Bureau ovale le 14 octobre 1994.
Fonctions
53e président de la République d'Haïti
7 février 200129 février 2004
(3 ans, 0 mois et 22 jours)
Réélection 26 novembre 2000
Premier ministre Jean Marie Chérestal
Yvon Neptune
Prédécesseur René Préval
Successeur Boniface Alexandre
51e président de la République d'Haïti
12 octobre 19947 février 1996
(1 an, 3 mois et 26 jours)
Premier ministre Robert Malval
Smarck Michel
Claudette Werleigh
Prédécesseur Émile Jonassaint (président de la République à titre provisoire)
Successeur René Préval
47e président de la République d'Haïti
7 février 199130 septembre 1991
(7 mois et 23 jours)
Élection 16 décembre 1990
Premier ministre René Préval
Prédécesseur Ertha Pascal-Trouillot
Successeur Raoul Cédras (président du Conseil national de gouvernement)
Joseph Nérette (président de la République à titre provisoire)
Biographie
Date de naissance 15 juillet 1953 (61 ans)
Lieu de naissance Port-Salut (Haïti)
Parti politique FNCD, Fanmi Lavalas
Conjoint Mildred Trouillot
Profession Prêtre

Jean-Bertrand Aristide
Présidents de la République d'Haïti

Jean-Bertrand Aristide, né le 15 juillet 1953 à Port-Salut, ville côtière du sud d'Haïti, est un homme politique haïtien, ancien prêtre catholique. Il a été à plusieurs reprises président de la République d'Haïti : en 1991, puis de 1994 à 1996, et finalement de 2001 à 2004 avant son départ en exil le 29 février 2004 à la suite d'un coup d'État.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né dans la ville côtière de Port-Salut, au sud d'Haïti, dans une famille d'agriculteurs possédant leur terre[1], Jean-Bertrand Aristide reçoit son éducation primaire chez les Salésiens à Port-au-Prince, puis son éducation secondaire au collège Notre-Dame de Cap-Haitien avant d'entrer en 1974 au noviciat salésien de La Vega en République dominicaine. Il est de retour à Port-au-Prince l'année suivante, où il suit une classe de philosophie au grand séminaire Notre-Dame. En 1979, il obtient une licence de psychologie à l'Université d'État d'Haïti. Il est ordonné prêtre le 3 juillet 1982[2].

Inscrivant sa démarche dans la théologie de la libération qui met l'accent sur la justice sociale, il devient l'un des représentants les plus visibles d'un mouvement de communautés ecclésiales de base appelé Ti Kominotés Légliz (TKL)[3].

Le 11 septembre 1988, il réchappe du massacre de l'église Saint-Jean-Bosco dont il a la charge, causé probablement par d'anciens macoutes, au terme duquel on décompte au moins 13 morts et environ 80 blessés[4].

Premier mandat présidentiel[modifier | modifier le code]

En raison de sa personnalité charismatique, Jean-Bertrand Aristide est choisi comme candidat pour l'élection présidentielle de 1990 par le Front national pour le changement et la démocratie (FNCD), qui regroupe 15 organisations de centre-gauche, bien que Victor Benoît, leader du KONAKOM ait un temps été pressenti[5].

Les mesures qu'il propose dans son programme électoral consistent à soutenir l'industrie et l'agriculture, à viser l'autosuffisance alimentaire par une réforme agraire, à lutter contre la contrebande dans les ports, à réorganiser l'administration et à augmenter le salaire minimum[6].

Le 16 décembre 1990, il remporte l'élection présidentielle, dont la régularité est contrôlée par des observateurs de l'OEA, avec 67,48 % des voix, contre le candidat de centre-droit Marc Bazin, ancien fonctionnaire de la banque mondiale qui avait les faveurs des États-Unis. Il est investi le 7 février 1991. Une conférence internationale réunie en juillet de cette même année promet à Haïti un financement de 400 millions de dollars[7],[8].

Aristide est victime d'un coup d'État le 30 septembre 1991, marquant le rejet du nouveau président par l'armée et par les élites économiques traditionnelles. Il est contraint à l'exil tandis que le commandant en chef de l'Armée, le lieutenant général Raoul Cédras prend le pouvoir[7].

Les États-Unis, dirigés par le président George H. W. Bush, prennent immédiatement des sanctions financières et commerciales contre Haïti en exigeant le retour de la démocratie. Ils sont suivis le 8 octobre 1991 par l'OEA[9]. Paralysé dans un premier temps par l'opposition de la Chine, le Conseil de sécurité de l'ONU décide d'un embargo contre Haïti en juin 1993[10]. L'effet de ces sanctions, qui dureront trois ans, sur les conditions de vie de la population haïtienne est « tragique »[11].

Aristide est reçu à la Maison-Blanche par George H. W. Bush le 4 octobre 1991[12]. En contraste avec les soutiens clairs du premier ministre canadien Brian Mulroney et du président vénézuelien Carlos Andrés Pérez, l'attitude des États-Unis, qui a surtout pour objectif de dissuader d'autres coups d'État militaires ailleurs en Amérique latine, restera ambiguë vis-à-vis d'Aristide, comme le reconnaîtra James Baker[13].

La misère est à l'origine de vagues de boat people haïtiens qui cherchent à immigrer aux États-Unis. L'US Coast Guard renvoie 538 Haïtiens dans leur pays le 15 novembre 1991. Le Kennebunkport Order qui prévoit de renvoyer systématiquement les boat people à Haïti, signé par George H. W. Bush en mai 1992, est contesté par le candidat Bill Clinton[14].

Sous la pression internationale, Aristide et Cédras négocient puis signent en juillet 1993 l'accord de Governors Island, prévoyant une transition politique et le retour d'Aristide en octobre de la même année[15], mais il aboutit à un échec, lorsque le 13 octobre, le gouvernement américain, déjà en difficulté en Somalie, fait faire demi-tour au navire USS Harlan County, transportant 200 militaires américains et canadiens, auquel une foule en colère interdisait le débarquement à Port-au-Prince[16]. Dans ce climat, aggravé par l'assassinat de Guy Malary, le Conseil de Sécurité de l'ONU décrète, par la résolution 875 du 16 octobre 1993, un blocus naval d'Haïti[17],[18].

Durant l'année 1994, aiguillonnée par le problème des boat people haïtiens refoulés sur la base américaine de Guantanamo dont le nombre s'accroit jusqu'à 14 000 au mois d'août[19], par Jean-Bertrand Aristide qui remet en question le traité autorisant ce traitement des réfugiés, interpellée par des forces politiques comme le Caucus noir du Congrès, ou par la grève de la faim de Randall Robinson en avril, et faisant face à l'inefficacité des sanctions économiques, l'administration Clinton étudie et négocie avec la communauté internationale les conditions d'une action militaire à Haïti. On aboutit ainsi le 31 juillet à la résolution 940 du conseil de sécurité qui autorise une force multinationale à intervenir militairement[20],[21].

Le 16 septembre, Jimmy Carter, Colin Powell et Sam Nunn sont envoyés à Haïti pour proposer aux membres de la junte de quitter le pays. Le 18 septembre, Raoul Cédras accepte, ce qui aboutira à son départ pour le Panama le 13 octobre[22]. La force multinationale, composée d'Américains et de soldats de 19 autres pays, connue sous le nom de code américain Opération Uphold Democracy, débarque à Haïti à partir du 19 septembre. À part un combat qui fait 10 morts haïtiens à Cap-Haitien, le déploiement se fait sans résistance. Aristide rentre au pays le 15 octobre[23].

En avril 1995, le président Aristide dissout l'armée. Ce n'est pas un cas exceptionnel dans la région puisque des pays tels que le Costa Rica, la Dominique, Grenade et le Panama sont également dépourvus d'armée[24].

En octobre 1995, sensible aux manifestations d'étudiants qui s'opposent à la multiplication par dix des frais d'inscription à l'université, et aux inquiétudes des employés des entreprises publiques (EDH, Ciments d'Haïti, Minoterie nationale, Teleco, APN) dont les emplois sont remis en question, Aristide désavoue le premier ministre Smarck Michel sur la politique de privatisation menée conformément aux exigences d'un groupe de créanciers internationaux basés à Washington tels que la Banque mondiale, le FMI et US Aid. Smarck Michel démissionne. Les institutions internationales refusent à Haïti les prêts prévus. Aristide nomme Claudette Werleigh au poste de premier ministre[25],[26].

Fin novembre, alors que la campagne des élections présidentielles commence, le gouvernement américain insiste pour que Jean-Bertrand Aristide respecte la Constitution d'Haïti de 1987 qui lui interdit d'exercer deux mandats consécutifs. Aristide accepte et, deux jours avant le vote du 17 décembre 1995, annonce son soutien à la candidature de René Préval[27].

1996-2000[modifier | modifier le code]

En janvier 1997, Jean-Bertrand Aristide fait enregistrer un nouveau parti politique, la Fanmi lavalas, distinct de l'Organisation politique lavalas (OPL) qui soutient René Préval, et présente des candidats sous cette nouvelle étiquette aux élections du 6 avril 1997. À la suite de désaccords entre l'OPL, Fanmi Lavalas, et la commission électorale, René Préval annule l'organisation du second tour, qui était prévu en juin[28].

Deuxième mandat présidentiel[modifier | modifier le code]

En décembre 2000, Jean-Bertrand Aristide est élu président de la République par 93 % des voix, mais avec seulement 5 % de participation : le peuple haïtien est peu enclin à participer à la démocratie depuis les fraudes électorales survenues lors des élections législatives quelques mois auparavant[29].

En 2003, une rébellion débute à la suite de l'assassinat près de Gonaïves d'un chef rebelle, Amiot Métayer, par le pouvoir. Puis, elle gagne du terrain et une opposition armée dirigée par Buteur Métayer, le propre frère d’Amiot, se regroupe dans un Front pour la Libération et la Reconstruction Nationales.

Le 29 février 2004, le président Aristide quitta Haïti à bord d'un avion américain, accompagné par le personnel de sécurité de l'armée américaine. La controverse demeure quant à l'étendue de l'implication des États-Unis dans le départ d'Aristide et si oui ou non le départ était volontaire. Aristide compare son départ à un enlèvement.

Article détaillé : Coup d'État de 2004 à Haïti.

Ce départ induit l'installation d'un nouveau pouvoir par l'intermédiaire des Américains et cause la fin prématurée du deuxième mandat du Président Jean-Bertrand Aristide[30]. C'est le président de la Cour suprême, Boniface Alexandre, qui assume alors les fonctions du président de l'État.

Prix et médailles[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de Jean-Bertrand Aristide[modifier | modifier le code]

  • Leve tab la. [Haïti : s.n., 19--.]
  • Pouki? [Haïti? : s.n., 19--]
  • Remise en question de la mission de la croix à la Croix des Missions. Port-au-Prince : Université d'État d'Haïti, Institut de psychologie, 1979. Note : Mémoire de sortie à l'Université d'État, pour l'obtention de sa Licence en Psychologie.
  • 100 vese dechoukaj : va t-en Satan. Port-au-Prince : [s.n., 1986]
  • La vérité ! en vérité ! : dossier de défense présenté à la Sacrée Congrégation pour les Religieux et les Instituts Séculiers. [Port-au-Prince : Imprimerie. Le Natal], 1989.
  • Théologie et politique, préface de Leonardo Boff. Montréal : CIDIHCA, 1992?.
  • Tout homme est un homme., en collaboration avec Christophe Wargny. Paris : Éditions du Seuil, 1992.
  • Pour un nouveau départ : proposition d'un Cadre général pour le programme du Gouvernement d'ouverture et de concorde nationale. Port au Prince, Haïti : Imp. Le Natal, 1993.
  • Haïti, un an après le coup d'État, avec son équipe gouvernementale. Montréal : Éditions du CIDIHCA, 1992.
  • Dignité, en collaboration avec Christophe Wargny. Paris : Seuil, 1994.
  • Névrose vétéro-testamentaire. Montréal : Éditions du CIDIHCA, 1994.
  • Peace, justice & power : my return to Haiti, the United States, and the new world order. Washington, D.C. : National Press Books, 1995.
  • Shalom 2004. Port-au-Prince : [s.n.], 2003.

Ouvrages sur Jean-Bertrand Aristide[modifier | modifier le code]

  • Anne-Marie Colomé, Haïti chérie ou le rêve confisqué, L'Harmattan,‎ 1994 (ISBN 2738429823)
  • (en) Deidre McFadyen, Haiti: dangerous crossroads, South End Press,‎ 1995 (ISBN 0896085058)
  • (en) Roland I. Perusse, Haitian democracy restored, 1991-1995, University Press of America,‎ 1995 (ISBN 0819199524)
  • (en) Margaret Daly Hayes et Gary F. Wheatley, Interagency and political-military dimensions of peace operations: Haiti - a case study, National Defense University: Institute For National Strategic Studies: Directorate of Advanced Concepts, Technologies, and Information,‎ février 1996 (lire en ligne), « 2 »
  • (en) Robert Pastor, « A popular democratic revolution in a predemocratic society: the case of Haiti », dans Robert I. Rotberg, Haiti renewed: political and economic prospects, Brookings Institution Press,‎ 1997 (ISBN 0815775865), p. 118-135.
  • (en) David Malone, Decision-making in the UN Security Council: the case of Haiti, 1990-1997, Oxford University Press,‎ 1998 (ISBN 0198294832)
  • (en) Sue Nelson, « Haitian Elections and the Aftermath », dans Krishna Kumar, Postconflict elections, democratization, and international assistance, Lynne Rienner Publishers,‎ 1998 (ISBN 1555877788), p. 71-86
  • (en) Elizabeth D. Gibbons, Sanctions in Haiti: human rights and democracy under assault, Greenwood Publishing Group,‎ 1999 (ISBN 0275966062)
  • (en) Aristide R. Zolberg et Peter Benda, Global migrants, global refugees: problems and solutions, Berghahn Books,‎ 2001 (ISBN 1571811702)
  • Gilles Danroc, « Pour une politique de paix en Haïti », dans Marc Allenbach, Gilles Danroc, Jürgen Störk, Claudette Antoine Werleigh, Expériences non violentes en Haïti: "la paix est là, nous la cherchons", Karthala,‎ 2001 (ISBN 2845861982), p. 159-170
  • (en) Simón Chesterman, Just war or just peace?: humanitarian intervention and international law, Oxford University Press,‎ 2003 (ISBN 019925799X)
  • Laurent Jalabert, « Haïti, guerre civile et implications internationales (de 1986 à nos jours) », dans Danielle Domergue-Cloarec et Antoine Coppolani (Dir.), Des conflits en mutation?: de la guerre froide aux nouveaux conflits : essai de typologie : de 1947 à nos jours, Editions Complexe,‎ 2003 (ISBN 2870279906), p. 13-27
  • (en) Vera Gowlland-Debbas et Djacoba Liva Tehindrazanarivelo, National implementation of United Nations sanctions: a comparative study, Martinus Nijhoff Publishers,‎ 2004 (ISBN 9004140905)
  • (en) Alex Dupuy, The prophet and power: Jean-Bertrand Aristide, the international community, and Haiti, Rowman & Littlefield,‎ 2007 (ISBN 0742538311)
  • (en) Alejandra Bronfman, On the move: the Caribbean since 1989, Zed Books,‎ 2007 (ISBN 184277767X)
  • Jean-Philippe Belleau, « Liste chronologique des massacres commis en Haïti au XXe siècle », Encyclopédie en ligne des violences de masse,‎ 14 décembre 2009 (ISSN 1961-9898, lire en ligne)
  • Maristela Rodrigues Roget, Le système interaméricain et les principes démocratiques : L'évolution de son engagement, L'Harmattan,‎ 2009 (ISBN 2296095003)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]